dimanche 28 juin 2009

Par la Malicia de Nana Buluku...

Depuis quelques années, le 7ème développe avec beaucoup de passion un projet de bande dessinée qui est totalement terminée à l'écriture, mais qui n'arrive pas à exister au dessin. Vaste saga (je ne mâche pas mes mots hein?) martiale se déroulant au 17ème siècle et mettant en scène une poignée de combattants de toutes les disciplines du monde, allant d'un guerrier maori monstrueux et simplet, un aborigène cannibale, un highlander psychopathe, un mousquetaire déchu, à un descendant de Shaka Zulu et j'en passe, si le sujet est assez convenu, l'exécution prévue du projet aurait été assez innovatrice.

Les années passent et à ma grande tristesse, je vois mon concept se manifester de toutes parts; de plus en plus de film mettant en vedette des arts martiaux peu vus à l'écran, comme le Silat et l'Escrima, des émissions de télé ou samouraïs affrontent vikings...

Une des histoires dont je suis le plus fier met en vedette une personnage se voulant le créateur involontaire de la danse martiale qu'est la capoeira. Comme c'est un art n'ayant malheureusement pas eu la consécration qu'il mérite au grand écran, j'avais prévu une histoire tragique, pleine de pathos et de mysticisme, assez cinématographique.

Je viens de prendre connaissance d'un film qui sort bientôt au Brésil et qui m'a tout l'air, si on se fit à la somptueuse bande-annonce, d'être le film de la consécration, Besouro. Ceci dit, malgré ma hâte, je suis soudain saisi d'une grande angoisse. Ni voyez là aucune prétention de ma part mais on dirait presque la bande-annonce de mon histoire. J'y retrouve beaucoup d'éléments familiers.

Soyez libre de comparer les deux, si vous en avez l'intérêt. Je vous laisse avec le synopsis de mon personnage et la bande-annonce juste en dessous. Je suis déchiré entre la joie et la mélancolie.


(le design du personnage et de Martin Daraiche, un brillant artiste dont vous pouvez consulter le blog ici même)

CAPO Inventeur de la capoeira

Bref historique:

Dans un pays africain non nommé (Angola), aux abords d’un village essentiellement agricole, un villageois africain chante. C’est soir de fête et les dieux sont contents. Capo est le poète du village, celui qui danse et chante le mieux. Sa femme et ses enfants l’admirent.
C’est en plein milieu de cette fête que des conquistadores portugais débarquent. Ils mettent le village à feux et à sang. Capo se réveille avec les siens, enchaînés dans le fond d’une cale de navire. Tous les membres de sa famille sont manquants. Personne dans le bateau ne semble savoir ce qu’ils ont fait d’eux.
La traversée sera rude. La plupart des passagers mourront du Scorbut. Mais pas Capo. Capo prie les dieux de son peuple, il les supplie d’une rage sourde de le laisser en vie jusqu’à ce qu’il sache ce qu’il est advenu de sa famille. Il chante constamment, des vieux chants oubliés et douloureux.
Régulièrement, effrayé par les supplications de Capo, des marins descendent et le battent jusqu’au seuil de la mort. De bel africain au corps lisse, aux cheveux crépus, aux petits yeux souriants, Capo devient un squelette édenté avec des petits dreds et des yeux ébahis, plein de folie. Mais il ne cesse de chanter. Quand les Portugais font débarquer Capo et la dizaine de survivant sur une centaine de kidnappés, ils sont tous malades et cadavériques. Tous excepté Capo. Rachitique, décharné, il se tient néanmoins debout, solide. Et il chante.
Capo est vendu comme esclave, ainsi que plusieurs des siens; ils travailleront dans les plantations de coton, de café et de tabac, vêtus de rien de moins que des pantalons du jute relié d’une corde grossière. Plusieurs années durant, ils travaillent, mais il ne cesse de chanter. Les plantations où il travaille ont mauvaise réputation; si les récoltes sont miraculeuses, d’étranges infortunes arrivent aux propriétaires. Des maladies, des conflits...
Les chants de Capo se font plus énergiques, ils se teintent de portugais. Les autres chantent avec lui pendant les longues heures de travail. Le soir venu, Capo danse langoureusement, des mouvements qui évoque ceux de chez lui mais qui sont désormais plein de lentes et puissantes contorsions. Le corps de Capo a changé; s’il a tout conservé de sa maigreur osseuse, comme le souvenir stigmatisé d’une trop intense souffrance, il est désormais plein de muscles longs et noueux .Ses dreds descendent jusqu’au milieu de son dos. Une barbe couvre sont visage. Ses yeux sont fixes; on y discerne rien d’autre que de la patience et de la détermination.
Et puis un jour, sans avertissement, Capo traverse le champ où il travaille depuis si longtemps en psalmodiant ses chansons, et en faisant cette danse si particulière, il abat le surveillant des plantations à coup de machette.
Des chants s’élèvent; les autres empoignent leurs machettes et entonnent bruyamment les chants de Capo. La plantation est mise en feu et à sang dans une réverbération parfaite et absolue du massacre des gens du village de Capo. Capo, le grand coq, pleure sourdement, il y a eu trop de violence dans sa vie. Lui et sa bande s’échappent dans la jungle. Ils arrivent dans des Quilombos, des petites communautés clandestines formées par des esclaves évadés. Capo édifie son propre quilombo où ils retrouvent fondamentalement la vie qu’il menait en Afrique. Mais maintenant, les danses qu’il effectue sont guerrières, pleines de mélancolie. Les membres du Quilombos les pratiquent en groupe, en cercle, au rythme des chants. Cette danse mystérieuse fera vite le tour de nombreux quilombos. Jusqu’à ce que Capo rencontre Ali, vieil africain déplaisant et baveux. Le vieil homme trouve que la danse de Capo est une fadaise qui ne sert à rien d’autre qu’à contourner l’existence sans jamais l’affronter. Cette danse a la souplesse mais pas la Grâce pour en faire un art de guerre. Capo ne veut pas en faire un art violent. Il veut trouver la paix.
Ce sera impossible. Une nuit, des centaines de mercenaires portugais attaquent les quilombos, violent et tuent tout ce qui tombe sur eux. Capo survit, le visage ensanglanté, là où l’herbe est courte . Il cherche à retrouver Ali. Il a besoin de conseil. Il sait que la violence le suivra à jamais. Il le cherche longtemps sans le trouver, il finit même par douter de son existence. Une nuit, il entend dans la jungle une musique étrange. C’est le son du berimbau , l’étrange instrument du vieil Ali. Le vieux savait évidemment que Capo le trouverait. Il le supplie de l’aider à trouver la voie. Ali l’initie aux secrets les plus intimes du Cadomblé, la magie noire. Il explique à Capo qu’il a toujours été près des divinités, mais qu’il ne savait pas les écouter. Il y parviendra au son métallique du berimbau. Dans une transe inquiétante, Capo entre en contact avec Nana Buluku, déesse androgyne, montée sur un gigantesque coq. Il lui demande si sa famille est encore vivante. Elle lui confirme que oui et qu’elle ne se trouve pas très loin.
Mais elle lui dit qu’il ne faut pas qu’il les recherche. Capo refuse. La déesse lui fait comprendre que Capo lui-même lui avait demandé voilà plusieurs années de le garder en vie jusqu’à ce qu’il sache ce qui était advenu de sa famille. Maintenant qu’il le sait, il ne doit pas chercher à les retrouver. Capo dit qu’il ne pourra faire autrement. Déçue, elle lui donne un oeuf. Elle lui dit que le temps venu, cet oeuf incassable se brisera et il y trouvera un signe lui permettant de savoir la voie à suivre.
Quand il revient de transe, il sait ce qu’il a à faire. Il explique à Ali que Nana Buluku veut qu’il redevienne esclave pour infiltrer les plantations et enseigner à tous sa danse de la guerre, ce qui est évidemment faux. C’est à ce moment que l’oeuf casse. À l’intérieur se trouve un scarabée, porteur de la Malicia, cet art de la ruse que pratiquent les brésiliens ; La Capoeira est née. Elle sera danse de la malice, des joueurs de tour, des menteurs joyeux.
Capo retourne aux plantations. Ils enseignent à tous la capoeira.
Les années passent. Dans une des plantations où il travaille, un propriétaire terrien, qui a réputation d’être de meilleur tempérament que la majorité des propriétaires d’esclaves, reconnaît en Capo un chef naturel d’une grande intelligence. Il lui propose de lui acheter sa liberté et une éducation. Capo lui dit qu’il y réfléchira. Il invite néanmoins Capo à manger avec lui et rencontrer sa famille. Il accepte.
COUP DE THÉÂTRE: l”homme a épousé et élevé une africaine. Il a eu des enfants avec elle. Et cette femme n’est nul autre que la femme de Capo. ET ELLE NE LE RECONNAÎT PAS. Capo n’a plus rien à voir avec l’homme qu’il était. Il la reconnaît tout de suite. Elle est belle, heureuse. La Malicia de Nana buluku? Capo ne sait pas. Ça n’a pas vraiment d’importance.
Il va rejoindre Ali dans la jungle. Et à mesure que les années passeront, les gens qui viendront les rejoindre pour apprendre la Malicia, le Makulele et la Capoeira se multiplierons. Plus personne ne les attaquera. Cette jungle sera reconnue dans tout le Brésil comme un endroit inattaquable et sacré.
C’est par les voies de cette même réputation que le guerrier tibétain Ng ira le chercher dans la jungle.
Capo acceptera le défi, reconnaissant en Ng quelqu’un dont la Malicia surpasse la sienne.

Description physique:

Au début, Capo est mince et avec une musculature simple de travailleur, un petit ventre. Il est extrêmement souriant. Ses cheveux sont courts et crépus. Ses yeux sont petits et rieurs. Son visage est rond. Il a un gros nez épaté (écrasé). Il porte simplement un pagne, quelque bracelet, un bandeau, un collier avec des pierres.
Le portrait complet et cliché du bon africain souriant. Tout chez lui hurle sa naïveté. Je pense plus particulièrement au comédien Harold Perineau (le Black dans la série “Lost”, que j’envisageais avant d’avoir vu la série; c’est beaucoup plus son personnage dans “The Matrix” qui me vient à l’esprit).
Mais son évolution graduelle va modifier son anatomie. Son visage devient sec, angulaire, ses joues creuses. Ses yeux ne sont plus rieurs. Ils sont grands et fixes, pas méchants ni bons, juste déterminés. Il a des longs dreds bien épais qu’il n’attache que pour combattre. Il porte la barbe. On voit ses côtes et il est maintenant, plus maigre que mince, mais sa musculature est découpée au possible, plus que tout autre personnage particulièrement l’autre personnage noir le roi ZULU. Son anatomie ressemble à celle de Miliritbi, mais elle est plus longue et osseuse. Le dessin plus détaillé et carré.
En aucun cas il ne devra faire Black from the Ghetto ou Guerrier africain. Disons qu’il ressemblera à un africain stéréotypé de bédé européenne (Tintin au Congo), sans exploitation exagérée des traits, pour ensuite devenir un Rasta man famélique.
Il porte une culotte de jute, des sandales et parfois une espèce de petit gilet qui exhibe son torse nu.
Il porte au coup en guise de pendentif le scarabée de Nana.
Il est absolument nécessaire de séparer drastiquement l’apparence de Capo et de Zulu.


(Dites? Vous connaissez un dessinateur prêt à se mouiller à mon histoire?)

Pour les simples fanatiques de capoeira qui n'ont rien à foutre de mon texte, je recommande les prouesses impossibles de Lateef Crowder (le capoerista qui affronte Tony Jaa dans Tom Yum Goong) dans le vidéo qui suit, c'est pas humain:

1 commentaire: