dimanche 30 octobre 2011

Sid Haig en entrevue: le goon est triste?

(Cette entrevue est initialement parue sur le site de l'émission LES MYSTÉRIEUX ÉTONNANTS dans le cadre d'une couverture du ComicCon de Montréal 2011)



Sid Haig se déplace d'un pas lent et pesant, comme s'il avait tout le temps du monde. Les épaules voutées et la tête en avant, avec le regard fixe. Les gens se tassent sur son passage. Même à son âge, le bonhomme est menacant. On devine cependant à sa démarche qu'il a probablement eu quelques accidents et que sa charpente en a vu de toutes les couleurs. Haig  s'exprime comme il se déplace; à son rythme. La surprise est de taille lorsqu'on écoute ses propos. Il a beaucoup d'humour, il est chaleureux et, avec un peu d'amertume, il sait bien que son physique de tueur l'a tristement condamné à certains rôles.


Au début, mes questions semblent le laisser froid mais très vite, Haig est surpris de constater que je connais sa carrière. Il répond généreusement à mes questions sur son meilleur ami le réalisateur Jack Hill, ce copieur patenté nommé Francis Ford Coppola, Pam Grier et la blaxploitation, le  film culte Spider Baby et son importance, les biscuits fait maison de Sheri Moon Zombie, ses films préférés, Che Guevara, Tarantino et sa folie. Qu'on se le dise: Sid Haig ne supporte pas l'ennui. Il se fait donc un devoir, avec succès, de ne jamais être ennuyant. (à partir d'ici, cliquez sur les noms souligner pour écouter nos émissions complète  sur le sujet)

Sid Haig : Salut tout le monde. Content de voir qu’il a des fans d’horreur dans la place!


Francis Ouellette : Bonjour tout le monde. Je suis le co-animateur de l’émission de radio Les Mystérieux étonnants et de l’émission de cinéma le 7ème antiquaire. Ne perdons pas de temps car nous avons avec nous Mr. Sid Haig. 
(Haig s’inquiète en m’attendant parler en francais)
Oui Mr. Haig, cette émission sera bel et bien en anglais!


S.H: Bien, parce que sinon, je serais resté assis à t’écouter!


F.O: Mr. Haig, c’est un plaisir de vous avoir avec nous aujourd’hui. Si vous me le permettez, je vais vous introduire à ceux qui ne vous connaissent  pas - mais je doute qu’il y en ait  beaucoup ici! Pour la plupart d’entre vous, le gentleman ici même est Captain Spaulding, le patriarche de la famille Firefly dans les films de Rob Zombie House of a thousand corpses et The Devil’s rejects, mais également The Haunted world of El Superbeasto, pour ceux qui l’ont vu (c'est une trilogie quand même). Pour d'autres maniaques de cinéma, il est aussi une figure familière dans plusieurs productions de Roger Corman , mais aussi un ami personnel du réalisateur Jack Hill, un des grands initiateurs du genre de la  blaxploitation et de la WIP (le sous-genre de la Women in Prison). Il fut aussi, le gardien, le pimp, le chasseur et le bourreau de la sublime Pam Grier.
S.H: Yup.

F.O: J'imagine que ce fut un plaisir de chasser cette femme encore et encore pendant plus de 20 ans à l'écran?

S.H: Ce n’était pas du boulot éreintant, je peux te l’assurer.

F.O: Pendant plus de 40 ans, Haig a été une figure récurrente de l’horreur, de la télévision, il a prêté sa voix à plusieurs productions. Pour ma part, je vous ai vraiment découvert dans le film de Jack Hill Spider Baby or the maddest story ever told et vous.. m’avez…foutrement… EFFRAYÉ dans ce film!!!

S.H: J’étais juste un gros bébé! Allons donc! (il me lance un regard lugubre)

 
F.O: Vous étiez un gros bébé actif sexuellement! Vous chassiez les femmes dans cette maison étroite…pour moi –vous allez pouvoir me le confirmer- le film a toujours été une manière d’antépisode aux films de Rob Zombie, comme si votre personnage allait devenir un jour le Captain Spaulding.
S.H: Oui. Et Spider Baby était le premier film du genre à parler d’une famille de campagnards cinglés qui tuent et mangent des gens. 11 ans avant Rocky Horror, 13 ans avant Texas chainsaw massacre. Nous étions les premiers de notre genre!
F.O:Vous étiez cannibales! Ils mangeaient bel et bien de la chair humaine!!!

S.H: (au public) Vous savez quoi que ce soit à propos de l’histoire? Cette famille a une maladie qui s’appelle le syndrome Merrye qui fait qu’à mesure qu’ils vieillissent, ils régressent mentalement et physiquement jusqu’au point ou ils deviennent presque des bêtes, donc, on tuaient des gens et les foutaient dans le sous-sol de notre maison pour que le reste des membres de la famille les mangent.

(il fait un petit rire et un regard de maniaque tout à fait convaincant)

F.O: C'était un film horrifique mais aussi très drôle par moment, avec beaucoup d'humour noir. Ce n'était pas seulement un des premiers films à parler de cannibales rednecks qui chassent les gens mais il était un précurseur du vidéoclip de heavy-metal. Il serait probablement possible de refaire le montage de ce film avec du metal sans problèmes!

S.H: En fait, quelqu’un l’a déjà fait…oui…et ca marche. C’est dingue. Je suis dingue.

F.O: Magnifiquement dingue!

S.H: C’est amusant d’être dingue! Vous devriez essayer.

F.O: Est-ce que Rob Zombie vous a déjà dit s’il avait vu Spider Baby et si ça l’avait inspiré?

S.H:  Ok. Je vous raconte l’histoire. Comment me suis-je retrouvé dans House of thousand corpses? On me dit de me rendre dans un édifice, je signe un contrat, on me donne un scénario, on me dit de rentrer chez moi et de le lire et que si j’aime ça, le rôle est pour moi tout de suite. C’est beaucoup plus tard au mariage de Rob Zombie, alors que je parlais à son frère, que j'apprend un truc. Le frère de Rob me dit "C’est étrange!" Je lui demande "Quoi? Le mariage de ton frère?".  "Non…être là devant vous à vous parler"'

"De quoi parles-tu?"

"Quand Rob et moi étions petit, on se levait tout les samedis matins et on regardait Jason of Star command  à la télé et tu nous donnais une frousse pas possible".(Dans cette émission de télé à la Star Wars, Haig jouait le cruel Dragos, maître de l'univers auto-proclamé)

Il s'avère donc que  j’ai été dans la vie de Rob depuis qu'il a neuf ans. Il a suivi ma carrière tout ce temps et le jour où il m’a donné mon prix pour l’ensemble de ma carrière, mon Eyegor, il m’a confirmé que toute sa vie, il voulait devenir réalisateur et faire un film avec moi. C’est de là que tout part...

F.O: Puisqu’on parle de Zombie, nous allons devoir parler de Tarantino également, puisqu’il fait en quelque sorte partie de son nouveau clan. Tarantino s’est déjà fait poser la question à savoir qui était les trois plus grands réalisateurs de tous les temps et il a répondu trois fois Jack Hill! Il est obsédé par ce réalisateur.

S.H: Ouais..et il a dit ça d’ailleurs au Daily show de Jon Stewart... et Stewart a demandé qui était Jack Hill (rires)! Tarantino n’a pas cessé de le gronder durant les 5 minutes suivantes de l'entrevue parce qu’il ne le savait pas qui c'était!  Voilà. Jack est vraiment chouette. (Haig prend soudain de l’expansion) Jack Hill a fait ses études en cinéma au UCLA en même temps que Francis Ford Coppola. Jack Hill était un meilleur réalisateur. Coppola était un meilleur homme d’affaire. Il savait mieux faire sa promotion. C’est ça la différence entre les deux hommes.

F.O: Drôle que vous parliez de ça, parce que dans le premier film que vous avez fait avec Jack Hill (le court métrage  THE HOST 1960) la dernière partie ressemble à s’y méprendre à la finale d'Apocalypse now? On dirait que Coppola l’a copiée…
S.H: (Son visage se fait dur) C’était le cas. C’était totalement le cas. Francis n’a jamais voulu l’admettre mais son épouse l'a confirmé! Il cherchait une finale appropriée pour Apocalypse now et il s’est rappelé le film que j'avais fait avec Jack et s’est dit '"voilà, je vais finir mon film exactement comme ça!" C’est ici que vous l'avez attendu en premier les amis!

F.O: Jack Hill était Tarantino avant même que  Tarantino ne devienne Tarantino, mais en tant que cinéphile, il est évident que ce dernier a vu tous les grands films de blaxploitation dans lesquels vous avez joué, Foxy Brown et Coffy, où vous interprétez des effrayants gangsters et des pimps inoubliables…sérieusement, vous avez incarné des pimps mémorables!

S.H: (il rit) Je devrais peut-être me ré-orienter!

F.O: Tarantino avait donc eu la brillante idée de vous donner le rôle du juge de Pam Grier dans JACKIE BROWN, en hommage à tous vos rôles avec elle...

S.H: Oui…un jour je recois un coup de fil de Tarantino...je ne sais pas comment il a eu mon numéro de téléphone mais j’imagine que lorsque tu te nommes Tarantino, tu as des connexions à la CIA!-Il me dit : « je sais que tu n’es plus intéressé à jouer les balourds dangereux mais je t’ai écris un rôle et tu va le jouer et c’est tout!" J’ai donc obéis!

F.O: Je dois vous poser la question à l’instant. J’ai toujours voulu vous voir dans un véritable western, un western classique…vous jouiez un personnage appellez Django dans BLACK MAMA, WHITE MAMA

S.H: Il était dingue ce personnage!

F.O: C’était un révolutionnaire dangereux, une sorte de méchant Che Guevara…

S.H: ...mais il était drôle! Je mets de l’humour dans tout ce que je fais. Je vais t’expliquer la formule et gâcher toutes tes attentes mon pote : si tu parviens à faire rire quelqu’un, tu peux lui faire vivre n’importe quelle émotion par la suite. Le rire ouvre les gens et c’est à ce moment là qu’il faut leur rentrer dedans avec un camion...WHAM. (Rires dans la salle)

F.O: C’était ça la recette de Captain Spaulding hein?

S.H: Yup.

F.O: Un petit rire et ensuite, il tuait quelqu’un?

S.H: Dans ma scène avec les deux gars dans mon magasin dans HOUSE..., c’est précisément ce que je fais... je les pousse à bout et je les fais rire tout de suite après et ensuite, je les massacre.

F.O: Il faut que je vous demande …allez vous être dans le DJANGO de Tarantino?

S.H:  Je devrais non? Personne ne m'en a parlé encore.

F.O: Faut insister svp!

S.H: Je m’excuse. Je vais l'appeler de ce pas! Ok c'est fait!

F.O: Une question à propos de la chimie que vous aviez à l’écran avec Pam Grier. Certaines de ces scènes étaient assez violentes. Vous êtes un homme imposant : comment ca c’est passé avec elle à ce niveau là? Êtes-vous devenus des amis par la suite?

S.H : Nous sommes de grands…(il hésite et sourit) tu sais, quand tu passes ta journée à tripoter quelqu’un, t'as pas le choix de le devenir! J'ai rencontré Pam dans le film The Big doll house..... 
...un film de femmes en prison, évidemment. Pour moi, faire un film comme celui là aux Philippines, c’était le rêve de tout homme. Il y avait toujours 9 femmes nues sous cette chaleur…avec moi! (rires) Fallait que quelqu’un le fasse! Nous sommes forcément devenus des bons amis. Elle est comme ma petite sœur.

F.O: Êtes vous encore amis avec Jack Hill?

S.H: Mais oui! On se parle tout le temps!

F.O: Y’a t'il des chances qu’on vous voit à nouveau dans un film réalisé par lui?

S.H: (sardonique)Jack écrit aujourd’hui des comédies romantiques…

F.O: Huh? Le gars qui a révolutionné la blaxploitation et les Films de femmes en prison écrit des comédies romantique?

S.H: Faut bien évoluer! (rires)

F.O: Quel est le réalisateur avec lequel vous avez préféré travailler? Est-ce Jack Hill?

S.H : « Préféré » est un terme large…il y a les amis avec lesquelles j’ai aimé collaborer et les professionnels consumés...Jack Hill m'a gardé en vie durant les années 70 et 80. C’est un fait. D’un certain point de vue, c’est lui mon préféré. Tarantino est un de mes préférés parce qu’il est un cinéphile maniaque. Quand j'ai fais Jackie Brown avec lui, il a passé la journée à citer par cœur toutes les lignes de tous les films dans lesquels j'avais joué! Et Rob Zombie pour m'avoir donner une seconde vie…parce que j’avais laissé tomber. En 1992, je me suis dit « si personne ne me donne d’autre rôle que celui de pointer un fusil, je me retire… ». Quentin m’a fait revenir pour Jackie Brown mais ca n’a rien changé. C’est à Rob que je le dois. C’est à cause de lui que je suis ici, à Toronto et Calgary et San Diego. Je lui suis très reconnaissant. En ce qui concerne les réalisateurs avec une perspective artistique et à l'écoute de leurs acteurs,  j’en connais deux qui vont dans cette catégorie, trois en fait : Jack Hill…Rob Zombie…et Richard Fleischer. Fleischer a gagné un Oscar pour Doctor Dolittle, l’original, qui est un grand film. J'ai joué dans un de ses films avec Omar Shariff intitulé CHE!

À la fin de ce film, Che Guevara se décompose à vue d'oeil. J’y jouais un jeune révolutionnaire qui considère Che comme son frère et qui le voit tranquillement devenir un monstre. Nous y avons une dernière rencontre. Che est couché dans un hamac et ses problèmes d’asthmes empirent. J’étais à vingt pieds d’Omar Sharif pendant cette scène. Je suis inconfortable, Sharif me demande ce qui ne va pas. Je lui répond que mon personnage voit quelqu’un qu'il considère comme son frère en souffrance, qu'il me semble que la distance entre nous ne fait pas de sens et que nous devrions nous rapprocher. Omar a proposé l’idée de changer la scène à Fleischer- il savait que Fleischer n’y tiendrait pas compte si ça venait de moi, un jeunôt. Omar lui propose l’idée de nous rapprocher et Fleischer acquiesce en disant « Eh ben! On reçoit des nouvelles leçons tous les jours! ». Ça prend de l’humilité de la part d’un réalisateur de cette trempe pour faire, ce qui prouve sa qualité. Mais je ne voulais pas vous emmerdez avec cette histoire…

F.O: Non, non, c’était une histoire magnifique. Une toute nouvelle génération se familiarise avec vos films. Il y a peu de temps de ça, trop peu de gens respectaient les films de genres, de Hill et Corman, la blaxploitation ...Cette nouvelle génération traite ça avec révérence et en  considérant la pertinence sociale. Même les films de Femmes en prison véhiculent parfois des idéologies féministes…

S.H: Oh oui! Et quand nous faisions ces films, c’était évident pour moi que ça pouvait être interessant pour les femmes -et les hommes…comment ne pas être interressé par ses visions de femmes magnifiques sous la douche? C’est vrai que les gens et les critiques faisaient la gueule aux genres à l’époque. En fait, quand House of a thousand corpses est sorti, les critiques l’ont massacré…ils ont tous changé d’opinion quand le film est devenu populaire. Rob se disait : Ah Voilà! Maintenant que nous avons fait 37 millions, nous avons droit à des critiques positives!" Les critiques de cinéma de comprennent pas les films d’horreur. C'est probablement la raison pour laquelle il n’y a jamais eu de film d’horreur nominé aux Oscars. C’est aussi pourquoi les studio Universal, qui fut jadis la maison de l'horreur, ont créé leur propre cérémonie, les prix Eyegor, pour célébrer les créateurs du milieu de l’horreur.
L'an dernier, j’y ai reçu un prix pour l’ensemble de ma carrière de la main de Rob (applaudissements). Ce fut mon plaisir, je peux vous l’assurer.
F.O: Et vous n’avez pas arrêter de travailler depuis que Rob Zombie a fait ses films. Je dois le dire : dans Devil's rejects, vos personnages étaient absolument terribles et amoraux, mais à la fin du film, je me souviens que plusieurs personnes pleuraient dans le cinéma quand même. Votre mort était épique.

SH: Suffit de cracher un peu de sang et de s’évanouir!

Une question du caméraman, nul autre que Yoann-Karl Whissel, co-animateur des Mystérieux étonnants et réalisateur dans le collectif Road kill Superstar, un vrai fan :

Yoann: J’ai pleuré aussi quand vous êtes mort! Qu’est-ce qui rendait votre personnage si fascinant? Il était un peu moins monstrueux que les autres non?

S.H: Il était fascinant parce qu’il était honnête. Il ne se laisse pas emmerder et se faisait sa propre justice. C’est mon travail en tant qu’acteur d'inventer un être humain crédible à l’écran et d'en considérer les multiples facettes. Je suis certain qu'Al Capone pouvait faire rire sa bande avant de tuer une vingtaine de personnes contre un mur! Chacun d’entre nous dans cette salle sont des monstres et des gens magnifiques. L’acteur va chercher ces contradictions en lui-même.

Une question du public :

J’ai entendu que vous deviez être dans PULP FICTION?

S.H: Une des erreurs les plus stupides de ma vie. Tarantino voulait que je joue Marcellus Wallace. Je voulais le jouer. Tarantino me complimente après mon audition et me dit qu’il est fan. Il me dit de regarder autour de moi. Partout dans son bureau, il y a des grandes photos de moi. Je lui en signe une. Plus tard, je parle à mon agent pour lui faire comprendre que je ne veux plus faire de tournage sous pression et dans le stress. L’offre pour Pulp FICTION ne m’accordait qu'une seule journée de tournage. Je trouvais ça irritant: tourner en une seule journée est compliqué, il faut se déplacer constamment et travailler comme un dingue. On ne réalise rien de bon dans ce temps là. Je ne voulais plus faire ça. Personne n’avait penser à me faire savoir que Tarantino ne travaillait pas comme ca. Je ne le savais pas. Depuis, je n’ai jamais eu de gros rôles dans un de ses films et je le regrette.

F.O: C’était plus amusant de voir Ving Rhames se faire violer non? Je n’aurais pas pu supporter de vous voir vous faire violer...
S.H: (il est hésitant et perplexe) euhh…j’imagine que c’est effectivement mieux de le voir lui que de me voir moi…mais ça fait partie du boulot!

F.O: Mais Tarantino a quand même insisté par la suite pour que vous faire jouer le juge de Jackie Brown par la suite. Ca n’a malheureusement pas redémarré votre carrière vous disiez ?

S.H: Non c’est vraiment grâce à Rob. Laissez moi vous dire une chose: Rob Zombie est un être humain magnifique. Je suis conscient que lorsqu’on le voit, on se dit tout de suite "Bordel ! Je ne laisserais pas ce gars là approcher ma fille!". En 2000, quelques jours avant Noël, j’ai eu un terrible accident de voiture: Sternum fracassé, traumatisme cranien, le sang me sortait des oreilles et blah blah blah. Nous devions à ce moment là filmer des scènes supplémentaires pour House... Quand je suis arrivé à l’hôpital , je me suis dis que ce serait raisonnable de ma part d’expliquer à Rob que je ne pourrais pas filmer pour quelque temps. Ce que j'ai fais. Pas de problème. Quelques jours plus tard, Rob me téléphone pour me demander ce qui est advenue de ma voiture. "Ma voiture se lêche elle même le cul en ce moment Rob". Les assurances faisaient chiées et je n’avais plus de voiture. Rob me dit alors qu’il m'en achetera une. Je lui dit que je le rembourserai. Il me dit "Sid…c’est qu’une voiture. Ta gueule…".Quelques jours plus tard, il cogne à ma porte avec son épouse Sheri Moon qui tient un panier bourré de ses biscuit maison, de pots de confitures et de soupes. Je suis atterré. "On va pas te laisser crever de faim ok!" Et Rob me donne les clés de ma nouvelle voiture.

F.O: Vous l’avez entendu ici les amis! Les Zombies font des biscuits maison!

Un question insipide du public sur la marque de sa voiture. Une autre, pertinente, sur ses prochains films.

S.H: J'ai tourné un film ici au Canada qui s’intitule CREATURE. J’ai un film qui commence bientôt au Blue Water film festival et deux autre qui s’en viennent , ZOMBEX et THE INFLICTION, où je joue un psychiatre…(rires instantanés). Yup. C’est très important pour moi. J’ai été cantonné à jouer les gangsters et des maniaques de film d’horreur assez longtemps. THE INFLICTION est un film d'horreur mais je joue un véritable psychiatre qui veut aider une jeune fille.
Question du public

Est-ce que vous serrez dans le prochain projet de Rob Zombie?

S.H: Je ne sais pas. Nous avons pas mal parlé. Rien d’officiel encore mais nous parlons.

F.O : Une autre question. Dans SPIDER BABY on retrouvait un fort sentiment familial. Même chose avec Texas chainsaw massacre et dans les films de Rob Zombie aussi, où Bill Moseley est un peu lui au final. Êtes vous devenu une figure paternelle pour lui?

S.H : Je ne sais pas…j’ai assez d'enfants comme ca (un rire narquois)

F.O : Vous en avez eu avec Pam Grier.

S.H : Quoi? Euh...non.

Un commentaire du public. Quelqu’un s’excuse auprès de Sid. Il semble que Doug Bradley et Sid avaient demandé à ces gens de la convention un bon endroit où manger le soir d'avant, mais que ces derniers ne savaient pas et cherchaient également.  Ils ont trouvé seul finalement. Où ont-ils mangé, l'histoire ne nous le dira pas. Mais imaginez: Captain Spaulding et Pinhead en train de manger du St-Hubert!!!!! Creepy.

F.O : Parlez nous un peu de ZOMBEX?

S.H :Non je ne peux pas. Je ne sais rien du film. Je peux vous dire que j'y joue avec Malcolm McDowell.
F.O : C’est bien pour ca qe je vous pose la question…lui est vous ensemble…ca me donne mal à la tête…

S.H : Mcdowell joue un docteur-scientifique qui fait des expérimentations inappropriées sur les gens et je suis le commandant d’un bataillon militaire spécial, un vrai dur à cuire…. j’ai appris récemment que c’était une comédie musicale!!!!

F.O: Huh? Oookkkk. Quand vous avez commencer votre carrière, vous n'aviez pas prévu le DVD évidemment, qui permet d’intéressantes expérimentations. Je ne sais pas si des gens se souvienne du menu du DVD de HOUSE...où on peut voir Haig, hurler, s’adresser au spectateur en lui disant de commencer le putain de film! C’est effrayant!
S.H: J'ai entendu dire que des gens mettent le menu de DVD en loop durant des fêtes…il  le laisse tourner toute la nuit…C’est fou! Bien plus fou que moi…

F.O: J'ai travaillé jadis dans un club vidéo et nous avons fait ça pendant une semaine…pas des farces! Les clients devenaient dingues.

S.H: T’es malade! C'était une des premières fois que quelqu’un utilisait le personnage du film comme élément interactif du menu!

YOANN : Comment vous préparez vous pour un rôle?

S.H: Je ne fais pas grand-chose! (il rit). Comme je vous disais tout à l’heure, je suis dingue. Je m’ouvre et je laisse tout sortir. SPIDER BABY avait été difficile parce que je n’avais aucun référence. Je suis allé au zoo pour regarder les singes et les imiter. Je regardais des enfants jouer dans un parc. (Tout ce que Sid Haig vient dire à ce moment là déclenche des images effrayantes dans ma psychée)

F.O: Je somme tout le monde de regarder SPIDER BABY d'ailleurs!

S.H: C'est un film magnifique. Nous l’avons fait en 1964, avant même que vos parents soient nés et tous les cinq ans, les gens semblent redécouvrir ce film. En fait, un des seuls endroits où il a été longtemps disponible, c’est ici, au Canada. Des copies VHS trafiquées! C’était 120 $ le VHS.

Question du public :

Y’a-t-il un type de rôle que vous n’avez pas fait et qui vous intéresse?

S.H: Oh oui…plusieurs…j’aimerais jouer un policier. Je pourrais être un flic pur et dur. J’aimerais jouer un prêtre. Jouer dans une comédie romantique…

F.O: Jack Hill en écrit en ce moment!!! (rires)

S.H: C’est le seul genre que je n’ai jamais fait! Pourtant, je suis un grand romantique. Tu devrais me voir pendant la Saint-Valentin!

F.O : Quel est ton film préféré?

S.H : Lawrence of Arabia. Mon film d'horreur préféré est HOUSE OF WAX. Je l’ai vu au cinéma en 3d et j'ai eu la peur de ma vie! C’était un des plus importants films en 3-D de l’époque. Les mannequins se lançaient sur toi! J’y était avec mon père qui m’a tout de suite dit que ca lui rappelait THE JAZZ SINGER (le premier film parlant). Les gens était effrayé par la voix d'Al Johnson !
Mon deuxième film d’horreur préféré est CUJO. Pensez-y un moment: c'est effrayant, un Saint-Bernard de 200 livres qui veut bouffer ta voiture!

F.O: Une question cruelle. Tout ce que vous avez fait est brûlé par une foule de maniaques et vous ne pouvez sauver non pas un seul film mais une seule scène...Laquelle? Une seule scène où vous avez mis tout votre cœur et votre talent…

S.H : (Il réfléchit longuement. Un peu ému) Je pense que ce serait la scène avec Omar Sharif dans CHE!

F.O: Justement…vous avez joué pas mal de personnage arabes non?

S.H: J'ai joué toutes les nationalités imaginables. Quand nous faisions COFFY, un des techniciens noirs s’est approché de moi pour me dire ceci « Si tu dis à quiconque que je t’ai posé cette question, je vais le nier, te traiter de menteur et te botter le cul par la suite mais il faut que je saches…es-tu noir?". Je lui ai répondu « À l’intérieur mon frère! Juste à l’intérieur! J’ai même joué des Suédois!!! Je fais le profil non?

F.O: Vous avez aussi travaillé avec un autre réalisateur intéressant, Eddy Romero, un autre nom associé avec les Women in prison? Il est moins connu que Jack Hill cependant. Parlez nous de lui...

S.H: C’était quelqu’un de particulièrement intelligent. Très méthodique. Un grand technicien et un homme généreux. J’ai tellement fait de film avec aux Phillipines durant cette période; je terminais un film et on en commencait tout de suite un autre, BLACK MAMA WHITE MAMA...
 
Les gens du  studio étaient pingres et ils considéraient que c’était une bonne idée de me garder là-bas entre les deux productions. Cinq semaine se passent et j'y suis encore. Les producteurs ne savent pas trop qui sera dans le film. Je leur ai tout de suite dit «C’est évident! Vous allez le demander à Pam Grier et une autre fille, probablement une blonde. Est-ce qu’on va faire un putain de film? Je m'emmerde ici". Durant cette période, je mangeais souvent au restaurant avec Romero et il payait toujours. Un jour, je lui dit que c’est mon tour de l’inviter. Nous allons au Manilla Press club. On mange bien, on parle philosophie, politique et religion. Le gars connaît tout. À la fin du repas je lui demande où payer et il me répond « Je suis membre du club. Je ne paye pas ici! » C’était Eddy Romero. Un bon gars et un bon réalisateur.

Filmer à l’étranger était assez primitif. Nous étions tout le temps dans la jungle et j’y ai tourné quatre ans avant que l’invention de la toilette chimique ne se fasse! Avant, c’était le buisson. Les actrices n’en revenaient pas. Un jour, j'ai dis à l'une d’elle « Tu es dans la jungle! Tu es tellement sans conséquences ici…tout ce qui vit ici peut te tuer et le fera sans hésitation,  donc, fais tout avec prudence et respect. » Je lui demande de lever une feuille et de regarder en dessous. Il y avait une colonie d’insectes qui y vivaient. Je lui ai expliqué qu’il en était ainsi pour tous les centimètres carrés de la jungle et qu’il fallait constamment être aux aguets et aller dans les buissons avec quelqu’un. J’adorais filmer là-bas! Quand je suis retourné à Los Angeles après avoir vécu dans cet atmosphère raréfié, je pouvais littéralement sentir le smog me brûler la peau et les poumons. Aux Philippines, pour passer le temps, je me faisais faire des costumes sur mesure tous les jours par la costumière. Je tournais un truc qui s’appelait Wonder Women et quand la designer n’était pas là, je créais mes propres costumes. J’adorais ça! Ils ont même télévisé un show de mode où il y avait mes créations! Je fais toujours des trucs comme ça quand je m'ennuis! J’étais à une convention à Phoenix, le pire endroit pour une convention de film d’horreur, dans un hôtel Marriot 5 étoiles. Hôtel de luxe et film d’horreur, mauvaise idée. Il n’y a pas eu 300 personnes à cet événement. Je m'emmerdais. Jusqu'à ce que je vois dans un des lobbies un Chihuahua en peluche, que je veux acheter à son propriétaire et qu’il m’échange contre un autographe. Je me suis promené avec ce Chihuahua autour du mollet toute la fin de semaine, en faisant des sons de gémissements! Faut pas me laisser m’ennuyer…

F.O: Monsieur Haig, merci de votre temps.

Quelques minutes après l'entrevue, Sid Haig vient me voir à ma table. Encore sa démarche lente et les gens qui se tassent de son chemin. Il vient me serrer la main. Il me fait un grand sourire. "Tu as fait une très bonne entrevue mon gars...très bonne. J'ai eu du bon temps. Tu avais fait tes devoirs en tout cas, c'est évident!" "J'ai simplement vu vos films Mr.Haig". Il me fait une claque sur l'épaule et repart aussi lentement.

-FRANCIS OUELLETTE

mercredi 26 octobre 2011

FNC '11: le mot de la fin, VOLCANO, TAKE SHELTER, PLAY ET SNOWTOWN

Quelques jours pour décanter la massive surdose de stimulis offerte par le FNC cette année, exceptionnelle à bien des égards.  Sur mes 16 films visionnés, le 7ème n'aura pu pondre que 6 critiques, dont 4 s'adressent aux plus importants  films découverts au Festival: SHAME de Steve McQueen, LOS ULTIMOS CRISTEROS de Matias Meyer, HORS SATAN de Bruno Dumont et GUILTY OF ROMANCE de Sion Sono (cliquer sur les liens pour  lire les critiques).

Un dernier survol des autres grandes découvertes avant de quitter...

VOLCANO de Runar Runarsson- La mémoire et la mer
Pas surprenant que ce film remporte la Louve d'or du FNC. L'éventail d'émotions riches et contradictoires qu'il est capable de générer évoque sans peine  les grands Bergman et Kurosawa. On est bel et bien dans les mêmes eaux que celles de FRAISES SAUVAGES et de IKIRU.

Hannes est un islandais renfrogné et cynique qui commence les premiers jours de sa retraite.  Ses liens avec sa famille sont tendus et ses journées sont ennuyantes. Entre son vieux bateau, sa clope occasionelle et sa pauvre femme qui ne sait plus comment le prendre, Hannes ne sait pas trop à quoi ressemblera le reste de sa vie. Alors que son coeur commence à peine à se réveiller à la vie, celui de son épouse s'arrête quelques secondes. Elle restera paralysée. Hannes considère qu'il est de son devoir de s'occuper d'elle à la maison, ne serait-ce que pour s'amender de plusieurs années de mauvais traitement. Mais sa famille ne le voit pas du même oeil...

Quand il est question de larmes et de serrements de coeur,en ce qui me concerne, les Scandinaves n'ont pas leur pareil. Il faut que je fasse le jeu de mot; VOLCANO est un film sur l'éruption, celles que l'on contient en soi et qui détruisent. Ces éruptions de vie et de bonté aussi, qui nous prennent parfois -dont un morceau d'anthologie vu dans le film, une inoubliable scène d'amour entre Hannes et son épouse. Une des grandes forces du film, c'est évidemment son interprète principal, Theodor Juliusson. Avec son physique de  viking bourru et sa mine patibulaire, Juliusson semble toujours sur le point d'exploser. Il pourrait avoir ces mots de Beckett tatoués sur les biceps "Mes meilleures années sont peut-être derrière moi... mais je ne veux pas revenir en arrière. Pas avec le feu qui brûle en moi maintenant."  Rien de plus troublant que de voir ce vieux guerrier apprendre douloureusement  la tendresse auprès de sa femme catatonique (d'emblée lorsque cette femme est le sosie vivant de Janette Bertrand). Dans VOLCANO, il y a la grande mélancolie d'une vie qu'il a fallu laisser derrière, un quotidien aux larges des îles qu'il a fallu abandonné et un homme qui doit réapprendre à vivre en se rapprochant de la mort.

En regardant VOLCANO, j'entendais des passages LA MÉMOIRE ET LA MER  de Leo Ferré, dont le film de RUNARSSON est le lointain cousin; Reviens fille verte des fjords, reviens violon des violonades, dans le port fanfarent les cors, pour le retour des camarades...

Je lance tout de suite la supposition dans l'éther; VOLCANO sera retenu aux Oscars et si c'est le cas, il gagnera.


TAKE SHELTER de Jeff Nichols- La dernière tentation de Curtis

Une famille américaine tout ce qu'il y a de plus classique. Le père, Curtis est ouvrier, la mère est femme au foyer, leur petite fille est mignonne et sourde. Ils vont à l'église le dimanche et mangent du pain de viande.  Une véritable crèche de sapin de Noel, style americana. Depuis quelques temps, Curtis s'inquiète de  phénomènes atmosphériques qui lui semblent anormaux. Pluies gluantes et brunes, étranges formations de nuages et comportement erratique des oiseaux. Curtis s'inquiète pour  sa famille; même ses rêves sont maintenant traversés d'inquiétantes visions. Sa famille s'inquiète pour lui; il est le seul à voir ces phénomènes. Et quand Curtis se met à construire fiévreusement un abri contre une catastrophe qui n'est imminente que pour lui, sa vie change drastiquement..

Deux lignes qui reviennent souvent à propos  de TAKE SHELTER, c'est qu'il emprunte  à Malick et que Michael Shannon est le nouveau Christopher Walken.
Pour ma part, tant qu'à grapiller dans les hautes sphères de la référence, TAKE SHELTER est un drame psychologique à ranger entre deux de mes films préférés, JACOB'S LADDER et THE LAST WAVE. Du premier, il partage les angoisses existentielles, la paranoia et le sous-texte gnostique. On y trouve aussi un comédien immense jouant un personnage en chute libre et incertain de ses propres visions. TAKE SHELTER devient un peu le pendant champêtre de JACOB'S LADDER oû le protagoniste ne cherche pas le salut de son âme, mais la survie de sa famille .
De LAST WAVE, il partage l'ambiance, les visions apocalyptiques et un rythme allant en crescendo vers l'inéluctable révélation qui n'est pas celle que l'on croit..
Au delà des références, TAKE SHELTER reste un drame psychologique d'une efficacité troublante.. Est-ce que Curtis est fou ou est-il un prophète?  La réponse à cette question devient vite accessoire. Qu'il soit un chamane sensible aux changements de la terre ou un schizophrène, Curtis souffre profondément de ces visions et perd tranquillement la confiance de ses proches.  Là est le drame. Il est familial et la famille, c'est évidemment les États-unis au grand complet, avec ses angoisses des dernières décennies.  TAKE SHELTER n'est cependant pas du tout un film apocalyptique. Et oui, Shanon rappelle les belles années de Walken, mais son registre de jeu est infiniment plus diversifié.
Jeff Nichols a réussi à faire un classique instantané, un film qui aurait pu se faire à n'importe qu'elle époque sans qu'on y  apporte le moindre changement.  Un phénomène en soi; c'est son deuxième film. Mais c'est aussi sa deuxième collaboration avec un acteur trop peu célébré et en voie de connaître sa consécration. Michael Shannon retrouve ici ce registre de jeu tout en folie et en vulnérabilité qui l'a fait remarquer dans le BUG de Friedkin (rappelons que Shannon avait précédemment interprété ce personnage plusieurs fois au théatre). Sans aucun cabotinage, Shannon incarne l'angoisse de son personnage en lui conférant des dimensions sartriennes.

Nichols a déjà la trempe d'un auteur. C'est son prochain film avec Shannon, intitulé MUD, qui nous confirmera s'il l'est ou pas.

PLAY de Ruben Östlund- Funny games!  pour les 8 à 15 ans
Avec des plans-séquences évoquant souvent de simples caméras de surveillance, Ostlund nous fait suivre un petit gang de jeunes immigrants africains qui s'adonnent avec une inventivité hors du commun au taxage de  jeunes bourgeois. Il n'est pas seulement question pour la bande de dépouiller leurs victimes, mais d'exercer sur elles un niveau de domination psychologique et de manipulation digne des plus grands arnaqueurs. Pour eux, c'est un simple jeu. Un jeu qu'ils pousseront au paroxysme en choisissant parcimonieusement trois jeunes victimes qu'ils dépouilleront de tout, vêtement, argent et amour propre. Le tout avec une caméra qui ne recule devant aucune proximité, renchérissant la  tension et l'inconfort.

Il n'y a pas vraiment de violence physique dans PLAY. C'est à un niveau autrement plus insidieux que la cruauté se joue. L'intelligence des jeunes de la bande est grande et leur mesquinerie, née d'une relative indifférence,  l'est tout autant. En l'espace d'une journée, ils soumettront les jeunes garcons à une série d'humiliations plus inventives les unes que les autres. Les adultes sont évidemment absents et quand ils y sont, ils ont eux aussi peur de la jeune bande. Haneke qui réalise un épisode de Charlie Brown.  
Les victimes de bullying auront sérieusement froid dans le dos en regardant PLAY. Ces derniers  se retrouveront lancés à nouveau dans ces jeux de pouvoirs dont les subtilités semblent échapper cruellement à certains parents. L'ordre de préséance montrée sans fard, à  hauteur de jeune homme
En parallèle, Ostlund nous montre sa vision d'une Suède contemporaine en redéfinition; une scène oû des latinos déguisés en iroquois font du World beat  sur un coin de rue consolide dans son absurdité ce sentiment de perte de repère. Il prend aussi quelques risques en  ne se complaisant pas à peindre des jeunes immigrants qui souffrent de pauvreté et en démontrant les mécanismes pervers de l'instrumentalisation du racisme.

Bien au delà de tout désir de commentaire social, PLAY est un suspense naturaliste qui dérange grandement, servi par de jeunes comédiens tout à fait  crédible. Une découverte de taille

SNOWTOWN de Justin Kurzel- GUMMO 2: goin' down under!

La grande qualité de SNOWTOWN, c'est d'être candide tout en gardant  son sens indéfectible de la fumisterie. Accessoirement, le film nous raconte l'histoire d'une famille australienne défavorisée vue à travers le regard d'un des fils, Jamie. Pour échapper à sa vie merdique, il se lie d'amitié avec John, un individu charismatique qui intégrera rapidement sa famille. Ça tombe plutôt mal, l'individu est John Bunting, aujourd'hui le plus tristement médiatisé des tueurs en série d'Australie. Jamie découvre rapidement que John n'est pas le papa dont il avait besoin...ou peut-être que si justement, ce qui est bien pire.

La première heure de SNOWTOWN est hilarante bien malgré elle : le réalisateur s'acharne avec une diligence déroutante à copier tous les grands plans de GUMMO, le film d'Harmony Korine, à quelques inflexions près...mais avec un sérieux qui frôle le pompeux.  Je ne parle pas de quelques emprunts prétextant l'hommage mais bel et bien de la totale, the whole shebang, le rip-off de long en large. Tout y est: photo jaune-pisse, acteurs avec des gueules de consanguins et freaks de grand chemin, la cuisine en contre-plaqué, les engueulages familiales inconfortables, les goons qui se tiraillent et même  les repas dégoutants de spaghettis mastiqués en stéréo. On a même remplacé les scènes de trituration de cadavres de chats par des kangourous. La totale je vous dis!

Jusque là, l'idée de voir un GUMMO 2 en Australie me plaisait plutôtt bien. Le problème, c'est que Kurzel est occupé à donner à son film des airs de WAR ZONE, le film de Tim Roth. Qu'est-ce qui manquait à GUMMO selon lui? Un Ray Winstone. Un personnage charismatique et inquiétant qui se révèle être un monstre. Ray Winstone joue toujours les figures paternelles déviantes dans ces étouffants drames sociaux anglais. Trouvez moi tout de suite un Ray Winstone! Le rôle du tueur Bunting sera donc tenu par Daniel Henshall (seul point fort du film, du vrai gaspillage), sorte de Ray Winstone océanique.

Exit GUMMO. La deuxième heure, Kurzel fait du pilote automatique en pastichant maintenant HENRY:PORTRAIT OF A SERIAL KILLER...avec le même sérieux débonnaire dans l'appropriation. Tout y sera, même la  scène réglementaire d'étranglement trop longue. SNOWTOWN est un de ces produits bâtards et amorphes qui se cachent derrière de vagues justifications conceptuelles, en prônant à fond la carte du post-modernisme.  Ce qui est miraculeux, c'est qu'il arrive à plaire à quelques cinéphiles, malgré sa vacuité presque totale.

Plusieurs personnes quittaient pendant le film. Ce fut le cas aussi à Cannes, dit-on. Les producteurs pourront crier à qui veut bien l'entendre que le film est trop choquant pour certaine personne. Alors qu'en réalité,  les gens quittaient parce que SNOWTOWN est aussi captivant qu'une tempête de neige dans l'écran et aussi pertinent que le son de l'écho. 

mardi 25 octobre 2011

Notre émission du 19 octobre: Assassins, lavage de cerveau et libre-arbitre-De MANCHURIAN CANDIDATE à NIKITA

Cliquer ICI pour écouter notre émission sur le sujet
Jodorowsky disait récemment, en parlant de son futur film KINGSHOT, que les gangsters étaient les derniers grands personnages métaphysiques du cinéma. Il est vrai qu'ils ont remplacé en quelque sorte les samourais et autres  desperados; suffit de voir la révérence avec laquelle  toute génération rédécouvre SCARFACE.

Qu'en est-il dans ce cas des assassins? Forcément, la dimension métaphysique de l'assassin au cinéma est encore plus forte que celle des gangsters. Ils sont des incarnations de la mort, de la mince ligne rouge qui décide du sort des individus. Il est souvent conditionné, entrainé, réglé au quart de tour. Il diffère du meurtrier et du tueur en série parce que très souvent, il ne jouie pas nécessairement de sa besogne. C'est un ouvrier et parfois, un mécanicien de la mort, tout simplement.
Que son conditionnement soit le fruit d'un lavage de cerveau invasif ou d'un entrainement pavlovien, l'assassin au cinéma devient souvent un point d'interrogation sur la notion de libre-arbitre et de conscience. De MANCHURIAN CANDIDATE à NIKITA, c'est lorsque l'assassin doute de lui-même et connait la fatigue que le moteur du drame s'enclenche. C'est la grande tragédie de l'assassin que de douter de lui-même.

Ce sont ces notions que nous abordons a l'émission cette semaine...à bout portant.

dimanche 23 octobre 2011

FNC '11: Critique de HORS SATAN-Le cinéma sera mon église

(Cette critique est précédemment parue dans Le Baron Mag ici même)
Il pleuvait des torrents le jour où j'ai vu HORS SATAN au FNC. Une pluie lourde froide.. Je me rendais à vélo au cinéma quand elle m'est tombée dessus sans crier gare; 20 secondes et mes pieds baigneaient dans le petit marécage de mes godasses. J'ai froid, j'ai faim, je suis maussade et je m'en vais voir un Bruno Dumont. C'est parfait. Fuck la 3-D: nothing is better than the real thing.

J'entre dans la salle de cinéma. La climatisation est si forte que le froid me rentre instantanément dans les pores. La salle est sombre et je n'y vois absolument rien. L'obscurité a duré quelques interminables secondes. Un pote m'avait gardé un siège mais je ne le voyais pas. Je suis resté debout, immobile, jusqu'à ce que mon ami apparu de nulle part vienne me chercher et me guider vers mon siège. Again: nothing is better than the real thing.

La réalisatrice Catherine Martin est derrière moi. Je me rappelle en la voyant que son MARIAGES est un de mes films québécois préféré. Je me souviens de quelques scènes de ce film et je me dis à ce moment là que Dumont doit avoir eu une certaine influence sur elle. Je ne veux pas la déranger et je dispose mes vêtements dégoulinants autour de moi en silence. Je la regarde furtivement. Catherine Martin a des yeux noirs et percants, je trouve. Je m'affale dans mon siège. L'eau froide et poisseuse me cole au corps. Mon ami me tend une barre tendre. Je le remercie en grellotant.

Le film commence. À l'écran, il pleut des torrents. Premier plan du film: sous cette pluie, une porte anonyme s'ouvre et une main tend un sandwich à une autre main. Quelques secondes seulement et je vis mon expérience de cinéma la plus viscérale de l'année. J'admet sans broncher que j'ai un penchant ésotérique et à ce moment précis, j'embrassai avec reconnaissance la conjugaison de ma réalité et de celle du film. HORS SATAN m'a déjà possédé.

Je n'ai pas la moindre idée de quoi parle le film de Dumont, si ce n'est du texte magnifique d'Helen Faradji dans le programme du FNC. J'imagine un peu de quoi il en retournera. J'ai vu ces autres films. Comme toujours devant un Dumont, je somnole un peu au tout début. Ca ne me dérange pas outre mesure et pour moi, ca fait partie de l'expérience. De toute manière, je retrouve souvent les personnages au même endroit où je les avais laissés.

Il y deux personnages à l'écran. Une jeune femme à la peau blanche et au regard triste et un homme, fascinant. Son visage est assymétrique, avec une arcade souricillière qui dévie. Il a des yeux clairs et des dents de lièvre.

Jadis, je faisais des run de truck pour distribuer des denrées alimentaires à des groupes communautaires une fois par semaine. L'homme avec qui je faisais ces runs lui ressemblait beaucoup. Un gars de peu de mot toujours sur la go avec un regard profond. Il avait la maladie de Crohn et sentait la clope et la sueur. J'aimais bien cet homme qui distribuait de la nourriture aux gens sans se faire payer. Mes silences de plusieurs heures avec lui dans son pick-up me plaisait beaucoup. Des fois, on grignotait une tranche de pain aux raisins grapillée dans l'entrepot. Il s'appelait Daniel. Je le trouvais beau et je n'ai jamais eu la moindre idée de ce qui se passait en lui.

Le personnage masculin de HORS SATAN me faisait penser à Daniel. On ne sait d'où il vient et pourquoi il s'installe dans le village sur la côte. Il est de passage, c'est tout. II est comme le Survenant, comme Zatoichi, comme l'incroyable Hulk dans la série télé, comme le Vagabond (le célèbre chien y fait d'ailleurs une apparition remarquée dans une scène de crossover) . C'est un quéteux. Il erre. Il dort dehors. Se réchauffe en se faisant des petits feux.

Une relation se forme entre lui et la jeune fille. Un amour platonique, où ils marchent en silence, se parlent peu.



Mes vêtements sèchent doucement. Je me réchauffe. Je regarde cette homme de passage et son étrange visage. Je regarde comment Dumont arrive à extirper le sacré de cet individu qui n'est pas un acteur. Je pense à Daniel et à nos runs de trucks silencieuses. Je pense à cette citation de Maitre Eckart: On peut concevoir la chaleur sans le feu et la lumière sans le soleil, mais on ne peut concevoir Dieu sans l'âme ni l'âme sans Dieu, tant ils sont un.

Je termine HORS SATAN. Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir écrire sur ce film? Je pense à deux phrases, que je griffone sur un calepin encore humide.

"Dumont a fait un miracle" et "le cinéma est mon église"


-FRANCIS OUELLETTE






samedi 22 octobre 2011

FNC '11: Critique de LOS ULTIMOS CRISTEROS-Marcher entre l'ivraie et le faux

(Cette critique est initialement parue ici dans le Baron Magazine)
 
Je me confesse. Je suis un fier apostasié et j’ai une perspective de l’Église qui oscille entre l’indifférence et le dégoût. Par contre, les Écritures m’émeuvent profondément. La figure du Christ également. Il me suffit de voir l’effigie du Crisse pour me sentir entre bonnes mains, comme si un vieux pote de route me saluait, genre vieux routard. Conditionnement judéo-chrétien résiduel qui traverse les générations, sans doute. Reste que Jésus est pour moi un crisse de bon diable, one of the best.

Surprise de taille: Jésus est au FNC cette année, du moins, sa version gnostique. L’Apocalypse est encore et toujours dans l’air du temps aussi. Les deux viennent souvent ensemble, à ce qu’on dit.  Il y a L’Eschaton Tarkovskien tout en intimité du dernier Béla Tarr, celui de TAKE SHELTER et son prophète parano. MELANCHOLIA, bien sur, et surtout le dernier Bruno Dumont, qui assume pleinement son mysticisme chrétien. Mais c’est dans LOS ULTIMOS CRISTEROS de Matias Meyer que le Christ est le plus présent.  Il s’incarne dans une poignée d’hommes aux visages burinés qui portent le sombrero.  
 En 1925, le gouvernement mexicain décide d’imposer de sévères restrictions aux pratiques religieuses du peuple, pouvant aller jusqu’à la peine de mort. Un petit groupe de rebelles, les Cristeros, s’y oppose et continuent de vivre selon les principes de leur foi. LOS ULTIMOS CRISTEROS nous montre le chemin de croix de ces hommes en fuite. Sporadiquement, les balles fusent du vide, comme si le paysage lui même les crachait, et les hommes tombent petit à petit. Ce chemin de Croix, Meyer nous le fait vivre pas à pas, entre langueur et lenteur. L’approche rappelle, c’est inévitable, les méditations filmiques de Reygadas mais aussi celle de Dumont (voir HORS SATAN et ce film le jour même doit laisser le spectateur dans un certain état de Grâce). La faim s’installe, la cadence des hommes ralentie. Les munitions servant aux coups de semonce se raréfient. Les nuits sont froides et les jours sont secs. Assoupis sur le flanc d’une sierra, dormant sous leur sombrero, agonisant dans une grotte, immobiles sous la lune… les moindres détails du chemin de croix des derniers Christeros nous seront montrés.
 Au début, le quotidien de ces hommes est d’une intolérable monotonie; même le cinéphile le plus aguerri et habitué au parcours aride peinera parfois à les suivre.  Autour de moi dans la salle de cinéma, beaucoup d’œil se fermait doucement. C’est précisément à ce moment que le miracle se produit. C’est dans cet état de fatigue que le spectateur devient lui-même, ne serait-ce que quelques minutes,  un Cristeros. Si les prières psalmodiées et inaudibles retentissent dans le paysage, les quelques rares morceaux de trompettes sorties tout droit d’un western-spag deviennent des lamentations. Meyer filme les sillons du visage des hommes- dont aucun ne sont comédiens professionnels- comme il filme le paysage. Un autre miracle se produit alors;  les hommes et la terre finissent par se confondre. Poussiéreux et craquelés, ils s’incarnent dans la terre et y trouvent leur salvation. Dieu est ici dans les fissures du monde.  Quand, sur le bord du feu, après des longues minutes de silence, les derniers Cristeros sortent leur guitares pour chanter une complainte sur leur pendaison imminente, l’effet est instantané...les yeux fatigués de nombreux spectateurs se mouillent. Pendant quelques minutes, l’athée que je suis s’est mis à envier cet incommensurable amour et cette soif de vérité.

Qui l’eut cru; Jésus est au FNC cette année.

mardi 18 octobre 2011

FNC '11: Critique de SHAME-Vérités ou conséquences

(Cette critique est originellement parue dans Baron Magazine).
Le premier film de McQueen, HUNGER, montrait avec une approche quasi clinique l’atomisation d’un membre de L’IRA incarcéré qui menait une grève de la faim. Le spectateur voyait son interprète principal, Michael Fassbender, disparaitre graduellement à vue d’œil. L’acteur avait pratiquement accepté de se laisser mourir. Le corps de Fassbender devenait en quelque sorte le paysage aride du film, arpenté dans ses moindres anfractuosités.
Le premier truc que j’ai fait en terminant le premier film de McQueen, c’est de manger avec révérence la première chose comestible qui me tombait sous la main. Une brioche aux petits fruits pour être exact, forcément une des meilleures de toute ma vie. J’ai ensuite attendu patiemment le deuxième film de McQueen.

Avec SHAME, McQueen retrouve Fassbender pour nous montrer le quotidien d’un homme qui souffre de dépendance sexuelle.
En terminant le film, j’ai constaté que je l’avais regardé dans un véritable état de dédoublement. Le cinéphile et l’obsédé sexuel l’ont vu en même temps, mais ils ne l’ont pas vécu de la même manière. Je les laisse donc alternativement s’exprimer.

Le cinéphile :

Brandon travaille dans une compagnie anonyme au cœur de New-york. Il a des fringues d’enfer, un corps superbe et une bitte aussi imposante que sa bourse. Il pourrait sortir tout droit d’un roman de Bret Easton Ellis, une sorte de lointain cousin des Bateman. Brandon est incapable de connecter aux gens parce qu’il est dépendant sexuel. Toute sa vie est organisée en fonction de ses appétits. Le tableau est large : séduction constante et chevronnée, multiples relations sexuelles par jour, masturbations compulsives et consommation outrancière de pornos. Rien ne semble remplir le vide qui l’habite. Une réalité qu’il devra affronter quand sa sœur, une envahissante hystérique assoiffée d’amour, vient s’installer chez lui. Avec en prime, un généreux side order d’ambigüité…
Là où McQueen nous montrait l’atomisation physique de Fassbender dans HUNGER, il nous montre celle de son cœur dans SHAME. Au sommet de son talent et de sa beauté, absolument bouleversant, Fassbender est filmé dans tous les détails de son obsession; son regard de prédateur affamé, ses larmes, ses grimaces de jouissances, la dureté de son corps et de ses gestes. La musique d’Harry Escott souligne avec emphase la mélancolie de ses ébats qui ne lui apporteront jamais satiété. Avec HUNGER, SHAME forme un dyptique informel sur la vacuité et la nature de l’appétit. Espérons une trilogie, parce que McQueen est un formaliste fascinant.
Avec LAURENTIE, présenté au festival cette année, deux films traitent sensiblement le même sujet avec une approche similaire; le vide idéologique et existentiel d’une certaine génération, montré frontalement et organiquement. 
 L’obsédé:

Oh la honte. SHAME m’a confirmé que je suis un obsédé sexuel. Vous l’êtes probablement aussi. Disons le bien franchement, je ne doute pas qu’il y a en ce bas monde des gens qui souffrent profondément de cette dépendance et je ne la ridiculise pas. Impossible cependant de croire au drame de Brandon, malgré le jeu magistral de Fassbender. La totalité des gestes qu’il pose dans le film, je les ai posé un nombre incalculable de fois. J’en ai assumé les conséquences. Une quantité raisonnable d’hommes font de même. Mon quotidien est façonné en permanence par les exigences de mes instincts, de la masturbation récurrente au boulot jusqu’aux baises urgentes devant les passants. Si si. C’est un enfer bien douillet que semble vivre Brandon. Impossible de ne pas sourire devant ces scènes où il pleurniche sur des envolées de piano en faisant du triolisme. La souffrance du mâle alpha blanc des États-unis est une chose assez drôle à voir, avec ou sans ironie de la part de réalisateur (rappelons que Steve McQueen est afro-américain). Si le protagoniste avait été dodu, moche et vaguement inquiétant, le tout aurait pris une dimension autrement plus convaincante. Or, en filmant de façon si inspirée la tension érotique qui habite Brandon, avec cette attention aux détails, à son corps magnifique et au plaisir évident de ses jouissances, McQueen ne parvient pas à inciter la moindre sympathie pour la condition de son personnage. Par contre, il est parvenu à exciter pas mal de monde dans la salle et je me suis fais un plaisir à observer la chose. Si on voulait me servir une bonne leçon, elle a eu l’effet d’une fessée invitante. 

Je le dis sans honte; SHAME est terriblement excitant. Beaucoup même…tellement que le premier truc que j’ai fait le générique à peine terminé, c’est de me satisfaire dans les toilettes du cinéma. 

-Francis Ouellette