vendredi 1 novembre 2013

Notre émission du 24 octobre: HAUSU de Nobuhiko Obayashi - Quand l'expérimentation mène au succès

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Cette semaine au 7e Antiquaire on vous parle du film japonais HAUSU (1977)... et il fallait que ça arrive!

Entre le film expérimental et commercial, le soap-kitsh et l'inquiétante étrangeté, la comédie et l'horreur, un film inclassable qu'il faut voir pour le croire.

Le film le plus proche duquel on pourrait le comparer serait Evil Dead 2 de Sam Raimi, venu bien après. Ils partagent tout deux un enthousiasme similaire: l’idée de vouloir à tout prix expérimenter toutes les techniques possibles, de bricoler des effets spéciaux, de faire de l’épouvante grand-guignolesque avec un gros sourire aux lèvres (quitte à pouffer de rire régulièrement). 


Totalement hyperactif, le rythme du montage avec ses nombreux jump-cuts rend par moment le déroulement de l’action à la limite de l'incompréhensible. S’inscrivant dans la tradition du film « bakeneko » (film dans lequel un chat-fantôme aux pouvoirs surnaturels hante une maison), le film détonne par son ton et son emballage très pop. Ce contraste décalé au traditionnel Bakeneko donne l’impression d’une culture américaine qui s'immisce insidieusement dans les sensibilités nipponnes. Mélangeant autant les genres, les thématiques et les techniques, la forme devient ici partie intégrante de la narration.

HAUSU est le premier film japonais à avoir expérimenté (et brisé plusieurs conventions) dans une multitude de domaine; utilisation des effets spéciaux vidéo, fait par un réalisateur écartelé entre l'expérimental et la publicité, utilisation d'un titre en katakana (servant à écrire les mots d'origine étrangère).. et probablement aussi le premier film à être co-écrit par une enfant de 10 ans. 

Voyons d’un peu plus près ce qui a amené la naissance d’un tel film.
  
Nobuhiko Obayashi opère une caméra pour la première fois à l'âge de 8 ans (celle de son père), mais c'est vraiment à l'Université qu'il fera ses premières expérimentations importantes avec la pellicule 8mm et 16mm. Certains de ses films seront distribués par l'Art Theatre Guild, compagnie importante au Japon pour la production et la distribution des films d'avant-garde japonais durant les années 1960. C'est avec son film Émotion (1966), un moyen métrage de 40 minutes, qu'il se fera remarquer. Utilisant de façon exemplaire de multiples techniques cinématographiques, ce film sera régulièrement projeté dans les universités et lui donnera l’opportunité de se faire engager par la Dentsu pour réaliser des spots publicitaires. Il se fera rapidement un nom dans le domaine de la publicité avec ses clips dans lesquels non seulement il expérimente encore de nombreuses techniques mais y met aussi en scène plusieurs vedettes occidentales de cinéma tel Charles Bronson, Sophia Loren, Catherine Deneuve, etc. 

 
Le tout attire l’attention de la compagnie Toho qui cherche justement quelqu’un de jeune, différent et connecté sur la nouvelle génération pour reproduire « l’effet Jaws » qui vient de sortir et bat tous les records au box-office américain.


La Toho veut donc son blockbuster japonais et c’est vers Obayashi qu’elle se tourne pour lui commander un projet de scénario. Obayashi accepte et se tourne lui-même vers sa fille de 10 ans pour lui demander conseil sur ce qui pourrait plaire au jeune public japonais. C’est donc sa fille qui  lui donnera en vrac toutes les idées de scènes pour ce qui deviendra Hausu. Une tête coupée sortant d’un puits qui va mordre les fesses d’une pauvre victime, un chat qui vomit du sang jusqu’à en remplir une maison, une attaque de meubles (futon, miroir, commode) sur des jeunes filles en détresse, sans oublier la célèbre scène du piano qui dévore la pianiste. Tout ce que l’imagination d’un enfant de 10 ans peut produire se retrouve donc sur papier et Obayashi donne les idées en vrac à son scénariste pour qu’ils arrivent à ficeler le tout et en faire un long métrage.




La Toho donne le feu vert dès qu’elle touche au scénario mais le film ne trouve aucun réalisateur et ne peut être réalisé par Obayashi lui-même (n’étant pas un réalisateur officiel de la Toho). Obayashi se lancera donc dans une campagne publicitaire pour le film qui fera un effet boule de neige et produira un manga, un radio-feuilleton, un roman, une trame sonore, tout ça avant même que le film soit en production. Deux ans et 200 spots publicitaires plus tard, la Toho accepte qu’Obayashi réalise le film, ce qui créera un précédent dans l’industrie cinématographique japonaise qui fonctionne depuis toujours avec le système d’ancienneté. À sa sortie, le film sera un succès spontané auprès du jeune public, bien que descendu entièrement par la critique. Ce qui n’empêchera pas le cinéaste de continuer à réaliser des films régulièrement pour différentes compagnies ainsi que pour la télévision. Il faudra cependant plusieurs années avant qu’Hausu reçoive tout le mérite qui lui est dû.


 Beaucoup de réalisateurs japonais des années 1990 donneront ce film en exemple comme influence sur leur carrière jusqu’à ce qu’en 2009 il se mérite une ressortie à l’extérieur du Japon. Il se fait ainsi découvrir par le public étranger dans plusieurs festivals en Amérique et en Europe. En 2010 la compagnie américaine Criterion ainsi qu’Eureka au Royaume-Uni en font une très belle édition dvd permettant dorénavant à tous de redécouvrir ce film unique. 

-DAVID FORTIN



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