samedi 9 juillet 2011

Notre émission du 6 juillet: Brother from another planet VS White man's burden-une histoire fantasmée des noirs américains

Cliquer ici pour  écouter notre émission sur le sujet
Nous continuons cette semaine notre volet "exploration des représentations ethniques au cinéma". Le tout culminera bientôt sur le thème de l'humour juif, oû nous recevrons un spécialiste en la matière, Nicolas Krief (animateur de l'émission Le temps d'un vue, collaborateur à Cinéfix, les deux sur les ondes de CIBL et également critique pour la revue en ligne Panorama cinéma. Tout un tableau de chasse le torrieux hein? Heureusement que c'est un type formidable. Par ailleurs, vous pouvez écouter notre passage à son émission le 30 juin en cliquant ici. On y parlait de films a priori impertinents mais dans lesquelles se cachent des messages importants et\ou dangereux, GYMKATA et HUDSON HAWK)

Cette semaine, les noirs "alternatifs" du cinéma. Pas question de faire les choses normalement, non non les aminches... On allait pas vous entretenir de Spike Lee et John Singleton ou même d'un cinéma parlant sincèrement de la condition afro-américaine. Pas quand il est beaucoup plus fascinant de parler de perspectives fantasmées, fournies en toute vraisemblance par... un caucasien et un asiatique. Bref, des films de "science-fiction" qui parlent de la condition noire à grands renforts de métaphores parfois risquées, souvent maladroites, quelquefois pertinentes et un tantinet comiques.

Le premier, Brother from another planet (1984), deuxième film du trop peu célébré John Sayles, fraîchement sorti à l'époque des écuries de Roger Corman. 
Un extra-terrestre en cavale écrase son vaisseau en plein milieu de Harlem. Ça tombe bien, il ressemble à s'y méprendre à un homme noir...excepté ses pieds qui ont trois orteils et des griffes, ses membres qui se regénèrent et sont amovibles, son don de télékinésie et sa faculté de guérir à la fois humain et machine. Oh...il est aussi complètement muet! 
Le Brother en question va vite se rendre compte qu'il est un "illegal alien" à plus d'un titre. Particulièrement quand deux Hommes en noir caucasiens se mettrons à le poursuivre dans les rues de Harlem.
Dans ce film candide et sincère, à l'instar du personnage principal interprété par Joe Morton, l'homme noir est à la fois sauveur et victime, esclave et libérateur, étranger invisible et minorité (trop) visible. Le tout sur une déstabilisante trame sonore de steel drums.


Si le concept vous rappelle un peu le STARMAN de John Carpenter, on vous informe que ce film est venu quelques mois avant et qu'il est meilleur. Brother...est en quelque sorte un film de super-héros low-fi sur fond de rite initiatique, une relecture de l'origine de Superman dans un contexte urbain. La métaphore est étirée jusqu'au point de la rupture mais la candeur qui s'en dégage fait que l'argument tient jusqu'au bout. On n'y sent pas la moindre once de condescendance.

White man's burden (1995)...c'est une autre paire de manche de boubou.
Réalisé par Desmond Nakano (un japonais américain), le film inverse les rapports de pouvoir dans une Amérique improbable. Une uchronie oû les Noirs forment la classe dirigeante et les Blancs sont essentiellement des ouvriers. Les banlieues sont pleines de maisons oû trônent des petits nègres blancs en plâtre, les décorations et les costumes de la haute société ont des sensibilités hautement africaines et les blancs ont tous l'air de skinheads ou d'itinérants. Un monde de "Blithes" et de "Whacks", en somme. Le patron noir injuste sera kidnappé par l'ouvrier blanc désespéré. Ils apprendront ainsi à se connaitre et se respecter. Vous voyez oû le film est inconfortable? 

Il est parfois particulièrement inventif: 

Les émissions de télé de ce monde parallèle ont toutes l'air de pastiche de blaxploitation, des vieilles bourgeoises noires traitent les "jeunes blancs de la rue" comme des jolie petites créatures souffrantes. Superman est noir et les petits blancs l'adorent...ils n'ont rien à foutre de son sidekick blanc stéréotypé dont les figurines sont moins dispendieuses (pour permettre au nègre blanc de les acheter).

Il peut cependant devenir rapidement inconfortable et involontairement drôle, ce qui ne fait que lui conférer plus d'intérêt, en quelque sorte:
Les acteurs noirs jouent d'une manière ampoulée des blancs riches et vaguement fascistes, incapable de comprendre la réalité des Blancs, dans des costumes qui sont vaguement africains mais gardent un vague inspiration de couture européenne. En homme d'affaire irascible, Harry Bellafonte à l'air de se prendre pour Donald Trump. 
Les blancs jouent des caricatures de noirs cinématographiques. John Travolta parle comme s'il sortait de Harlem...en 1984!!! Il "jive" et n'accorde pas ses verbes correctement (la honte). J'ignore pourquoi le "joual" des blancs dans ce film n'est pas d'inspiration italienne ou irlandaise. Reste que Travolta est assez divertissant à regarder...et à écouter.

Mais White man's burden n'a jamais eu la prétention d'être une étude sociologique sérieuse. Le film fonctionne bien parce qu'il est manichéen à souhait, totalement noir et blanc, une approche qui est de toute évidence choisie volontairement pas Nakano. Il suffit de voir la scène d'ouverture dans une usine de barre de chocolat à la noix de coco pour comprendre la volonté d'"en beurrer épais" côté symbole.

Une scène du film résume bien mon propos. 

Dans un bouiboui tout ce qu'il y a de plus "whacks" oû l'on mange des "corn chips" et de la choucroute, Travolta, sous les yeux ébahis de Bellafonte, met du sel dans son ketchup  avant d'y plonger une frite. 

Bellafonte demande à Travolta pourquoi diantre il fait ce geste barbare.
Ce dernier, plein de sagesse populaire, lui répond ceci:

"Quand tu mets du sel sur tes frites, il n'y reste pas. En le mélangeant directement dans le ketchup, tu peux contrôler le volume de sel que tu veux avoir dans ta bouchée"

Stupide-blanc-Bellafonte teste la théorie. Il est conquis par le bon sens pratique de moins con qu'il n'y parait-noir-Travolta. 

Il suffisait donc d'écouter l'autre c'est ca? Ou est-ce une parabole sur le rêve de l'homogénéité, la possibilité des mélanges culturels? Est-ce la toute puissante présence de Travolta qui exigeait encore et toujours de manger de patates frites dans un de ses films, comme Van Damme qui doit toujours montrer ses petites fesses en forme de parfaite moitié de cantaloup coupé en deux ou Mel Gibson qui veut toujours se faire torturer comme le crisse dans ses vues? 

Non. 

À l'instar du film, cette leçon démontre en fait que des grands problèmes ont parfois des solutions simples qu'on se nie tous en bloc. 

Vous imaginez?

Un monde ou le ketchup serait salé?

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