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samedi 22 octobre 2011

FNC '11: Critique de LOS ULTIMOS CRISTEROS-Marcher entre l'ivraie et le faux

(Cette critique est initialement parue ici dans le Baron Magazine)
 
Je me confesse. Je suis un fier apostasié et j’ai une perspective de l’Église qui oscille entre l’indifférence et le dégoût. Par contre, les Écritures m’émeuvent profondément. La figure du Christ également. Il me suffit de voir l’effigie du Crisse pour me sentir entre bonnes mains, comme si un vieux pote de route me saluait, genre vieux routard. Conditionnement judéo-chrétien résiduel qui traverse les générations, sans doute. Reste que Jésus est pour moi un crisse de bon diable, one of the best.

Surprise de taille: Jésus est au FNC cette année, du moins, sa version gnostique. L’Apocalypse est encore et toujours dans l’air du temps aussi. Les deux viennent souvent ensemble, à ce qu’on dit.  Il y a L’Eschaton Tarkovskien tout en intimité du dernier Béla Tarr, celui de TAKE SHELTER et son prophète parano. MELANCHOLIA, bien sur, et surtout le dernier Bruno Dumont, qui assume pleinement son mysticisme chrétien. Mais c’est dans LOS ULTIMOS CRISTEROS de Matias Meyer que le Christ est le plus présent.  Il s’incarne dans une poignée d’hommes aux visages burinés qui portent le sombrero.  
 En 1925, le gouvernement mexicain décide d’imposer de sévères restrictions aux pratiques religieuses du peuple, pouvant aller jusqu’à la peine de mort. Un petit groupe de rebelles, les Cristeros, s’y oppose et continuent de vivre selon les principes de leur foi. LOS ULTIMOS CRISTEROS nous montre le chemin de croix de ces hommes en fuite. Sporadiquement, les balles fusent du vide, comme si le paysage lui même les crachait, et les hommes tombent petit à petit. Ce chemin de Croix, Meyer nous le fait vivre pas à pas, entre langueur et lenteur. L’approche rappelle, c’est inévitable, les méditations filmiques de Reygadas mais aussi celle de Dumont (voir HORS SATAN et ce film le jour même doit laisser le spectateur dans un certain état de Grâce). La faim s’installe, la cadence des hommes ralentie. Les munitions servant aux coups de semonce se raréfient. Les nuits sont froides et les jours sont secs. Assoupis sur le flanc d’une sierra, dormant sous leur sombrero, agonisant dans une grotte, immobiles sous la lune… les moindres détails du chemin de croix des derniers Christeros nous seront montrés.
 Au début, le quotidien de ces hommes est d’une intolérable monotonie; même le cinéphile le plus aguerri et habitué au parcours aride peinera parfois à les suivre.  Autour de moi dans la salle de cinéma, beaucoup d’œil se fermait doucement. C’est précisément à ce moment que le miracle se produit. C’est dans cet état de fatigue que le spectateur devient lui-même, ne serait-ce que quelques minutes,  un Cristeros. Si les prières psalmodiées et inaudibles retentissent dans le paysage, les quelques rares morceaux de trompettes sorties tout droit d’un western-spag deviennent des lamentations. Meyer filme les sillons du visage des hommes- dont aucun ne sont comédiens professionnels- comme il filme le paysage. Un autre miracle se produit alors;  les hommes et la terre finissent par se confondre. Poussiéreux et craquelés, ils s’incarnent dans la terre et y trouvent leur salvation. Dieu est ici dans les fissures du monde.  Quand, sur le bord du feu, après des longues minutes de silence, les derniers Cristeros sortent leur guitares pour chanter une complainte sur leur pendaison imminente, l’effet est instantané...les yeux fatigués de nombreux spectateurs se mouillent. Pendant quelques minutes, l’athée que je suis s’est mis à envier cet incommensurable amour et cette soif de vérité.

Qui l’eut cru; Jésus est au FNC cette année.

samedi 30 juillet 2011

Fantasia 2011: critique de TRUE LEGEND et 13 ASSASSINS: Le Wuxia pian du vieux maître VS le Chambara de l'enfant maudit

Une légende chinoise aux épanchements mélodramatiques revue et corrigée à grands coups de poing par Yuen Woo-ping.  Le crépuscule des samouraïs revu et corrigé par Miike qui nous peint enfin un authentique chambara.  Vus un après l'autre, dans un état de ferveur. La juxtaposition était appropriée et étourdissante: si les films sont drastiquement différents dans leur approche, leur dessein est sensiblement le même: montrer comment la légende est le vecteur des changements de l'histoire .
Les héros sont tragiques. Le méchants sont d'une cruauté inouïe. Les femmes sont laissés derrière. Les combats sont d'une violence démesurée mais ils sont aussi traversés de poésie. La même recette, deux sauces: de l'aigre-douce dans ton coeur  VS et du Wasabi dans ton âme
Vous êtes familiers avec Yuen Woo-ping? Même si c'est le cas, faisons un petit exercice vous voulez bien? Sans être exhaustif, considérons l'importance de ce que l'homme a donné au cinéma depuis quelques décennies. 
Pour une poignée d'occidentaux férus de films de kung-fu, Yuen Woo-Ping est celui à qui l'on doit la véritable introduction des arts martiaux chinois dans la cinématographie américaine. La découverte de Jet Li, de Jackie Chan, du Kung-fu drunken Style, les chorégraphies des Matrix et des Kill Bill; le vieux maitre a exalté plus que quiconque  les canons d'une mythologie typiquement chinoise, pour le grand bonheur des néophytes et des exégètes. Avec le succès planétaire de Crouching Tiger, Hidden Dragon , il a également contribué à la  prolifération subséquente des Wuxia pians, les films de capes et d'épée chinois où les combats sont des ballets aériens. Même Kung-fu Panda 2 est truffé de référence directes à ses films et son style de chorégraphies (ne riez pas: Kung-fu Panda 2 est un hommage vibrant et hautement intelligent à Sammo Hung et aux premières réalisations de Woo-Ping, The magnificent butcher en particulier). 
Même les cinéphiles les plus curieux ont souvent commencé avec ses films pour ensuite se familiariser à rebours avec les grands classiques de la Shaw Brothers , allant de Liu Chia Liang à Chang CheH pour ensuite découvrir le souverain du genre, King Hu. Avant lui, les occidentaux en général ne pouvaient à peine faire la différence entre le karaté et le kung-fu, Shaolin et le Mont Wutang et la Chine était régulièrement envahis par des ninjas. Allez voir le dvd français de Legend of the drunken master avec Jackie Chan juste pour rire: on a traduit drunken Style pour "le Karaté saoul"! 
Pour tous ses accomplissements, il manquait à Yuen woo-ping son film-somme, un long métrage poussant au paroxysme toutes ses obsession stylistiques, thématiques et même spirituelles. True legend est précisément ça. Il remonte aux sources des mythes fondateurs sans aucun soucis de crédibilité ou de cohésion narrative. Les scènes de combats parlent d'elles mêmes. Elles sont nombreuses, bruyantes, improbables et elles cognent dure, très dure.  Ce sont des surhommes qui se battent ici, des super héros chinois capables de défier les lois de la physique et de faire du breakdance de combat.
Le film nous raconte l'histoire de Beggar So, héros de guerre tragique qui sera happé par la folie et le démon de la bouteille. Créateur du drunken fist, cette forme de combat où les mouvements émulent l'état d'ébriété, on verra ce personnage au cinéma des dizaines de fois, particulièrement dans des comédies.  Le véritable  créateur du drunken fist, bien qu'il soit une forme de combat existante, est nul autre que Woo-Ping. Il est directement responsable des plus belles séquences de combat en état d'ébriété. True legend nous fourni enfin l'origine "complète" de ce touchant personnage, joué à plusieurs reprises par le maitre lui même. 
Dès les premières minutes du film, on se croirait dans une adaptation de bédé américaine. Le film sensiblement une version asiatique de Thor: Beggar Su semble provenir d'un Valhalla chinois traversé de combat exagérément épique et à la limite du surnaturel, où il est le fils favoris. Dans ce rôle ,Man Cheuk Chiu donne la meilleur performance de sa carrière depuis The Blade


Dans True Legend, les hommes côtoient les dieux pour apprendre les secrets du combat. Le légendaire Gordon Liu reprend le rôle classique du vieux sage aux longs sourcils Pai mei et Jay Chou, le Kato de Green Hornet, est le dieu du Wu Shu.  Le frère de Beggar su est le perfide Yuan Li, sorte de  nécromancien possédant les secrets des styles de combat "venimeux". Superbe vilain gavé jusqu’à la moelle de clichés, il porte des costumes mauves (comme tous bon vilains de comic-book), il a la peau livide et elle est greffée d'une armure.
Les geeks  lui trouveront quelques ressemblances avec un des grands vilains  du comic-book, Master Darque, le nécromancien, qui sévissait jadis dans les pages de la compagnie Valiant. 

Yuan Li est ostensiblement le Loki de cet univers: jaloux de son frère et cherchant à se venger de son père adoptif, l'assassin de son vrai père. Dans sa folie meurtrière, il possède quand même un sens tordu de la filiation, comme les meilleurs méchants du genre. Les ressemblances entre Thor et True Legend ne s’arrêtent pas là. Les deux films oscillent entre la fantaisie de comic book et la tragédie Shakespearienne: Le jeu ampoulé des acteurs et leur prononciation modulée du mandarin s'en chargent. Les mythes scandinaves et chinois font assez bon ménage. Le film finlandais Jade Warrior présenté à Fantasia voilà trois ans avait tenté un mariage de fortune en transposant le mythe de la Kalevala dans un wuxia pian classique...et ça fonctionnait.
True legend est un fantasme mythologique pure, entre la tragédie et le mélodrame. Il n'est aucunement question de conférer quelconque crédibilité à l'histoire. Le canevas est vieux comme le monde: trahison du frère usurpant le pouvoir, exil et déchéance du héros, les scènes obligatoires d'entrainement et de découverte spirituelle de même que la vengeance finale. 
Mais ça ne s’arrête pas là. 
Faisant preuve d'une audace peu commune dans le genre, Yuen Woo-ping ne nous permet pas de déterminer si l'histoire se passe à une multitude de niveaux dans la psyché d'alcoolique du personnage (il faut voir ses combats avec le dieu du Wushu sur les flancs d'une statue!) ou s'il est tombé d'un monde parallèle (à la manière de Thor, justement). Un inexplicable jump-cut de plusieurs décennies ajoute à la confusion, pour notre plus grand plaisir. Cepandant, un indice demeure: le plus grand combat que mène Beggar Su est contre lui même. Les art martiaux, plus que jamais chez le vieux maitre,  sont des danses illustrant le combat intérieur.
TRUE LEGEND est parfois larmoyant, déchirant et particulièrement loquace dans la démonstration des prouesses physiques ...et c'est parfait ainsi. Tout est dit dans l'oxymore du titre . 

13 assassins maintenant.


Enfin. 
Enfin, un véritable chambara pour Takashi Miike. Un Miike tout en retenu (!)  qui ne  perd rien de la cruauté et l'humour qui font sa signature.
Enfin. Un chambara qui se permet d'être presque chinois dans son verbiage martial. 
Enfin, un film de guerre asiatique qui m'a autant satisfait dans sa sauvagerie que Bang Rajan. 
Enfin, le jidaigeki que les maniaques attendaient depuis des lustres. 
Qu'on se le disent. Dans la démonstration des arts martiaux, les Japonais n'ont rien à voir avec les Chinois. Économie de moyens, mouvements brefs et parfaits, tension à couper au Ginsu. Le samouraï et au haïku ce que le guerrier chinois est à la poésie épique. C'est le propre d'un vrai chambara: les combats ne sont jamais au centre de l'histoire. Ils sont d'incisives ponctuations. Admettons le: Vous attendiez un film de samouraï où les combats ont une place prépondérante depuis longtemps non?


Jouons avec les chiffre: Il a beau être un remake du film Eiichi Kudo de 63 portant le même titre,  13 assassins est le versant sombre de 7 samourais et le frère d'arme de 47 ronins, auxquels il fait par ailleurs souvent référence. Même les chiffres des titres se miroitent; le lucky seven et les héros humanistes de Kurosawa en opposition au  13 de malheur des kamikazes assoiffés de justice de Miike. 13 assassins offre une variante du grand classique de Kurosawa en capitalisant volontiers sur des scènes de combat à l'énergie bien contemporaine. Il en devient en quelque sorte l'inversion. Mais il est aussi une relecture de 300 à la manière nipponne. Faites le calcul: 47 X 7 -13= presque 300. ha HA! 



N'ayez crainte: ça fonctionne à merveille. Miike s'était déjà prêté à l’exercice, (de manière beaucoup plus expérimentale), en faisant IZO, une suite informelle et jodorowskienne du classique d'Hideo Gosha TENSHU (cliquer ici pour écouter notre émission sur à ce sujet)
 Si 7 samourais se passait à l'apogée d'une période de guerre, 13 assassins se déroule à la toute fin de leur règne, en temps de paix. Les 7 samourais protègent un village d'une attaque de brigands. Les 13 assassins doivent débarrasser le japon de son plus dangereux tyran.
Dans le rôle du leader du groupe, Koji Yakusho, en voie de devenir le comédien japonais le plus important de sa génération, continue de devenir l'héritier spirituel de Takashi Shimura (faut le voir lui rendre hommage dans Dora heita). S'il est le même personnage, il est cependant une version sombre de Shimada, satisfait de pouvoir enfin mourir au combat. 
 La réponse à Kyuzo, le bretteur virtuose au visage stoïque est Hirayama Kujūro. Deux personnages inoubliables interprétés par deux comédiens (et escrimeur) de grand talent, tout en finesse, en élégance et en furie guerrière.


Dans le rôle du rônin joueur et désabusé, le surprenant Takayuki yamada (qui jouait les trois personnages principaux de Milocrorze:a love story) devient la conscience du groupe. 
On a aussi droit au jeune guerrier voulant se tester au combat, au samouraï bedonnant et jovial et à l'assistant général qui reprend du service. 
Il fallait forcément que le personnage de Kikuchiyo, le fermier courageux et opiniâtre avec une très grosse épée (et comedy relief),  campé avec brio par Toshiro Mifune, ait un remplacement à sa mesure.


C'est chose faite avec Kiha Koyata, interprété par Yūsuke Iseya.


Personnage typiquement Miikéen, Kiha est à la fois un comedy relief et le personnage insaisissable. Hommage évident à l'animalité de Mifune dans le film de Kurosawa, Kiha n'est pas un samouraï; c'est un homme des bois, un chasseur habile qui a lui aussi un tempérament opiniâtre et une...très grosse épée.  Il y a fort à parier que Kiha ne soit pas un être humain: pour ma part, je me plais à croire qu'il est un Tanuki, un esprit animal de la forêt qui a pris forme humaine (les ratons laveurs avec des grosses bittes dans le Pompoko de Miyazaki, pour les non-initiés)
Miike est passé maitre dans l'art d'inventer des personnages qui sont des experts de la cruauté. Il a probablement inventé son plus beau monstre en la personne du sadique souverain Matsudaira Naritsugu . Un enfant de pute comme on en fait plus. Si le vilain de True Legend est admirablement suranné, celui de 13 assassins à des psychopathologies Ô combien modernes.
Déviant et obsédé par la mort, le souverain n'a pas son pareil pour infliger la souffrance. Il est sans aucune morale, complètement insensible et il est au centre des scènes les plus Miikéennes du film (une est particulièrement éprouvante et inoubliable) Vous allez vraiment vouloir voir le salopard souffrir. .

Presque parfait dans son exécution, 13 assassins culmine sur une scène de combat final exemplaire en tout point. Longue de presque 30 minutes, elle aurait fait bander Sun Tzu comme un cheval. Dans un village transformé en machine de guerre, nos treize assassins deviennent des vikings doublés des salopards de Western spaghettis. C'est la fin de Sword of doom d'Okamoto multiplié par 20.


Miike continue de prouver qu'il est une magnifique tache de sang et de  merde en forme de papillon sur la face du soleil levant. Il nous enfin donné le chambara qu'on attendait de lui. 

jeudi 28 juillet 2011

Fantasia 2011, Jour 14: Éloge d'UN GÉNIE, DEUX ASSOCIÉS, UNE CLOCHE. Une arlequinade en guise d'oraison

Le western-spaghetti savait qu'il allait mourir. Il s'y préparait déjà depuis quelque temps. Pistolet rayé en main, de plus en plus recouvert de poussière, il est allé crever dans des décors de plus en plus en plus délabrés, évocation de l'agonie du genre. Dans Keoma de Castellari, c'est dans les magnifiques yeux bleus de Franco Nero qu'on pouvait percevoir la mélancolie de l'inévitable décès. Un dernier magnifique râle.
Juste avant l'ultime souffle, un autre regard bleu, rieur celui là, avait décidé de s'en moquer. Mario Girotti. Terrence Hill. Son nom était Personne. À l'époque, il semblait étrange que le maestro Sergio Leone prête sa voix tonitruante à la comédie Mon nom est Personne. Aujourd’hui, on sait assurément que c'était le champ du cygne dont le genre avait besoin. 
Dans ce film, Personne est l'incarnation même du Western-spag, donnant un second souffle au western classique, incarné par Henry Fonda. Il  sait cependant que sa fin à lui aussi est proche. Il s'appelle Personne parce qu'il  est un bâtard, un fils illégitime et abandonné. Personne ne pouvait sauver le western-spag, mais il pouvait tout au plus lui donner ses dernières lettres de noblesses et sa part de latin. Avec un grand sourire.
Quand le séminal Fistfull of dollars de Sergio Leone sorti en 1964, c'était évident pour tous qu'il était un transposition de fortune du Yojimbo de Kurosawa. Probablement pour cette raison, l'autre géniteur du genre fut laissé  de coté assez rapidement. A fistfull of dollars, c'est aussi et surtout l'Arlequin, serviteur de deux maitres de Goldoni. L'ombre grimaçante de la Commedia d'ellarte était penchée depuis quelques temps sur le Western Spag. Plus que tout autre, c'est Terence Hill qui aura été son Arlequin; joueur de tour, acrobate ,arnaqueur, séducteur, faussement niais et au cœur de la lutte des classes.
C'était un privilège de voir Un génie, deux associés, une cloche dans les conditions offertes par Fantasia hier. 
Elles permettaient d'appréhender pleinement sa richesse. Traversé d'une quantité de teintes jaunâtres, parfois volontaires et parfois fruit de la patine du temps, la poussière semblait dorée et la lumière encore plus...ce qui renchérissait l'impression de voir une histoire provenant d'un monde mythique et fantasmé.


Terence Hill y reprend son archétype de Personne. Cette fois, il est Joe Merci, un peu comme Yojimbo deviendra Sanjuro. C'est le même personnage. Notez son nom, il est important: C'est un remerciement (au genre?) mais cette aussi le mot "mercy" (pitié). Joe n'est pas un tueur. C'est un Trickster, un joueur de tour.
Sa fonction d'Arlequin confère  à Joe une conscience métatextuelle des codes du récit (Arlequin s'adresse souvent à la foule dans la commedia dell'arte). Il porte le costume doré de circonstance (littéralement couvert d'or!) que doit porter tout bon Arlequin. Il va même jusqu'à dire à un vieil indien de quitter à gauche de l'écran parce qu'il représente le passé! Il n'a pas besoin de tirer de son pistolet et quand il le fait, les lois de la physique lui obéissent: Joe Merci a un compère et c'est le réalisateur. Merci connait tellement bien les mécanismes de son monde qu'il est capable d'élaborer les arnaques les plus complexes et de retourner  toutes les situations à son avantage. Après tout, il est l'incarnation d'un genre qui trotte vers ses derniers milles. Il en a vu d'autre et il sait qu'il ne peut pas perdre. Il n'a donc pas besoin de tuer. Il porte une  petite sonnerie à son cou pour se rappeler les différentes étapes à suivre de son plan étourdissant de complexité, huilé au quart de tour.
Attendez...il porte une sonnerie à son cou? C'est lui la cloche du titre?. Mais qui donc est le génie et qui sont les deux associés? Est-il possible que nos héros occupent tour à tour chacune de ses fonctions? 


Si. 
Le titre est un indice.Ça les aminches, on appelle ca une ARLEQUINADE.
 Une arlequinade, c'est une trinité de personnages en interaction étroite avec deux antagonistes. Arlequin, Pierrot et Colombine forment la base. Pantalon et le Clown sont les menaces extérieures(rappelons que Terrence Hill continuera à jouer plus tarddans des arlequinades et que son personnage  prendra le nom de...Trinity!).
-Arlequin=Terrence Hill, Joe Merci
-Pierrot (le lunaire, le distrait, celui qui se fait exploiter par Arlequin)=  Robert Charlebois dans le rôle de Locomotive Bill
-Colombine,(naïve, pure et amoureuse des deux) = Miou miou dans le rôle de Lucie
-Pantalon (le fourbe, l'avare, la cruel, l’alcoolique)= Patrick Mcgoohan en Major Cabot
-Le clown=Piero Vida dans le rôle de Jacky Jolly Roll.

Il est absolument accessoire de comprendre qui manipule qui. Il ne sert à rien de résumer cette histoire. Il est question d'un trio qui veut arnaquer le Major Cabot de 300 000$ et c'est tout ce que vous avez besoin de savoir. C'est une Arlequinade (forcément méta fictionnelle par moment) qui sert à annoncer que le rideau de cette commedia d'ellarte que fut le western spag va bientôt être tiré à jamais. Les italiens vont fermer le grand Théâtre d'Almeria. Le temps de quelques coups de feu, le théâtre populaire et le cinéma de genre se sont rejoint.
 Tout le splastick du monde, tous les gags et les scènes d'actions ne pouvaient étouffer l'oraison joyeuse et assumée qu'est Un génie... beaucoup plus profond qu'il ne veut bien le laisser paraitre, à l'instar du personnage de Joe Merci (Merci pour la ride. Mercy for me!)

Je ne passerai pas sous silence la généreuse présence hier de notre héros national du rock à la fin du visionnement. Tour en tour la cloche, le génie et l'associé, surprenant de désinvolture, Charlebois campe son personnage de métis récalcitrant, locomotive Bill, avec une énergie de...well, de rock star. C'est aussi un plaisir d'entendre son doublage en français "normatif" s'écrouler en roulements de R, typique de notre joual galopant.  Leone lui aura d'ailleurs demander de se restreindre à ce niveau là; Charlebois sonnait bien trop comme un nègre (pas quelque chose qu'on entend à tous les jours hein?) Ironiquement, avec son teint exagérément rouge et ses cheveux frisés, il était probablement difficile pour les italiens de se figurer d'où il venait.


Émouvant moment où notre histoire rejoignait celle d'un genre ne nous appartenant pas. Charlebois ne fut pas laconique avec ses anecdotes.


On apprend que Damiani et Leone ne s'entendait pas particulièrement bien, Leone étant un anarchiste de droite et Damiani un un communiste obsédé par le thème de la lutte des classes. En tant que producteur, il réalisa quand même la scène d'ouverture, inspirée de ses propres films, comme s'il passait le témoin à Damiani au sein de son propre film. Étaient-ils  les deux associés du titre, à leur insu? Forcément, parce que le véritable  génie, c'est Ernesto Gastaldi, scénariste du film (et donc du titre). Morricone serait donc la cloche. On ne dira jamais assez à quel point le grand génie du western spag est autant Gastaldi que Leone. La méta textualité de cette arlequinage est si vertigineuse qu'elle va jusqu'à la conception du film.
Nous apprendrons également que Leone avait initialement approché Charlebois après avoir vu une de ses performances à Cannes. Il voulait lui faire jouer un assassin dans un film qui se serait intitulé What's up with you Humpty Dumpty? Charlebois refusera et se fera contacter plus tard pour jouer dans le film de Damiani. Il passera l'essentiel du tournage chaud comme une botte et gelé comme une balle. On sait maintenant que Leone voulait faire Les Valseuses version western, d'où la présence de Miou Miou (et d'un canadien français qui peut parler anglais pour remplacer Depardieu?)

Charlebois prendra quelques cuites avec Mcgoohan avec lequel il s'entendait très bien (étant le seul à parler l'anglais sur le plateau) qui, en bon irlandais, " déjeunait au gin tonic le matin". Il jouera quelques jours sur le piano de Debussy, jammera chez Morricone et ne se pointera pas pendant une journée de tournage pour cause de gueule de bois, prétextant un congé de Pâque. Ce qui mettra Leone en beau joual vert (J'ai réussi à ploguer cette phrase! Je peux quitter...)
C'est un magnifique cadeau que nous a fait Robert Charlebois et  les gens de Fantasia. 
Le 7ème antiquaire vous en remercie du fond du cœur.




samedi 23 juillet 2011

Fantasia 2011, Jour 8: Critique de MUSTANG: Un monde de passions débridées

MUSTANG!!!!! CHEVAL NOIR INDOMPTÉ!!!!
MUSTANG!!!!! PERSONNE NE PEUT TE MONTER!!!!!

Dans les arrières-boutiques en plywood et les routes poussiéreuses de Saint-Tite, il y a un monde de passions sauvages qui ruent dans les brancards. Des secrets, des amours déçus et des colères qui grondent. Johnny Cooper, le grand Sachem du Festival country aimé de tous, est mort horriblement au rodéo, piétiné par Mustang.
Mustang: le cheval noir indompté.
MUSTANG. Que personne ne peut monter. 
MUSTANG est enfermé dans un enclos en exemple, symbole et témoin vivant des mensonges qui sclérosent le village. Mais MUSTANG n'est que le catalyseur du drame. Et MUSTANG, le film, est une découverte sans précédent. Il mérite un culte, un DVD, la trame sonore en 8-track et un laser-disc. Il est inadmissible qui ce magnifique pur-sang galope au loin, narguant les cinéphiles québécois de ma génération, sans que nous ayons eu droit de le monter auparavant.

Si seulement MUSTANG n'était qu'un Western-poutine hybride (le seul en fait) où sont mélangés les genres dans une concoction lourde mais hautement appétissante, ce serait déjà suffisamment bourratif. Mais il est encore plus que ça; c'est un tragédie antique à Saint-Tite. La recette est parfaite: La patate du Western classique , la sauce brune du drame de cuisine québécois et le fromage en crottes de la tragédie antique, permettant la cohésion improbable des éléments précédents. 

Willie Lamothe, le légendaire, joue Dick Lachance, chanteur de country qui n'a rien à voir avec son alter ego. C'est un cowboy fantaisiste (c'est le titre d’une de ses tounes) qui n'aime pas les chevaux. Il arrive avec son groupe au Festival de Saint-Tite pour constater que la mort de son vieux chum Cooper a laissé le village dans un état de dévastation psychologique indéniable. Affublé de ses compagnons de routes, dont le nom moins légendaire et souriant Bobby Hachey, il soupçonne quelque chose de louche. Il fera sa petite enquête  Le groupe de Lachance  a en quelque sorte une fonction de poutinage narratif (poutinarration?): ils sont le chœur grec de la tragédie, les fous du roi et des desperados du verbe au grand cœur.

La Tragédie se met en place: Un maire louche et libidineux joué avec gravitas par Claude Blanchard, Muriel Millard est son épouse fardée comme les clowns de ses peintures impressionnistes, la veuve blessée est Luce Guilbault, la femme fatale de Calgary est campée par Nanette Workman. On a aussi l'indien de service et la petite fille espiègle. Albert Millaire se la joue Western-spag en tant que bad boy tourmenté et Marcel Sabourin est l'idiot du village.  Il est amusant de constater que la parlure populaire de ce magnifique groupe rend la performance de Millaire et Sabourin des plus comiques. Ces deux acteurs de théâtre sont pratiquement incapables  de harnacher le  joual du reste du groupe. Millaire a le regard d'un tueur et l'élocution d'un notaire de Saint-Bruno. C'est hilarant.

Est-ce que Klo, le bad boy du village, saura relever le défi du maire? Pourra t-il monter MUSTANG et ainsi venger Johny Cooper? 

Seule réalisation de Marcel Lefebvre, il signe aussi la grandiloquente trame sonore (je ne déconne pas: c'est de l'immense orchestration mur à mur). Lefebvre est d’abord et avant tout reconnu comme auteur-compositeur pour à peu près tout le monde de Céline Dion ("Une colombe", c’est de lui!) à Jean Lapointe ("Qu'est-ce qui fait donc chanter les p'tits Simard! C'est les poudings...LAURA SECORD" c'est de lui aussi !!!!) 
MUSTANG est traversé de moment de grâce et d'absurdité. Des morts atroces, des regards tout droit sortie d'un Leone qui ne cesse de se répéter sans qu'il y ait le moindre combat, les tounes de Willie Lamothe qui détonnent avec les amples orchestration de Lefebvre. Impossible de déterminer où commence et fini le niveau de conscience qu'avait Lefebvre de son propre projet.

Mais c'est justement l'improbabilité d'une cohésion entre tous ses éléments qui est la grande force du film. Saouler par les trop nombreux whiskies servis à Fantasia, ça prenait la poutine bien grasse et savoureuse qu'est Mustang pour remettre mon foie de cinéphile à la bonne place.

Qu'on se le dise: MUSTANG est un MUST(on veut un Dvd calisse)

Par ailleurs, j'ai une théorie.
Pendant une scène, on voit une statue de Mustang suspendue dan les airs comme si elle volait, cambrée de colère et les yeux rouges de haine.
Je suis maintenant certain que MUSTANG est la véritable inspiration pour le cheval emblématique de Fantasia 2011. Il représente aussi leur volonté secrète de faire passer ce film à l'histoire, comme il se doit.

Parce que Fantasia est le Mustang des festivals de cinéma: sauvage et indompté.

samedi 30 janvier 2010

Geek Chronique no.27: Le bon, la brute et le...petit salopard qui m'a tiré dans les burnes?




Récemment, un compagnon cinéphile (un grec sculptural et couvert de tatouage dénommé Kosta, créateur du blog Meat et Meat, en hyperlien ici même à votre droite) me prête un film absolument unique, un truc si étrange que je l'ai tout de go classé dans mon top 10 de mes OUATE DE PHOQUE!!!

Vous avez peut-être entendu parler: The terror of tiny town, un western musical de 1938 mettant en vedette...des nains. Un casting entièrement composé de nains. Des nains qui montent des Shetlands, des nains qui se donnent des coups de poing. Si vous pensez que tout ça est drôle, vous avez en partie raison. Si vous trouvez l'idée de mauvais goût et abusive, vous avez également raison. Mais il y a une chose que le film génère involontairement et c'est ça qui le rend fascinant, du moins pour moi. Le film est creepy. Pas les nains, que je ne trouve par ailleurs ni drôles ni étranges. L'atmosphère est, disons, décalée. Un John Ford pastiché par Lynch ressemblerait probablement un peu à ça. Je ne sais même pas si le titre est volontaire, mais c'est comme si le film en cachait un autre; La Terreur serait celle, indicible et inexplicable, de ce monde parallèle, identique au nôtre, où tout les gens sont des nains (un Howard the duck avant l'heure). Un univers entier où les films sont exactement comme les nôtres, mais où Ben-hur a un traîneau à chien, où Tarzan protège des pygmées, où les vélocéraptors de Jurassic Park sont des iguanes, où Lord of the rings est un film mettant en scène des lutins, des gnomes et des farfadets et où Star Wars n'existe tout simplement pas. Le seul film que nous ayons reçu de cette étrange monde parallèle, par je ne sais quelle machination lovecratienne, est La Terreur qui est venue dans la ville minuscule.

Si The Terror of tiny town est un John Ford avec des nains, le monde du cinéma attendait avec une impatience peu contenue l'équivalent sauce western-spaghetti. Ce jour béni est enfin plus ou moins arrivé, grâce à l'exceptionnel Peter Dinklage.

Si en voyant ça photo vous vous êtes dit "ah oui, ce nain-là", ne le faites plus jamais. Peter. Dinklage. Vous avez vu Dinklage dans Nip-tuck, 30 rock, Lost in oblivion, c'était l'inoubliable personnage principal de Station agent, Peter dans Death at a funeral (il revient d'ailleurs dans le remake version afro-américaine), il sera également de la partie pour l'adaptation HBO de Game of Thrones. C'est un comédien immense, capable de jongler entre le drame et la comédie et qui n'a aucun problème à jouer l'éléphant dans la pièce.

Je peux vous le garantir: dans The Last rites of Ransom Pride, Dinklage va jouer un Lee Van Cleef de 4'5'' et il va vour faire chier dans votre froque (cliquer ici pour le sit web du film).

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