vendredi 23 avril 2010

Switchblades: rien n'est plus tranchant que l'esprit

Si vous écoutez parfois notre émission, vous vous êtes forcément rendu compte que la voix de Jim, mon fidèle co animateur, s'est nettement modifiée à travers les années. Peut-être avez vous remarqué qu'il se cache quelque chose derrière cette voix d'encore plus changeant, une forme de langage triturée, syncopée, qui balance comme un jongleur ivre les langues, les citations et les références. La langue de Jim est une des plus colorée qui existe; elle est chaotique, parfois déstabilisante, chantante, comme une poste de radio changée sans la moindre constance. Pour moi, la voix de Jim, ce n'est rien de moi qu'un Jazz linguistique; elle peut couler de source ou déborder de manière torrentielle.

Vous savez d'où ça vient? La gorge, la langue, la voix, faites les analyses que vous voulez si vous connaissez le gars mais moi, je sais ce que c'est... Jim est un mutant, créé de toutes pièces par son époque. Sa mutation ne cesse de prendre de l'expansion. Il a la faculté de libérer le langage et les symboles: ils sont autant de ballons qu'il échappe de son esprit et qu'il laisse flotter au hasard, comme un jeu, comme une expérimentation, une prière ou une conjuration. Sa langue a le complexe de Zelig et elle s'adapte à tous les environnements. Jim est le pur fruit du breeding mémique et il est capable de se programmer lui même, à une époque où la communication et totale et ne dit rien du tout.

Anecdote: dans le roman adapté du livre Gremlins, on nous apprend que Gizmo le mogwai n'a pas la faculté de parole parce que le processus de sa pensée balance trop rapidement les concepts. Conséquemment, la petite créature utilise des agrégats émotionels; elle fredonne et laisse sa gorge vibrée, elle fait des Ohms de bonheur. Jim se fait appelé Gizmo depuis des années. Référence à un film, gadget, petit bouddha qui chante et garde ses Gremlins calmement en lui ...bref c'est Jim. Je ne sais pas s'il a pensé à tout ça. Sans doute, mais il n'en a jamais parlé.

Il était presque inévitable que la rencontre entre Jim et l'admirable rappeur-slameur-poète Bleubird se fasse un jour. Ce sont des individus de nature similaire, qui ont une approche du language ludique et profonde. Quiconque a passé 2 minutes avec Bleubird sait de quoi je parle; il fait sentir tout le monde comme si il était unique.

Il était donc évident qu'une collaboration entre les deux donnerait quelque chose allant de soi, une évidence pleine de simplicité mais fabuleusement complexe en contenu. Le vidéoclip réalisé par Jim de la chanson-grenade Switchblades en est l'expression la plus pure...


Rien n'est simple dans cette chanson, rien n'est simple dans ce clip. Premièrement, notez que la référence au vidéoclip de Bob Dylan pour Subterranean Homesick Blues, considéré comme le "premier" clip de l'histoire du medium, n'est pas simplement qu'une référence...


...c'est une méditation sur l'urbanisme et la terre (notez qu'à la désolation urbaine et anguleuse du vidéo de Dylan, Jim a opposé une certaine luxuriance, comme si la végétation envahissait la ville. On ressent tout de suite la chaleur de l'environnement, la terre qui se réchauffe...)

C'est aussi une manière de s'approprier le langage du clip en allant directement au balbutiement initial de son alphabet, de rendre hommage à ce Bob Dylan en puissance qu'est Bleubird, de méditer sur l'éternel retour des idées et de canaliser de manière occulte des symboles...

Notez le choix éclairé des symboles sur les feuilles qui viennent parfois souligner les mots puissants du rappeur, parfois conjurer un concept...notez leur synchronisme. La page blanche dans la page qui ouvre la fractalité de la chanson, la flèche one way qui pointe le chanteur pendant le mot EGO, et qui pointe ensuite Dead-end. Le Je est un cul-de-sac. La présence de penseurs suggérant les thèmes de la chanson comme Carlos Castaneda, Will Wheaton (c'est un philosophe geek), Isaac Asimov Kurt,Vonnegut Jr, Big Lebowski. La récurrence sensuelle des idées.

Chez Jim et Bleubird, tout est tranchant et la lame est affutée dans le fourreau du coeur, comme un tattoo délavée sur la peau agonisante de Denis Vanier...


"même si nous étions chimiquement liés aux mots avant la préhistoire et décrivions la réalité avant que l'image ne s'en saisisse dans la technique des sentiments clairs de l'amour imaginaire"

Denis vanier, "L'amour propre" -Renier son sang, Les Herbes Rouges

Aucun commentaire:

Publier un commentaire