lundi 28 mars 2011

Pourquoi Joker est la plus importante création littéraire du siècle


Si la position octroyée actuellement à la bande-dessinée dans l’hégémonie littéraire est plus confortable qu’elle le fut jadis, il serait hasardeux d’affirmer qu’elle ait eu finalement droit à sa véritable consécration. Ne soyez pas scandalisés par mes propos, ardents défenseurs de l’art séquentiel. Intellectuels et littéraires ont beau se pencher de plus en plus sur le genre, ils le font assez parcimonieusement, question ne pas scandaliser leurs pairs en théorisant de façon trop sérieuse sur un genre considéré mineur par la majorité. Il faudra encore quelques générations d’académiciens pour que des études entièrement assumées voient le jour : pour ces amants du 9ème art, il est encore question de séduire des confrères rébarbatifs au genre avec un langage appartenant spécifiquement à ces derniers. Certes, la bédé remporte désormais des prix littéraires, elle est traitée dans des publications sur l’art et exposée en musée, mais il n’en demeure que ces initiatives sont encore et toujours des tentatives de séduction auprès d’une intelligentsia qui n’en a cure (ou qui est strictement séduit par la curiosité du moment). Les aficionados, vous le devinerez, n’apprennent absolument rien par le biais de ces initiatives. Ils sont au rendez-vous par amour.
 
D’ailleurs, on parle ici d’un intérêt pour un type bien précis de bédé; la franco-belge, la bédé d’auteur, le manga des grands innovateurs. Il en va tout autrement pour le comic-book, un genre qui est également décrié par bon nombre de bédéphiles. Ce que cette posture a de fâcheux, c’est que plus que toute autre forme de bédé, le comic-book possède certains mécanismes narratifs qui sont absolument uniques et qui offrent des surprenantes possibilités d’exploration conceptuelles. Les contingences mercantiles inhérentes au format sont littéralement responsables de plusieurs de ces plu fabuleuses explorations.
Je me plais souvent à servir un argument bien précis pour illustrer ce point. Un personnage comme Batman, qui existe depuis 1939, a été écrit au moins une fois à tous les mois depuis sa création et ce, au strict minimum.



Pour un personnage de cette taille, il va sans dire que les apparitions compte au nombre de milliers, sans compter les autres formes narratives exaltant ses aventures. Depuis des décennies, plusieurs centaines de créateur construisent, détruisent, déconstruisent les aventures de ce héros. Batman est le fruit d’une œuvre collective qui est en constante évolution depuis plus d’un demi-siècle; peu de genre littéraire peuvent se targuer d’avoir tentés de telles explorations. 
  
Si quelques uns des auteurs ayant travaillé sur le personnage sont dignes des plus grands romanciers, il va sans dire que la majorité d’entre eux ne sont pas des virtuoses. Or, c’est là précisément une autre forme de contingence ajoutant de la richesse au personnage; pour toute histoire absolument horrible ou farfelue, les auteurs qui suivront sont libres de récupérer, ignorer, détruire, intégrer et recycler certain éléments. Elles peuvent devenir tour à tour des fabulations mentales, des souvenirs oubliés ou des échos d’univers parallèles. Imaginez une tentative d’unifier la Comédie humaine de Balzac au Rougons-Macquart de Zola par un collectif d’auteurs écrivant tous un seul et unique personnage sur une multitude de ton et vous serez encore loin de ce qui est accompli depuis plus de 70 ans dans les comics de Batman. Devant cet effarant volume de créativité consacré à un seul et unique héros, on peut se permettre une réjouissante et péremptoire déclaration : il est difficile, voire même impossible, de trouver un personnage littéraire plus complexe et riche que Batman. Le comic-book et ses constituants, qu’ils soient avantageux ou non, est un des rares médium narratif capable d’ériger un tel mythe. 
À la lumière de ces constatations, j’ai souvent réfléchis à ce que Batman laissera comme héritage culturel, dans un avenir proche. Je suis maintenant profondément convaincu qu’une des plus grandes créations littéraires du 20ième siècle (et du nôtre) est née entre les pages de ce comic. J'ose une déclaration encore plus péremptoire: un des personnages les plus riches de toute la littérature américaine.

Le Joker.

Si le Joker n’a pas nécessairement eu le nombre faramineux d’apparitions de Batman, il va sans dire qu’il est assurément le vilain le plus exposé du médium, de même que plusieurs autres (aucun vilain de comic-book n'a fait autant d’apparitions au grand et petit écran). Il est également un des personnages les plus protéiformes qui soit. Posons la question: en quoi le Joker serait-il sensiblement une création plus importante que Batman? C’est qu’en essayant de créer un vilain à la hauteur de cette figure de perfection héroïque et humaine qu’est Batman, les auteurs ont graduellement conféré au Clown assassin des traits de plus en plus riches et ambiguës. Il en a résulté une figure charismatique et élusive, qui éclipse souvent par sa seule et unique présence tous les autres personnages, un fou furieux génial parfaitement adapté à son époque violente et cynique.
 Plus Batman devenait un personnage complexe, plus Joker devenait captivant. Il est devenu lentement mais surement une figure littéraire en constante expansion, à l’identité flottante, capable de se redéfinir lui-même et de se mettre en scène en tant que personnage. Il va sans dire que le Joker est désormais un archétype résolument Borgesien, pleinement conscient de la place qu’il occupe dans la fiction. Le personnage métafictionnel par excellence. Dans le jargon du comic, on dit que Joker est un des rares personnages à posséder une « conscience cosmique » ou une « conscience du comic » en cela qu’il sait précisément de quoi l’univers est fait et la place qu’il y occupe. Cette capacité permet à Joker de se manifester aux lecteurs de plusieurs façon, très souvent à  même les pages couvertures. Détail important: avant même de savoir de quoi l'histoire parlera, le lecteur est aspiré dans la narration sans ouvrir le comic (merci Alan Moore). La superbe page couverture de BATMAN # 321 est un exemple exceptionnel; elle devient un faire-part pour l'anniversaire de Joker!
La cruauté inventive dont fait preuve le personnage est une mise en scène qu’il élabore consciemment pour divertir le lecteur (avec la complicité des auteurs...diront certain) Il est constamment sur scène et les gens sont des accessoires dont il se sert à sa guise.
Pour Joker, l'existence est une monstrueuse blague ou nous ne contrôlons à peine que le punchline. Derrière le quatrième mur, le Joker est un souffleur. Conséquemment, le personnage sait très souvent se faire un habile philosophe (un aspect magnifiquement bien saisi chez le Joker du film de Nolan) et un encore plus redoutable métaphysicien.
C’est initialement au cinéma qu’on retrouve la figure qui a inspiré le Joker : le personnage de Conrad Veidt dans The man who laughs de Paul Leni (1928),selon les déclaration de leur créateur Bob Kane,  Bill Finger et Jerry Robinson (la paternité du personnage reste floue mais on considère généralement que le concept de base vient de Robinson).
Ce que Joker empruntera au cinéma, il le lui rendra par ailleurs au centuple. Dans une scène de ce film adapté d’une nouvelle de Victor Hugo, le rictus figé en permanence du héros tragique Gwynplaine est révélé au spectateur en gros plan, le visage bien centré par  la caméra, passant le visage à travers un rideau (celui du quatrième mur). Pour la première fois, il tente de passer dans notre monde. 
L’aspect physique du Joker y est déjà presque en totalité mais aussi une dimension tragique dont le spectateur est complice, proposée par des plans de caméra habiles et suggestifs, un aspect que les meilleurs auteurs de Joker sauront exploiter à merveille . 

Initialement, Joker est un trickster qui élabore copieusement des crimes thématiques; cartes à jouer, jeux piégés, vols avec indices laissés derrière. Fait peu mentionné: il est aussi un assassin d'entrée de jeu. Dès sa premières apparition (Batman #1-1940), il laisse derrière lui 3 victimes au visage couvert d'un rictus, courtoisie d'un poison de sa confection, son venin. Il fait par ailleurs l'annonce de ces meutres à la police avant même de les commettre; Dark knight, le dernier film de Christopher Nolan reprendra ce modus operandi dans son entièreté.  Déjà, sans pour autant interagir directement avec le lecteur, le Joker apparaît comme un personnage soucieux d’appliquer un certain sens du panache dans la mise en scène de ses meurtres, un esthète du crime, un Moriarty pour le genre Noir. Comme s'il était soucieux d'un public qui pourrait l'observer.  Si les super vilains sont des adeptes du soliloque, Joker se fait un devoir de  communiquer les siens aux lecteurs en leur faisant face.
 
Alors que les décennies passent, les mises en scène du personnage deviendront un théâtre grandiloquent de la cruauté. Dans un série portant son nom publiée dans les années 70, il tuera pas moins de 7 personnes, un nombre effarant pour l'époque. On le verra tour à tour violer des gens après les avoir dépouillé de leur peau, faire exploser des autobus plein d’enfants, forcer des parents à manger des soupes constituées de leur rejetons et assassiner un massive partie de la ville de Gotham avec une pluie de verre empoisonnée.  Le nombre de meurtres perpétrés par le personnage dépasse les milliers (même en excluant les histoires oû il prend possession de pouvoirs faramineux comme EMPEROR JOKER et va jusqu'à détruire l'univers!)


De sa propre déclaration , Joker se considère le Orson Welles de la mise en scène criminelle.
Pour les autres, Joker est un fou ne reconnaissant pas la valeur de l’existence humaine, tantôt espiègle, tantôt meurtrier, à la convenance de ses inspirations. Ses gestes sont pour lui sans conséquences parce qu’il possède, à des degrés variant d’un auteur à l’autre, une conscience de sa propre fonction diégétique. Plusieurs moments inoubliables définiront le personnage selon cette perspective.

Joker restera cet esthète de la cruauté charismatique jusqu'aux années 60. It was the best of time. It was the worst of times...
Le succès de la série Batman fait autant de bien au personnage de Batman qu'elle lui fera du tort, consolidant une image du personnage unidimensionelle qui n'a que très peu à voir avec le comic-book original. Forcé de suivre le succès de la série pour conserver son public  DC comics émule les histoires mièvres de la série télé  entre ses pages pendant quelques années.

Joker disparait le temps de la série télé. Délicieuse ironie: le conscience cosmique de Joker irait donc jusque là?

La série télé  terminée, l'auteur Dennis O'neil et l'illustrateur Neil Adams réincarne le personnage dans une histoire désormais classique ,"The Joker's Five Way Revenge" (Batman #251,1973).
Retour aux sources. Joker est plus intelligent et cruel que jamais. Dennis O'neil était initialement un journaliste de formation spécialisé dans les affaires criminelles. DC Comic, inconfortable avec ses histoires un tantinet trop glauques de drogue, de mafieux et d'assassin (on rappelle qu'O'neil est responsable de plusieurs histoires classiques aux accents fortement politisés), on lui demande d'inclure plus de véritables "super-villains" à ses histoires. Il ré-introduit donc le Joker, mais engoncant dans le personnage toute le cruauté dont il a été témoin durant ses années de journalisme. C'est ce Joker qui dominera par la suite. Nombreuses seront les pages couverture de comic oû il s'adresse au public durant cette période.

C’est probablement dans Death in the family (1988, de Jim Starlin et Jim Aparo) que Joker passe littéralement le quatrième mur pour la première fois, du moins de manière conceptuelle -cette distinction revient en fait au Killing joke d'Alan Moore, publié quelques mois auparavant, mais la méta-textualité de Joker y est infiniment plus subtile. Dans cette histoire où on le voit, terrifiant, battre au seuil de la mort Robin à grand coup de barre à clou, le personnage nous est montré de face, comme un chef d’orchestre s’agitant dans une symphonie grand-guignolesque. 
  
Hannibal Lecteur n’en fera pas moins 3 ans plus tard.
 Rappelons par ailleurs que Ridley Scott a quelquefois  fait référence au Joker dans ses films. Darkness, le personnage démoniaque de son film LEGEND, est littéralement une référence avouée (et mentionnons que Darkness est campé par Tim Curry, interprète de Frank-n-furter dans ROCKY HORROR PICTURE SHOW. Il n'y a qu'un pas à faire entre Frank-n-furter et le Joker...Richard O'Brien aurait fait un magnifique Joker par ailleurs!)

Juste retour des choses. Anthony Hopkins fut choisi pour jouer Hannibal Lecter dans SILENCE OF THE LAMBS pour une seule et unique raison, à mon humble avis; il est un hommage qui crève les yeux au Riddler de Frank Gorshin dans la série de Batman des années 60 (selon plusieurs, le Riddler de Gorshin avait plus à voir avec le Joker que l'interprétation de Cesar Romero. En quelque sorte, il en allait de même pour Jim Carrey et son interprétation. Il ne faisait pas un bon Riddler, mais il aurait été un Joker magnifique)
Mais je digresse...de retour à Death in the family...


Dans ce meurtre unique dans l’histoire du comic, Joker avait une légion de complices; la mort de Robin était le résultat d’un vote populaire organisé par DC comic permettant de déterminer auprès des lecteurs si Robin devait mourir ou non. Un processus qui émule les beaux jours du cinéma interactif de William Castle; dans son film de 1961 Mr. Sardonicus, les spectateurs pouvaient décider de la mort du personnage principal, aux traits décidément familiers... 
Une majorité écrasante de lecteurs voudront la mort de Robin. Rappelons que le film Funny Games (1998) de Michael Haneke, qui sortira une décennie plus tard, jouait précisément sur un principe méta fictionnel de complicité entre le créateur-spectateur-personnage dans la démonstration de la violence (dans le remake de 2007 de Haneke, le personnage de tueur joué par Michael Pitt ressemble à s'y méprendre au Joker interprété par Heath Ledger dans The Dark knight. Ces coïncidences inquiétantes gravitent souvent autour du personnage).

Joker jouait donc déjà avec ce principe de complicité des lecteurs. Dans ces cases désormais classiques, le Joker semble jouir de notre participation à la tuerie. Après tout, les gens voulaient bel et bien voir Robin mourir. Joker remporte à ce moment sa première grande victoire contre Batman. Les lecteurs l'adorent. Par la suite, ils seront souvent les complices coupables du Clown du crime.
Joker a défoncé le quatrième mur en faisant de nous ses complices.
Les grands auteurs de "l’invasion britannique" , Alan Moore et Grant Morisson en tête, véritables chantres du déconstructivisme narratif , se feront un plaisir d’amener par la suite le personnage dans des zones d’explorations pures. Au début, avec le choc du séminal The Killing Joke (1988), où une potentielle origine du personnage est élaborée. Le clown la démentira à plusieurs reprises, la proposant simplement comme une histoire parmi tant d’autres. Dans cette page magnifique dessinée par l'artiste de The Killing Joke Brian Bolland, on constate que la conscience méta textuelle de Joker va jusqu’à ses incarnations cinématographiques:


Dans cette origine proposée par Alan Moore, un seul aspect ne semble pas avoir été envisagé par Joker (peu de gens semble faire le lien, étrangement); il est une variation sur le thème d'origine de Plastic man, personnage avec lequel il partage bon nombre de caractéristiques; morphologie, passé de criminel raté, sens de l’humour douteux, folie et personnalité malléable. Alan Moore aura probablement fait ce subtil emprunt tout à fait volontairement. Dans ce texte aussi dense qu’il est court, Joker prend conscience de l’absurdité de son existence après sa renaissance dans un baptême de feu au produit chimique. Caquetant son premier rire, il se retourne vers le lecteur et le regarde droit dans les yeux, dans un dessin désormais légendaire.



Joker est né.

Il est maintenant conscient de la nature de l’univers dans lequel il vit; c'est une gigantesque farce qui ne fait pas le moindre sens (c'est une histoire sur laquelle il n'a pas le moindre contrôle) . Dans un monde oû le chaos est la seule constante,  la cruauté est une réponse logique. Pour la première fois, le Clown prince du crime s’adresse directement aux lecteurs dans une série de narration particulièrement acides sur la banalité des gens normaux.
 Il fait aussi cette surprenante déclaration, lorsque Batman propose de l'aider:
  
C’est aussi dans The Killing Joke que Joker effectue sa deuxième grande symphonie de cruauté; il fusille Batgirl, (on suppose aussi qu’il la viole) pour ensuite montrer des photos de son corps tuméfié à son père, le commissaire Gordon, séquestré, humilié et en état de choc. Dans un plan de caméra subjective évoquant la première scène brisant le 4ème mur de l’histoire du cinéma dans The Great Train Robbery (1903), Joker nous pointe littéralement de son arme à feu, nous narguant. Rien pourra l'arrêter.
 
En 2007, Geoff John revisitera cette histoire en intégrant dans la trame narrative le personnage de Booster Gold (Booster Gold no.2 "No joke", observez la page couverture rendant hommage à The Killing joke), un voyageur temporel chargé de stopper ce crime. Il aura beau essayer plusieurs fois de manières différentes de reculer dans le temps pour changer ce moment, il n'y arrivera jamais. Joker est littéralement conscient de ce qui va se passer à toutes les fois. Le chaos de son monde lui appartient. Il en est un puissant avatar.

Le modus operandi présenté dans Death in the Family est ici répété : Joker attaque un protégé de Batman et l’essentiel des sévices se passent hors-champ. Dès lors, le Joker s’adressera régulièrement au spectateur en tant que narrateur ouvertement omniscient; il le fera souvent avec brio et pour notre plus grand bonheur dans la brillante série animée de Bruce Timm The Batman adventures:


Dans la première histoire du Batman 80 page Giant  intitulée Reality check (Peter Miriani et Szymon Kudranski, 2011), Joker entretient une conversation à propos de ses « amis imaginaires » avec un prétentieux prédicateur de thérapie psycho pop. D'entrée de jeu, il annonce au thérapeute qu’il le tuera à la toute fin de l’histoire. Nous aurons droit à la thérapie au grand complet, des tests de Rorschach jusqu'à la psychanalyse. C'est en fait aux lecteurs que le Joker se confie tout au long de cette histoire. Particulièrement en lui servant le mantra des adeptes de la magie du Chaos: rien n'est vrai, tout est permis. Observez la case numéro six: "j'ouvre les yeux et observe le monde...et pour la première fois, je vois directement à travers, de l'autre côté...
On confirme ici l'approche d'Alan Moore. Joker a vu ce qu'il y a de l'autre côté du monde: il y a nous, les lecteurs. 
Le thérapeute demande à Joker s'il a déjà considée que ses fans imaginaires sont probablement le fruit de son imagination. Le réponse du Joker dit tout. Joker n’a pas d’amis imaginaires; il a un public comme lui, assoiffé de sang.
 Après le meurtre du thérapeute, Joker regarde le lecteur et lui fait ses salutations. 

 Dans l'histoire intitulée Laughing fish (Batman #475, 1978), il tourne lui-même la page du comic en souriant au lecteur. Le Joker sera également le narrateur omniscient d’une mini-série où il présente d’autres vilains de l'univers de Batman incarcéré dans l'Asile d'Arkham, Joker's Asylum, à la manière de Tales from from the crypt et de son présentateur, the cryptkeeper.

Joker passera d’ailleurs une majeure partie de son temps entre les murs de cet asile. Le lecteur sait que son incarcération est volontaire; il est là chez lui et il peut en sortir quand il veut. C’est dans le Arkham Asylum (1989) de Grant Morrison qu’on propose un aspect du personnage pour la première fois: Joker serait en fait atteint d’une forme de Super équilibre mental lui permettant de s’adapter à la dureté des drames qui ont criblés son existence. En outre, la connexion que Joker possède avec l’Asile est presque de nature mystique. La conscience quasi chamanique du personnage semble y agir comme un catalyseur.
Cette image puissante confirme cette théorie:
Joker est dépeint comme une figure vampirique, il est un parasite se nourrissant de la folie et de la tristesse traversant les couloirs de l’Asile, qui a en retour besoin de lui pour se donner une voix. Dans Arkham Asylum, le clown n’est rien d’autre que le locuteur de l’âme damné des lieux. Joker est à l’asile d’Arkham ce que Jack Torrance sera pour l’Hôtel Overlook dans The Shining (Jack Nicholson, Jack Torrance, Jack Napier… Joker…Jack, Jack Jack, Saucy Jack). Dans la fable de Morisson, le talent de l’artiste Dave Mckean contribue profondément à exalter la mystique du personnage. Joker y est en effet le seul à ne pas posséder de phylactère et la taille des lettres lorsqu’il parle est variable. Son langage est ici dépouillé de tout encadrement, libéré de sa structure, à l’image même du personnage. Joker gagnera une autre des ses nombreuse victoires en disant ces mots troublants à Batman, lui prouvant que leur relation est bien plus profonde que le héros voudrait se l’avouer : "Souviens toi Batman...si la vie devient top dur dehors...tu es ici chez toi!". Plus encore, dans un moment inoubliable de la bédé, Joker donne une solide claque sur les fesses de son ennemi et fait des références plutôt salaces aux jambes bien douces du jeune Robin: 
 
L’identité de Joker est absolument libérée de toutes contraintes, y compris de nature sexuelles. On se souviendra du costume d’infirmière de Heath Ledger dans le film de Nolan. Profondément et ouvertement sadomasochiste, il obtient autant de plaisir à torturer qu’à recevoir les coups virils de Batman. En fait, on pourrait théoriser que le plaisir sexuel de Joker passe par Batman.

Quand le Joker se retrouvera affublé d’une petite amie, Harley Quinn, dans le dessin animé Batman Adventures, elle deviendra vite la figure de l’esclave sexuelle parfaite, satisfaite seulement dans la servitude.

Ce personnage créé pour l’émission, jeune psychiatre poussée à la folie par Joker, deviendra si populaire qu’elle sera intronisée dans le canon de la bande-dessinée. Permettons-nous ici une digression : ce n’est pas les auteurs qui ont voulu cette transition, mais bel et bien Joker, conscient de ses divers degrés d’existence diégétique, qui a trainé sa copine d’un médium à l’autre. Il verbalisera d’ailleurs souvent à la belle à quel point il regrette sa décision. Dans les comics, la dimension sexuelle du personnage sera pleinement exaltée, jusqu’à la voir affublée d’un costume de latex digne des plus grandes soirées fétiches.
  
C'est dans un comic mettant en scène ce personnage, le Mad Love de Paul Dini et Bruce Time qu’on comprend le plus profondément les motivations du Joker. Harley Quinn réussira presque à tuer Batman, (avec un plan de Joker qui plus est!),ce qui entrainera le courroux de son amant. Pour Joker, il n’est pas simplement question de tuer Batman. Il est question de le faire avec élégance. Plus encore, il n’est même pas question de le tuer du tout ; Batman lui appartient.

À ce moment, Harley Quinn devra comprendre qu’elle sera toujours le second violon dans une relation privilégiée et qu’il lui revient d’être une compagne servile.
À quelques occasions, Joker se fera même le défenseur de son ennemi; pas questionsque personne d’autre que lui abuse de son ennemi intime. L'inverse se produira aussi à quelques reprises. Dans le crossover de Batman Vs Punisher de Chuck Dixon et John Romita Jr., Batman empêchera le meurtre de Joker aux mains du Punisher. Dégouté, le Punisher servira cette profonde déclaration à Batman: "Vous allez bien ensemble. Cet imbécile ricanant et toi vous êtes fait l'un pour l'autre"

Cette ligne de Heath Ledger dans Dark Knight résume parfaitement bien cette position :

"Don't talk like one of them. You're not! Even if you'd like to be. To them, you're just a freak, like me! They need you right now, but when they don't, they'll cast you out, like a leper! You see, their morals, their code, it's a bad joke. Dropped at the first sign of trouble. They're only as good as the world allows them to be. I'll show you. When the chips are down, these... these civilized people, they'll eat each other. See, I'm not a monster. I'm just ahead of the curve".

En l’occurrence, Joker sait que si Batman ne le tue pas, ca n’a absolument rien à voir avec le code d’honneur de ce dernier. Joker ne peut pas mourir parce qu’il est trop important dans l’histoire. Si dans le Dark Knight returns de Frank Miller, Joker se suicide en se craquant lui-même la nuque, ce n’est que pour prouver un point ; Batman ne pouvait pas le tuer, qu’il le veuille ou non. Le suicide de Joker est d’ailleurs sans conséquences. Le personnage reviendra sous une forme ou une autre et il le sait.

La conscience métatextuelle de Joker va si loin qu’elle lui permet de savoir ce qui se passe dans le monde du comic en général et ce, à un niveau qui dépasse la simple narration. Ainsi, dans un numéro de Swamp thing, il arrête de rire l’espace d’une case durant un effrayant cataclysme d’envergure cosmique, alors qu’il s’esclaffait quelques numéros précédents en lisant la Critique de la raison pure de
Kant


. 

Ce cataclysme cosmique, c’est évidemment un événement narratif qui s’appelait Crisis on infinite earth. Quand une compagnie de comic décide de créer un événement narratif quelconque, Joker est littéralement conscient de la chose. Ce sera le cas aussi dans Infinite Crisis no.7. Lex Luthor, désireux de trouver et tuer Alexander Luthor, son double d’un univers parallèle demande l’aide de Joker. On croit Joker frustré de ne pas avoir été respecté en tant que vilain et en étant exclus dans l’événement cosmique orchestré par le double de Luthor. On se rend vite compte qu’il est en fait offusqué de ne pas avoir été inclus dans le contexte narratif de l’événement. C'est par le biais de sa conscience métatextuelle que Joker peut retrouver un Luthor fuyant à travers les dimensions et l’assassiner. 

Un petit message laissé derrière de la part du Joker: On ne peut pas faire une bonne histoire sans lui. Par ailleurs, La relation qu’entretient Joker avec Luthor, son allié occasionnel et récalcitrant, prend parfois des tournures hautement inspirées. C’est que Lex Luthor est au final une version profondément narcissique et despotique de l’alter ego de Batman, Bruce Wayne. Joker ne peut avoir la moindre tolérance pour ce vilain assurément génial mais à ses yeux sans originalité. Dans Action Comic # 897 , il tiens le plus sérieusement ses mots à l’ennemi de Superman:

"Je ne sais pas si tu as remarqué (Luthor), mais je ne suis en quelque sorte rien d'autre qu'un archétype, un fait que j'assume consciemment...et il s'avère que les archétypes en attirent souvent d'autre!"

Dans cette histoire, Joker a pu littéralement épier, à travers un trou dans l’espace temps, une conversation entre un Luthor fraichement trépassé  et l’incarnation de la Mort. Rien de plus normal; il la envoyé tellement de gens à cette dernière qu'il la connait personnellement. Il a forcément une relation privilégiée avec elle. Ça ne s'arrête pas là. Le Mort en question avec laquelle parlait Joker était le personnage créé par Neil Gaiman pour sa série Sandman, récemment intronisée au canon régulier de DC comics. Joker, conscient des moindres changements à caractère cosmique modifiant son univers, était simplement au courant de la venue du personnage. Joker est aussi le seul personnage qui demeure conscient d’avoir participé à un crossover entre Marvel et DC. Quand il rencontre Spider-man pour la deuxième fois, il se souvient de lui : Il l’avait déjà rencontré un an auparavant dans un crossover précédent avec Batman.

Au final, la conscience de son statut métatextuel confère à Joker une série de facultés intra diégétique qui font de lui un des vilains les plus efficaces qui soit, mais aussi un personnage bien de son époque, en deçà de toutes formes de moralité et savourant chaque minutes de sa perdition. Un véritable anti-héros nihiliste. Une grande création littéraire.
S’il n’en tenait que de ces quelques éléments, Joker serait déjà un des personnages les plus innovateurs du genre. Or, son génie ne tient pas seulement à une métatextualité appelant la complicité du lecteur, une identité aux contours constamment redéfinis ou une inventivité d’une cruauté troublante. La chose va beaucoup plus loin. Quand la mort de Heath Ledger fut annoncée, les gens qui connaissait un tant soit peu le Joker ont tous pensé la même chose: on ne pouvait pas incarner de façon aussi profonde un tel concept sans être le moindrement du monde affecté. Être le Joker aura peut-être tué Ledger. L'idée du Joker, le concept du personnage est un virus hautement infectieux et séduisant. On retrouve ce virus dans toutes les cultures; c'est celui du Trickster...et ce sont des Tricksters qui ont fait notre monde.

Qui n'a jamais voulu un jour simplement "passer de l'autre côté", sans crier gare? Qui ne s'est jamais dit que la vie n'a pas la moindre logique et que le chaos et la seule option? Qui n'a jamais commencé à rire devant l'horreur en se demandant quand il devait s'arrêter?

Vous avez probablement croisé un Joker aujourd'hui dans le Métro ou au restaurant. Joker, c’est vous et moi, après la pire journée de notre vie. Vous et moi, après un cruel croc-en-jambe du destin. Vous et moi, et tout ce qu'on cache parfois derrière notre sourire
.

"Humor is just another defense against the universe". Mel Brooks

"Tragedy is when I cut my finger. Comedy is when you fall into an open sewer and die". Mel Brooks

"I believe the common character of the universe is not harmony, but chaos, hostility, and murder".  

Werner Herzog

jeudi 24 mars 2011

Notre émission spéciale sur Godzilla et les Kaijus d'Ishiro Honda

Quand les inondations ont commencé en Australie, le 7ème a été traversé de frissons. C'était comme si une de nos films préférés, The Last Wave de Peter Weir, prenait soudain des accents prophétiques. Nous avions donc fait une émission sur le sujet (cliquez sur le lien pour lire notre papier et écouter l'émission), résolument respectueuse mais avec un brin de fébrilité dans la voix.
Inutile de vous dire que depuis le commencement des cataclysmes au Japon, bon nombre de cinéphiles, le 7ème y compris, font l'association avec Godzilla, avec un degré autrement différent de frissonnement. Un compère des Mystérieux Étonnants, 'xim Sauriol, a tôt fait de faire remarquer dans un papier que le grand saurien atomique connait actuellement un regain de popularité.  

S'il peut sembler irrespectueux d'associer les drames véritables des japonais à leur création la plus populaire, le 7ème pense que c'est une nécessité d'aspect catharsique. Comme les grands monstres de l'expressionnisme allemand, véritables mise en garde presciente contre les despotes à venir, Godzilla était à sa genèse l'évocation sérieuse des angoisses d'un peuple, une métaphore évidente pour la peur des cataclysmes et de l'énergie nucléaire. 

De nos jours, la pertinence de certains épisodes de la franchise est tristement perdue auprès des occidentaux non-initiés.  Le 7ème vous propose de faire la découverte de cette création  importante qui, plus que jamais, évoque la prescience de l'imaginaire d'un peuple.
Vous trouverez les deux volets ici même en cliquant sur les liens:


 En quittant, une évocation. Le 7ème a jadis fait la conception d'un Tarot du cinéma, utilisant de archétypes de films pour en moderniser le principe. Dans tous les jeux de Tarot, on retrouve une carte portant le nom de La Force. On pourrait décrire ce qu'elle représente dans ces termes:
La Force est un arcane assez riche. Son nom a changé plusieurs fois à travers les âges et certain Tarot l'on carrément renommé. Dans tous les cas, ce n'est pas simplement l'idée de force physique ou mentale qu'elle exalte mais la détermination, l'endurance, la longévité. On parle ici de force de la nature, de volonté à toute épreuve. 
J'ai cherché pendant des jours quel symbole utiliser pour l'attribuer à mon Tarot. Je cherchais un archétype représentant la longévité, l'endurance, quelque chose qui serait à la fois l'évocation d'une force de destruction et d'une volonté implacable. Quelques jours plus tard, j'ai trouvé:
Au final, Godzilla ne représente pas qu'une force de destruction; il est désormais l'évocation paradoxale du Japon lui-même, en continuelle renaissance, survivant devant l'adversité. Un symbole approprié et nécessaire en ce moment.
  

Notre émission du 23 mars: Critters, une grande saga incomprise (avec un spécialiste du sujet, Gary Ouellette)

CLIQUER ICI POUR ÉCOUTER L'ÉMISSION

Le 7ème Antiquaire n'a  jamais été autre chose qu'un espace de fraternisation. C'est ici que nous venons nous recueillir à chaque semaine, écouter, parler et évoquer les Évangiles, les Sourates du celluloïd. Pour les prophètes auto-proclamés que nous sommes, TOUT  film est prétexte à la réflexion pure, au recueillement devant le déferlant maelström des idées.
Il va sans dire que le plus innocent des divertissements, le plus risible des films de cul est forcément  (et d'emblée) pour nous un réseau de secrets séculaires échappant  à plusieurs, y compris leurs  propres créateurs. Ces derniers ne sont souvent que les oracles  hallucinés de messages leur échappant totalement. C'est notre devoir, notre bénédiction, notre fardeau de vous révéler que le Verbe est parfois engoncé là où on s'y attend le moins.
Cette semaine, nous l'avons trouvé dans une grande Saga traversant les genres et les siècles...

Nous l'avons trouvé dans Critters. 
 Critters, la saga complète de 4 films, n'est pas du tout ce que vous croyez. L'académicien reniflera de contentement en lisant ces mots, mais il s'agenouillerait humblement devant la richesse de cette  franchise s'il se donnait la peine de la voir véritablement pour ce qu'elle est. 
 Critters, c'est la consécration du prédateur ultime, parfait dans ses proportions et ses fonctions. Une machine absolue de destruction et de consommation, une colonie aux membres interchangeables  et comprenant parfaitement bien les prérogatives de l'ordre de préséance. Vous pensez que les Critters sont des pales copies de Gremlins? Que nenni...Vous pensez que le plus grand prédateur des confins cosmiques est Aliens? Vous n'y êtes point...En tant que prédateurs, les Critters sont le pinacle du bestiaire cinématographique. Un Critter, c'est l'enfant parfait d'un Alien et d'un Gremlins.  
 Les gens brillants derrière la conception de cette saga ont façonné les pires créatures de cauchemar qui puisse exister: des boules de poils avec une bouche immense éternellement affamées, continuellement en chasse, perpétuellement indifférentes à la survie de l'individu. Critters, c'est la vengeance venu des cieux, toutes les plaies d'Égypte incarnées en une seule créature, la souvenir atavique de la Peste revenant nous hanter.  (Par ailleurs, j'ai appris le mot atavisme dans  la version française de Gremlins 2. C'est le Gremlins intelligent avec des lunettes qui le disait et c'est Yves Corbeil qui faisait sa voix...est-ce une coïncidence? Je ne pense pas). 
Il faudra, le jour de la résurrection (Tous les Critters se passent le jour de Pâques), une âme pure et humble pour assurer le Salut des hommes, un mécanicien alcoolique et maladroit avec des plombages pouvant capter les ondes radios. Ce sont les dents de ce Messie récalcitrant qui nous prévient de l'Apocalypse des bouches venues des Enfers...Saurons-nous entendre ses paroles, le temps de 4 films? 

Mission de taille que de parler avec la diligence requise de Critters. Pour nous aider cette semaine, nous aurons une expert en résidence, j'ai nommé mon cousin Gary Ouellette. Cinéphage vorace, connaisseur de toute ces franchises où des petites créatures tuent du monde, il sera des nôtre en studio pour alléger la tâche et propager la bonne parole.

Je tiens à remercier personnellement mon cousin de nous avoir fourni sa grande verve pour couvrir le tout en profondeur.

mercredi 16 mars 2011

Notre émission du 16 mars: PATTERNS, le NETWORK de Rod Serling

Nous terminons cette semaine notre bloc d’un mois sur les grands scénaristes de la télévision. Étrangement, nous n’avions pas prévus ce thème à l’avance. Nos émissions se sont imposées d’elles-mêmes, comme une suite évidente d’informations permettant l’édification d’une généalogie informelle des grands innovateurs de ce milieu: de la radio au la cinéma, d’Arch Oboler à Leslie Stevens, de Paddy Chayefsky à Darin Morgan. Si rien ne semblait les relier a priori, en écoutant nos émissions du dernier mois, vous serez surpris de constater à quel point ils se sont tous ces auteurs succédés au quart de tour.

Un seul nom manquait à cette liste, bien que nous l’ayons systématiquement mentionné durant tout le mois. Le plus grand, Rod Serling.
L’émission de cette semaine lui sera consacrée. Nous parlerons plus précisément de son premier grand succès, Patterns (1951). Si vous êtes le moindrement du monde intéressés par la science-fiction, l’horreur, un simple fan de télé ou de notre émission, vous êtes probablement familiers avec « le jeune homme en colère » de la télé américaine. Reconnu principalement comme le créateur, producteur, scénariste et présentateur du séminal Twilight Zone, Serling est un cas d’espèce comme il ne s’en fait plus. Héros de guerre, testeur de parachute, homme de main pour toutes les formes médias existants, la consécration viendra tard pour cet homme aux visées progressistes, devenu à force de combat un humaniste désabusé doublé d’un cynique idéaliste. Twilight Zone n’était pas simplement une émission moralisatrice, mais chaque épisode avait la puissance de fables où Serling était le chanteur de geste en costume trois pièces.
En remontant aux sources du premier scénario de Serling , Patterns, on est soudainement pris de vertige et on peut se permettre sans hésitation une déclaration péremptoire: tout Chayefsky, tout Sorkin (et probablement Morgan) vient de là. C’est assurément Patterns qui a partie le bal. Tout est là : échanges verbaux cinglants et syncopés, les lignes inoubliables, les études de mœurs des gens de pouvoir et un sens aiguisé de la satire sociale. Le 7ème vous propose de faire la comparaison entre ces deux scènes de Patterns et Network, toutes les deux avec l’actrice Béatrice Straight . Les similitudes entre les deux renchérit la filiation et à ce qu'on sache, personne sur Internet semble avoir  traité du sujet.
Cliquer sur la photo du haut pour voir la scène de NETWORK en comparaison

Patterns, c’est le grand-père rusé de Social Network (lui-même rien d’autre que le rejeton respectueux et cynique de Network : j’en parle à profusion dans ce texte) , le vieux salaud qui sait que les méthodes de communication changent, mais les capacités d’écoute des hommes demeurent en tout point les mêmes. Patterns, c’est un 12 angry men corporatif qui serait écrit par Kafka.

La crise épiphanique des deux personnages brisées, en comparatif: 




Si les admirateurs de Serling seront surpris par l’absence relative d’éléments fantastiques de sa première création, il est important de souligner que son sens aiguisé du punch et de la tension dramatique y sont déjà présents. Par ailleurs, on y trouve déjà du fantastique, au sens le plus profond du terme. Cette corporation qui est mise en scène dans Patterns, mystérieuse et inquiétante, n’est rien de moins que LA seule et unique corporation, celle qui les gouverne toutes. Si on y parle le langage des affaires et du pouvoir, on ne sait strictement jamais de quoi il en retourne précisément dans ce cruel terrain de bataille où les chars sont des fauteuils capitonnés.


Dans ces films constituant les composantes mythiques dans une nouvelle et impitoyable cosmogonie corporative, Patterns est assurément un des fabliaux fondateurs.


Pour nous écouter cette semaine, cliquez ici. 


samedi 12 mars 2011

Notre émission du 9 Mars: Darin Morgan, un scénariste pour une fin de millénaire

POUR ÉCOUTER CETTE ÉMISSION, CLIQUER ICI

Nous ne pouvons pas assez vanter les mérites de retourner constamment sur des lectures passés, de revenir à un texte que nous avons tant aimé et de le relire avec un nouvel esprit, une perspective neuve Ciel! Même avec une nouvelle couche de cellules au grand complet. Relire, revisiter, ré-interpréter. 

Justement,  nous relisons présentement From Hell d'Alan Moore (oui oui, je tourne les pages et Francis listle texte, on fait ça comme ça nous, au 7ième Antiquaire) dans lequel Mr.Moore illustre en plusieurs points ce qu'une masse d'historiens on dit avant lui : La modernité tel que nous la connaissons aujourd'hui, commence bel et bien avec le cas de Jack the Ripper.

Mais tous ces propos ne sont que des leurres pour faire une introduction tapageuse afin présenter notre émission de cette semaine, car si notre énigmatique Saucy Jack a été le vecteur de la modernité de notre civilisation et bien, cet homme, cette petite patate...

...représente pour nous, la postmodernité en Télévision. C'est pour cela que nous allons revisiter deux de nos séries télévisées préférés cette semaine. Soit :

et 


Vu à travers les yeux de l'immense mais élusif Darin Morgan. 
Cliquer sur FlukeMan en bas pour écouter notre émission de la semaine. 
(Hé Jim? C'est émouvant hein; c'est notre première entrée de blogue ensemble)
Mais qui est Darin Morgan? Même les maniaques finis de X-files ne sont pas nécessairement au fait de cette information vitale. Morgan, c'est l'homme-sangsue que l'on peut voir sur la photo plus haut, provenant de l'épisode classique The Host et le pathétique shapeshifter avec une petite queue de l'épisode Small potatos, les deux dans X-files.

Plus encore, Darin Morgan est le scénariste (et occasionnel réalisateur) de 4 épisodes de X-files et 2 de Millenium, simplement les meilleurs épisodes de série télé, toutes catégories confondues, que nous a laissé les années 90. Ce génie du scénario a explosé pour disparaitre aussitôt.
Son écriture, encore d'une précision étonnante aujourd'hui, annonçait déjà la grande révolution de la télé actuelle. Sous sa plume, les deux séries particulièrement sombres se sont retrouvées truffées de moments d'"ironisation" télévisuelle, où on ne se moquait pas seulement des personnages principaux mais aussi de l'émission elle-même. 
On lui doit des scènes inoubliables, hilarantes et tristes à la fois. 
Des phénomènes de foire allergiques à la normalité (Humbug)...
...un agent d'assurance capable de prédire la mort de n'importe qui, obligatoirement dépressif (Clyde Bruckman's final repose)...
...un auteur populaire en pleine recherche sur le thème de l'enlèvement par des extra-terrestres, excédé par les témoignages trop nombreux et  farfelus (Jose Chung's From outer space)...
 ...le même auteur, encore plus découragé par les cultes promettant le bonheur, poursuivi par un groupe ressemblant étrangement à celui qu'adule Tom Cruise (Jose Chung's Doomsday defense)...

 ...et finalement, quatre vieux démons blasés dans un diner qui parlent de leur méthode respective pour damner des âmes (...and somehow, Satan got behind me)...

Émouvant indeed...SOLD!

samedi 5 mars 2011

Je t’offrirai…des lettres d’amour de Brando pour déjeuner.

Qu'on se le dise: ce texte de mon pote Jean-Michel, le testicule gauche dans la bourse flasque mais appétissante qu'est le 7ème Antiquaire, confirme son statut d'homme dont le cerveau est un instrument de jazz linguistique. Je n'ai jamais rien lu d'aussi déstabilisant et tous ne sortirons pas intacts de cette lecture sulfureuse. En même temps, c'est une percée révélatrice dans la psyché uniques de deux grands incompris. Sans mon pote Jim, je me tuerais. Je t'aime Jim.
 -Francis 

De Balzac à Rimbaud, de Salinger à Burroughs, c'est souvent le propre des hommes de culture - les hommes de culture massive – de transcender leur nature vers le statut de légende. Les musiciens sont vus comme des artisans de l’usage de la drogue (Jimi Hendrix et la légende de la plaie de LSD), les hommes de lettres s'autoproclament des légendes dans leur écrits (Nerval et son crustacé), les artisans du cinéma eux-aussi sont choyés en terme de légendes (Walt Disney cryogénisé, Vivian Leigh hyper-sexualisée). Cependant, personne ne semble avoir été sujet de plus d’histoires étranges que notre merveilleux et cher Marlon Brando.


Effectivement, il semble que l’univers ait une fascination pour Marlon Brando, assez pour lui offrir une place de choix dans le canon des tranches de vie déstabilisantes. Dans mes rares journées de lucidité complète, je crois entièrement que le monde conspire secrètement à nous offrir plus d’histoires extraordinaires sur Brando que sur n’importe quel autre être vivant. À la manière de Galactus, cette force de la nature que nous appelons Brando semble se nourrir d’histoires rocambolesques concernant sa personne pour conserver son immortalité et nous, personnellement, nous adorons. Pour célébrer cet amour que nous avons pour le plus-grand-que-nature Brando nous vous proposons :

MORE FREAKY STORIES FOR BRANDO!

Alors, aujourd’hui, fidèles à notre volonté de plaire à l’univers nous allons partager avec vous, les grandes histoires du mumblin’ stud-muffin’ Marlon Brando.

La suite du texte immédiatement après la scène du beurre de Last Tango in Paris, parce qu'on ne peut pas croire que ce n'est pas du beurre!




On commence en force; celui-ci est pas mal génial. Maintenant que la poussière est retombée sur la plus ennuyeuse cérémonie des Oscars depuis celle animée par Marcel Marceau, nous pouvons maintenant faire ressortir les grands moments de ce concours de petits godemichés dorés. Préféré à Laurence Olivier, Michael Caine et Peter O’Toole, Marlon Brando gagne, en 1973, le trophé du meilleur acteur. Ce qui s’est passé à la cérémonie tire du génie et de la fable urbaine. Nous voulions vous le partager ici mais Oscar à fermé l’option de capture sur son poste Youtube donc vous pouvez, et devez, aller voir ce qui s’est passé ICI


Il y a aussi cet excellent article de Paul Haggis publié dans le New Yorker concernant son violent divorce avec l’église Scientologue semble avoir convaincu l’acteur Josh Brolin à venir à l’avant et raconter son histoire qui comporte aussi une anecdote croustillante sur le Brando lui-même.


« Brando arrived with a cut on his leg he got after helping a stranded motorist on the Pacific Coast Highway.
After Brando complained he was in pain, Travolta offered to help, saying that he had just reached a new level in Scientology, says Brolin.
He touched Brando’s leg and Brando closed his eyes.
“I watched this process going on—it was very physical,” Brolin tells the New Yorker. “I was thinking, This is really fucking bizarre! Then, after ten minutes, Brando opens his eyes and says, ‘That really helped. I actually feel different!’”

On a aussi découvert un télégramme que Brando avait envoyé à Michael Jackson.




Le message en question:
"Dear Michael, Thinking about you this evening. Please try not to make an ass of yourself and please for God's sake don't fall in the orchestra pit, Michael."

Parlant de la plume de Brando, un fond d'archives à récemment rendu disponible une lettre que Marlon Brando aurait écrit pour une hôtesse de l’air qu’il semblait vouloir courtiser. Donc. pour tous ceux qui seraient curieux de savoir comment un « playa » tel Marlon Brando faisait tomber les filles, nous avons un exemple de son talent pour la scribe-séduction. Attention, cette lettre comporte des scènes de « smoothness » incomprises par la majorité des hommes de ma génération. Pour les femmes qui liront le texte qui suit, nous préférons vous aviser que vous courez le risque de vous faire éperdument séduire par un homme qui n’est maintenant plus de ce monde, donc soyez avisées, il est amplement possible que votre cœur soit immédiatement brisé à la fin de cette lettre.


Dear Lady —
There is something not quite definable in your face — something lovely, not pretty in a conventionally thought of way. You have something graceful and tender and feminine. You seem to be a woman who has been loved in her childhood, or else, somehow by the mystery of genetic phenomena you have been visited by the gifts of refinement, dignity and poise. Perhaps you cannot be accredited with all that.

Irrespective of your gothic aspects, you have passed something on in terms of your expression, mine and general comportment that is unusual and rewarding.

It's been a pleasant if brief encounter and I wish you well and I hope we shall have occasion to cross eyes again sometime.

Best wishes

Marlon Brando





Ouf j’ai failli pas survivre à celle-là, quel hombre, muy macho quelle grâce, oh solo Brandoooooooo, et ces mots qui font frissonner de plaisir, d’extase et de joie mais n’oublions pas qu’il a aussi dit ceci : « With women, I've got a long bamboo pole with a leather loop on the end. I slip the loop around their necks so they can't get away or come too close. Like catching snakes.”

Nous ne nous demandons plus d’où Superman prends son charme.




Donc c’est pour cette raison, et plusieurs autres que j’adore Brando, un être de talent immense et d’une personnalité encore plus démesurée...qui  a par ailleurs écrit un livre avec Donald Cammell (réalisateur de Performance)...




...qui a une immense collection de bongos




...et une île lui appartenant dans en Polynésie française qui sera le lieu d’un hôtel nommé The Brando.




Il va sans dire que c’est l’homme que j’aspire à devenir lorsque je serai grand. Merci Brando, merci d’être mon étoile du Nord, d’être mon Colosse de Rhodes, d’être mon Great Gazoo, mais surtout merci d’être une inspiration pour tout ceux qui croient au pouvoir de ces paroles : 'Nobody tells me what to do.' That's exactly how I've felt all my life.' -Brando



mardi 1 mars 2011

Notre émission du 2 mars: Qu'est-ce qu'un Twonky? ou ces films qu'on est pas certain qu'ils existent



"Macguffin". "Jumping the shark". "Alan Smithee", "ret-con". 
Vous êtes familiers avec ces termes? Si vous êtes cinéphiles, fort probablement. Pour les néophytes: ces mots, ce sont des néologismes associés au monde du cinéma et de la télévision qui ont depuis intégrés le vocabulaire de la culture populaire. Ils sont par ailleurs hautement porteurs de sens.
Après avoir vu le film dont nous parlerons cette semaine, nous avons décidés de créer notre propre néologisme, le Twonky. Qu'est-ce qu'un Twonky? C'est ce film que vous avez vu jadis et dont vous n'êtes absolument pas certain de l'avoir vraiment vu. Vous ne connaissez pas le titre et les détails de l'histoire sont flous. Vous étiez sans doute jeune, somnolant ou saoul quand vous l'avez regardé..ou les trois. Vous évoquez  quelques unes des rares scènes suspendues à votre mémoire à des potes cinéphiles, vous faites des recherches sur Internet...rien n'y fait. Absolument personne ne sait de quoi il en retourne. C'est un Twonky. Cette semaine, nous vous parlerons de nos grands Twonkys, dans l'espoir que nos auditeurs puissent nous fournir des infos. 
En l'occurrence, The Twonky (1953) est le titre d'une mystérieuse petite comédie de science-fiction que nous cherchions depuis des années à propos d'un homme dont la vie est gâchée lorsque ...sa télé prend mystérieusement vie et se déplace!  Notre curiosité provient d'un papier écrit par le réalisateur Don Coscarelli pour le site Ain't it cool news où il parle de la frousse que lui avait procuré le film quand il était petit, hanté par le souvenir d'une seule et unique scène, celle que vous voyez sur la photo du bas.
 
 C'est quand même épeurant, une télé qui monte les escaliers. Pendant des années, The Twonky a été LE  twonky de Coscarelli. Depuis son article, des curieux tels que nous cherchent le film, inexistant en Dvd et en VHS. Même Rick Trembles a fait un petit bijou sur ce film dans son Motion Picture purgatory. Il va sans dire que nous l'avons trouvé et nous l'avons vu pour vous.

Donc, cette semaine, nous vous parlerons aussi de The Twonky et de son réalisateur oublié, Arch Oboler. Qui était ce dernier? Bof. Il semble qu'il ait été la voix la plus importante de toute l'histoire de la radio, un scénariste, réalisateur, auteur, le créateur du premier film en 3-D. Un croisement hautement improbable mais fonctionnel entre Orson Welles et William Castle. Mais oh bon, le reste, on vous le garde pour l'émission, ici même. 



Twonkybuster: nous trouverons et détruirons vos Twonkys pour vous! Décrivez nous la scène qui vous obsède et nous trouverons le film d'où elle provient. Cliquez sur l'icône pour de l'aide.