jeudi 4 août 2011

Fantasia 2011 :critique de WASTED ON THE YOUNG: la moralité face à l'inconfort

Une critique de Jean-Michel Berthiaume

Comme nous nous plaisons à l'évoquer à notre émission, c’est souvent là où nous nous en attendions le moins (au cinéma comme dans la vie) que l’on retrouve les évènements les plus bouleversants.  Ce sera mon cas pour plusieurs choses au courant de ma vie et une fois de plus, Fantasia m’aura confirmé la chose avec Wasted on the Young de Ben C. Lucas. 
Vous remarquerez que je contribue à cette longue tradition d'attentes exagérées qui est parfois la manne de Fantasia. Pour ma part, je ne m’attends à ce que tous les films que vais voir en salle soient des chefs-d’œuvres. C'est plutôt que les bijoux que j’y ait vu n’étaient que presque jamais les films que je voulais absolument voir. De l'anime Mind Games à The Immaculate Conception of Little Dizzle (que j’ai seulement vu car j’ai craqué sous la pression de ma copine) et 1 (l’année dernière, fatigue et paternité latente affectant le plaisir de l'écoute),je me retrouve à chaque année à tomber sur mon film préféré seulement lorsque les conditions sont entièrement disposées pour que je le déteste. Cette année, troisième film de la soirée, fin de journée absolument épuisante, book-end à mon Mardi et VLAN! Le film que j’attends depuis longtemps...


Wasted on the Young raconte l’histoire de deux lycéens australiens : Darren (Olivier Ackland, qui carbure d'une intensité voisine à celle de Jeremy Sisto tout au long du film) ,j eune fanatique de robotique, antisocial, nouvellement intégré dans une famille nucléaire. Il doit maintenant partager une immense maison avec Zack son frère tombeur, nageur, socialite et populaire (Alex Russell, comme un « worst-of » de Ryan Phillipe, haïssable). L’autre, c'est Xandrie aux cheveux blonds et au sourire déchirant (belle comme les mots ne peuvent pas le décrire), curieuse envers le jeune homme, gentille et appréciée de tous, mais qui brouille les cartes de  « l'ordre de préséance » de l'école en nourrissant un bégin pour ce demi-frère obscur du grand « jock » populaire de l’école décrit plus haut. Une belle histoire de marivaude naïf sur fond de nightlife décadent de jeunes adultes: ajoutez-moi une vraie belle histoire d’amour dans Kids et vous voyez le topo. Zack, le demi-frère populaire, fait souvent la fête chez eux, puisque les adultes y sont systématiquement absents (comme dans le reste du film et dans Peanuts) et que son statut oblige un constant renchérissement de sa popularité. Voilà donc qu’à cette soirée, luiaussi réalise que la jeune Xandrie ne devrait pas s’intéresser à son demi-frère mais plutôt à lui. Le dernier vestige de l’humilié se retrouve donc dans le viol de  l'ange magnifique, un crescendo de drogue et de sexe qui se termine par un abandon du corps sur le bord de l’autoroute. La totale quoi!
La fille disparaît pour un moment, le jeune Darren s’inquiète, le frère use de ses harpies pour semer la désinformation concernant la soirée, et la meilleure amie de Xandrie investigue pour un moment. La tension monte de façon phénoménale et voilà qu’après une semaine, Xandrie reviens à l’école, meurtrie et cernée, comme si son âme même avait été déchirée.


Voilà qui termine mon résumé du film. Je crois devoir couper un peu en dessous de la première demi-heure du  car ce qui suit ne pourra que vous surprendre et loin de moi l’intention d’en ruiner l’impact. Wasted on the Young devient à partir de ce moment un film Triple R : un romantic rape and revenge. C'est à savoir qui prendra le flambeau de la vengeance, ce qui devient particulièrement intense lorsque le réalisateur saute des plans de rétribution du jeune homme à celui de la jeune fille. Les deux sont absolument dévastés par cette soirée-là. La tension, tendue comme un fil de fer, bâtie sur qui se vengera en premier, devient une sorte de corde à danser pour deux; plus l’amour des deux jeunes augmentent, plus notre volonté de voir vengeance s’accomplir grossiw. Mais ce film, qui n’a rien à envier à Brick (premier film de Rian Johnson), énonce clairement bien que la vengeance n’a pas d’issue. On nous montre donc aussi, en simultané, la destruction d’un couple adorable à la manière de Blue Valentine. J’vous jure, ce film combine tellement de références que ça devient assourdissant. Un incroyable et improbable mélange des genres unis en un seul très bon film, qui poignarde, qui fusille mais qui aime, qui aime à vouloir détruire.  
Kids à l’ère du 2.0, ça ira, mais ce qui frappe les plus dans cet heureux mais tortueux mélange est la réalisation de Mr. Lucas qui, du haut de ses 33 ans, (et de son premier long métrage), réussis un véritable coup de maître en s’appropriant Othello pour sa génération. Malgré la horde de « remix » Shakespeariens (O, Romeo + Juliet, 10 things I hate about you, Lion King) je ne crois jamais avoir vu un film qui possédait à ce point la fibre du barde. En lieu d’adaptation, Ben C. Lucas à tout simplement  absorbé Othello pour en faire un film de notre époque et non une transposition, une appropriation. À la manière de X-men : First Class (comparaison grossière qui en plus à voir avec la structure narrative qu’avec le film lui-même) Wasted on the Young reprend les grandes lignes du triangle tragique d’Othello/Desdémone/Iago pour ensuite faire un film entièrement différent, mais qui a le même mordant. Les archétypes y sont, mais la société, n’étant plus la même, fait varier les stéréotypes, altère les situations, fait agir les acteurs différemment, tout en conservant toute sa force de la dramatique. Wasted on the Young tente d'ouvrir les plaies de jeunesse de la tragédie et qui parle sur un ton juste des grands drames de l’innocence. Il met aussi parfaitement en scène des personnages monstrueux et décadents, un génération entière d’adolescents trop beaux pour vivre sans blessure.   

1 commentaire: