mardi 24 mars 2009

Notre émission du 26 mars: Marquis de Henry Xhonneux et Roland Topor


Il y a de ces films que l'on voit comme des songes, à peine capable de se convaincre de leur existence alors qu'ils défilent sous nos yeux, tellement ils sont uniques et improbables. Des vrais fantasmes coincés sur pellicule, plein de pulsations et de spasmes. Imaginez à quel point cet effet est décuplé par l'impossibilité de trouver le film, des années après l'avoir vu. Mindfuck!
Pendant des années, j'ai cru avoir imaginé Marquis. Il me semblait impossible que quelque chose de cette puissance créative existe vraiment; ma mémoire en avait probablement gardé des souvenirs erronés, plus intenses que ce que j'avais vraiment vu. Il faut dire que je l'ai regardé très jeune. Quelques clubs vidéos le tenaient en VHS, incognito. Je me souviens l'avoir loué parce que l'affiche du film était restée très longtemps dans les vitrines du Lion d'Or et qu'elle me fascinait. Dans le club vidéo de mon enfance, le film reposait dans la section animation. Je me demande combien d'innocents mioches ont vu ce film par inadvertance. Quel splendide accident! Les années ont passé. Je revois le film. Je suis sidéré. À toutes les fois.
Pour l'instant, outre le fameux VHS dont je vous parle, ce film n'est plus disponible. Même le DVD Français, seule édition existante pour ceux qui aurait le moyen de le lire, est à peu près introuvable. Vous devinez que le tout rend le film encore plus fascinant, lui conférant une condition maudite. Justement, la raison d'être de notre émission est de propager la découverte de ce genre de film. Marquis mérite un culte beaucoup plus ample.
Fable philosophiquo-érotique relatant les années d'incarcérations du Marquis de Sade à la Bastille, le film, vous le devinez, prend le parti pris de la fable au mot en anthropomorphisant les personnages de manière hautement inspirée. Balançant finesse et grivoiserie, on y suit les débats idéologiques du Marquis avec son charmant et immense pénis, nommé Colin.
Au gré de leurs discussions et des plans fomentés par les puissants de ce monde, déviants que le Marquis a saisi à merveille depuis longtemps, la Révolution Française arrive...


Il est possible de voir le film comme la dernière grande oeuvre du mouvement culturel nommé Panique dont Roland Topor est un des créateurs, organisation n'en étant pas une ayant pour but de se rapproprier la violence d'un surréalisme devenu trop bourgeois. Le point est à débattre mais je ne pourrais imaginer meilleur conclusion à ce grand projet artistique. Le rideau ferme...
C'est avec beaucoup, mais alors là beaucoup de plaisir que nous parlons cette semaine de ce bijou disparu ici même

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