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dimanche 15 avril 2012

Notre émission du 15 avril: Les productions Full Moon-Série B comme dans Balzac

Blade, la poupée tueuse de la prolifique franchise de Full Moon, Puppet Master. Avec son costume d'agent de Gestapo rappelant également le tueur de giallo, Blade est un hommage délibéré à Klaus Kinski, comédien fétiche du réalisateur. Il partage par ailleurs un je ne sais quoi de la physionomie de l'acteur hystérique.

Les cinéphiles de demain auront le pire et le meilleur des mondes. Alors qu'il fut un temps où il fallait trimer dur pour débusquer  les brûlots introuvables de la légende, à peu près tout est désormais à la portée de main de l'homme de bonne volonté. Le volume de matériel disponible pour le cinéphile, bien qu'il soit de qualité variable et aucunement présenté dans des conditions optimales, est absolument sidérant. Pour cette raison, plus d'un cinéphile devra choisir son camp et se "spécialiser"; la vie sera beaucoup trop courte pour regarder certain type de film. Reste que si la ligne médiane séparant la culture populaire du grand Art est encore bien là, elle n'a assurément pas la même "tension" que jadis.
Le 7ème antiquaire se positionnera toujours avec souplesse au centre même dans cette oscillation: le film de genre sera traité comme du cinéma et le classique indiscutable dévoilera les secrets les plus...honteux.
Le sujet de l'émission de cette semaine est un bon exemple: Les films du studio Full Moon. Maison de production de série  B offrant des petits trésors comme Puppet Master, Demonic Toys, Trancers et Doll Man, Full Moon a longtemps été considérée comme une blague, une compagnie d'exploitation faisant du navet à la chaine. Quelques décennies plus tard, il est surprenant de constater que bien au contraire, Full Moon était en quelque sorte à l'avant-garde d'une approche qui fait maintenant école. Il y a plus derrière cette compagnie qu'il n'y parait.
Cette approche, on la doit à Charles Band, père spirituel de la maison de production. Band avait très clairement deux maîtres à penser: Roger Corman et Stan Lee. Du premier, il partage l'énergie et le volume de production de même qu'une affection particulière pour le genre. Il est l'héritier de la Nouvelle B, celle qui est née pour être exploitée directement en club vidéo. De Stan Lee, il a hérité une volonté d'ériger un monde balzacien où toutes les histoires se recoupent tôt ou tard, un univers cohérent propre au comic-book, dans les thèmes comme la structure narrative. Band a aussi fondé sa propre compagnie de comic et fait collaborer plusieurs artisans du milieu.  Des deux créateurs, il possède aussi le sens indéfectible du marketing et de la production de masse.
Au moment, où The Avengers se prépare à fracasser les écrans par sa seule et unique improbabilité, il est surprenant de constater que Full Moon avait déjà pavé modestement mais sincèrement la voie avec un amour véritable de la culture populaire et une volonté faire cohabiter son bestiaire. Aucune prémisse n'était trop ridicule; des poupées tueuses, des démons et des nazis dans un même film, c'est forcément toujours génial.  Il a fallu une décennie d'alignement d'astres pour que les personnages de Marvel convergent dans une seule direction. Accomplissement hautement improbable mais aucunement impossible. Mais ça, Full moon l'avait déjà fait...
Chez Full Moon, Les Demonic Toys ont affronté les poupées meurtrières de Puppet masters. Dollman, le policier de l'espace haut de 13  pouces, a combattu les jouets démoniaques. Full Moon a même son propre Père Goriot, une infirmière rappetissée par des extraterrestres dans le film Bad Channels qui apparait d'un film à l'autre. Des zombies, des vampires, des policiers de l'espace et d'autres du futur... de même que des petits bonhommes de pain d'épice assassin. Le bonheur quoi! 

En fait, avant de partir et de vous laisser écouter notre émission, une déclaration d'amour pour se que je considère personnellement le grand film du studio, Doctor Mordrid, avec l'ineffable Jeffrey Combs.
Toute ressemblance avec Doctor Strange, super-héros magicien créé par Stan Lee et Steve Ditko, est totalement volontaire. Doctor Mordrid est l'avorton bienheureux et survivant d'une adaptation de Doctor Strange qui n'a pas pu se concrétiser. Charles Band, plus étroitement lié à cette adaptation que d'habitude, a simplement changé les noms dans le scénario et certaines des intrigues de bases. Si Doctor Mordrid n'a plus un serviteur tibétain du nom de Wong, il a en revanche un corbeau parlant portant le sobriquet de Poe. 
 Il récupéra également les grandes lignes d'un scénario écrit précédemment et mis sur tablette, Doctor Mortalis, dont les stroyboards avaient été griffonés par un certain...Jack Kirby.
Il en résulte un morceau de cinéma B profondément kitsh et jouissif, un hommage situé parfaitement a mi-chemin entre les héros de papier de  Stan Lee et les productions "recyclées" de Roger Corman, le magnifique The Raven en tête. Une comparaison s'impose...
Ahh Full Moon! Que de plaisirs "coupables" tu nous aura donné! 


On rappelle par ailleurs à nos auditeurs que la quasi totalité des productions de Full Moon sont disponibles sur Youtube au Full Moon Channel...des heures de bonheurs devant vous les aminches!!

jeudi 6 octobre 2011

Notre émission du 05 novembre: Buffet froid VS le 7ème antiquaire

-Quel effet ca fait (mourir)? 
-Un peu comme un lavabo qui se vide

Depuis cinq ans, on nous a beaucoup demandé de faire une émission sur Buffet Froid de Bertrand Blier. 

Voilà c'est fait. 
Et justement, savez vous comment on se sent maintenant? 
Comme un lavabo qui se vide...

On va certainement par écrire un putain de papier sur le sujet...
on a dis tous ce qu'on pouvait dire de pertinent et d'impertinent sur le sujet. 

Bon allez, laissez moi seul...

mais avant, tu écoutes notre émission EN CLIQUANT ICI

mercredi 3 août 2011

Fantasia 2011: critique de THE WOMAN: le Mal est une affaire d'homme

The Woman arrivait hier à Fantasia précédé d'une sacrée réputation. On dit qu'il est le grand retour de Lucky McKee à l'horreur, que c'est le film que les gens attendaient de lui depuis le culte instantané (et bien mérité) de May. Un réalisateur avec trois films à son actif, dont un segment inattendu (mais un des meilleurs) dans la série Masters of horror. Bonjour la pression: Mckee a connu des déboires impossibles sur The Woods et fut viré du tournage de Red, tiré du roman de Jack Ketchum, après quelques semaines. The Woman est une seconde adaptation de Ketchum pour McKee, en collaboration étroite avec l'auteur en tant que scénariste. C'est aussi  le projet qu'il a pu enfin mener jusqu'au bout.
 Depuis le début de ses tours de piste dans les festivals, les polémiques semblent suivre The Woman partout: misogyne, apologie du viol, violence outrancière... À Sundance, des gens outrés par le film quittaient la salle. On peut d'ailleurs trouver des pléthores de vidéos sur Youtube où des gens expriment avec véhémence leur inconfort à ce sujet.Un exemple...

Devant ce déferlement de réactions dithyrambiques, les attentes ne pouvaient que grimper. Le public de Fantasia est particulièrement friand de sensation fortes et n'a rien à voir avec celui de Sundance. The woman était-il à la hauteur de ses attentes? 
 Pour ma part, The woman restera l'expérience la plus viscérale de l'édition Fantasia 2011. Il n'est absolument pas le film le plus violent, le plus maitrisé ou le plus excessif du festival; il est gavé d'un musique irritante que Mckee utilise à des fins d'ironie dramatique maladroites et le jeu des comédiens va de l’exceptionnel au consternant de nullité (l'enseignante en géométrie fait pitié à voir) Mais pour le moins que le spectateur accepte l'offrande sensorielle sans la filtrer, il la vivra au fin fond de ses tripes (j'ai eu personnellement  quelques éprouvantes réminiscences de  Martyrs et Devil's reject.)
 The woman est une cinquième adaptation d'un roman de Jack Ketchum.  Il est aussi la suite directe d'un autre roman, The Offspring, lui aussi adapté (pitoyablement) au cinéma par  Andrew van den Houten (producteur de cette suite).
The woman reprend où The Offspring se termine. C'est une suite sans en être une: pensez aux liens entre les deux films de Rob Zombie, House of thousand corpses et Devil's reject et vous n'êtes pas loin. 
Ou alors à une version horriblement perverse de Nell .
On retrouve le personnage de La Femme, créature sauvage, dangereuse et blessée. Coup de génie: la Femme est Interprétée par la même comédienne, la sculpturale Pollyanna Mcintosh, seul point fort de The Offspring. 
La Femme croisera le chemin de Christopher Cleek, avocat et père de famille, chasseur et éleveur de chiens . Pour protéger son clan, il capturera la femme, le séquestrera avec la ferme intention de la civiliser de force. Elle sera désormais leur animal de compagnie; il faudra la nettoyer et la nourrir. En bon patriarche autoritaire, il organisera une série de tâches bien précises  pour toute la famille. Leur vie avec le Femme vient de commencer.
 Cette banale prémisse aurait pu basculer à tout moment dans la torture porn. Il n'en rien. Dans ses romans, Ketchum fait l'exploration du mal et de la cruauté ordinaire des hommes poussés à un certain paroxysme. En ce bas-monde, la question du mal n'a nul besoin d'être supportée par la métaphysique. Elle est une affaire d'homme, pur et simple.
Si la Femme est une créature hautement dangereuse, le clan Cleek, avec son patriarche convaincu de sa propre vertu, est une menace autrement plus insidieuse.
L'homme "civilisé" , flanqué de son clan, conditionne la femme sauvage. The women devient alors une méditation parfois drolatique sur le mal primitif et la déviance du civilisé, sur les femmes victimes et les hommes abusifs.
Les face à faces entre La femme et le Père constituent la moelle épinière  du film. Pollyana Macintosh est glorieuse dans le rôle de La Femme; elle râle, crache, hurle, halète comme une ménagerie. Son regard fauve et chargé d'appétit est saisissant. Sean Bridgers (le tête à claque Johny Burns dans Deadwood, on l'a vu aussi dans...Nell!), qui peut passer de l'affabilité à l'autorité entre deux lignes, est tour à tour drôle et terrifiant. Il donne des ordres sans vociférer et  parle comme si ses propos et ses actions tenaient de la logique la plus élémentaire. Angela Bettis, l'actrice fétiche de McKee, semble sur le point de se casser comme une poupée de verre à chaque parole de son mari. Elle campe son évidente névrose avec le talent qu'on lui connait.
The Woman fait aussi souvent mouche avec des moments d'absurdité et d'humour que l'on doit au départ à Ketchum: Le fils psychopathe fasciné par le basketball, le petite fille adorable épargnée par l'horreur de sa famille, le mélange de compassion et de cruauté que prodiguent les Cleek à la Femme. Même les scènes les plus violentes oscillent constamment entre le grand- guignolesque et le réalisme cru.
Mckee ne fait pas que rendre justice au thèmes et aux dialogues de Ketchum. Il se les approprie. Si on exclue l'omniprésence irritante des chansons pops, c'est d'abord au niveau du travail sonore qu'il surprend. Des aboiements constants, les grincements du système de poulies retenant la Femme attachée, des borborygmes, des sons de déglutitions, des bourdonnements, des sifflements stridents.
Le montage aussi, qui se permet souvent des sursauts, des hoquets, des ellipses improbables. Le spectateur est conservé dans un état de tension constante. McKee vise la chair: il veut se glisser en dessous de votre peau et pince vos nerfs.


C'est assurément pour cette raison que le film suscite une telle réaction chez certain spectateurs. Ils ont  l'impression de se sentir abusée, manipulés . Personne n'est fondamentalement bon dans The Woman et si c'est le cas, ils seront invariablement des victimes. Ce ne sera pas la première fois que des propos de ce genre fait grincer des dents des humanistes, irrités de se faire donner la leçon sur l'indicible cruauté des hommes


En ce sens, McKee devrait être fier. Rien comme une controverse pour mousser la popularité d'un film. Oui, son film est intense. Oui, il est parfois troublant. Mais il ne joue pas dans le registre de la simple provocation. N'exagérons rien. The Woman est tout simplement une fable sur le bourreau et la victime... et dans toutes bonnes fables, les leçons sont administrées avec le double tranchant de l'humour et de l' horreur.

Je ne sais pas s'il est juste de dire que McKee est de retour. Disons qu'après The Woman, on espère qu'il est là pour rester.




-FRANCIS OUELLETTE

samedi 30 juillet 2011

Fantasia 2011: critique de TRUE LEGEND et 13 ASSASSINS: Le Wuxia pian du vieux maître VS le Chambara de l'enfant maudit

Une légende chinoise aux épanchements mélodramatiques revue et corrigée à grands coups de poing par Yuen Woo-ping.  Le crépuscule des samouraïs revu et corrigé par Miike qui nous peint enfin un authentique chambara.  Vus un après l'autre, dans un état de ferveur. La juxtaposition était appropriée et étourdissante: si les films sont drastiquement différents dans leur approche, leur dessein est sensiblement le même: montrer comment la légende est le vecteur des changements de l'histoire .
Les héros sont tragiques. Le méchants sont d'une cruauté inouïe. Les femmes sont laissés derrière. Les combats sont d'une violence démesurée mais ils sont aussi traversés de poésie. La même recette, deux sauces: de l'aigre-douce dans ton coeur  VS et du Wasabi dans ton âme
Vous êtes familiers avec Yuen Woo-ping? Même si c'est le cas, faisons un petit exercice vous voulez bien? Sans être exhaustif, considérons l'importance de ce que l'homme a donné au cinéma depuis quelques décennies. 
Pour une poignée d'occidentaux férus de films de kung-fu, Yuen Woo-Ping est celui à qui l'on doit la véritable introduction des arts martiaux chinois dans la cinématographie américaine. La découverte de Jet Li, de Jackie Chan, du Kung-fu drunken Style, les chorégraphies des Matrix et des Kill Bill; le vieux maitre a exalté plus que quiconque  les canons d'une mythologie typiquement chinoise, pour le grand bonheur des néophytes et des exégètes. Avec le succès planétaire de Crouching Tiger, Hidden Dragon , il a également contribué à la  prolifération subséquente des Wuxia pians, les films de capes et d'épée chinois où les combats sont des ballets aériens. Même Kung-fu Panda 2 est truffé de référence directes à ses films et son style de chorégraphies (ne riez pas: Kung-fu Panda 2 est un hommage vibrant et hautement intelligent à Sammo Hung et aux premières réalisations de Woo-Ping, The magnificent butcher en particulier). 
Même les cinéphiles les plus curieux ont souvent commencé avec ses films pour ensuite se familiariser à rebours avec les grands classiques de la Shaw Brothers , allant de Liu Chia Liang à Chang CheH pour ensuite découvrir le souverain du genre, King Hu. Avant lui, les occidentaux en général ne pouvaient à peine faire la différence entre le karaté et le kung-fu, Shaolin et le Mont Wutang et la Chine était régulièrement envahis par des ninjas. Allez voir le dvd français de Legend of the drunken master avec Jackie Chan juste pour rire: on a traduit drunken Style pour "le Karaté saoul"! 
Pour tous ses accomplissements, il manquait à Yuen woo-ping son film-somme, un long métrage poussant au paroxysme toutes ses obsession stylistiques, thématiques et même spirituelles. True legend est précisément ça. Il remonte aux sources des mythes fondateurs sans aucun soucis de crédibilité ou de cohésion narrative. Les scènes de combats parlent d'elles mêmes. Elles sont nombreuses, bruyantes, improbables et elles cognent dure, très dure.  Ce sont des surhommes qui se battent ici, des super héros chinois capables de défier les lois de la physique et de faire du breakdance de combat.
Le film nous raconte l'histoire de Beggar So, héros de guerre tragique qui sera happé par la folie et le démon de la bouteille. Créateur du drunken fist, cette forme de combat où les mouvements émulent l'état d'ébriété, on verra ce personnage au cinéma des dizaines de fois, particulièrement dans des comédies.  Le véritable  créateur du drunken fist, bien qu'il soit une forme de combat existante, est nul autre que Woo-Ping. Il est directement responsable des plus belles séquences de combat en état d'ébriété. True legend nous fourni enfin l'origine "complète" de ce touchant personnage, joué à plusieurs reprises par le maitre lui même. 
Dès les premières minutes du film, on se croirait dans une adaptation de bédé américaine. Le film sensiblement une version asiatique de Thor: Beggar Su semble provenir d'un Valhalla chinois traversé de combat exagérément épique et à la limite du surnaturel, où il est le fils favoris. Dans ce rôle ,Man Cheuk Chiu donne la meilleur performance de sa carrière depuis The Blade


Dans True Legend, les hommes côtoient les dieux pour apprendre les secrets du combat. Le légendaire Gordon Liu reprend le rôle classique du vieux sage aux longs sourcils Pai mei et Jay Chou, le Kato de Green Hornet, est le dieu du Wu Shu.  Le frère de Beggar su est le perfide Yuan Li, sorte de  nécromancien possédant les secrets des styles de combat "venimeux". Superbe vilain gavé jusqu’à la moelle de clichés, il porte des costumes mauves (comme tous bon vilains de comic-book), il a la peau livide et elle est greffée d'une armure.
Les geeks  lui trouveront quelques ressemblances avec un des grands vilains  du comic-book, Master Darque, le nécromancien, qui sévissait jadis dans les pages de la compagnie Valiant. 

Yuan Li est ostensiblement le Loki de cet univers: jaloux de son frère et cherchant à se venger de son père adoptif, l'assassin de son vrai père. Dans sa folie meurtrière, il possède quand même un sens tordu de la filiation, comme les meilleurs méchants du genre. Les ressemblances entre Thor et True Legend ne s’arrêtent pas là. Les deux films oscillent entre la fantaisie de comic book et la tragédie Shakespearienne: Le jeu ampoulé des acteurs et leur prononciation modulée du mandarin s'en chargent. Les mythes scandinaves et chinois font assez bon ménage. Le film finlandais Jade Warrior présenté à Fantasia voilà trois ans avait tenté un mariage de fortune en transposant le mythe de la Kalevala dans un wuxia pian classique...et ça fonctionnait.
True legend est un fantasme mythologique pure, entre la tragédie et le mélodrame. Il n'est aucunement question de conférer quelconque crédibilité à l'histoire. Le canevas est vieux comme le monde: trahison du frère usurpant le pouvoir, exil et déchéance du héros, les scènes obligatoires d'entrainement et de découverte spirituelle de même que la vengeance finale. 
Mais ça ne s’arrête pas là. 
Faisant preuve d'une audace peu commune dans le genre, Yuen Woo-ping ne nous permet pas de déterminer si l'histoire se passe à une multitude de niveaux dans la psyché d'alcoolique du personnage (il faut voir ses combats avec le dieu du Wushu sur les flancs d'une statue!) ou s'il est tombé d'un monde parallèle (à la manière de Thor, justement). Un inexplicable jump-cut de plusieurs décennies ajoute à la confusion, pour notre plus grand plaisir. Cepandant, un indice demeure: le plus grand combat que mène Beggar Su est contre lui même. Les art martiaux, plus que jamais chez le vieux maitre,  sont des danses illustrant le combat intérieur.
TRUE LEGEND est parfois larmoyant, déchirant et particulièrement loquace dans la démonstration des prouesses physiques ...et c'est parfait ainsi. Tout est dit dans l'oxymore du titre . 

13 assassins maintenant.


Enfin. 
Enfin, un véritable chambara pour Takashi Miike. Un Miike tout en retenu (!)  qui ne  perd rien de la cruauté et l'humour qui font sa signature.
Enfin. Un chambara qui se permet d'être presque chinois dans son verbiage martial. 
Enfin, un film de guerre asiatique qui m'a autant satisfait dans sa sauvagerie que Bang Rajan. 
Enfin, le jidaigeki que les maniaques attendaient depuis des lustres. 
Qu'on se le disent. Dans la démonstration des arts martiaux, les Japonais n'ont rien à voir avec les Chinois. Économie de moyens, mouvements brefs et parfaits, tension à couper au Ginsu. Le samouraï et au haïku ce que le guerrier chinois est à la poésie épique. C'est le propre d'un vrai chambara: les combats ne sont jamais au centre de l'histoire. Ils sont d'incisives ponctuations. Admettons le: Vous attendiez un film de samouraï où les combats ont une place prépondérante depuis longtemps non?


Jouons avec les chiffre: Il a beau être un remake du film Eiichi Kudo de 63 portant le même titre,  13 assassins est le versant sombre de 7 samourais et le frère d'arme de 47 ronins, auxquels il fait par ailleurs souvent référence. Même les chiffres des titres se miroitent; le lucky seven et les héros humanistes de Kurosawa en opposition au  13 de malheur des kamikazes assoiffés de justice de Miike. 13 assassins offre une variante du grand classique de Kurosawa en capitalisant volontiers sur des scènes de combat à l'énergie bien contemporaine. Il en devient en quelque sorte l'inversion. Mais il est aussi une relecture de 300 à la manière nipponne. Faites le calcul: 47 X 7 -13= presque 300. ha HA! 



N'ayez crainte: ça fonctionne à merveille. Miike s'était déjà prêté à l’exercice, (de manière beaucoup plus expérimentale), en faisant IZO, une suite informelle et jodorowskienne du classique d'Hideo Gosha TENSHU (cliquer ici pour écouter notre émission sur à ce sujet)
 Si 7 samourais se passait à l'apogée d'une période de guerre, 13 assassins se déroule à la toute fin de leur règne, en temps de paix. Les 7 samourais protègent un village d'une attaque de brigands. Les 13 assassins doivent débarrasser le japon de son plus dangereux tyran.
Dans le rôle du leader du groupe, Koji Yakusho, en voie de devenir le comédien japonais le plus important de sa génération, continue de devenir l'héritier spirituel de Takashi Shimura (faut le voir lui rendre hommage dans Dora heita). S'il est le même personnage, il est cependant une version sombre de Shimada, satisfait de pouvoir enfin mourir au combat. 
 La réponse à Kyuzo, le bretteur virtuose au visage stoïque est Hirayama Kujūro. Deux personnages inoubliables interprétés par deux comédiens (et escrimeur) de grand talent, tout en finesse, en élégance et en furie guerrière.


Dans le rôle du rônin joueur et désabusé, le surprenant Takayuki yamada (qui jouait les trois personnages principaux de Milocrorze:a love story) devient la conscience du groupe. 
On a aussi droit au jeune guerrier voulant se tester au combat, au samouraï bedonnant et jovial et à l'assistant général qui reprend du service. 
Il fallait forcément que le personnage de Kikuchiyo, le fermier courageux et opiniâtre avec une très grosse épée (et comedy relief),  campé avec brio par Toshiro Mifune, ait un remplacement à sa mesure.


C'est chose faite avec Kiha Koyata, interprété par Yūsuke Iseya.


Personnage typiquement Miikéen, Kiha est à la fois un comedy relief et le personnage insaisissable. Hommage évident à l'animalité de Mifune dans le film de Kurosawa, Kiha n'est pas un samouraï; c'est un homme des bois, un chasseur habile qui a lui aussi un tempérament opiniâtre et une...très grosse épée.  Il y a fort à parier que Kiha ne soit pas un être humain: pour ma part, je me plais à croire qu'il est un Tanuki, un esprit animal de la forêt qui a pris forme humaine (les ratons laveurs avec des grosses bittes dans le Pompoko de Miyazaki, pour les non-initiés)
Miike est passé maitre dans l'art d'inventer des personnages qui sont des experts de la cruauté. Il a probablement inventé son plus beau monstre en la personne du sadique souverain Matsudaira Naritsugu . Un enfant de pute comme on en fait plus. Si le vilain de True Legend est admirablement suranné, celui de 13 assassins à des psychopathologies Ô combien modernes.
Déviant et obsédé par la mort, le souverain n'a pas son pareil pour infliger la souffrance. Il est sans aucune morale, complètement insensible et il est au centre des scènes les plus Miikéennes du film (une est particulièrement éprouvante et inoubliable) Vous allez vraiment vouloir voir le salopard souffrir. .

Presque parfait dans son exécution, 13 assassins culmine sur une scène de combat final exemplaire en tout point. Longue de presque 30 minutes, elle aurait fait bander Sun Tzu comme un cheval. Dans un village transformé en machine de guerre, nos treize assassins deviennent des vikings doublés des salopards de Western spaghettis. C'est la fin de Sword of doom d'Okamoto multiplié par 20.


Miike continue de prouver qu'il est une magnifique tache de sang et de  merde en forme de papillon sur la face du soleil levant. Il nous enfin donné le chambara qu'on attendait de lui. 

vendredi 22 juillet 2011

Fantasia 2011 jour 5: Bonus Feature. C'est pas parce qu'un film n'est pas une comédie qu'il ne peut pas être très TROLL

« For the last four years, I’ve basically been living in an Argento movie »

-Richard Stanley

Parce qu'il me fallait une phrase d’ouverture pour ma critique de Troll Hunter, je vous offre cette petite perle de sagesse qui inspire l'effroi mais aussi l'émerveillement quand on s'imagine le type d’existence au quotidien que vit Stanley, le grand chamane du cinéma. 
(Je travaille aussi sur l’édition de sa discussion publique avec Robin Hardy, vous aurez ça dans pas long…)

Mais pourquoi donc? Oui, on sait bien, rencontrer un homme d’une telle force laisse des traces dans la psyché et c’est sans doute parce que je viens tout juste de quitter Fantasia pour des vacances dans la très belle ville de Québec qu’on sent encore l’empreinte de l’homme sur mes paroles.

Oui, c’est à cause de ça, oui.

Mais c’est aussi à cause qu’elle résume la force d’un aspect dont j’ai raffolé dans TROLL HUNTER.
Pour la petite histoire : Une troupe de documentaristes (Un caméraman, une preneur de son et un réalisateur) tentent de monter un film sur une vague de corps d’ours retrouvés mutilés en Norvège. Les corps s’avèrent être un leurre lorsqu’ils font connaissance de Hans (Shit! OTTO JESPERSEN qui fait la voix du mammouth dans la version norvégienne de ICE AGE!), un homme mystérieux qu’il s’avère être celui auquel le titre du film réfère; et oui, il chasse le troll! S’ensuivra une chasse en trois actes particulièrement réussie qui n’a rien à envier à The HOST de Bon Jong-Ho.

Voila pour ça: l’histoire se déroule d’une façon bien amusante, parfois prévisible, mais toujours entraînante. Malgré les associations faites à certains canons de l’horreur, il me semble que TROLL HUNTER doit beaucoup plus à LORD OF THE RINGS version cinéma direct qu’à n’importe quel autre titre de « film de pellicule retrouvée » mais c’est mon opinion. Étant un avide joueur de Donjons et Dragons, la vitesse à laquelle André Ovredal fait entrer les archétypes D&Diens m’a immédiatement vendu au fait que TROLL HUNTER était un Table Top Twister (je parle ici du film avec Bill Paxton) doublé d’un mondo monstrous manual. Guerrier (Glenn Erland Tosterud, courageux et vaillant), Princesse (Joanna Mork, fantastique damsel-in-distress) et Clerc (Kalle, chrétien à tord) sont joint par Aragon…eh non…a Hans (Ranger, celui qui connaît les secrets de la forêt) pour vaincre les ambitions territoriales des Trolls, tout en conservant le secret de leur existence loin de la population Norvégienne.


Et me voici enfin suffisamment réjoui de pouvoir discuter de la citation qui ouvre cette critique puisque pour toutes les forces et les faiblesses de ce film, une chose prime avant tout lorsque l’on écoute TROLL HUNTER : une quasi impossibilité de discernement entre le monde réel et le monde fictif. Voyons en quelques points comment le scénario brouille brillamment les pistes entre le folklore et la réalité.


GROS GÂCHEUX À VENIR, SÉRIEUX...J'EN GRAISSE PAS MAL FORT À PARTIR D'ICI, LISEZ CE TEXTE APRÈS AVOIR VU LE FILM.

-Début du film : Hans est suspecté d’être un braconnier, responsable des carcasses d’ours délaissées sur les bords de route.

Réalité consensuelle +1

-La vérité est plus folle que la fiction, Hans est un chasseur de Troll qui cache un mystérieux secret sur la population Troll.

Réalité mythologique +1

-Les Trolls n’existent pas : ils sont des fabulations d’un vieil Hermite barjo qui vit dans une caravane.

Réalité consensuelle +1

-C’est bien faux, les Trolls existent parallèlement à notre civilisation et Hans est un homme au destin tragique, forcé de vivre en nomade, avec pour unique but de chasser et tuer les Trolls.

Réalité mythologique +1

-La responsabilité du contrôle de la population Troll est accordée à un groupe d'élite nommé le TSS (Troll Security Service) qui opère dans les bas fonds du gouvernement Norvégien. Ce groupe engage Hans comme « scalp-hunter » de Troll en mettant à sa disposition des lampes UV et des canons à lumière hautement technologiques pour mener sa quête cruciale (Greimas et les artéfacts magiques, houpla!)

Réalité consensuelle +1

-Lorsque Hans fait du terrain, il s’assure de n'avoir aucun chrétien dans son équipe car les Trolls sentent le sang catholique...en plus de se couvrir d’une substance qu’il nomme Troll-Smell pour se couvrir des narines monstrueuses.

Réalité mythologique +1

-Hans se bute à un jeune opportuniste arrogant responsable du cover-up des Trolls (Hans Morten Hansen, important stand-up comic Norvégien, porteur du record de la plus longue performance sur scène : 38heures et 14 minutes), le jeune fucker tire sur toutes les plugs possibles empêchant la troupe de documentaristes de faire le jour sur la situation. Il faut à tout prix empêcher l’étalement de cette connaissance auprès de la population.

Réalité consensuelle +1

-Thomas se fait mordre et est infecté par la rage, Kalle se fait débusquer dans une caverne par son odeur de Chrétienté.

Réalité mythologique +1

La finale du film, trop grandiose pour décrire. Le tout finement bouclé dans un combat entre le réel (tel que déterminé par la masse) et le fantastique (qui se partage par un petit groupe sélect). Nous retournons à notre partie de Donjons et Dragons,  qui ne fait aucun sens lorsque observée de l’extérieur. Troll Hunter, en terme de film, devient cette partie d’immersion dans le fictif, une expérience de groupe contenue dans le groupe, une quête partagée dans un imaginaire commun et qui se traduit difficilement lorsque nous tentons de la partager avec des observateurs externes.

BONUS FEATURE :

La source d’inspiration de TROLL HUNTER mesurée à celle de WATCHMEN. 





Réalité mythologique +1

-JIM

samedi 9 juillet 2011

Notre émission du 6 juillet: Brother from another planet VS White man's burden-une histoire fantasmée des noirs américains

Cliquer ici pour  écouter notre émission sur le sujet
Nous continuons cette semaine notre volet "exploration des représentations ethniques au cinéma". Le tout culminera bientôt sur le thème de l'humour juif, oû nous recevrons un spécialiste en la matière, Nicolas Krief (animateur de l'émission Le temps d'un vue, collaborateur à Cinéfix, les deux sur les ondes de CIBL et également critique pour la revue en ligne Panorama cinéma. Tout un tableau de chasse le torrieux hein? Heureusement que c'est un type formidable. Par ailleurs, vous pouvez écouter notre passage à son émission le 30 juin en cliquant ici. On y parlait de films a priori impertinents mais dans lesquelles se cachent des messages importants et\ou dangereux, GYMKATA et HUDSON HAWK)

Cette semaine, les noirs "alternatifs" du cinéma. Pas question de faire les choses normalement, non non les aminches... On allait pas vous entretenir de Spike Lee et John Singleton ou même d'un cinéma parlant sincèrement de la condition afro-américaine. Pas quand il est beaucoup plus fascinant de parler de perspectives fantasmées, fournies en toute vraisemblance par... un caucasien et un asiatique. Bref, des films de "science-fiction" qui parlent de la condition noire à grands renforts de métaphores parfois risquées, souvent maladroites, quelquefois pertinentes et un tantinet comiques.

Le premier, Brother from another planet (1984), deuxième film du trop peu célébré John Sayles, fraîchement sorti à l'époque des écuries de Roger Corman. 
Un extra-terrestre en cavale écrase son vaisseau en plein milieu de Harlem. Ça tombe bien, il ressemble à s'y méprendre à un homme noir...excepté ses pieds qui ont trois orteils et des griffes, ses membres qui se regénèrent et sont amovibles, son don de télékinésie et sa faculté de guérir à la fois humain et machine. Oh...il est aussi complètement muet! 
Le Brother en question va vite se rendre compte qu'il est un "illegal alien" à plus d'un titre. Particulièrement quand deux Hommes en noir caucasiens se mettrons à le poursuivre dans les rues de Harlem.
Dans ce film candide et sincère, à l'instar du personnage principal interprété par Joe Morton, l'homme noir est à la fois sauveur et victime, esclave et libérateur, étranger invisible et minorité (trop) visible. Le tout sur une déstabilisante trame sonore de steel drums.


Si le concept vous rappelle un peu le STARMAN de John Carpenter, on vous informe que ce film est venu quelques mois avant et qu'il est meilleur. Brother...est en quelque sorte un film de super-héros low-fi sur fond de rite initiatique, une relecture de l'origine de Superman dans un contexte urbain. La métaphore est étirée jusqu'au point de la rupture mais la candeur qui s'en dégage fait que l'argument tient jusqu'au bout. On n'y sent pas la moindre once de condescendance.

White man's burden (1995)...c'est une autre paire de manche de boubou.
Réalisé par Desmond Nakano (un japonais américain), le film inverse les rapports de pouvoir dans une Amérique improbable. Une uchronie oû les Noirs forment la classe dirigeante et les Blancs sont essentiellement des ouvriers. Les banlieues sont pleines de maisons oû trônent des petits nègres blancs en plâtre, les décorations et les costumes de la haute société ont des sensibilités hautement africaines et les blancs ont tous l'air de skinheads ou d'itinérants. Un monde de "Blithes" et de "Whacks", en somme. Le patron noir injuste sera kidnappé par l'ouvrier blanc désespéré. Ils apprendront ainsi à se connaitre et se respecter. Vous voyez oû le film est inconfortable? 

Il est parfois particulièrement inventif: 

Les émissions de télé de ce monde parallèle ont toutes l'air de pastiche de blaxploitation, des vieilles bourgeoises noires traitent les "jeunes blancs de la rue" comme des jolie petites créatures souffrantes. Superman est noir et les petits blancs l'adorent...ils n'ont rien à foutre de son sidekick blanc stéréotypé dont les figurines sont moins dispendieuses (pour permettre au nègre blanc de les acheter).

Il peut cependant devenir rapidement inconfortable et involontairement drôle, ce qui ne fait que lui conférer plus d'intérêt, en quelque sorte:
Les acteurs noirs jouent d'une manière ampoulée des blancs riches et vaguement fascistes, incapable de comprendre la réalité des Blancs, dans des costumes qui sont vaguement africains mais gardent un vague inspiration de couture européenne. En homme d'affaire irascible, Harry Bellafonte à l'air de se prendre pour Donald Trump. 
Les blancs jouent des caricatures de noirs cinématographiques. John Travolta parle comme s'il sortait de Harlem...en 1984!!! Il "jive" et n'accorde pas ses verbes correctement (la honte). J'ignore pourquoi le "joual" des blancs dans ce film n'est pas d'inspiration italienne ou irlandaise. Reste que Travolta est assez divertissant à regarder...et à écouter.

Mais White man's burden n'a jamais eu la prétention d'être une étude sociologique sérieuse. Le film fonctionne bien parce qu'il est manichéen à souhait, totalement noir et blanc, une approche qui est de toute évidence choisie volontairement pas Nakano. Il suffit de voir la scène d'ouverture dans une usine de barre de chocolat à la noix de coco pour comprendre la volonté d'"en beurrer épais" côté symbole.

Une scène du film résume bien mon propos. 

Dans un bouiboui tout ce qu'il y a de plus "whacks" oû l'on mange des "corn chips" et de la choucroute, Travolta, sous les yeux ébahis de Bellafonte, met du sel dans son ketchup  avant d'y plonger une frite. 

Bellafonte demande à Travolta pourquoi diantre il fait ce geste barbare.
Ce dernier, plein de sagesse populaire, lui répond ceci:

"Quand tu mets du sel sur tes frites, il n'y reste pas. En le mélangeant directement dans le ketchup, tu peux contrôler le volume de sel que tu veux avoir dans ta bouchée"

Stupide-blanc-Bellafonte teste la théorie. Il est conquis par le bon sens pratique de moins con qu'il n'y parait-noir-Travolta. 

Il suffisait donc d'écouter l'autre c'est ca? Ou est-ce une parabole sur le rêve de l'homogénéité, la possibilité des mélanges culturels? Est-ce la toute puissante présence de Travolta qui exigeait encore et toujours de manger de patates frites dans un de ses films, comme Van Damme qui doit toujours montrer ses petites fesses en forme de parfaite moitié de cantaloup coupé en deux ou Mel Gibson qui veut toujours se faire torturer comme le crisse dans ses vues? 

Non. 

À l'instar du film, cette leçon démontre en fait que des grands problèmes ont parfois des solutions simples qu'on se nie tous en bloc. 

Vous imaginez?

Un monde ou le ketchup serait salé?