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dimanche 13 novembre 2011

Notre émission du 9 novembre: Death bed:the bed that eats-le chef d'oeuvre inconnu

Cliquer ici pour écouter notre émission cette semaine

Cette semaine, le 7ème antiquaire vous fait visiter la section du lit.

Le lit.

Théâtre à la fois vaste et étouffant de nos plus grandes tragédies, de la naissance à la mort, du plaisir à la souffrance.

Le lit.

Une porte vers l'autre monde, peuplé à la fois d'anges et de démons. L'embarcation, le véhicule. Le mince voile, la large voile  dans lequel on se couche et se cache.

Le lit.

Avec ses monstres en dessous, Morphée au milieu et une foule au dessus.

Le lit au cinéma.

Endroit horrible oû les cauchemards prennent vie. La petite Regan Mcneil attachée. Jason Vorhees en dessous. Freddy Krueger dans le matelas. Les portes de l'enfer maculées  de  Hellraiser.
Espace d'exploration des fantasmes. Le monolithe de 2001, lit de camp de tous le genre humain.

Au cinéma, le lit n'est jamais simplement un lit. C'est encore et toujours le rideau du théâtre des rêves.
Il y a eu beaucoup de lit au cinéma, mais aucun de plus profond que le DEATH BED de George Barry.
Chef-d'oeuvre inconnu d'une surréalisme sans compromis, DEATH BED: THE BED THAT EATS fait avec le lit ce que L'ANNÉE DERNIÈRE À MARIENBAD faisait pour la villa. Le film de Barry est sans aucun doute  la plus puissante méditation existante sur l'onirisme au cinéma: le montage elliptique et traversé de non-sequitur, la grinçante musique protoindustrielle, le jeu décalé des personnages, les couleurs rappelant le Bergman de CRIES AND WHISPERS.
Mais surtout, ce lit possédé d'un démon qui fut jadis un arbre et une brise, puni d'avoir trop aimé, qui mène une guerre à un esprit enfermé dans une peinture.
DEATH BED et son lit sans fond menant vers un enfer gastrique oû tout est digéré, les rêves, les gens et les aliments.
DEATH BED le chef d'oeuvre oublié d'un artiste consummé par ses propres cauchemars, une Gérard de Nerval de la pellicule.

mercredi 26 octobre 2011

FNC '11: le mot de la fin, VOLCANO, TAKE SHELTER, PLAY ET SNOWTOWN

Quelques jours pour décanter la massive surdose de stimulis offerte par le FNC cette année, exceptionnelle à bien des égards.  Sur mes 16 films visionnés, le 7ème n'aura pu pondre que 6 critiques, dont 4 s'adressent aux plus importants  films découverts au Festival: SHAME de Steve McQueen, LOS ULTIMOS CRISTEROS de Matias Meyer, HORS SATAN de Bruno Dumont et GUILTY OF ROMANCE de Sion Sono (cliquer sur les liens pour  lire les critiques).

Un dernier survol des autres grandes découvertes avant de quitter...

VOLCANO de Runar Runarsson- La mémoire et la mer
Pas surprenant que ce film remporte la Louve d'or du FNC. L'éventail d'émotions riches et contradictoires qu'il est capable de générer évoque sans peine  les grands Bergman et Kurosawa. On est bel et bien dans les mêmes eaux que celles de FRAISES SAUVAGES et de IKIRU.

Hannes est un islandais renfrogné et cynique qui commence les premiers jours de sa retraite.  Ses liens avec sa famille sont tendus et ses journées sont ennuyantes. Entre son vieux bateau, sa clope occasionelle et sa pauvre femme qui ne sait plus comment le prendre, Hannes ne sait pas trop à quoi ressemblera le reste de sa vie. Alors que son coeur commence à peine à se réveiller à la vie, celui de son épouse s'arrête quelques secondes. Elle restera paralysée. Hannes considère qu'il est de son devoir de s'occuper d'elle à la maison, ne serait-ce que pour s'amender de plusieurs années de mauvais traitement. Mais sa famille ne le voit pas du même oeil...

Quand il est question de larmes et de serrements de coeur,en ce qui me concerne, les Scandinaves n'ont pas leur pareil. Il faut que je fasse le jeu de mot; VOLCANO est un film sur l'éruption, celles que l'on contient en soi et qui détruisent. Ces éruptions de vie et de bonté aussi, qui nous prennent parfois -dont un morceau d'anthologie vu dans le film, une inoubliable scène d'amour entre Hannes et son épouse. Une des grandes forces du film, c'est évidemment son interprète principal, Theodor Juliusson. Avec son physique de  viking bourru et sa mine patibulaire, Juliusson semble toujours sur le point d'exploser. Il pourrait avoir ces mots de Beckett tatoués sur les biceps "Mes meilleures années sont peut-être derrière moi... mais je ne veux pas revenir en arrière. Pas avec le feu qui brûle en moi maintenant."  Rien de plus troublant que de voir ce vieux guerrier apprendre douloureusement  la tendresse auprès de sa femme catatonique (d'emblée lorsque cette femme est le sosie vivant de Janette Bertrand). Dans VOLCANO, il y a la grande mélancolie d'une vie qu'il a fallu laisser derrière, un quotidien aux larges des îles qu'il a fallu abandonné et un homme qui doit réapprendre à vivre en se rapprochant de la mort.

En regardant VOLCANO, j'entendais des passages LA MÉMOIRE ET LA MER  de Leo Ferré, dont le film de RUNARSSON est le lointain cousin; Reviens fille verte des fjords, reviens violon des violonades, dans le port fanfarent les cors, pour le retour des camarades...

Je lance tout de suite la supposition dans l'éther; VOLCANO sera retenu aux Oscars et si c'est le cas, il gagnera.


TAKE SHELTER de Jeff Nichols- La dernière tentation de Curtis

Une famille américaine tout ce qu'il y a de plus classique. Le père, Curtis est ouvrier, la mère est femme au foyer, leur petite fille est mignonne et sourde. Ils vont à l'église le dimanche et mangent du pain de viande.  Une véritable crèche de sapin de Noel, style americana. Depuis quelques temps, Curtis s'inquiète de  phénomènes atmosphériques qui lui semblent anormaux. Pluies gluantes et brunes, étranges formations de nuages et comportement erratique des oiseaux. Curtis s'inquiète pour  sa famille; même ses rêves sont maintenant traversés d'inquiétantes visions. Sa famille s'inquiète pour lui; il est le seul à voir ces phénomènes. Et quand Curtis se met à construire fiévreusement un abri contre une catastrophe qui n'est imminente que pour lui, sa vie change drastiquement..

Deux lignes qui reviennent souvent à propos  de TAKE SHELTER, c'est qu'il emprunte  à Malick et que Michael Shannon est le nouveau Christopher Walken.
Pour ma part, tant qu'à grapiller dans les hautes sphères de la référence, TAKE SHELTER est un drame psychologique à ranger entre deux de mes films préférés, JACOB'S LADDER et THE LAST WAVE. Du premier, il partage les angoisses existentielles, la paranoia et le sous-texte gnostique. On y trouve aussi un comédien immense jouant un personnage en chute libre et incertain de ses propres visions. TAKE SHELTER devient un peu le pendant champêtre de JACOB'S LADDER oû le protagoniste ne cherche pas le salut de son âme, mais la survie de sa famille .
De LAST WAVE, il partage l'ambiance, les visions apocalyptiques et un rythme allant en crescendo vers l'inéluctable révélation qui n'est pas celle que l'on croit..
Au delà des références, TAKE SHELTER reste un drame psychologique d'une efficacité troublante.. Est-ce que Curtis est fou ou est-il un prophète?  La réponse à cette question devient vite accessoire. Qu'il soit un chamane sensible aux changements de la terre ou un schizophrène, Curtis souffre profondément de ces visions et perd tranquillement la confiance de ses proches.  Là est le drame. Il est familial et la famille, c'est évidemment les États-unis au grand complet, avec ses angoisses des dernières décennies.  TAKE SHELTER n'est cependant pas du tout un film apocalyptique. Et oui, Shanon rappelle les belles années de Walken, mais son registre de jeu est infiniment plus diversifié.
Jeff Nichols a réussi à faire un classique instantané, un film qui aurait pu se faire à n'importe qu'elle époque sans qu'on y  apporte le moindre changement.  Un phénomène en soi; c'est son deuxième film. Mais c'est aussi sa deuxième collaboration avec un acteur trop peu célébré et en voie de connaître sa consécration. Michael Shannon retrouve ici ce registre de jeu tout en folie et en vulnérabilité qui l'a fait remarquer dans le BUG de Friedkin (rappelons que Shannon avait précédemment interprété ce personnage plusieurs fois au théatre). Sans aucun cabotinage, Shannon incarne l'angoisse de son personnage en lui conférant des dimensions sartriennes.

Nichols a déjà la trempe d'un auteur. C'est son prochain film avec Shannon, intitulé MUD, qui nous confirmera s'il l'est ou pas.

PLAY de Ruben Östlund- Funny games!  pour les 8 à 15 ans
Avec des plans-séquences évoquant souvent de simples caméras de surveillance, Ostlund nous fait suivre un petit gang de jeunes immigrants africains qui s'adonnent avec une inventivité hors du commun au taxage de  jeunes bourgeois. Il n'est pas seulement question pour la bande de dépouiller leurs victimes, mais d'exercer sur elles un niveau de domination psychologique et de manipulation digne des plus grands arnaqueurs. Pour eux, c'est un simple jeu. Un jeu qu'ils pousseront au paroxysme en choisissant parcimonieusement trois jeunes victimes qu'ils dépouilleront de tout, vêtement, argent et amour propre. Le tout avec une caméra qui ne recule devant aucune proximité, renchérissant la  tension et l'inconfort.

Il n'y a pas vraiment de violence physique dans PLAY. C'est à un niveau autrement plus insidieux que la cruauté se joue. L'intelligence des jeunes de la bande est grande et leur mesquinerie, née d'une relative indifférence,  l'est tout autant. En l'espace d'une journée, ils soumettront les jeunes garcons à une série d'humiliations plus inventives les unes que les autres. Les adultes sont évidemment absents et quand ils y sont, ils ont eux aussi peur de la jeune bande. Haneke qui réalise un épisode de Charlie Brown.  
Les victimes de bullying auront sérieusement froid dans le dos en regardant PLAY. Ces derniers  se retrouveront lancés à nouveau dans ces jeux de pouvoirs dont les subtilités semblent échapper cruellement à certains parents. L'ordre de préséance montrée sans fard, à  hauteur de jeune homme
En parallèle, Ostlund nous montre sa vision d'une Suède contemporaine en redéfinition; une scène oû des latinos déguisés en iroquois font du World beat  sur un coin de rue consolide dans son absurdité ce sentiment de perte de repère. Il prend aussi quelques risques en  ne se complaisant pas à peindre des jeunes immigrants qui souffrent de pauvreté et en démontrant les mécanismes pervers de l'instrumentalisation du racisme.

Bien au delà de tout désir de commentaire social, PLAY est un suspense naturaliste qui dérange grandement, servi par de jeunes comédiens tout à fait  crédible. Une découverte de taille

SNOWTOWN de Justin Kurzel- GUMMO 2: goin' down under!

La grande qualité de SNOWTOWN, c'est d'être candide tout en gardant  son sens indéfectible de la fumisterie. Accessoirement, le film nous raconte l'histoire d'une famille australienne défavorisée vue à travers le regard d'un des fils, Jamie. Pour échapper à sa vie merdique, il se lie d'amitié avec John, un individu charismatique qui intégrera rapidement sa famille. Ça tombe plutôt mal, l'individu est John Bunting, aujourd'hui le plus tristement médiatisé des tueurs en série d'Australie. Jamie découvre rapidement que John n'est pas le papa dont il avait besoin...ou peut-être que si justement, ce qui est bien pire.

La première heure de SNOWTOWN est hilarante bien malgré elle : le réalisateur s'acharne avec une diligence déroutante à copier tous les grands plans de GUMMO, le film d'Harmony Korine, à quelques inflexions près...mais avec un sérieux qui frôle le pompeux.  Je ne parle pas de quelques emprunts prétextant l'hommage mais bel et bien de la totale, the whole shebang, le rip-off de long en large. Tout y est: photo jaune-pisse, acteurs avec des gueules de consanguins et freaks de grand chemin, la cuisine en contre-plaqué, les engueulages familiales inconfortables, les goons qui se tiraillent et même  les repas dégoutants de spaghettis mastiqués en stéréo. On a même remplacé les scènes de trituration de cadavres de chats par des kangourous. La totale je vous dis!

Jusque là, l'idée de voir un GUMMO 2 en Australie me plaisait plutôtt bien. Le problème, c'est que Kurzel est occupé à donner à son film des airs de WAR ZONE, le film de Tim Roth. Qu'est-ce qui manquait à GUMMO selon lui? Un Ray Winstone. Un personnage charismatique et inquiétant qui se révèle être un monstre. Ray Winstone joue toujours les figures paternelles déviantes dans ces étouffants drames sociaux anglais. Trouvez moi tout de suite un Ray Winstone! Le rôle du tueur Bunting sera donc tenu par Daniel Henshall (seul point fort du film, du vrai gaspillage), sorte de Ray Winstone océanique.

Exit GUMMO. La deuxième heure, Kurzel fait du pilote automatique en pastichant maintenant HENRY:PORTRAIT OF A SERIAL KILLER...avec le même sérieux débonnaire dans l'appropriation. Tout y sera, même la  scène réglementaire d'étranglement trop longue. SNOWTOWN est un de ces produits bâtards et amorphes qui se cachent derrière de vagues justifications conceptuelles, en prônant à fond la carte du post-modernisme.  Ce qui est miraculeux, c'est qu'il arrive à plaire à quelques cinéphiles, malgré sa vacuité presque totale.

Plusieurs personnes quittaient pendant le film. Ce fut le cas aussi à Cannes, dit-on. Les producteurs pourront crier à qui veut bien l'entendre que le film est trop choquant pour certaine personne. Alors qu'en réalité,  les gens quittaient parce que SNOWTOWN est aussi captivant qu'une tempête de neige dans l'écran et aussi pertinent que le son de l'écho. 

mercredi 20 juillet 2011

Richard Stanley-Conversation avec un chaman de la caméra, le temps d'un thé et d'un Tarot (avec une apparition surprise de Karim Hussain)



Nous recevrons Richard Stanley aujourd'hui à 3:30 pour un entretien sur le cinéma comme outil d'expérimentation occulte. Pour écouter l'émission, cliquer sur la photo du bas

Voilà maintenant 6 ans, Fantasia faisait découvrir le cinéma de Richard Stanley à des hordes de cinéphiles assoiffés de découvertes. Certain le connaissait déjà en tant que réalisateur du film-culte HARDWARE (90), une prenante relecture cybernétique du mythe de Pygmalion dans un futur post-apocalyptique. 

Le temps d'un film d'horreur aux échos résolument tarkovskiens (Dust Devil, 92), de quelques documentaires à saveur occulte sur le vaudou et le Saint-Graal et d'un débâcle picaresque sur The Island of Doctor Moreau, il devient une des voix uniques et distinctives du cinéma fantastique. 
Reste que pour la plupart, Stanley est une découverte récente. Je me permet de dire que la découverte est aussi celle de Stanley lui-même, parce que l'homme est aussi fascinant que ses réalisations. Explorateur du monde et de l'inconscient, c'est un mystique doublé d'un réalisateur et l'outil-cinéma n'est qu'un des artefacts avec lequel il s'exprime. C'est aussi un redoutable cartomancien.  Au cinéma comme au Tarot, il demeure d'abord et avant tout un conteur capable de captiver en quelques mots.
Hier,  il attendait patiemment dix quidams venus se faire lire la bonne aventure, assis à une table du Blue Sunshine . Un thé en main, un chat qui se prélasse dans un rayon de soleil, des affiches de films vintages de documentaires antidrogues. Stanley a l'air d'un grand chamane avec son chapeau de cowboy, ses longs cheveux noirs et son t-shirt orné d'un mandala. Son sourire est aussi laconique que son regard est profond. Je suis en sueur et étourdi: tout conspuait à ce que je ne puisse pas le rencontrer ce jour là. Contre toute attente, je suis là devant lui, à m'empiffrer de biscuit feuille d'érable et de thé. Je n'ai  jamais été aussi canadien.


Je le remercie pour deux raisons: la torride séance amoureuse que son film DUST DEVIL avait jadis initié avec ma copine et son documentaire sur le vaudou WHITE DARKNESS (2002), simplement le plus beau film jamais fait sur le sujet . Il me parle de sa mère mourante, de la quête de sa sœur inconnue dans un village africain reculé, d'une chasse au  shape-shifter qui se passe là bas. Nous parlons de son cinéma, d'horreur en général, de notre passion pour le Tarot et de sa présence au Festival Fantasia. Je lui fait savoir que je n'ai jamais laissé personne me lire le Tarot auparavant. Il m'invite à participer étroitement à la lecture avec lui.


Le tir commence. L'espace de quelques cartes seulement, tout ce que Stanley lit est déjà absolument, totalement adéquat: perte d'emploi, jonglage existentiel, confrontation avec la mère, omniprésence d'archétypes féminins et immobilité à la croisée des chemins. Je suis saisi de frissons. Pas de place pour le moindre scepticisme. Richard Stanley m'a ouvert comme un vieux coffre. Je pense à mes échecs et mes peurs; je les vois devant moi comme autant de démons que je laisse me narguer.

J'étais venu ici par curiosité pour parler avec un réalisateur que j'admire. Je suis partie remplie jusqu'au cœur de conseils, d'histoires et d'anecdotes, déjà impatient des blessures et de caresses à venir. Je lui demande s'il veut participer à une émission avec nous.Sure. Rien que ca.


En quittant, je pense à une ligne du personnage principal de DUST DEVIL:  
"il n'y a pas de bien ni de mal, seulement l'esprit et la matière. Et des mouvements qui se rapprochent ou s'éloigne de la lumière". 


Je regarde le chat qui se prélasse de plus belle dans un rayon de soleil. Je le flatte.  Ma journée commence.


Richard Stanley-Conversation avec un chaman de la caméra, le temps d'un thé et d'un Tarot (avec une apparition surprise de Karim Hussain)



Nous recevrons Richard Stanley aujourd'hui à 3:30 pour un entretien sur le cinéma comme outil d'expérimentation occulte. Pour écouter l'émission, CLIQUER ICI
Voilà maintenant 6 ans, Fantasia faisait découvrir le cinéma de Richard Stanley à des hordes de cinéphiles assoiffés de découvertes. Certain le connaissait déjà en tant que réalisateur du film-culte HARDWARE (90), une prenante relecture cybernétique du mythe de Pygmalion dans un futur post-apocalyptique. 

Le temps d'un film d'horreur aux échos résolument tarkovskiens (Dust Devil, 92), de quelques documentaires à saveur occulte sur le vaudou et le Saint-Graal et d'un débâcle picaresque sur The Island of Doctor Moreau, il devient une des voix uniques et distinctives du cinéma fantastique. 
Reste que pour la plupart, Stanley est une découverte récente. Je me permet de dire que la découverte est aussi celle de Stanley lui-même, parce que l'homme est aussi fascinant que ses réalisations. Explorateur du monde et de l'inconscient, c'est un mystique doublé d'un réalisateur et l'outil-cinéma n'est qu'un des artefacts avec lequel il s'exprime. C'est aussi un redoutable cartomancien.  Au cinéma comme au Tarot, il demeure d'abord et avant tout un conteur capable de captiver en quelques mots.
Hier,  il attendait patiemment dix quidams venus se faire lire la bonne aventure, assis à une table du Blue Sunshine . Un thé en main, un chat qui se prélasse dans un rayon de soleil, des affiches de films vintages de documentaires antidrogues. Stanley a l'air d'un grand chamane avec son chapeau de cowboy, ses longs cheveux noirs et son t-shirt orné d'un mandala. Son sourire est aussi laconique que son regard est profond. Je suis en sueur et étourdi: tout conspuait à ce que je ne puisse pas le rencontrer ce jour là. Contre toute attente, je suis là devant lui, à m'empiffrer de biscuit feuille d'érable et de thé. Je n'ai  jamais été aussi canadien.


Je le remercie pour deux raisons: la torride séance amoureuse que son film DUST DEVIL avait jadis initié avec ma copine et son documentaire sur le vaudou WHITE DARKNESS (2002), simplement le plus beau film jamais fait sur le sujet . Il me parle de sa mère mourante, de la quête de sa sœur inconnue dans un village africain reculé, d'une chasse au  shape-shifter qui se passe là bas. Nous parlons de son cinéma, d'horreur en général, de notre passion pour le Tarot et de sa présence au Festival Fantasia. Je lui fait savoir que je n'ai jamais laissé personne me lire le Tarot auparavant. Il m'invite à participer étroitement à la lecture avec lui.


Le tir commence. L'espace de quelques cartes seulement, tout ce que Stanley lit est déjà absolument, totalement adéquat: perte d'emploi, jonglage existentiel, confrontation avec la mère, omniprésence d'archétypes féminins et immobilité à la croisée des chemins. Je suis saisi de frissons. Pas de place pour le moindre scepticisme. Richard Stanley m'a ouvert comme un vieux coffre. Je pense à mes échecs et mes peurs; je les vois devant moi comme autant de démons que je laisse me narguer.

J'étais venu ici par curiosité pour parler avec un réalisateur que j'admire. Je suis partie remplie jusqu'au cœur de conseils, d'histoires et d'anecdotes, déjà impatient des blessures et de caresses à venir. Je lui demande s'il veut participer à une émission avec nous.Sure. Rien que ca.


En quittant, je pense à une ligne du personnage principal de DUST DEVIL:  
"il n'y a pas de bien ni de mal, seulement l'esprit et la matière. Et des mouvements qui se rapprochent ou s'éloigne de la lumière". 


Je regarde le chat qui se prélasse de plus belle dans un rayon de soleil. Je le flatte.  Ma journée commence.


dimanche 17 juillet 2011

Fantasia 2011, Jour 3: Critique de THE THEATRE BIZARRE-Hell hath no fury like a woman scorned

Déclaration péremptoire: les maniaques d'horreur sont particulièrement friands d'anthologie sous toutes ses formes. Une tradition ancienne et vénérable qui remonte assurément aux  l'histoire de peur au coin du feu. Tales from the Crypt, Creepshow, la série Master of Horrors. C'est logique quand on y pense: le cruauté se distribue très bien à petites doses, variées mais intenses. Les longues souffrances peuvent blaser et rendre insensibles.

Demandez à n'importe qui  le Twonky qui l'a scarifié à vie (cliquer ici pour une explication exhaustive et pertinente de ce terme), je mettrais ma main au feu qu'il sera question d'une histoire provenant d'une anthologie d'horreur. 

Toute bonne anthologie d'horreur a besoin d'une histoire centrale avec un narrateur captivant (demandez à Serling et au Cryptkeeper). C'est chose faite ici:dans le segment "narratif" réalisé par Jeremy Kasten (The Wizard of gore, le remake), un inquiétant automate joué par Udo Kier est l'hôte d'un spectacle dans un théâtre. Il introduit une femme visiblement abimée aux différent segments à l'aide d'autre automates. Creepy et classique à souhait .
THE THEATRE BIZARRE prend les principes surannés de l'anthologie au pied de la lettre...pour ensuite prendre la dites lettre et donner un papercut mémorable à la conscience du spectateur. Forcément, les six réalisateurs offrent une variété inégale de mutilations, mais leur inventivité est tellement opposée l'une de l'autre que le résultat est d'emblée saisissant. Douglas Buck, Buddy Giovinazzo, David Gregory, Karim Hussain, Jeremy Kasten, Tom Savini, Richard Stanley. Une ménagerie qui détonne ferme.

Mais surtout, SURTOUT, il faut selon moi pour ce type d'anthologie un thème unificateur. Tous ces films ont un point en commun et il est important. Le vecteur de l'horreur, de la vengeance, de la cruauté et la rédemption  sont ici systématiquement des femmes. On pourrait jurer que TOUS les réalisateurs (excepté Buck) ont eu de sérieux problème avec les dames qu'ils avaient particulièrement besoin d'exulter. Séduction,manipulation, castration. On a devant nous un beau bestiaire de femme monstrueuses, un hymne débridé à la féminité meurtrière.Très Freudien tout ça.

  Inutile de spécifier que ce film, intimement relié  au champ de gravité qu'a développé Fantasia au cours des années, était particulièrement attendu. Le résultat était à la hauteur des attentes. Allons y en ordre:
THE MOTHER OF TOADS de Richard Stanley (Dust Devil). 

Je suis un inconditionnel de Stanley, du réalisateur comme du praticien des arts occultes. Dust Devil est pour moi le grand film d'horreur Tarkovskien de sa génération et Hardware est un art-house Terminator pour déviants. Dans la salle, au moment de la présentation du film, Stanley avait vraiment l'air d'un chamane éthéré. Il était beau à voir. Sa  fantaisie Lovecraftienne, si elle saisie bien le matériel de base d'Ashton-Smith dont elle est issue, est traversée d'humour et d'une ambiance qui rappelle plus les meilleurs épisodes de Tales from the crypt que le morceau d'anthologie d'horreur attendu dans Theatre bizarre. Son segment aurait peut-être été plus sa place dans l'anthologie Masters of horror à côté de ceux d'Argento et Stuart Gordon. La rencontre entre Stanley et les Grands anciens n'est pas le rendez-vous au sommet qu'on aurait espéré, mais elle est pulpy en diable et la créature Lovecraftienne, The mother of toads, est une grande réussite.


I LOVE YOU de Buddy Giovinazzo (Combat Shock)

Je ne sais pas encore si ce segment se veut un hommage inconscient au grand Possession d'andrej Zulawski ou un simple succédané. Il bouleverse en tous les cas pour les mêmes raisons en utilisant les mêmes mécanismes. Un huis clos qui emmène un couple à se déchirer en accéléré pour une histoire de jalousie crisse vers un crescendo mémorable. De magnifiques éclaboussures de sang sur fond blanc, de la jalousie à revendre. La cruauté du personnage féminin est savoureuse. L'interprétation d'Andre Hennicke en émule de Sam Neill est assez solide. Reste que cet ersatz de Zulawski bien Sartrien (même le plan final est parfaitement calqué sur Possession) se prend comme une pêche bien juteuse avec une bourdon au centre.

WET DREAMS de Tom Savini (Night of the Living Dead ’90, maquilleur légendaire)

Surprenante entrée pour Savini, que l'on connait moins en tant que réalisateur. Peu loquace dans le salle, son film lui, est bavard à souhait, à l'instar de son personnage de psychiatre qui aide un homme (qui bat et trompe son épouse) à faire la différence entre le rêves (dans lesquels il semble coincé) et la réalité. Comme toujours, l'inventivité pour la torture et le sang font de Savini le Gore Vidal de l'hémoglobine. Dans ce département, il excelle toujours. Le récit onirique n'est donc forcément qu'une excuse pour balancer des morceaux de viande dans la gueule du public. Aussi profond qu'un canif dans le bide...qui fait quand même quelques dommages.

THE ACCIDENT de Douglas Buck (Cutting Moments).

Par sa facture contemplative et son propos chargé de philosophie, c'est le segment qui laissera la moitié du public indifférent et qui bouleversera le reste pour des jours. Je fais partie du reste. Dans cet accident de la route où les acteurs sont une jeune fille, sa mère, deux motards et un buck (ohh la belle idée que voilà), il y a toute l'horreur et la tendresse du monde. Le gore y est forcément encore plus inoubliable puisque c'est le notre. Le film se permet même de nous donner quelques leçons existentielles. J'en suis encore sur le cul.

VISION STAINS du montréalais Karim Hussain (Subconscious Cruelty, La belle bête)

Damn, that Hussein is a nasty mutherfucker! C'est aussi un vrai dramaturge. Son segment possède des échos de tragédie grecque oubliée: une tueuse en série absorbe par des injections (montrer dans de magnifiques gros plans qui aurait fait bander Dali!) les souvenir de ses victimes . Une réussite en tout point. On y sent s'agiter quelque chose d'ancien et d'interdit. C'est profond, éprouvant et ça trouve le moyen d'être néanmoins gore à souhait. J'ai cru y voir une référence aux meurtres en série des femmes amérindiennes de Vancouver. Mais c'est peut-être juste moi.
SWEETS de David Gregory (Plague Town)

Pendant ce segment, ma voisine du siège de droite a quitté, profondément dégoutée. C'est toujours le signe d'une grande victoire pour un réalisateur, je crois. Sweets invite à la fuite mais il est tellement drôle et pervers qu'on en redemande (du moins c'est mon cas). J'étais rivé de bonheur sur mon siège. Une magnifique incursion dans une relation entre deux sploshers,  (ces gens qui baisent avec, pour, dans et sur de la bouffe), une dominatrice et son esclave .Déviant à souhait. Le tout dans une ambiance surréaliste et extrêmement chargée de sensations, entre les détritus, les bonbons, les régurgitations et les entrailles. Vous me pardonnerez l'expression mais c'est définitivement le segment le plus léché et à lever le cœur à la fois. MIAM!
 Le parfait point de suspension sur cette feuille tachée de sang de papercut qu'est THEATRE BIZARRE. 

Merci du fond des viscères à tous ceux qui ont œuvré sur cette anthologie.

jeudi 24 mars 2011

Notre émission du 23 mars: Critters, une grande saga incomprise (avec un spécialiste du sujet, Gary Ouellette)

CLIQUER ICI POUR ÉCOUTER L'ÉMISSION

Le 7ème Antiquaire n'a  jamais été autre chose qu'un espace de fraternisation. C'est ici que nous venons nous recueillir à chaque semaine, écouter, parler et évoquer les Évangiles, les Sourates du celluloïd. Pour les prophètes auto-proclamés que nous sommes, TOUT  film est prétexte à la réflexion pure, au recueillement devant le déferlant maelström des idées.
Il va sans dire que le plus innocent des divertissements, le plus risible des films de cul est forcément  (et d'emblée) pour nous un réseau de secrets séculaires échappant  à plusieurs, y compris leurs  propres créateurs. Ces derniers ne sont souvent que les oracles  hallucinés de messages leur échappant totalement. C'est notre devoir, notre bénédiction, notre fardeau de vous révéler que le Verbe est parfois engoncé là où on s'y attend le moins.
Cette semaine, nous l'avons trouvé dans une grande Saga traversant les genres et les siècles...

Nous l'avons trouvé dans Critters. 
 Critters, la saga complète de 4 films, n'est pas du tout ce que vous croyez. L'académicien reniflera de contentement en lisant ces mots, mais il s'agenouillerait humblement devant la richesse de cette  franchise s'il se donnait la peine de la voir véritablement pour ce qu'elle est. 
 Critters, c'est la consécration du prédateur ultime, parfait dans ses proportions et ses fonctions. Une machine absolue de destruction et de consommation, une colonie aux membres interchangeables  et comprenant parfaitement bien les prérogatives de l'ordre de préséance. Vous pensez que les Critters sont des pales copies de Gremlins? Que nenni...Vous pensez que le plus grand prédateur des confins cosmiques est Aliens? Vous n'y êtes point...En tant que prédateurs, les Critters sont le pinacle du bestiaire cinématographique. Un Critter, c'est l'enfant parfait d'un Alien et d'un Gremlins.  
 Les gens brillants derrière la conception de cette saga ont façonné les pires créatures de cauchemar qui puisse exister: des boules de poils avec une bouche immense éternellement affamées, continuellement en chasse, perpétuellement indifférentes à la survie de l'individu. Critters, c'est la vengeance venu des cieux, toutes les plaies d'Égypte incarnées en une seule créature, la souvenir atavique de la Peste revenant nous hanter.  (Par ailleurs, j'ai appris le mot atavisme dans  la version française de Gremlins 2. C'est le Gremlins intelligent avec des lunettes qui le disait et c'est Yves Corbeil qui faisait sa voix...est-ce une coïncidence? Je ne pense pas). 
Il faudra, le jour de la résurrection (Tous les Critters se passent le jour de Pâques), une âme pure et humble pour assurer le Salut des hommes, un mécanicien alcoolique et maladroit avec des plombages pouvant capter les ondes radios. Ce sont les dents de ce Messie récalcitrant qui nous prévient de l'Apocalypse des bouches venues des Enfers...Saurons-nous entendre ses paroles, le temps de 4 films? 

Mission de taille que de parler avec la diligence requise de Critters. Pour nous aider cette semaine, nous aurons une expert en résidence, j'ai nommé mon cousin Gary Ouellette. Cinéphage vorace, connaisseur de toute ces franchises où des petites créatures tuent du monde, il sera des nôtre en studio pour alléger la tâche et propager la bonne parole.

Je tiens à remercier personnellement mon cousin de nous avoir fourni sa grande verve pour couvrir le tout en profondeur.

mercredi 28 avril 2010

Notre émission du 28 avril: JEUX VIDÉOS ET CINÉMA- Crossover avec Multi-Joueurs

POUR ÉCOUTER CETTE ÉMISSION, CLIQUER ICI
L'art délicat du "crossover" demande rigueur et dédication. Avec toute la diligence que cet art mérite, nous nous lançons aujourd'hui dans une expérience sans précédents. Pour la première fois dans toute l'histoire de la radio, deux émissions en même temps se croisent et se confondent!
Sans interruptions, l'équipe du 7ème et de Multi -joueurs vous parlent de la relation complexe que le cinéma entretient avec le jeu vidéo. Jeux vidéos inspirés de film, adaptation cinématographique, adaptation de films en jeux vidéos, esthétique du jeu vidéo émulée au cinéma...

Du pire au meilleur, de Uwe Boll à Gus Van Sant et Tarkovsky, des frères Mario jusqu'à Silent Hill. La valeur philosophique profonde du jeu vidéo, sa légitimité en tant que forme d'art. Un team-up au sommet, comme Mario et Luigi... Pour nous écouter:
On clique ici pour la première partie
...et on saute ensuite à Multi-joueurs pour la seconde partie ici-même

dimanche 4 avril 2010

Critique Cryptique: Dans le doute et le désir-apprendre à faire l'amour

Durant les années 90, les adolescents québécois étaient des bêtes de sexe sempiternellement à l'affût du vice, c'est une chose bien connue. Plusieurs jeunes hommes arboraient férocement la moustache et la coupe de cheveux dites "de Longueuil", question d'exalter leur virilité primaire. Un des membres du 7ème n'y a en fait pas échappé (devinez lequel?)

C'était l'état d'urgence au sein du gouvernement québécois. Il devenait vital de trouver un moyen d'enseigner aux jeunes la vertu de la tendresse et du sexe non précipité. Il fallait leur apprendre à faire l'amour, dans le doute et le désir. Et bien, qu'à cela ne tienne, des braves gens mirent la main à la pâte à répétition et répendirent une pléthore de vidéos éducatifs pour leur apprendre à mettre des capotes et à ne pas constamment sodomiser leur copine.
À mon sens, il n'y eu pas de vidéo plus pertinent sur le sujet que Dans le doute et le désir, non pas seulement parce que votre brave animateur y jouait - en fait, j'ai été choisi en quelque sorte pour me jouer moi-même, après des milliers d'auditions infructueuses...ma réputation n'était plus à faire et je représentais précisément le type de problème auquel le gouvernement québécois voulait faire face. J'étais insatiable, tout le monde savait mon infatuation pour les caresses orales and I was bad to the bone Oh yes I was! Fringuant!-


Non en fait, la pertinence de ce vidéo vient de son sens aigu de la cohésion, un équilibre parfait entre des éléments qui semblaient a priori inconciliables.

Premièrement, on y retrouve la comédienne Anik Vermette, reconnue pour ses prestations dans Watatatow, Ent'cadieux, C.R.A.Z.Y et Providence, déjà passablement croquignolette avec ses petites tresses... On a aussi droit à un chanteur assez réputé des années 90, avec une permanente et un petit bassin invitant, Hervé Hovington. Vous vous souvenez de son tube, Sur le Pavé?

Mais c'est indubitablement ma présence à l'écran qui donne de la crédibilité à un ensemble plutôt bien fignolé. C'est que voyez vous, j'y était allé à fond avec une approche Method acting. Que je sois à l'écran quatres scènes seulement n'importe peu...ce qui compte, c'est que je n'incarne pas Paul, je suis Paul. Des preuves:
Je suis allé jusqu'a me faire pousser une Longueuil bien frisée...

...et à me faire pousser une moustache écoeurament molle...

...j'ai même porté un wife beater déclarant Je suis québécois et fier de l'être. En toute vraisemblance, c'est la fabuleuse synergie que je partage à l'écran avec la comédienne qui joue mon prof d'éducation physique, femme que je tente de charmer et qui doit malheureusement résister à cause de mon âge. Je tiens à vous assurer qu'il n'en fut pas de même sur le plateau où mes charmes bourgeonnant ne la laissait Ô combien pas indifférente. Restons en là...
Vous allez tous me demander: mais où puis-je donc trouver ce vidéo? Que reste-il de sa pertinence? Est-ce qu'on reverra mon personnage, Paul, dans une suite?


À ces trois questions Je vous répondrai simplement ceci. Je ne pense pas que le vidéo soit encore en circulation, je l'ai donc mis sur You Tube (vous pouvez le trouver ici, en bas). C'était urgent. J'espère que les braves gens qui ont oeuvré à sa réalisation comprendront l'importance de mon geste.
Ensuite, le film n'a rien perdu de sa pertinence. Il est figé dans le temps, petit moment d'extase au coeur des années 90, un temps où les filettes ne se rasaient pas les poils pubiens devant leur webcam et où les jeunes hommes étaient fiers de leur pilosité. Un autre temps...où on apprenait à faire l'amour...dans le doute et le désir...bercé par la mélopée de Hervé Hovington.
Le retour de Paul est inévitable. C'est un personnage beaucoup trop riche. Je tente depuis des années de faire lever des fonds pour un spin-off, avec un succès plus ou moins grand.

Il n'en tient qu'à vous, le public, de faire savoir votre amour pour le personnage. Il faut le crier haut et fort: Paul, je t'aime. Reviens Paul. Prend moi... je saurai vous entendre.


Sinon, en attendant, on regarde avec nostalgie le film ici même...












dimanche 27 septembre 2009

Critique cryptique:Un Antichrist en manque de Possession


Fait deux ans que j'attends patiemment Antichrist de Lars Von Trier. Tout dans ce film me semblait être une bénédiction pour le cinéphile que je suis. L'horreur est mon genre préféré, surtout quand il se conjugue à la métaphysique. J'aime tout de Lars Von Trier; tous ses films, sa prétention neurasthénique de mégalo, son cynisme plein de connivences, son dogme 95. Tout. Plus les gens le détestent, plus je l'adore. Quand il annonça, quelque temps avant la sortie de sa comédie The Boss of it all (on parle de 2006!), qu'il ferait un film d'horreur, j'étais aux anges. Un film d'horreur métaphysique, qui plus est, inspiré d'un de ses maîtres à penser, Tarkovsky. J'étais littéralement extatique. La gloire. Que la controverse vienne! Que son brûlot choque! J'adore que Trier soit détesté: il est un digne fils de Loki, un trickster, un fouteur de merde. Il suffit de voir son documentaire-essai The Five Obstructions pour comprendre la fonction de régulateur que se confère le danois sournois. Antichrist. Comme je t'ai attendu. Comme un amant nerveux qui sait qu'il va se faire violer. Gainsbourg gagne la Palme d'or. Tout va bien. Le film choque. Génial. Un prix oecuménique fantoche plus tard, c'est encore mieux. J'aime tellement Von Trier, ce petit salopard à l'oeil torve, je l'adore...

Fébrile, je commence le film hier soir. Mon salon est plongé dans l'obscurité. Les recoins les plus malsains de mon âme sont gorgés de lubrifiants. Je suis prêt pour un viol en profondeur.


(....)

Après l'ouverture assez pompeuse, relecture baroque de la scène d'ouverture de Don't look now (on a beau y montrer un pénis défonçant de la Charlotte, la scène n'arrive pas à la cheville de celle de Roeg, plus torride alors que les années passent), je me dis que le film avait besoin de ces trente minutes pour installer une profonde spirale de désespoir et de culpabilité. J'aime la langueur au cinéma, voire même la lenteur. D'emblée dans le médium de l'horreur. Je me dis que cet ennui qui s'installe en moi n'est pas habituel. Après tout, Von Trier est reconnu pour son utilisation de procédé hypnotique (les rails de train de Europa me captivent à toutes les fois). Je ne me suis jamais emmerdé une seconde en regardant un seul Tarkovsky (pas même les scènes d'autoroute dans Solaris). Des gens qui baisent en noir et blanc au ralenti sur du Händel, c'est bien non? Qu'est-ce qui m'arrive?


Je regarde. J'écoute. Dafoe est drôlement éteint. C'est probablement volontaire (il est psychiatre). Gainsbourg est une comédienne ordinaire et j'imagine qu'il veut la laisser s'exprimer. Après tout, ce n'est pas tous les jours qu'on lui demande de copier copieusement, presque plan par plan, au décibel près, l'hystérie inoubliable d'Isabelle Adjani dans Possession d'Andrzej Zulawski. Ah tiens, elle aussi avait gagné la Palme d'or en 81...

Cliquez sur le vagin sanglant d'Adjani pour écouter notre émission sur Possession!

L'imitation (celle de Gainsbourg au jeu et Von Trier à la réalisation) est tellement frappante qu'il devient impossible, pour toutes personnes ayant vu la cicatrice sur pellicule qu'est Possession, de ne pas s'y référer en regardant Antichrist. C'est pour ainsi dire presque le même film, mais la version ...sentier d'hébertisme. Antichrist grappille un peu à Don't look now, beaucoup à Possession et donne à toute l'affaire un rythme et une dialectique vaguement Tarkovskienne. Ce qui en fait un film en retard de plusieurs décennies. Oui madame. C'est vous dire si le film devient inintéressant si il n'imite pas. Les petites mutilations à coup d'outil rouillé sont drôlement grandguignolesques dans ce film, comme si on avait greffé une scène de Saw dans un Haneke.


Attendez! On y retrouve forcément une profonde et prenante réflexion sur le Mal ultime, force impalpable régnant en maître sur l'église de Satan, la Nature? T'sais, comme l'arbre maudit dans le Charisma de Kiyoshi Kurosawa? Ou comme tous les films de Werner Herzog? Il doit bien y avoir quelque chose dans ce truc non? Ça ne peut pas simplement être un Don't look now-Possession à la Tarkovski-Herzog non?


Eh ben oui.

Dans vingt ans, ce sera simplement un film oublié. Faudrait pas confondre lent et long, profond et creux. Le film se résume parfaitement bien par le biais d'une scène, qui se voulait effrayante et sombre vite dans l'hilarité. Dans une clairière où se trouve Dafoe, quelques feuillages s'agitent. En fouillant, il y trouve le cadavre d'un renard s'auto cannibalisant (le totem involontaire de Von Trier?) qui se lève et dit "le chaos règne".
Putain que cette scène me fait rire. Du coup, on est dans Neverending Story...

...sauf qu'au lieu d'avoir Gmork, un loup parlant et serviteur du Néant qui disserte de manière horrible sur le vide, on a un roadkill qui dit deux mots. C'est génial. C'est douteux.

Le chaos règne... t'en a d'bonnes Lars. Ben oui qu'il règne le chaos. Brr. Fait froid hein? Le monde est hostile. Les madames aiment ça crier et faire du mal aux monsieurs. Ok. Je suis d'accord, mais encore...c'est tout? Holy cow and wholy chao!

Tiens... je m'en permets une faible. Ton film, Lars, l'est pas profond, l'est pas choquant, l'est pas sulfureux. Il est juste Antichrist(ment) chiant.