mercredi 16 mars 2011

Notre émission du 16 mars: PATTERNS, le NETWORK de Rod Serling

Nous terminons cette semaine notre bloc d’un mois sur les grands scénaristes de la télévision. Étrangement, nous n’avions pas prévus ce thème à l’avance. Nos émissions se sont imposées d’elles-mêmes, comme une suite évidente d’informations permettant l’édification d’une généalogie informelle des grands innovateurs de ce milieu: de la radio au la cinéma, d’Arch Oboler à Leslie Stevens, de Paddy Chayefsky à Darin Morgan. Si rien ne semblait les relier a priori, en écoutant nos émissions du dernier mois, vous serez surpris de constater à quel point ils se sont tous ces auteurs succédés au quart de tour.

Un seul nom manquait à cette liste, bien que nous l’ayons systématiquement mentionné durant tout le mois. Le plus grand, Rod Serling.
L’émission de cette semaine lui sera consacrée. Nous parlerons plus précisément de son premier grand succès, Patterns (1951). Si vous êtes le moindrement du monde intéressés par la science-fiction, l’horreur, un simple fan de télé ou de notre émission, vous êtes probablement familiers avec « le jeune homme en colère » de la télé américaine. Reconnu principalement comme le créateur, producteur, scénariste et présentateur du séminal Twilight Zone, Serling est un cas d’espèce comme il ne s’en fait plus. Héros de guerre, testeur de parachute, homme de main pour toutes les formes médias existants, la consécration viendra tard pour cet homme aux visées progressistes, devenu à force de combat un humaniste désabusé doublé d’un cynique idéaliste. Twilight Zone n’était pas simplement une émission moralisatrice, mais chaque épisode avait la puissance de fables où Serling était le chanteur de geste en costume trois pièces.
En remontant aux sources du premier scénario de Serling , Patterns, on est soudainement pris de vertige et on peut se permettre sans hésitation une déclaration péremptoire: tout Chayefsky, tout Sorkin (et probablement Morgan) vient de là. C’est assurément Patterns qui a partie le bal. Tout est là : échanges verbaux cinglants et syncopés, les lignes inoubliables, les études de mœurs des gens de pouvoir et un sens aiguisé de la satire sociale. Le 7ème vous propose de faire la comparaison entre ces deux scènes de Patterns et Network, toutes les deux avec l’actrice Béatrice Straight . Les similitudes entre les deux renchérit la filiation et à ce qu'on sache, personne sur Internet semble avoir  traité du sujet.
Cliquer sur la photo du haut pour voir la scène de NETWORK en comparaison

Patterns, c’est le grand-père rusé de Social Network (lui-même rien d’autre que le rejeton respectueux et cynique de Network : j’en parle à profusion dans ce texte) , le vieux salaud qui sait que les méthodes de communication changent, mais les capacités d’écoute des hommes demeurent en tout point les mêmes. Patterns, c’est un 12 angry men corporatif qui serait écrit par Kafka.

La crise épiphanique des deux personnages brisées, en comparatif: 




Si les admirateurs de Serling seront surpris par l’absence relative d’éléments fantastiques de sa première création, il est important de souligner que son sens aiguisé du punch et de la tension dramatique y sont déjà présents. Par ailleurs, on y trouve déjà du fantastique, au sens le plus profond du terme. Cette corporation qui est mise en scène dans Patterns, mystérieuse et inquiétante, n’est rien de moins que LA seule et unique corporation, celle qui les gouverne toutes. Si on y parle le langage des affaires et du pouvoir, on ne sait strictement jamais de quoi il en retourne précisément dans ce cruel terrain de bataille où les chars sont des fauteuils capitonnés.


Dans ces films constituant les composantes mythiques dans une nouvelle et impitoyable cosmogonie corporative, Patterns est assurément un des fabliaux fondateurs.


Pour nous écouter cette semaine, cliquez ici. 


4 commentaires:

  1. Paddy Chayefsky, Rod Serling, Leslie Stevens ... Il ne manque que Joseph Stefano à cette liste des grands écrivains télévisuels des années 60s. Plus que Leslie Stevens (qui a créé la série OUTER LIMITS mais n'en a écrit que 4 épisodes parmi les moins bons), Stefano fut le réel génie derrière cette série innovatrice. Parmi la dizaine d'épisodes qu'il a scénarisés, on retrouve ces inoubliables classiques que sont THE ZANTI MISFITS, THE INVISIBLES, THE FORMS OF THINGS UNKNOWN et IT CRAWLED OUT OF THE WOODWORK, ce dernier comportant une des créatures les plus Lovecraftiennes jamais créées pour la télévision !

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  2. J'ignore si c'est uniquement mon problème, mais votre émission de cette semaine (sur Rod Serling) ne joue que jusqu'à 30 minutes environ (tout s'arrête juste avant la première pause musicale) ... Dommage

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  3. Cela doit être un problème de chargement, je l'ai eu en entier.

    Paix & robustesse !

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  4. Merci de m'avoir fait découvrir ce film oublié de Serling, ça sonne superbement intéressant.

    A la lumière de toutes ces réflexions sur la télé à travers le cinéma et son côté potentiellement pervers, je serais fort intéressé d'entendre vos opinions sur Parlez-nous d'amour (1976) de Jean-Claude Lord... eut-être pour une autre émission!

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