Le cinéma punk de SOGO ISHII au 7ème
Antiquaire cette semaine. Cinéaste japonais étant aujourd'hui plus dans
l'ombre que certains de ses successeurs, Sogi Ishii a été une influence
majeure pour des cinéastes comme Shinya Tsukamoto, Sabu ou Kiyoshi
Kurosawa. Il a fait l'expérience de trois systèmes de production
cinématographique et trouvera au final la sienne : "do it yourself".
Nous allons observer les trois périodes cinématographiques qu'il a
traversé, en se concentrant sur sa période punk. De ses premiers courts
métrages étudiants à ses expériences récentes multimédias, en passant
par son film emblématique punk : Burst City. On lève le son et on cri
dans le micro ICI
vous pouvez aussi cliquer sur le demi-bouddha ci-bas pour écouter l'émission
LIQUID SKY (1982), le film culte de Slava
Tsukerman au 7ème Antiquaire. Cette semaine on entre dans une zone
étrange où le new wave a pris le dessus sur le punk et où les
extra-terrestres s'intéressent à l’héroïne et aux orgasmes. Premier film en sol américain par Tsukerman, un immigrant russe, Liquid Sky
montre une contre-culture new yorkaise du début des années 80 à travers
un regard étranger (autant qu'étrange). Attention film psychotropique.
Regardez le vidéo ci-bas comme introduction à l'émission.
Un film new wave de science-fiction ou un film d'extra-terrestres new-yorkais, Liquid Sky est entre The man who fell to earth (1976) de Nicolas Roeg et Repo Man (1984) d'Alex Cox, tant chronologiquement, esthétiquement qu'idéologiquement.
On y observe un groupe d'individus dans un milieu underground en parallèle à une possible invasion extra-terrestre. Cependant, les êtres venus d'ailleurs ne font que rester dans leur soucoupe volante stationnée sur le toit de l'appartement de Margaret et ne sont donc jamais vus. Passant l'essentiel de leur temps à l'observer et profiter de chaque moment de prise d’héroïne (liquid sky) ou d'activité sexuelle puisqu'ils consomment l’endorphine produit par le cerveau humain lors d'orgasme ou de forte dose d’héroïne (oui ça fait penser à I come in peace (Dark angel) de Craig R. Baxley mais croyez-moi ça n'a rien à voir. Imaginez plutôt cette prémice filmé par Paul Morrisey avec le costumier d'Almodovar et interprété par David Bowie au lieu de Dolph Lungren et vous avez une idée du film).
Le film questionne beaucoup le point de vue, le regard et la perception. Étant étranger dans un nouveau pays, Slava Tsukerman plonge dans un milieu de contre-culture dans un moment crucial où il se fait récupérer par l'industrie de la mode. Dans ce monde de l'image qu'est les États-Unis des années 80 (particulièrement New York), Margaret est en crise identitaire. Elle a fui son identité de femme d'avocat dans le Connecticut pour se retrouver à New York où elle est modèle pour une agence de mode qui récupère les tendances du quartier Soho dans lequel elle vit maintenant. Totalement désincarnée et dépourvue d'émotion, elle n'est plus qu'une image qui a maintenant pour rôle d'être regardée et observée. Le cinéaste tourne autour de cette idée de différentes manières avec des jeux d'observations et de surveillances que plusieurs personnages se font entre eux.
Il y traitera aussi de récupération, tant identitaire que culturelle. Tsukerman filme une contre-culture qui s'est fait récupérer par l'industrie. Un moment clé où un mouvement de révolte est devenu un produit de consommation, où le punk rebelle est devenu un poseur new wave vendant son image pour vendre un produit. On voit aussi apparaître ce moment où l'industrie de la mode projettera une image de plus en plus androgyne à travers leurs modèles. Tsukerman s'intéresse beaucoup à cette image androgyne qui prend plus de place depuis la fin des années 70 et l'image du glam-rock qui est apparu depuis peu. Il va aller jusqu'à faire jouer les deux personnages principaux, masculin et féminin, par la même actrice, Anne Carlisle, ce qui est rare pour l'époque. Ces deux rôles seront un alter ego l'un pour l'autre et c'est dans une finale surprenante que Margaret aura le dessus sur son double masculin en le supprimant par un acte sexuel. Il faut savoir que tous ceux qui ont un rapport sexuel avec Margaret meurent instantanément en se désintégrant. Par cet acte indirectement causé par les extra-terrestres qui l'observent, on annonce déjà l'épidémie du Sida qui va s'abattre (beaucoup à New york) peu de temps après.
Film pouvant être lu à plusieurs niveaux, Liquid Sky est avant tout un film sur la perte et la récupération de l'identité (sexuelle, culturelle et sociale) vu à travers le regard particulier d'un immigrant russe en terre de liberté.
Il est à noter que le film a eu sa toute première projection à Montréal en août 1982 durant un festival (le FFM je crois), ce qui fait du Québec son lieu de baptême de projection publique.
-David Fortin, 7ème Antiquaire
nos émissions complètes se trouvent ici ou en parcourant ce blog (liens audio et textes)
Cinéaste
d'origine polonaise, né à Londres de parents qui ont fui les camps de
concentrations, Lech Kowalski a grandi à New York. Il s'installe rapidement
dans le Lower East Side et suit un mode de vie plutôt marginal en s'intégrant dans le milieu artistique qui éclot alors dans cette ville. Durant ce temps,
Kowalski observe, filme beaucoup et s’intéresse particulièrement à l'effervescence
du mouvement punk qui apparait (il se tient régulièrement au CBGB et au Mud
Club, deux clubs où ont performé l’essentiel des groupes punk importants).
Sid et Nancy dans D.O.A.
Lorsqu’il
apprend la première tournée des Sex Pistols en Amérique en 1978 il va sauter
sur l'occasion et trouver par des moyens plutôt inattendus le financement pour
tourner un film (D.O.A.) sur leur venue. Il débutera alors le tournage de son
premier film important et, sans le savoir, de ce qui deviendra l'icône
cinématographique du mouvement punk. Avec ce film, Kowalski filme aussi les
transformations d'un temps. La naissance et la mort du mouvement punk n'auront
jamais été aussi bien captés que dans D.O.A.
John Spacely sur son skateboard dans Story of a junkie
Lech
Kowalski est un cinéaste qui filme le réel. Celui qu'il connait. Celui autour
de lui. C'est en partageant le quotidien de John Spacely qu'il va décider de
faire un film avec lui (Story of a junkie). Il va apprendre à le connaître d'abord,
le projet se développera ensuite au fur et à mesure. Rendre compte d'un état
des lieux, d'un mode de vie, d'une résistance. Montrer les survivants. Ces
humains qui pratiquent l'art de survivre. Ceux qui sont en marge d'un système
établi pour s'en créer un autre. Qu'ils soient punks, anarchistes, junkies, sans
abris.. ou tout ça à la fois. Sans jugement, mais avec une mise en scène
souvent très réfléchie, Lech Kowalski filme ces gens qui sont la trace et la
mémoire de cette contre-culture, de ce refus du conformisme, mais aussi des
problèmes qui y sont inévitablement reliés. Ses films sont en ce sens de
véritables documents ethnographiques. Par ces images, il montre aussi les
transformations majeures des lieux. Le Lower East Side de New York et sont
Alphabet City (avenue A-B-C-D) n’est assurément plus ce qu’il a été durant le
tournage de Story of a junkie (1983-1984). Le passage du temps dans un lieu nous
montre aussi l'arrivée massive de la drogue dans le quartier et toute
l'infrastructure et le système interne qui se crée alors avec les habitants.
Rock Soup
Kowalski
démontre aussi avec Rock Soup (1991) le constat d'un Lower East
Side (Tompkins Square Park dans Alphabet City) beaucoup changé mais qui
conserve les mêmes problèmes, seulement cachés différemment (on ne squatte plus
les immeubles abandonnés d'Alphabet City dans Rock Soup puisque
le quartier est devenu huppé et que ces mêmes immeubles sont maintenant
transformés et loués à des personnes aisées financièrement). Cette
transformation des lieux et les traces qu'elle laisse, cet art de survivre,
Kowalski les filmera encore dans ses films suivants (Born to lose, On Hitler's
Highway, Boot Factory, etc.) pour finalement créer le site web vidéo Camera War
(camerawar.tv) et se lancer plus à fond dans le cinéma engagé.
Lech Kowalski sur le tournage de Story of a junkie
Pour
cette émission nous nous sommes concentré sur sa première période cinématographique
(D.O.A., Story of a junkie, Born to lose, Rock Soup), dans laquelle Kowalski
trace une trajectoire de ces survivants qui vivent autour de lui autant qu’autour
de nous (les punks, les sans-abris, les junkies) en faisant des portraits sans
compromis, parfois durs, mais toujours dans le respect et l’affection la plus
totale.