mercredi 30 juillet 2014

FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM FANTASIA 2014 : capsule 4


Le 7ème Antiquaire revient sur quelques films du festival Fantasia pour cette troisième semaine qui s'amorce
 Capsule audio 4 : 


Creep

-          Creep (Patrick Brice)

   Mark Duplass est un hyperproductif. Il est autant acteur que scénariste, réalisateur, producteur ou musicien (il chante et joue du clavier pour le groupe « Volcano, i’m still excited ») et se retrouve régulièrement à participer à quatre projets par année.  Avec son frère Jay, Mark a mis sur pied la « Duplass Brothers Productions » au milieu des années 90 mais c’est surtout en 2004 que les frères Duplass se sont fait connaitre avec le succès critique de leur film indépendant The Puffy Chair.  On attribue souvent aux frères Duplass la paternité du sous-genre cinématographique nommé « mumblecore » caractérisé par des productions à très petits budgets, des acteurs non-professionnels et des dialogues naturalistes.  Creep, le premier long métrage de Patrick Brice auquel Mark Duplass a participé en tant que coscénariste et acteur, pourrait facilement être qualifié de mumblecore. Il en détient toutes les caractéristiques et l’esthétique qui en découle. Plus connus pour les comédies dramatiques que pour les films d’horreur, les frères Duplass avaient déjà essayé le genre avec leur film Baghead que Mark Duplass avait écrit et réalisé en 2008. Avec, Creep, Mark Duplass s’associent cette fois avec Patrick Brice pour ce projet qui est une variation réussie du film d’horreur de type « found Footage ». Le film vacille entre la comédie et l’horreur et arrive autant à faire rire qu’à faire peur. Josef  engage Aaron (Patrick Brice) pour qu’il le suive avec sa caméra vidéo portative et le filme durant quelques jours. Plus les jours avancent et moins les réelles intentions de Josef sont claires. Mark Duplass y interprète magistralement Josef, un personnage aussi effrayant qu’émouvant et réussit à passer régulièrement du personnage « creepy » à celui plus humain qui se confie au personnage d’Aaron. Ce jeu entre l’angoisse et la compréhension affecte tout autant  le spectateur qui se questionne tout au long du film. Un petit film indépendant fait à deux têtes qui fonctionne totalement grâce à la profondeur du personnage de Josef et au malaise qu'il projette.



The One I Love

-          The One I Love (Charlie McDowell)

Produit par les frères Duplass et mettant en vedette le prolifique Mark Duplass, la comédie fantaisiste de Charlie McDowell The One I Love fut une excellente découverte du festival. Ethan (Mark Duplass) et Sophie (Elizabeth Moss) sont en thérapie de couple pour aider leur mariage qui bat de l’aile et se font offrir de passer quelques jours dans une retraite pour couples en difficultés. Une fois sur place, ils découvriront que vivent dans la maison d’invités une version idéale de chacun d’eux. Confrontés à cet autre idéalisé (ou oublié) ils devront faire face à leurs sentiments divergents face aux possibilités offertes par ces doubles. C’est sous l’angle de la comédie que le cinéaste approche cette thématique de science-fiction qui fait justement penser par moment aux « dramédies » de science-fiction « low profile » des Duplass comme Jeff who lives at Home ou Safety Not Guaranteed de Colin Trevorrow dans lequel Mark Duplass y tient le rôle principal. Des films de science-fiction misant sur un concept scénaristique original plutôt que sur des effets visuels. The One I Love réussit à traiter avec intelligence des relations de couple tout en offrant un très bon divertissement par l’originalité de son scénario.






The Midnight Swim

-          The Midnight Swim (Sarah Adina Smith)

Lorsqu’on a l’impression qu’il n’y a plus rien à faire avec le film de « found footage », la cinéaste Sarah Adina Smith réussit à se réapproprier ce sous-genre souvent associé au film d’horreur pour en faire un film, presque bergmanien, suivant trois sœurs qui retournent à la maison familiale quelques jours suite au décès de leur mère, et devront confronter leur passé. L’une d’elles sera constamment derrière la caméra pour filmer ce qu’elle appelle les archives familiales pour un éventuel documentaire. La mère, qui était une scientifique un peu excentrique, n’est jamais remontée d’une de ces régulières plongées dans le lac « spirit lake » pour y faire ses nombreuses recherches sur la mystérieuse composition du-dit lac. Tout en douceur, légendes fantomatiques, spiritualité et liens entre les éléments se faufilent subtilement dans ce récit où se mélangent les genres. On est dans un espèce de conte réaliste avec Midnight Swim. Une expérience envoûtante réalisée avec peu de moyens par une très jeune cinéaste à suivre.




The Creeping Garden

-          Creeping Garden (Tim Grabham, Jasper Sharp)

Bien que le festival Fantasia soit plus connu pour sa programmation de films de fiction, il ne faudrait passer à côté des documentaires, souvent en marge de ce que nous offre habituellement ce genre. The Creeping Garden fait partie de ces belles trouvailles documentaires offertes par les programmateurs du festival. On y traite des myxomycètes, ces organismes étranges qui sont souvent pris à tort pour des champignons car ils en présentent certaines caractéristiques mais qui sont en partie animales, fungi et végétales. Les cinéastes Tim Grabham (artiste visuel/iloobia cinema) et Jasper Sharp (auteur spécialiste du cinéma japonais et co-créateur du site Midnight Eye) ont réalisé un documentaire scientifique qui démontre une poésie visuelle faisant parfois écho aux films scientifiques de Jean Painlevé. Le film est visuellement très beau lorsque les cinéastes laissent les myxomycètes prendre tout l’espace de l’écran. On y découvre alors par la magie de la microscopie un monde aux multiples schémas et couleurs qui se développent sous nos yeux à vitesse accélérée. Il s’en dégage une atmosphère étrange que la musique de Jim O’Rourke souligne subtilement. Une fois l’émerveillement pour ces créatures passé, le film donne la parole à diverses personnes utilisant les myxomycètes chacun à leur manière. Que ce soit un spécialiste de la robotique, un archiviste des champignons, ou une artiste qui les utilise entre autre pour la production de schémas visuels. Gageons que ces espèces de « blob » intelligents sauront exercer la même fascination sur vous.   






-          Starry eyes (Kevin Kolsch, Dennis Widmyer)

Déception. Le film part sur une idée qui aurait pu être intéressante: La corruption des dirigeants des studios hollywoodiens, l’ambition maladive des jeunes filles voulant devenir des stars, la difficulté à réaliser un projet de film dans cette grande ville du cinéma. Le tout est raconté de façon métaphorique dans un film d’horreur qui, partant sur un ton fantastique (et encore intrigant) se dirige ensuite vers le "slasher" violent (beaucoup moins intrigant). Malheureusement, ce n'est ni la bonne trame sonore synthétique 80's, ni la "surprise" finale qui peut racheter la minceur du film.  Dire que j’ai manqué une projection 35mm de Boss Nigger pour ça. Ceci dit, le film est techniquement bien fait au niveau des effets sanglants et du maquillage alors il risque tout de même de plaire à certains.





Predestination

-          Predestination (Michael Spierig, Peter Spierig)

Surprise totale que ce film. Le film que personne n’a vu venir. On devait être une bonne partie de la salle à penser aller voir le prochain film des frères Spierig, c'est-à-dire un film de science-fiction avec une belle esthétique,  de l’action occasionnelle et une intrigue intéressante mais déjà vue. Un divertissement sympathique quoi. Ce fut tout sauf ce à quoi on s’attendait. Il serait impossible de résumer le film sans vendre de « punch ». Sinon qu’on a affaire à un agent de voyage temporel qui doit retourner dans le passé pour empêcher un évènement de se produire. Cette mission implique la rencontre de deux personnages interprétés par Ethan Hawke et Sarah Snook (découverte totale que cette actrice qui livre une performance incroyable) qui vont chacun se raconter leur histoire personnelle. Des révélations surprenantes en ressortiront. On peut déjà prendre le pouls du film avec sa très longue scène d’introduction dans laquelle le personnage interprété par Sarah Snook raconte la surprenante histoire de sa vie au personnage interprété par Ethan Hawke. Non seulement on y découvre un film au rythme lent et posé mais un film qui demande une écoute patiente et attentive pour comprendre l’ampleur du récit et éventuellement faire les liens nécessaires lorsque le film prendra tout son sens. L’histoire elle-même et les révélations qui en sortent sont fascinantes. Le fait que je ne m’attendais pas du tout à ce que le film fut réellement a probablement joué sur mon enthousiasme. Je serais donc très curieux de le voir une deuxième fois, non seulement pour réévaluer le choc et la pertinence du film mais parce que c’est justement le genre de film qui demande à se faire regarder de nouveau pour mieux comprendre la complexe toile scénaristique d’un type de récit généralement difficile à faire fonctionner. 

-David Fortin 

programmation du festival Fantasia
http://www.fantasiafestival.com/2014/fr/

Aucun commentaire:

Publier un commentaire