dimanche 24 janvier 2010

Critique cryptique:A single man-comme une vieille photo oubliée dans un costume impeccable

A single man est le dernier film vu par le 7ème en 2009. Le 30 décembre pour être plus précis. Je suis allé voir le film parce que la bande annonce, élusive à souhait, m'avait complètement conquis. Une suite d'images sensuelles, un peu de violon, quelques tons monochromatiques, Julianne Moore qui se met du mascara devant le miroir. Le visage triste de Colin Firth. De quoi ça va parler? Je ne me suis à peine posé de question. La bande annonce m'a hantée jusqu'à ce que j'aille voir le film.
Du réalisateur Tom Ford , je ne savais absolument rien. Je fais une recherche paresseuse et j'apprends ce que vous savez probablement tous; c'est son premier film, ce n'est pas un réalisateur, c'est un designer qui a presque sauvé Gucci de la banqueroute.

Ah. C'était donc ça l'inargumentable élégance de la bande annonce. Je veux dire, j'aime assez Colin Firth mais il n'a jamais eu une telle gueule. Il a plus l'air de James Bond que Daniel Craig. Bon d'accord. Je m'attend à un thriller vaguement hitchcockien, relativement vide mais Ô combien stylish. Le vilain préjugé que voilà. Un bonhomme qui vient de la mode, peu importe son brio, ne pourrait par faire une oeuvre à fendre le coeur, subtile et raffinée hein?
Je ressors du film absolument convaincu d'avoir vu un des plus puissants de 2009. C'est peut-être aussi mon film préféré de l'année. Je devrai le revoir pour en être bien certain, le laisser macérer en moi. Il me semble saugrenu que le dernier vu en 2009 soit le meilleur. Je devrai repasser l'année en revue.

Presque un mois plus tard, je suis aller le revoir hier. Je suis maintenant certain. Je n'ai rien vu de si puissant l'année dernière. Je ne suis pas un cinéphile de mauvaise fois. Mes goûts sont larges et j'évalue les films en fonction du genre auquel ils appartiennent. Ceci dit, je recherche une balance très particulière entre les différents éléments d'un film. Lorsque cette balance est atteinte, le film n'est pas nécessairement parfait ou plus maîtrisé qu'un autre, mais son essence est claire.
A single man a pour moi cette essence. Je pensais voir une pub de parfum, mais le film me l'a fait sentir. Ironiquement, plusieurs des procédés tous simples de ce film auraient pu faire de l'adaptation de Tom Tykwer du roman Le Parfum un film en tout point plus bouleversant. À maintes reprises, A single man pourrait tomber dans le mélodrame, devenir lourd et maladroit, même kitsch. Mais non. Tout balance.

La photo est impeccable et subtile. Les couleurs sont choisies parcimonieusement, c'est d'ailleurs une des thèmes du film. Je passe sur les costumes. La classe, la grande classe. La musique d'Abel Korzeniowski, située en quelque part entre les morceaux de violon de In the mood for love et la bande originale de Clint Mansell pour The Fountain. Firth livre le rôle de sa carrière. Il est fragile et touchant, beau et froid. Julianne Moore est une petite flammèche qui s'éteint. Mais ce qui est bouleversant, c'est que cette surprenante maîtrise de la plastique de Ford est entièrement au service de l'émotion. La nostalgie, la solitude, la peine, la mélancolie se confondent à la sensualité.

A single man est évidemment une histoire d'amour. Une qui, me dois-je de le préciser, a fait lever et quitter la salle à plusieurs spectateurs les deux fois où je suis aller le voir. C'est aussi une histoire sur la mort, le souvenir, l'instant parfait. A single man va jouer dans les mêmes plate- bandes que The Fountain, un film que j'aime de toutes mes forces, un amour très peu partagé qui en rend perplexe plus d'un. Les deux films balancent les mêmes thèmes avec la même candeur et la même puissance d'évocation. On pense aussi un peu à The hours, pour de nombreuses et évidentes raisons.

Je ne sais pas si A single man plaît, s'il a du succès critique ou s'il remportera des prix. Firth devrait avoir l'Oscar. Les critiques n'iront pas de main morte avec les comparaisons. Gus Van Sant, Todd Haynes, Stephen Daldry vont être mentionnés et en comparaison, il sera jugé sévèrement. Je ne tiens qu'à vous rappeler ceci. C'est son premier film. Ne perdez pas ça de vue.

3 commentaires:

  1. Cela fais longtemps que je te dis que tu aimes sincèrement, connais plus et écris encore mieux sur le cinéma que n'importe quel critique qui estampille ses banalités dans les journaux de Montréal.
    Eh bien voilà, tu viens de me donner un argument de plus et probablement un de tes plus solides !
    Serait peut-être le temps de sortir du village et d'aller voir ce qui se passe en ville.
    C'est pas donner à tout le monde le talent qui te sors par tous les orifices et encore moins sur la légion de blogs sur ce sujet.

    Tai Ha Le bitch !

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