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jeudi 3 avril 2014

Émission de 3 avril (no.291) Représentation de l'amérindien au cinéma




Des sauvages sans conscience. Des âmes nobles en harmonie avec la nature qui jamais n'esquisse le moindre sourire. Des guerriers suprêmes et connectés de manière symbiotique à l'environnement. Des alcooliques violents. 

Pour le québécois cinéphiles que je suis, citadin n'ayant jamais fréquenté d'autochtones, voilà les pléthores de clichés racistes que je suis habitué de me faire servir par la culture de masse, particulièrement le cinéma.  C'est un phénomène assez fascinant que l'"indien sur pellicule" (Je cite ici le titre du bouleversant documentaire de Neil Diamond, Reel Injun, qui sert largement de base de réflexion pour notre émission cette semaine.) L'indien de pellicule est au final un personnage fantasmé de toute part par le blanc, inventé de toute pièce par nos perceptions tronqués de ces cultures diversifiées et "élusives". Ce sont LES INDIENS, sans trop de distinctions par rapport aux tribus, au langage, aux coutumes, c'est un groupe monolithique d'individu qui sont tour à tour la menace suprême et l'éternelle victime.Les grands indiens du cinéma n'en étaient la plupart du temps pas du tout.
 Je suis curieux de savoir jusqu'à quel point mes perspectives des cultures autochtones ont été affecté par le cinéma, possiblement même sous la forme d'une admiration frôlant le racisme par inversion. J'ai tout fait pour ne pas tomber dans ce piège et pourtant, je suis certain qu'à un niveau inconscient, j'ai été néanmoins influencé. La preuve: je n'ai pas été insulté par les NA'Vis, ces indigènes bleus du film Avatar. Pour moi, ils étaient la continuation directe de tous les clichés positifs gravitant autour des autochtones du cinéma, poussé au paroxysme.

Cette semaine au 7ème, L'indien de l'écran: les clichés, la perspective des amérindiens sur leur image, les acteurs qui joue des Indiens et qui n'en sont pas, les films les mettant en vedette.

lundi 9 septembre 2013

Spécial d'un mois sur le cinéma de Raoul Ruiz: Cartographie de l'univers mental d'un cinéaste

Pour écouter nos 4 émissions sur le cinéma de Ruiz, cliquer ici:
1-"TROIS VIES ET UNE SEULE MORT" (1996) Mastroianni, Carlos Castaneda, Le Tarot , Borges, jeu et regard dans l espace et démantèlement de l'identité.
2-"LES TROIS COURONNES DU MATELOT" (1983) ou le cinéma comme embarcation. 
3-"L'OEIL QUI MENT" (1992), un vrai monstre de film et un faux film de monstre
4-SURVOL D'UN MONDE: "L'HYPOTHÈSE DU TABLEAU VOLÉ" (1979), "LE TERRITOIRE" (1981), "ZIG ZAG" (1980) et "LES MYSTÈRES DE LISBONNE" (2010)


Cinéaste prolifique à l’esthétique baroque, vivant au quotidien avec son imaginaire, puisant allégrement dans ses multiples références littéraires et théoriques, Raoul Ruiz aura su mélanger adéquatement les sensations et l’intellect. Jouant beaucoup avec les contradictions (il tenait toujours deux carnets de notes, un pour le jour et un pour la nuit, afin de mieux se contredire), il se dit cinéaste chamanique. En ce sens, tel qu’il l’explique dans son ouvrage « Poétique du cinéma » publié chez Dis-voir en 1995, Ruiz est un médiateur créant des films ouverts, à plusieurs sens, permettant la rencontre du spectateur avec l’autre monde. Son cinéma mise donc sur ce qui est indescriptible par l’usage des mots et vise à une familiarisation d’un langage des images. Il en résulte alors une expérience poétique comme on en a rarement vu au cinéma.


Né au Chili en 1941, Raoul Ruiz étudiera en théologie et en droit avant de se tourner vers le cinéma. Déjà ambitieux dans sa création, il se lancera en 1956, à l’âge de 15 ans, l’objectif d’écrire 100 pièces de théâtre dans sa vie. Il aura dépassé ce nombre 6 ans plus tard. Il écrit alors des feuilletons pour la télévision mexicaine avant de réaliser son premier long métrage, « Trois tristes tigres », qui décroche le Léopard d'Or au festival de Locarno en 1969. Il quitte le Chili suite au coup d’État en 1973 pour s’exiler en France. Ruiz fera de son exil le thème nourricier de son œuvre. Peu après son arrivée en France, l’INA (Institut national de l’audiovisuel) lui sera d’une aide importante puisqu’il lui permettra de faire ses premières œuvres en territoire français. Il saura vite se créer une nouvelle famille en s’entourant de personnes qui l’aideront dans sa création. Par exemple, Sacha Vierny et Henri Alekan, deux maîtres de la direction photographique, ont un énorme crédit pour l’image des films de Ruiz, riches en expérimentations visuelles. Dès lors, Ruiz enchaîne les tournages de façon boulimique. Ses films étant très souvent des commandes, il aura su à chaque fois faire passer sa vision.

L’immensité de l’œuvre étant impossible à parcourir en une émission, le 7e Antiquaire s’est donc lancé le défi de faire un mois complet, à raison de quatre émissions pour 7 films, sur le cinéaste. Nous tentons donc de faire la cartographie de son univers mental. On délimite d’abord le territoire, on positionne les films, on définit la carte par des thèmes, des styles, des langages, puis on se recule pour voir l’ensemble. On observe alors ce qui ressemble à une mappe qui propose plusieurs parcours possibles. Celui que nous avons choisi de parcourir nous fait découvrir (ou redécouvrir) quelques films, en commencant par « Trois vies et une seule mort » (1996). (cliquer ici pour l'écouter)

Première co-scénarisation entre Raoul Ruiz et Pascal Bonitzer, mettant en vedette l’excellent Marcello Mastroianni dans son avant-dernier film, le tout narré par Pierre Bellemare, « Trois vies et une seule mort » est un exemple parfait des labyrinthes narratifs propres au cinéma de Ruiz dans lesquels il est facile (et même recommandé) de se perdre. Si une base du récit se trouve dans les lectures du cinéaste des récits de Nathaniel Hawthorne (qui lui-même puisent dans les faits divers), il n’en demeure pas moins que la présence mystique de Carlos Castaneda parcours le film par ses écrits tant sur l’anthropologie que sur le chamanisme. Possiblement une façon de se détacher de ce dernier, tout en conservant une partie de son enseignement en l’appliquant à la création du film. La notion du double est très présente tout au long du film. Notion qui parcourera l’essentiel de sa filmographie.


Elle se fait d’ailleurs tout aussi présente au prochain arrêt de notre parcours qui se poursuit en reculant un peu afin de choisir un autre embranchement, celui des « Trois couronnes du matelot » (1983). Avec Sasha Vierny à la caméra, Ruiz signe ici un de ses films les plus poussé dans l’expérimentation visuelle. Il donnera comme références à Vierny pour la composition d’image des bandes dessinnées de Milton Caniff. Construit comme un courant d’histoires de marin s’emboîtant l’une à la suite de l’autre (ou l’une dans l’autre) pour être au final retenu par l’introduction et la conclusion (l’expression de « film book-end » mentionné par Jean-Michel durant l’émission fonctionne à merveille), les récits trouvent leurs sources dans une variété de références littéraires comme Hans Christian Andersen ou Isak Dinesen pour n’en nommer que quelques-uns. Cependant beaucoup des idées de récits sont venues des souvenirs d’enfance de Ruiz puisque son père ainsi que son grand-père étaient tous deux marins. Narrativement construit de façon labyrinthique, le film est un bon exemple pour comprendre le rapprochement qui a souvent été fait entre Raoul Ruiz et Jorge Luis Borges. Film d’errance sur un bateau fantôme, « Les trois couronnes du matelot » reste un des films emblématiques de son auteur.


 Le parcours se poursuit vers un chemin plus ludique cette fois, à moins que ce ne soit qu’un leurre. « L’œil qui ment »(1992)  mélange d’une étrange manière l’humour loufoque à l’horreur angoissante. Avec une distribution improbable (Didier Bourdon, John Hurt, David Warner), le film se base sur des théories gnostiques pour les intégrer aux codes du cinéma fantastique. Aidé du producteur Leonardo de la Fuente qui vient de produire « La double vie de Véronique » de Krzysztof Kieslowski, Raoul Ruiz a alors droit à son plus gros budget et peut donc se permettre une équipe plus importante qu’à l’habitude. Il tourne alors pour la première fois en 35mm avec la Arriflex 535 et profite des possibilités que lui offre ce format afin d’exploiter au maximum son talent à organiser les volumes et l’espace. Ayant en tête les écrits de Tertullien sur la pluralité des âmes, Ruiz recrée avec ce film une sorte de sainte trinité dans les personnages d’Anthony, sa femme Ines, et un étrange marquis. Le tout sous l’observation du docteur interprété par Didier Bourdon qui cherche à rationaliser les nombreux phénomènes étranges se passant dans ce village utopique dont l’unité de la nation est déboussollé par des apparitions de saintes vierges. Plus accessible narrativement que ses films précédents, il reste marqué par les préoccupations habituelles de son auteur. Ruiz disait dans un entretien donné pendant le tournage qu’il était en train de faire quelque chose qui n’est pas loin des Monty Python. Il n’avait pas tort. 


Pour le dernier arrêt sur le territoire Ruizien, nous avons concocté une émission multiple, à l’image de ses films. Tel un potluck cinématographique, nous avons apporter nos différents films sur la table afin de conclure en beauté (et en quantité) sur ces caractéristiques qui font le cinéma de Raoul Ruiz (et aussi parce qu’on est devenu accro au cinéaste et qu’on avait juste le goût d’en voir encore plein). On débute donc cette ultime émission du mois Ruiz avec ce qui est assurément un de ses films les plus importants, « L’Hypothèse du tableau volé » (1979). Un collectionneur de tableaux nous introduit au travail d’un peintre par l’entremise de l’étude d’une série de six tableaux (le 7e ayant été volé). Avec les commentaires d’un narrateur, le collectionneur nous invite à explorer les éléments reliant chacune des peintures afin de trouver une possible explication de ce que représente le tableau volé, et le possible message véhiculé par le peintre. Pouvant sembler rébarbatif au permier abord, ce film à la limite du film de fiction et du film informatif n’en est pas moins fascinant si on accepte d’entrer dans cette exploration didactique. Suite à une offre de l’INA (Institut national de l’audiovisuel) pour réaliser un épisode télévisé d’une émission sur les philosophes, Ruiz choisi Pierre Klossowski. Après avoir visionné quelques épisodes de l’émission, il décide d’en conserver le style narratif bancal tout en transposant plusieurs des écrits de Klossowski dans son exercice. Utilisant les ressources qu’offrent le cinéma, Ruiz permet l’exploration des tableaux par une caméra qui se positionne à divers angles possibles à l’intérieur même des scènes de ces peintures, recréées avec des acteurs immobiles se positionnant de façon à reproduire l’image des tableaux. Malgré les apparences, l’occultisme sera au rendez-vous et le film de Ruiz devient un précurseur de l’hyper-sigil (comme seul Jean-Michel est capable de l’expliquer admirablement dans l’émission), mais aussi un excellent exemple de ce que le 7e Antiquaire fait chaque semaine en terme d’interprétation. Au final, « L’Hypothèse du tableau volé » est une excellente réflexion théorique sur la nature de la représentation, puis par extention, sur la représentation au cinéma.


 On tourne ensuite à 90 degré vers un film presque inconnu du réalisateur, Le Territoire (1981). Ruiz décide de tourner rapidement ce film pour se créer un portfolio à montrer à d’éventuels producteurs américain pour un projet de film. Avec l’aide d’Henri Alekan à l’image, Ruiz se positionne dans le film de genre et crée un dérivé du film de survie en forêt tournant dans l’horreur et le cannibalisme (Roger Corman et ses exigences comme co-producteur y sont pour quelque chose). Sans être un film majeur dans son œuvre, son tournage, lui, est fascinant. Tel le concept du territoire mis en abyme dans le film (la mappe du pays étant à l’intérieur de la mappe de la province, étant elle-même à l’intérieur de la mappe du parc..), Ruiz tourne le film pendant q’une équipe de la BBC tourne un documentaire sur son tournage, cette équipe étant elle-même suivi pour un reportage tv, le tout étant observé de loin par nul autre que le cinéaste Wim Wenders qui est dans les parages pour un projet de film dont le sujet se rapproche de cette situation. Malgré les intentions de départ, le film sera distribué comme un film d’art, Corman le désapprouvera, puis Ruiz, sans le vouloir, aura réussi à faire dans le chamanisme cinématographique par son experience borgésienne de tournage.

 On bifurque rapidement vers un chemin court mais plutôt tortueux nous menant à « Zig Zag, le jeu de l’oie » (1980). Projet de film de 30 minutes commandé par l’INA pour une exposition sur la cartographie tenue au Centre Pompidou. On reste donc dans le thème, mais cette fois-ci de façon plus ludique en parcourant les cases d’un jeu de l’oie à l’échelle réelle du quartier, de la ville, du pays, pour en venir à une échelle cosmique où le protagoniste, joué par Pascal Bonitzer, se retrouve dans une dimension mentale qui nous ramène à la case départ. Ruiz s’amuse et on n’hésite pas à jouer le jeu. 

 Notre parcours sur ce territoire de moins en moins inconnu ne se termine pas par la case départ mais plutôt tout prêt de la case finale, avec un de ses derniers films, le démesuré « Les mystères de Lisbonne » (2010). Film fleuve de près de 4h30 au cinéma ou série de 6 épisodes à la télévision, Ruiz signe ici une œuvre beaucoup plus classique narrativement et visuellement que ce à quoi notre parcours nous a jusqu’à présent habitué. Inspiré d'un roman de l'écrivain portugais Camilo Castelo Branco, les thématiques habituelles chères à Ruiz s’y retrouvent inévitablement. Tel le personnage du curé qui a eu plusieurs identités durant sa vie, la notion du double identitaire y trouve sa place. Tout comme la mise en abyme de la représentation qu’on observe par l’intermédiaire de scène du théâtre de marionnettes que le personnage de Joao se plait à produire. Plus romanesque, ce film démontre que Ruiz maitrisait toujours parfaitement son médium jusqu’à la fin de sa carrière.



Ce parcours labyrinthique n’est qu’un des nombreux chemins possibles à prendre pour découvrir ce cinéaste fascinant dont la filmographie si dense (possiblement le cinéaste ayant réalisé le plus grand nombre de film) n’est presque pas accessible en distribution. Mort en 2011, le cinéaste Raoul Ruiz laisse derrière lui entre 120 et 150 films (courts, moyens, longs, télévisuels) selon les diverses sources consultées. Gardons espoir que plusieurs de ses films perdus se feront retrouver, que plusieurs de ses films orphelins trouveront distributeurs, afin de découvrir la suite de cette œuvre monumentale. Nous pourrions ainsi finaliser cette cartographie de l’univers d’un cinéaste qui savait grapiller, détourner, reprendre tous les textes qui l’inspiraient afin de se les réapproprier cinématographiquement, tout en gardant une liberté de création hors du commun. 

-DAVID FORTIN

samedi 23 mars 2013

Les trois pièges de La Colère de Fantômas

Hey girl, c'est Jim!

Vous aurez bien remarqué que nous avons pris congé la semaine dernière afin de laisser place à une ancienne émission qui parlait des adaptations de FANTÔMAS de Louis Feuillade. On a fait ça simplement parce qu’on préparait une émission substantifique sur JUDEX qui est, en quelque sorte, sa contrepartie bénéfique. 

C’est plate, mais c’est d’même et du coup ça nous offre l’opportunité idéale de sortir de notre canevas habituel et de capitaliser sur l’absence d’émission pour parler d’un autre truc, lancé il y a deux semaines au Planète BD.
 
LA COLÈRE DE FANTÔMAS tome 1

Après plusieurs lectures, je me dois maintenant d'avouer mon appréciation unilatérale pour l’œuvre de Bocquet/Robillard, qui attire le lecteur avec la force incontrôlable de l’interdit. D’autant plus que c’est à travers les pièges que l’œuvre m’a tendu, à travers les intrigues et le sentiment de danger que mon affection a gonflée jusqu'à ce que j’oublie que j’ai relu le livre plusieurs fois depuis. À l’image du personnage, qui tend des pièges pour capturer ses proies, je crois que le premier tome de cette trilogie m’a capturé à l'aide de pièges forts et efficaces. À l’image de son protagoniste charmeur, je me suis retrouvé ensorcelé par le charme de ce Fantômas. Voici, de façon élémentaire, les pièges que j’ai pu débusq dans le livre; j’en compte trois mais je suis certain que vous en trouverez plus. Et ne vous gênez pas pour nous le faire savoir!

Les trois pièges de Fantômas:

En premier lieu, le titre est une promesse quasi jouissive attribué un personnage si cruel. Déjà, le simple fait de pouvoir retourner et revivre de nouvelles aventures de Fantômas est une opportunité en or... mais se faire promettre SA COLÈRE évoque un titillement sadique presque incontrôlable. Après avoir été témoin de sévices impensables de la part du personnage, le lecteur ne peut qu’être dangereusement attiré par l’annonce d’une mise en scène de l’humeur la plus massacrante du personnage. Et voilà, le premier piège du livre, la première annonce sans équivoque qui nous indique que si nous possédons un tantinet de sens, on devrait se douter que la colère d’un tel personnage sera forcément cataclysmique. C’est ce qui rends l’histoire d’autant plus captivante; le fait de VOULOIR voir cette colère se manifester devant nos yeux (et je ne vous gâche rien en avouant qu’elle vaut amplement la peine d’être vue!!!)

Ce qui m’amène évidemment au deuxième piège qui est, hors de tout doute, l’esthétique de l’œuvre. Comme un prédateur efficace ou une plante carnivore, nous savons tous que les couleurs vives et les courbes lascives décèlent toujours le plus grand danger. Le fait d'attirer, tranquillement et de façon hypnotique, le lecteur à coup de MAGNIFIQUES illustrations est sans aucun doute le deuxième piège de Fantômas (et de Julie Rocheleau en conséquent). Ces grandes illustrations, fortement inspirées des couvertures de romans de Souvestre et Alain avec une mixture de ténébreux parfaitement mesurée, viennent attirer le lecteur à plonger dans l’univers de Fantômas, une invitation alléchante qui comporte son lot de danger. Les yeux fermés ou même grands ouverts, les cascades de sang qui tranchent les cases et même les queues de phylactère qui s’entrecroisent de manière sinueuse comme la fumée furtive d’un fusil fumant accrochent à merveille. 
Du coup, le troisième piège de l’œuvre, c'est que Fantômas semble enragé d’être manipulé médiatiquement, furieux du fait que l’on utilise sa figure pour faire des films et même écrire des livres. Une idée de génie que d’avoir lié le personnage à ses adaptations filmiques et même d’avoir rendu le fameux Fantômas offusqué par le fait que certains producteurs capitalisent sur son histoire. Cette strate méta réflective du personnage qui frappe violemment ceux qui osent exploiter son mythe (et donc de pervertir la construction de son personnage) m’apparaît comme l’une des innovations les plus intéressantes offerte à la légende de Fantômas. À la manière de ce qu’Alan Moore proposait avec "League of extraordinary gentlemen: black dossier (dont Fantômas faisait parti, dans sa version Hexagonale) Fantômas devient donc un personnage « plus que réel » qui émerge des pages du livre pour venir menacer l’auditeur (et ici le lecteur simultanément) qui ose consommer les œuvres écrites sur lui à son insu. Certains lecteurs, dont moi, ne peuvent ignorer la frousse qu’une telle observation peut causer. Chaque page tournée du livre est accompagnée d’une certaine réticence de continuer la lecture car la menace de l’assassin plane continuellement...Et si le vilain lui-même était offusqué que je lise ce livre en cet instant bien précis? Peut-être que la colère de Fantômas s’abattrait sur moi, juste ici…maintenant…pendant qu’il s’approche tranquillement derrière moi!
De plus, ce Fantômas est présenté comme un être qui peut être partout simultanément, un homme à mille visages et aux mille incarnations qui nous rappelle la terreur toute contemporaine qui accompagne les "menaces" bien concrètes des celle d’Anonymous. Aucune personne n’est hors de danger ni trop loin pour être agrippé par sa longue poigne.  Il est omniprésent, inquiétant et il est présenté avec brio par les deux artistes qui nous ont livré ce livre.

Milles mercis pour la terreur,

XxX
Le 7ème  Antiquaire.

vendredi 21 septembre 2012

Notre émission du 20 septembre: Céréales et celluloïd-Le petit déjeuner des champions-The Road to Wellville

Pour écouter cette urgente émission, vous pouvez CLIQUER ICI...

Cette semaine, le 7ème antiquaire fera l'émission la plus vitale de sa prolifique existence. Notre volonté de tisser des entrelacs complexes mais précis de liens improbables tout en restant pertinents nous entraîne aujourd'hui dans un terrain pour le moins croquant et visqueux à la fois. 
Le cinéma et les céréales ont une évolution parallèle et un insidieux partenariat. De cette volonté initiale de nourrir le corps et l'esprit, ils sont désormais devenus les outils du charlatan pour proliférer et devenir ces explosions de couleurs vides qui donnent mal à la tête et qui dominent le marché... Mais impossible d'y résister...Essayer de comprendre cette relation, c'est mieux percevoir ce qui cloche dans notre civilisation...

ARRÊTEZ DE RIRE!

Ce n'est drôle qu'en surface. Le sujet est beaucoup plus grave qu'il n'y parait de prime abord. Oh que oui! Les céréales sont le vecteur de tramautismes personnels non négligeables certes (voir ce petit vidéo explicatif ici même), mais je suis convaincu que les différentes marques arborant des mascottes qui pullulent sur le marché sont en fait d'insidieuss forces totémiques qui ont la fonction de régulateurs du statu quo, d'équarisseur idéologique et d'outil de  vénération de notre passé de colonisateur.
Néanmoins, comme de nombreux cinéphiles américains avec un appétit pour la junk, le nombre d'heures que nous avons passé devant du mauvais cinéma en mangeant un bol de froot loops poisseux est incalculable. Nous savons forcément de quoi il en retourne.
Cette semaine donc, quelques évocations de traumatismes infantiles directement connectés à la consommation de céréales et de films (et le mien ne parle pas de Sugar Crisp, c'est promis)...


...une analyse des céréales basées sur des franchise de film...

Sur la boîte de céréales de BATMAN, on peut lire qu'elle ne contient pas "d'huile des tropiques". Fioou. Ca sonne vaguement louche, de l'huile des tropiques...
...nos meilleures scènes de céréales au cinéma...



Une petite toune de Diane Juster et pour finir, une analyse de fond de ce qui est sans contredit pour les céréales ce que "There will be blood" était pour le pétrole, "The Road to Wellville" d'Alan Parker.
À mi-chemin entre P.T Anderson,Terry Gilliam et Mel Brooks, avec une sensibilité burlesque grosse comme ça, truffé de blagues d'anus aux 15 secondes, tapissés des seins mur à mur et avec un Anthony Hopkins hystérique qui joue un Kellogg qui abuse des Frosted flakes, il est absolument impensable que cette comédie parfois surannée, souvent indigeste ne soit pas LE film culte des amateurs de céréales.
En fait, en tant que film improbable sur un sujet qui n'intérèsse personne réalisé avec inspiration, on ne peut pas faire mieux que "The road to Wellville"
 Et surtout n'oubliez pas les aminches, les céréales, comme le cinéma, ne sont QU'UNE partie d'un petit déjeuner complet!





vendredi 23 mars 2012

Notre émission ici et maintenant: Alan Smithee-incantation pour un démon de l'image

Pour écouter cette émission, cliquez ici:


 Alan Smithee...
La plupart des cinéphiles connaissent déjà le nom. Comme le terme Macguffin, c'est un néologisme façonné de toute pièce par le cinéma et qui fait désormais partie de sa terminologie. Pour ceux qui ne sauraient pas qui c'est, Alan Smithee est le nom de rechange emprunté au générique par un créateur  qui n'est pas satisfait de son film, pour des raisons personnelles ou hors de son contrôle. Au tout début, le nom était surtout attribuable au réalisateur mais depuis, des acteurs, des scénaristes et des artistes provenant d'autres disciplines ont aussi employé le terme. À l'émission cette semaine, nous vous parlerons entre autre des nombreux films attribuables à ce nom.




Ça, c'est pour les "faits".
Ce qui nous intéresse ici, ce sont les conséquences occultes de l'existence d'Alan Smithee. Le 7ème se penchera cette semaine sur ces notions cruciales. Première véritable révélation obtenue au terme de nos nombreuses réflexions cinématoccultes à l'émission, après l'invention de notre Tarot de la Lanterne magique, nous commençons à former une dialectique plus raffinée de notre pratique, des rituels précis, une cosmogonie. Il se cache désormais quelque chose de sinistre et fascinant derrière ce nom que les nombreux créateurs frustrés et déçus n'auraient jamais pu prévenir. Smithee attendait, tapis dans l'ombre, d'être révélé par la lumière du cinéma. Ils ont tous invoqué, incarné une entité. Alan Smithee existe. Il n'a peut-être pas de corps, mais l'entité, avec ce qu'elle a de colère, de déception et de peine, est vraisemblablement existante. Nous avons fait le test: Smithee a désormais tous les attributs d'un démon qu'il est possible d'invoquer et il est maintenant capable de s'infiltrer dans notre monde par ses propres moyens. Sans le savoir, des réalisateurs ont des visions de lui en rêve, en songes et sans trop pouvoir l'expliquer, il le laisse s'incarner corporellement à l'écran, c'est d'ailleurs sa principale méthode d'infiltration dans la réalité consensuelle. Smithee a toujours existé, mais depuis 1967, année précise de sa confirmation, sa puissance s'est affirmée, tel qu'en témoigne ses apparitions de plus en plus nombreuses, principalement chez des réalisateurs ayant emprunté ouvertement son nom.




Dès 1943, des apparitions furtives...chez Maya Deren, prêtresse vaudou renommée, dans son film Meshes of the afternoon. Deren, sans pouvoir le comprendre et avec la sensibilité magicke qu'on lui connaît, avait déjà pressenti sa présence. Comme Dionysos et Choronzon, évocation du chaos et de l'abysse, sa forme est changeante, difficile à saisir.


Il fait une bouleversante apparition au tout début de Wild Strawberries d'Ingmar Bergman.
On le retrouve également à profusion dans Jacob's ladder d'Adrian Lyne. C'est le conducteur du métro qui risque d'écraser Jacob...
...et le passager d'une voiture.


Dans Stuck on you, des frères Farelly, on peut l'apercevoir son visage sous un lit, observant le spectateur. C'est vraisemblablement chez Lynch qu'il fait son apparition la plus troublante. Dans Inland Empire, il est protéiforme et fuyant.


Nommer les choses, c'est leur donner de la puissance. Alan Smithee est là pour rester.

Pour écouter l'émission cette semaine, cliquez ici.

Frères et soeurs cinéphiles; si jamais vous avez apercus Alan Smithee dans un film un jour, faites nous le savoir. Nous tentons d'établir une liste aussi exhaustives que possible de ses apparitions.
Nous vous en serons éternellement reconnaissant.

dimanche 13 novembre 2011

Notre émission du 26 octobre-Spécial Halloween:THE ROCKY HORROR PICTURE SHOW-la totale!

CLIQUER ICI pour écouter notre émission! Allez! Qu'est-ce que tu attends? Tu sais que tu en as envie! Fais le!
Don't dream it...be it!
Let's do the time warp again, shall we?

Pour Halloween, le 7ème antiquaire se fait enfin son émission sur
THE ROCKY HORROR PICTURE SHOW!

LE FILM-CULTE: Tout ce que vous devez savoir sur sa genèse, ses inspirations et son importance! L'introduction parfaite pour le néophyte!

LE FILM DE CULTE: Comment le film est devenu un phénomène culturel sans précédent! Le cinéma comme  outil de célébration et d'euphorie! Les méthodes et les techniques!

LE FILM OCCULTE: Les aspects philosphiques du film, ceux qui vont aux fondements même du renouveau occulte britanique! Le film en tant que pamphlet magicke exhaustif! Même le plus ardents des exégètes y trouvera son compte! 

Let's get caught in a celluloid jam!

dimanche 16 octobre 2011

FNC '11: Critique de GUILTY OF ROMANCE-Belle de jour pour toujours

Ahhhh! Sion Sono! Pas moins de deux Sono en circuit festivalier en une seule année (et pas les moindres)! Il est parfois bon de vivre dans la cours à scrap de mononcle Tremblay!
Amateurs de sadisme cinématographique, réjouissez vous! Si COLD FISH, le précédent film de Sono présenté à Fantasia vous avait laissé froid (C’est possible?), GUILTY OF ROMANCE est le roman-savon corrosif à vous frotter vigoureusement dans le regard. 

Izumi est l’épouse servile d’un romancier à succès, froid et ennuyant de surcroit. Son quotidien est une suite de besognes monotones qui pourraient achever le plus tenace des majordomes anglais. Elle accomplie le tout avec une diligence qui n’a d’égale que sa fascination pour son mari. Même si elle vêtue jusqu’aux amygdales de robes lui donnant des allures d’Hedda Gabler du Soleil Levant, rien de pourrait vraiment dissimuler la volupté de ses formes étouffées. Pour ajouter du piquant à sa vie, Izumi prend un boulot dans un supermarché. Elle fait déguster des saucisses aux passants.
C’est dans ce contexte alimentaire qu’Izumi se fera approcher par une dame un tantinet louche qui lui propose de devenir mannequin. Ce sera aussi le point de départ d’une dantesque et (oserais-je le dire?) kafkaïenne épopée où Izumi découvre que stupre et liberté ne riment pas nécessairement mais se voisinent souvent. En plongeant tête première dans l’exploration de ses fantasmes, la confiance d’Izumi prend (trop?) rapidement de l’expansion.
 Au menu : prostitution, pornographie, viol, claque sua yeule, avec en prime une accessoire histoire de meurtre assez juteuse. Le tout servi par la plantureuse et fébrile Megumi Kagurazaka, mannequin réputée que Sono avait déjà portée aux nues dans COLDFISH, sérieusement en voie de devenir sa muse. En martyrisant sa comédienne avec des méthodes qu’approuveraient benoîtement Von Trier, Sono questionne encore le part de fantasmes féminins occultés par la société nippone. L’abandon total de Kagurazaka à ce rôle écrit pour elle est palpable. Elle agite avec souplesse tout l’éventail des clichés de la femme japonaises; servile, objet, soumise, vierge éplorée et putain hystérique…

Exploration de la condition féminine, répressions des fantasmes menant à la déviance et découverte de réalités parallèles où toutes les explorations sont permises… Encore ces violons baroques et ces espaces habités d’artefacts occidentaux. Les portraits de dégénérés de Sono n’ont jamais été aussi petinents. BELLE DE JOUR dans un pays encore déchiré entre ses paradoxes, GUILTY OF ROMANCE laisse une jolie cicatrice rose et purulente sur la conscience.


-Francis Ouellette