samedi 30 juillet 2011

Fantasia 2011: critique de TRUE LEGEND et 13 ASSASSINS: Le Wuxia pian du vieux maître VS le Chambara de l'enfant maudit

Une légende chinoise aux épanchements mélodramatiques revue et corrigée à grands coups de poing par Yuen Woo-ping.  Le crépuscule des samouraïs revu et corrigé par Miike qui nous peint enfin un authentique chambara.  Vus un après l'autre, dans un état de ferveur. La juxtaposition était appropriée et étourdissante: si les films sont drastiquement différents dans leur approche, leur dessein est sensiblement le même: montrer comment la légende est le vecteur des changements de l'histoire .
Les héros sont tragiques. Le méchants sont d'une cruauté inouïe. Les femmes sont laissés derrière. Les combats sont d'une violence démesurée mais ils sont aussi traversés de poésie. La même recette, deux sauces: de l'aigre-douce dans ton coeur  VS et du Wasabi dans ton âme
Vous êtes familiers avec Yuen Woo-ping? Même si c'est le cas, faisons un petit exercice vous voulez bien? Sans être exhaustif, considérons l'importance de ce que l'homme a donné au cinéma depuis quelques décennies. 
Pour une poignée d'occidentaux férus de films de kung-fu, Yuen Woo-Ping est celui à qui l'on doit la véritable introduction des arts martiaux chinois dans la cinématographie américaine. La découverte de Jet Li, de Jackie Chan, du Kung-fu drunken Style, les chorégraphies des Matrix et des Kill Bill; le vieux maitre a exalté plus que quiconque  les canons d'une mythologie typiquement chinoise, pour le grand bonheur des néophytes et des exégètes. Avec le succès planétaire de Crouching Tiger, Hidden Dragon , il a également contribué à la  prolifération subséquente des Wuxia pians, les films de capes et d'épée chinois où les combats sont des ballets aériens. Même Kung-fu Panda 2 est truffé de référence directes à ses films et son style de chorégraphies (ne riez pas: Kung-fu Panda 2 est un hommage vibrant et hautement intelligent à Sammo Hung et aux premières réalisations de Woo-Ping, The magnificent butcher en particulier). 
Même les cinéphiles les plus curieux ont souvent commencé avec ses films pour ensuite se familiariser à rebours avec les grands classiques de la Shaw Brothers , allant de Liu Chia Liang à Chang CheH pour ensuite découvrir le souverain du genre, King Hu. Avant lui, les occidentaux en général ne pouvaient à peine faire la différence entre le karaté et le kung-fu, Shaolin et le Mont Wutang et la Chine était régulièrement envahis par des ninjas. Allez voir le dvd français de Legend of the drunken master avec Jackie Chan juste pour rire: on a traduit drunken Style pour "le Karaté saoul"! 
Pour tous ses accomplissements, il manquait à Yuen woo-ping son film-somme, un long métrage poussant au paroxysme toutes ses obsession stylistiques, thématiques et même spirituelles. True legend est précisément ça. Il remonte aux sources des mythes fondateurs sans aucun soucis de crédibilité ou de cohésion narrative. Les scènes de combats parlent d'elles mêmes. Elles sont nombreuses, bruyantes, improbables et elles cognent dure, très dure.  Ce sont des surhommes qui se battent ici, des super héros chinois capables de défier les lois de la physique et de faire du breakdance de combat.
Le film nous raconte l'histoire de Beggar So, héros de guerre tragique qui sera happé par la folie et le démon de la bouteille. Créateur du drunken fist, cette forme de combat où les mouvements émulent l'état d'ébriété, on verra ce personnage au cinéma des dizaines de fois, particulièrement dans des comédies.  Le véritable  créateur du drunken fist, bien qu'il soit une forme de combat existante, est nul autre que Woo-Ping. Il est directement responsable des plus belles séquences de combat en état d'ébriété. True legend nous fourni enfin l'origine "complète" de ce touchant personnage, joué à plusieurs reprises par le maitre lui même. 
Dès les premières minutes du film, on se croirait dans une adaptation de bédé américaine. Le film sensiblement une version asiatique de Thor: Beggar Su semble provenir d'un Valhalla chinois traversé de combat exagérément épique et à la limite du surnaturel, où il est le fils favoris. Dans ce rôle ,Man Cheuk Chiu donne la meilleur performance de sa carrière depuis The Blade


Dans True Legend, les hommes côtoient les dieux pour apprendre les secrets du combat. Le légendaire Gordon Liu reprend le rôle classique du vieux sage aux longs sourcils Pai mei et Jay Chou, le Kato de Green Hornet, est le dieu du Wu Shu.  Le frère de Beggar su est le perfide Yuan Li, sorte de  nécromancien possédant les secrets des styles de combat "venimeux". Superbe vilain gavé jusqu’à la moelle de clichés, il porte des costumes mauves (comme tous bon vilains de comic-book), il a la peau livide et elle est greffée d'une armure.
Les geeks  lui trouveront quelques ressemblances avec un des grands vilains  du comic-book, Master Darque, le nécromancien, qui sévissait jadis dans les pages de la compagnie Valiant. 

Yuan Li est ostensiblement le Loki de cet univers: jaloux de son frère et cherchant à se venger de son père adoptif, l'assassin de son vrai père. Dans sa folie meurtrière, il possède quand même un sens tordu de la filiation, comme les meilleurs méchants du genre. Les ressemblances entre Thor et True Legend ne s’arrêtent pas là. Les deux films oscillent entre la fantaisie de comic book et la tragédie Shakespearienne: Le jeu ampoulé des acteurs et leur prononciation modulée du mandarin s'en chargent. Les mythes scandinaves et chinois font assez bon ménage. Le film finlandais Jade Warrior présenté à Fantasia voilà trois ans avait tenté un mariage de fortune en transposant le mythe de la Kalevala dans un wuxia pian classique...et ça fonctionnait.
True legend est un fantasme mythologique pure, entre la tragédie et le mélodrame. Il n'est aucunement question de conférer quelconque crédibilité à l'histoire. Le canevas est vieux comme le monde: trahison du frère usurpant le pouvoir, exil et déchéance du héros, les scènes obligatoires d'entrainement et de découverte spirituelle de même que la vengeance finale. 
Mais ça ne s’arrête pas là. 
Faisant preuve d'une audace peu commune dans le genre, Yuen Woo-ping ne nous permet pas de déterminer si l'histoire se passe à une multitude de niveaux dans la psyché d'alcoolique du personnage (il faut voir ses combats avec le dieu du Wushu sur les flancs d'une statue!) ou s'il est tombé d'un monde parallèle (à la manière de Thor, justement). Un inexplicable jump-cut de plusieurs décennies ajoute à la confusion, pour notre plus grand plaisir. Cepandant, un indice demeure: le plus grand combat que mène Beggar Su est contre lui même. Les art martiaux, plus que jamais chez le vieux maitre,  sont des danses illustrant le combat intérieur.
TRUE LEGEND est parfois larmoyant, déchirant et particulièrement loquace dans la démonstration des prouesses physiques ...et c'est parfait ainsi. Tout est dit dans l'oxymore du titre . 

13 assassins maintenant.


Enfin. 
Enfin, un véritable chambara pour Takashi Miike. Un Miike tout en retenu (!)  qui ne  perd rien de la cruauté et l'humour qui font sa signature.
Enfin. Un chambara qui se permet d'être presque chinois dans son verbiage martial. 
Enfin, un film de guerre asiatique qui m'a autant satisfait dans sa sauvagerie que Bang Rajan
Enfin, le jidaigeki que les maniaques attendaient depuis des lustres. 
Qu'on se le disent. Dans la démonstration des arts martiaux, les Japonais n'ont rien à voir avec les Chinois. Économie de moyens, mouvements brefs et parfaits, tension à couper au Ginsu. Le samouraï et au haïku ce que le guerrier chinois est à la poésie épique. C'est le propre d'un vrai chambara: les combats ne sont jamais au centre de l'histoire. Ils sont d'incisives ponctuations. Admettons le: Vous attendiez un film de samouraï où les combats ont une place prépondérante depuis longtemps non?


Jouons avec les chiffre: Il a beau être un remake du film Eiichi Kudo de 63 portant le même titre,  13 assassins est le versant sombre de 7 samourais et le frère d'arme de 47 ronins, auxquels il fait par ailleurs souvent référence. Même les chiffres des titres se miroitent; le lucky seven et les héros humanistes de Kurosawa en opposition au  13 de malheur des kamikazes assoiffés de justice de Miike. 13 assassins offre une variante du grand classique de Kurosawa en capitalisant volontiers sur des scènes de combat à l'énergie bien contemporaine. Il en devient en quelque sorte l'inversion. Mais il est aussi une relecture de 300 à la manière nipponne. Faites le calcul: 47 X 7 -13= presque 300. ha HA! 



N'ayez crainte: ça fonctionne à merveille. Miike s'était déjà prêté à l’exercice, (de manière beaucoup plus expérimentale), en faisant IZO, une suite informelle et jodorowskienne du classique d'Hideo Gosha TENSHU (cliquer ici pour écouter notre émission sur à ce sujet)
 Si 7 samourais se passait à l'apogée d'une période de guerre, 13 assassins se déroule à la toute fin de leur règne, en temps de paix. Les 7 samourais protègent un village d'une attaque de brigands. Les 13 assassins doivent débarrasser le japon de son plus dangereux tyran.
Dans le rôle du leader du groupe, Koji Yakusho, en voie de devenir le comédien japonais le plus important de sa génération, continue de devenir l'héritier spirituel de Takashi Shimura (faut le voir lui rendre hommage dans Dora heita). S'il est le même personnage, il est cependant une version sombre de Shimada, satisfait de pouvoir enfin mourir au combat. 
 La réponse à Kyuzo, le bretteur virtuose au visage stoïque est Hirayama Kujūro. Deux personnages inoubliables interprétés par deux comédiens (et escrimeur) de grand talent, tout en finesse, en élégance et en furie guerrière.


Dans le rôle du rônin joueur et désabusé, le surprenant Takayuki yamada (qui jouait les trois personnages principaux de Milocrorze:a love story) devient la conscience du groupe. 
On a aussi droit au jeune guerrier voulant se tester au combat, au samouraï bedonnant et jovial et à l'assistant général qui reprend du service. 
Il fallait forcément que le personnage de Kikuchiyo, le fermier courageux et opiniâtre avec une très grosse épée (et comedy relief),  campé avec brio par Toshiro Mifune, ait un remplacement à sa mesure.


C'est chose faite avec Kiha Koyata, interprété par Yūsuke Iseya.


Personnage typiquement Miikéen, Kiha est à la fois un comedy relief et le personnage insaisissable. Hommage évident à l'animalité de Mifune dans le film de Kurosawa, Kiha n'est pas un samouraï; c'est un homme des bois, un chasseur habile qui a lui aussi un tempérament opiniâtre et une...très grosse épée.  Il y a fort à parier que Kiha ne soit pas un être humain: pour ma part, je me plais à croire qu'il est un Tanuki, un esprit animal de la forêt qui a pris forme humaine (les ratons laveurs avec des grosses bittes dans le Pompoko de Miyazaki, pour les non-initiés)
Miike est passé maitre dans l'art d'inventer des personnages qui sont des experts de la cruauté. Il a probablement inventé son plus beau monstre en la personne du sadique souverain Matsudaira Naritsugu . Un enfant de pute comme on en fait plus. Si le vilain de True Legend est admirablement suranné, celui de 13 assassins à des psychopathologies Ô combien modernes.
Déviant et obsédé par la mort, le souverain n'a pas son pareil pour infliger la souffrance. Il est sans aucune morale, complètement insensible et il est au centre des scènes les plus Miikéennes du film (une est particulièrement éprouvante et inoubliable) Vous allez vraiment vouloir voir le salopard souffrir. .

Presque parfait dans son exécution, 13 assassins culmine sur une scène de combat final exemplaire en tout point. Longue de presque 30 minutes, elle aurait fait bander Sun Tzu comme un cheval. Dans un village transformé en machine de guerre, nos treize assassins deviennent des vikings doublés des salopards de Western spaghettis. C'est la fin de Sword of doom d'Okamoto multiplié par 20.


Miike continue de prouver qu'il est une magnifique tache de sang et de  merde en forme de papillon sur la face du soleil levant. Il nous enfin donné le chambara qu'on attendait de lui. 

jeudi 28 juillet 2011

Fantasia 2011, Jour 14: Éloge d'UN GÉNIE, DEUX ASSOCIÉS, UNE CLOCHE. Une arlequinade en guise d'oraison

Le western-spaghetti savait qu'il allait mourir. Il s'y préparait déjà depuis quelque temps. Pistolet rayé en main, de plus en plus recouvert de poussière, il est allé crever dans des décors de plus en plus en plus délabrés, évocation de l'agonie du genre. Dans Keoma de Castellari, c'est dans les magnifiques yeux bleus de Franco Nero qu'on pouvait percevoir la mélancolie de l'inévitable décès. Un dernier magnifique râle.
Juste avant l'ultime souffle, un autre regard bleu, rieur celui là, avait décidé de s'en moquer. Mario Girotti. Terrence Hill. Son nom était Personne. À l'époque, il semblait étrange que le maestro Sergio Leone prête sa voix tonitruante à la comédie Mon nom est Personne. Aujourd’hui, on sait assurément que c'était le champ du cygne dont le genre avait besoin. 
Dans ce film, Personne est l'incarnation même du Western-spag, donnant un second souffle au western classique, incarné par Henry Fonda. Il  sait cependant que sa fin à lui aussi est proche. Il s'appelle Personne parce qu'il  est un bâtard, un fils illégitime et abandonné. Personne ne pouvait sauver le western-spag, mais il pouvait tout au plus lui donner ses dernières lettres de noblesses et sa part de latin. Avec un grand sourire.
Quand le séminal Fistfull of dollars de Sergio Leone sorti en 1964, c'était évident pour tous qu'il était un transposition de fortune du Yojimbo de Kurosawa. Probablement pour cette raison, l'autre géniteur du genre fut laissé  de coté assez rapidement. A fistfull of dollars, c'est aussi et surtout l'Arlequin, serviteur de deux maitres de Goldoni. L'ombre grimaçante de la Commedia d'ellarte était penchée depuis quelques temps sur le Western Spag. Plus que tout autre, c'est Terence Hill qui aura été son Arlequin; joueur de tour, acrobate ,arnaqueur, séducteur, faussement niais et au cœur de la lutte des classes.
C'était un privilège de voir Un génie, deux associés, une cloche dans les conditions offertes par Fantasia hier. 
Elles permettaient d'appréhender pleinement sa richesse. Traversé d'une quantité de teintes jaunâtres, parfois volontaires et parfois fruit de la patine du temps, la poussière semblait dorée et la lumière encore plus...ce qui renchérissait l'impression de voir une histoire provenant d'un monde mythique et fantasmé.


Terence Hill y reprend son archétype de Personne. Cette fois, il est Joe Merci, un peu comme Yojimbo deviendra Sanjuro. C'est le même personnage. Notez son nom, il est important: C'est un remerciement (au genre?) mais cette aussi le mot "mercy" (pitié). Joe n'est pas un tueur. C'est un Trickster, un joueur de tour.
Sa fonction d'Arlequin confère  à Joe une conscience métatextuelle des codes du récit (Arlequin s'adresse souvent à la foule dans la commedia dell'arte). Il porte le costume doré de circonstance (littéralement couvert d'or!) que doit porter tout bon Arlequin. Il va même jusqu'à dire à un vieil indien de quitter à gauche de l'écran parce qu'il représente le passé! Il n'a pas besoin de tirer de son pistolet et quand il le fait, les lois de la physique lui obéissent: Joe Merci a un compère et c'est le réalisateur. Merci connait tellement bien les mécanismes de son monde qu'il est capable d'élaborer les arnaques les plus complexes et de retourner  toutes les situations à son avantage. Après tout, il est l'incarnation d'un genre qui trotte vers ses derniers milles. Il en a vu d'autre et il sait qu'il ne peut pas perdre. Il n'a donc pas besoin de tuer. Il porte une  petite sonnerie à son cou pour se rappeler les différentes étapes à suivre de son plan étourdissant de complexité, huilé au quart de tour.
Attendez...il porte une sonnerie à son cou? C'est lui la cloche du titre?. Mais qui donc est le génie et qui sont les deux associés? Est-il possible que nos héros occupent tour à tour chacune de ses fonctions? 


Si. 
Le titre est un indice.Ça les aminches, on appelle ca une ARLEQUINADE.
 Une arlequinade, c'est une trinité de personnages en interaction étroite avec deux antagonistes. Arlequin, Pierrot et Colombine forment la base. Pantalon et le Clown sont les menaces extérieures(rappelons que Terrence Hill continuera à jouer plus tarddans des arlequinades et que son personnage  prendra le nom de...Trinity!).
-Arlequin=Terrence Hill, Joe Merci
-Pierrot (le lunaire, le distrait, celui qui se fait exploiter par Arlequin)=  Robert Charlebois dans le rôle de Locomotive Bill
-Colombine,(naïve, pure et amoureuse des deux) = Miou miou dans le rôle de Lucie
-Pantalon (le fourbe, l'avare, la cruel, l’alcoolique)= Patrick Mcgoohan en Major Cabot
-Le clown=Piero Vida dans le rôle de Jacky Jolly Roll.

Il est absolument accessoire de comprendre qui manipule qui. Il ne sert à rien de résumer cette histoire. Il est question d'un trio qui veut arnaquer le Major Cabot de 300 000$ et c'est tout ce que vous avez besoin de savoir. C'est une Arlequinade (forcément méta fictionnelle par moment) qui sert à annoncer que le rideau de cette commedia d'ellarte que fut le western spag va bientôt être tiré à jamais. Les italiens vont fermer le grand Théâtre d'Almeria. Le temps de quelques coups de feu, le théâtre populaire et le cinéma de genre se sont rejoint.
 Tout le splastick du monde, tous les gags et les scènes d'actions ne pouvaient étouffer l'oraison joyeuse et assumée qu'est Un génie... beaucoup plus profond qu'il ne veut bien le laisser paraitre, à l'instar du personnage de Joe Merci (Merci pour la ride. Mercy for me!)

Je ne passerai pas sous silence la généreuse présence hier de notre héros national du rock à la fin du visionnement. Tour en tour la cloche, le génie et l'associé, surprenant de désinvolture, Charlebois campe son personnage de métis récalcitrant, locomotive Bill, avec une énergie de...well, de rock star. C'est aussi un plaisir d'entendre son doublage en français "normatif" s'écrouler en roulements de R, typique de notre joual galopant.  Leone lui aura d'ailleurs demander de se restreindre à ce niveau là; Charlebois sonnait bien trop comme un nègre (pas quelque chose qu'on entend à tous les jours hein?) Ironiquement, avec son teint exagérément rouge et ses cheveux frisés, il était probablement difficile pour les italiens de se figurer d'où il venait.


Émouvant moment où notre histoire rejoignait celle d'un genre ne nous appartenant pas. Charlebois ne fut pas laconique avec ses anecdotes.


On apprend que Damiani et Leone ne s'entendait pas particulièrement bien, Leone étant un anarchiste de droite et Damiani un un communiste obsédé par le thème de la lutte des classes. En tant que producteur, il réalisa quand même la scène d'ouverture, inspirée de ses propres films, comme s'il passait le témoin à Damiani au sein de son propre film. Étaient-ils  les deux associés du titre, à leur insu? Forcément, parce que le véritable  génie, c'est Ernesto Gastaldi, scénariste du film (et donc du titre). Morricone serait donc la cloche. On ne dira jamais assez à quel point le grand génie du western spag est autant Gastaldi que Leone. La méta textualité de cette arlequinage est si vertigineuse qu'elle va jusqu'à la conception du film.
Nous apprendrons également que Leone avait initialement approché Charlebois après avoir vu une de ses performances à Cannes. Il voulait lui faire jouer un assassin dans un film qui se serait intitulé What's up with you Humpty Dumpty? Charlebois refusera et se fera contacter plus tard pour jouer dans le film de Damiani. Il passera l'essentiel du tournage chaud comme une botte et gelé comme une balle. On sait maintenant que Leone voulait faire Les Valseuses version western, d'où la présence de Miou Miou (et d'un canadien français qui peut parler anglais pour remplacer Depardieu?)

Charlebois prendra quelques cuites avec Mcgoohan avec lequel il s'entendait très bien (étant le seul à parler l'anglais sur le plateau) qui, en bon irlandais, " déjeunait au gin tonic le matin". Il jouera quelques jours sur le piano de Debussy, jammera chez Morricone et ne se pointera pas pendant une journée de tournage pour cause de gueule de bois, prétextant un congé de Pâque. Ce qui mettra Leone en beau joual vert (J'ai réussi à ploguer cette phrase! Je peux quitter...)
C'est un magnifique cadeau que nous a fait Robert Charlebois et  les gens de Fantasia. 
Le 7ème antiquaire vous en remercie du fond du cœur.




mercredi 27 juillet 2011

Notre émission du 27 juillet: Spécial Fantasia- quelques notions d'horreur folklorique

Par la seule et unique présence de Robin Hardy et Richard Stanley cette année au festival Fantasia, l'événement se trouve en quelque sorte "marquée par la bête". En outre, vous remarquerez qu'une bonne partie de la programmation est traversée de notions d'horreur habitée d'une certaine saveur folklorique
 Le temps d'un bref retour sur les films que nous avons vu là bas récemment, nous parlons cette semaine de ce sous-genre appelé le "folk horror". Terme plus ou moins canonisé par Mark Gatiss dans son documentaire de la BBC "A history of horror", il évoque un certain cinéma anglais friand de paganisme, de rituels sataniques et de chasseur de sorcière qui culminera sur le triomphe de The WICKER MAN. 
Survol des films du genre et de leur importance cruciale. 

lundi 25 juillet 2011

Fantasia 2011, Jour 10: Critique de MONSTER BRAWL: Con (et merveilleux) comme la lune

Il n'y a pas si longtemps que ça, nous vous avions concocté ici même une émission pas piquée des vers sur la vénérable tradition des horror show hosts, ces individus  qui bonimentent des vieux films d'horreur à la télé (cliquer ici pour l'écouter: Notre émission du 27 octobre:Les Horror Show Hosts, une tradition américaine).
Nous y faisions  l'évidente constatation que le monde de la lutte contemporaine doit beaucoup à ces individus. Avec ses managers sinistres et caquetants, ses lutteurs souvent monstrueux et ses costumes flamboyant, la lutte a autant (sinon plus) à voir avec le théâtre athlétique que le sport. Le ring restera à jamais un espace mythologique où sont mises en scène des confrontations légendaires, où sont susurrés  les échos séculaires des batailles de Gilgamesh et Hercules. Y'a du monde bien plus intelligents que moi qui échafaudent des théories sur le sujet dans les internets, vous pouvez me croire. Marc Cassivi entre autre.
 Il fallait bien qu'un jour, quelqu'un prenne l'idée au pied de la lettre.

Fantasme absolu de geek,  Monster Brawl est con et beau comme la lune, cette magnifique lune de carton deux fois trop grosse que l'on voit dans les films de la Universal. Il offre une généreuse dose de ces fantaisies masturbatoires qui traversent les conversations de geeks: qui gagneraient le combat  entre Tarzan et Mowgli, entre King Kong et le Stay Puft marshmallow man,  Inspecteur Gadget  et Robocop, le Blob et Barbapapa? Vous savez, on trouve même un jeu de combat amateur, Terrordrome, où l'on peut mener des batailles à mort avec les grands slashers du cinéma! Oui oui! 

Pour moi, de même qu'une généreuse quantité de mes semblables, ses conversations peuvent prendre des proportions épiques. C'est hautement constructif! Logique que les monstres classiques de la Universal fassent souvent partis de nos élucubration hypothétiques. 
D'accord, ces créatures se sont déjà affrontées mais goddamnit elles ne se sont jamais vraiment cognées dessus à grands coups de savates et ça, tout le monde veut le voir non?
En ce sens, Il est indéniable que le réalisateur canadien Jessy T. Cook est un philosophe geek de la plus haute distinction.
Un ring au centre d'un cimetière maudit avec des vieilles pierres tombales et un lugubre gardien...la totale. Deux commentateurs de lutte, un blasé (David Foley, au sommet de sa forme) l'autre hystérique (Art Hindle, magnifique). Jimmy Hart et son fidèle mégaphone, pour ajouter un monstre classique de plus.
Les grandes créatures de la Universal et quelques unes plus modernes (un zombie et un monstre des marais) vont s'affronter. Comment et pourquoi se retrouveront-ils sur le ring ensemble? On s'en contrefout. Mais attention! Monster Brawl n'est pas un film. C'est un gala de lutte. C'est même la répétition sentencieuse de sa structure formatée qui le rend hilarant et qui le rendra absolument insupportable pour certain.
Vous aurez droit aux statistiques complètes des monstres, à leur origine et leurs attaques de prédilections. Des commentaires animés et hilarants pendant les combats, des cartes de présentations, les monstres qui se font des speachs de confrontation, des combats éliminatoires, des logos et des managers. Il a même deux divisions: Monsters and Undead. Si la sorcière a plus d'un tour dans son sac, le monstre des marais est toxique. Le loup-garou est plus puissant les soirs de pleine lune et la momie peut t'étrangler avec ses bandelettes. Je mouille mes culottes de bonheur. Oh regardez! Le loup Garou hurle à la lune de la troisième corde! Le cyclope tire des rayons avec son œil!! J'ai envie de pleurer.

Monster Brawl est à la fois aussi cheap qu'un film d'Al Adamson et un gala de lutte de sous-sol d'église. Les designs des monstres, kitsch à souhait,  sont particulièrement  réussis (Frankenstein et le Loup-garou sont magnifiques, les interprètes ne donnent pas leur place non plus). Si les combats manquent parfois quelque peu de dynamisme et (ahum) de technique, c'est tout ce qui empêche Monster Brawl de devenir un film hautement culte. Le temps de quelques confrontations, l'esprit  des horror show host vient valser avec  celui des managers de lutte dans un décors en gyproc. Vous ne voulez pas manquez ça.


À ce titre, je suggère aux curieux d'aller lire ici même la critique élogieuse de Marc Cassivi qui corrobore mes opinions sur le génie irrévérencieux de ce film. 
C'est un rendez-vous! Si Satan le veux!


Fantasia 2011, Jour 9: Critique de THE DIVIDE. Huis clos à louer...style nihiliste-chic

Il y a des juxtapositions qui font sourire et qui font froid dans le dos en même temps. À la première Fantasienne de The Divide, le public  était particulièrement survolté. Au tiers constitué d'un groupe qui semblait justement sortir d'un film post-apocalyptique, leurs réactions étaient pour le moins surprenantes, légèrement plus que de coutume à Fantasia. Cet atavisme donnait chaud au cœur : des cris, des commentaires d'une violence surprenante (Pour ma part, kill that bitch! et Suck it Faggot! sont en tête de liste) et une ovation debout pour Michael Biehn (vraiment?).
Le réalisateur Xavier Gens devait être aux anges. D'entrée de jeu, le public était presque une extension naturelle de son  film: bavard et tapageur
 The Divide est un huis clos post-apocalyptique comme vous en avez vu plusieurs. L'idée n'est de renouveler une recette moult fois éprouvée mais d'insuffler une vie nouvelle au sous-genre à grand coup de stéroïdes(comme les personnages qui nous rappellent que les radiations et la faim, ce n'est pas une raison pour perdre ses biceps).

1-Une attaque nucléaire qu'il n'est pas nécessaire de montrer ou d'expliquer.
2-Une bande bigarrée qui se réfugie et se barricade dans le sous-sol de leur immeuble. La mère de famille fragile, les baveux de service, la jeune femme silencieuse, le noir qui en vu d'autre et le pleutre habituel. Le concierge, maître des lieux, un homme au lourd passé avec un sens aiguë de la paranoïa qui sait de quoi il en retourne. 
3-Montrer "graduellement" le niveau de dégénérescence physique et psychologique de notre bande de chouettes copains, jusqu'à les faire sombrer dans l'inévitable sauvagerie. 
 En tentant de renouveler tout ca, Xavier Gens fait des choix particulièrement consternants.

Il parvient à faire oublier au spectateur l'étroitesse des lieux: le sous-soul de l'immeuble est filmé avec une énergie digne d'un Panic Room (la caméra n'en fini plus de passer par des tuyaux et les trous de serrure)
Exit: la claustrophobie. On se croirait parfois dans une relecture de Frontière(s) avec les tics de réalisation de Hitman. L'esthétique de jeu vidéo bien perceptible.

Ensuite, Gens choisi de couvrir le tout d'une trame sonore extrêmement tapageuse qui ne laisse pas deux secondes de répit ni aux spectateurs ni même à ses personnages :effets de violons, orchestrations "déchirantes". On s'attend d'une minute à l'autre à voir un visage pleurer avec Mad World de Gary Jules qui joue à fond. Les personnages passent par ailleurs une bonne partie de leur temps à hurler et s'insulter. Il n'est pas vraiment question ici de montrer une tension psychologique crédible. On veut transformer au plus vite nos personnages en menace
Exit: le silence et la tension. Impossible dans ce contexte d'être affecté par la dégradation mentale des personnages. Heureusement, leur grotesque transformation physique (cheveux qui tombent et yeux cernés) est là pour nous indiquer leur niveau de dégénérescence empirique. La direction d'acteur encourage donc à fond le cabotinage. À ce niveau, le jeu survolté de Milo Ventimiglia, protéiné et homoérotique, est plutôt réjouissant. Le personnage grand guignolesque campé par Michael Eklund est hilarant et inquiétant à la fois. Il lui seul, il finit par sceller notre manque d'implication émotive. 

Que nous reste-t-il devant ce large huis clos gavé de musique où les personnage deviennent des déchets vivants entre deux postillons? Eh bien, il nous reste "le plaisir" de les voir se détruire jusqu'au dernier. Il a beau être racoleur, The Divide assume au moins son coté nihiliste-chic. Dans notre manque absolu d'attachement pour cette brochette de personnages tour à tour clichés et irritants, on veut forcément les voir se faire torturer et s'entretuer, question d'avoir quelque chose à se mettre sous la dent. Difficile dans ces circonstances de reprocher aux macaques à côté de toi de glousser des que quelqu'un se fait trancher la gorge ou arracher un ongle.  Après tout, il ferait probablement de même. 
C'est à ce moment que le huis clos, pour mon plus grand plaisir et mon dégout, est devenu la salle de cinéma. 
J'adore Fantasia.


samedi 23 juillet 2011

Fantasia 2011, Jour 8: Critique de MUSTANG: Un monde de passions débridées

MUSTANG!!!!! CHEVAL NOIR INDOMPTÉ!!!!
MUSTANG!!!!! PERSONNE NE PEUT TE MONTER!!!!!

Dans les arrières-boutiques en plywood et les routes poussiéreuses de Saint-Tite, il y a un monde de passions sauvages qui ruent dans les brancards. Des secrets, des amours déçus et des colères qui grondent. Johnny Cooper, le grand Sachem du Festival country aimé de tous, est mort horriblement au rodéo, piétiné par Mustang.
Mustang: le cheval noir indompté.
MUSTANG. Que personne ne peut monter. 
MUSTANG est enfermé dans un enclos en exemple, symbole et témoin vivant des mensonges qui sclérosent le village. Mais MUSTANG n'est que le catalyseur du drame. Et MUSTANG, le film, est une découverte sans précédent. Il mérite un culte, un DVD, la trame sonore en 8-track et un laser-disc. Il est inadmissible qui ce magnifique pur-sang galope au loin, narguant les cinéphiles québécois de ma génération, sans que nous ayons eu droit de le monter auparavant.

Si seulement MUSTANG n'était qu'un Western-poutine hybride (le seul en fait) où sont mélangés les genres dans une concoction lourde mais hautement appétissante, ce serait déjà suffisamment bourratif. Mais il est encore plus que ça; c'est un tragédie antique à Saint-Tite. La recette est parfaite: La patate du Western classique , la sauce brune du drame de cuisine québécois et le fromage en crottes de la tragédie antique, permettant la cohésion improbable des éléments précédents. 

Willie Lamothe, le légendaire, joue Dick Lachance, chanteur de country qui n'a rien à voir avec son alter ego. C'est un cowboy fantaisiste (c'est le titre d’une de ses tounes) qui n'aime pas les chevaux. Il arrive avec son groupe au Festival de Saint-Tite pour constater que la mort de son vieux chum Cooper a laissé le village dans un état de dévastation psychologique indéniable. Affublé de ses compagnons de routes, dont le nom moins légendaire et souriant Bobby Hachey, il soupçonne quelque chose de louche. Il fera sa petite enquête  Le groupe de Lachance  a en quelque sorte une fonction de poutinage narratif (poutinarration?): ils sont le chœur grec de la tragédie, les fous du roi et des desperados du verbe au grand cœur.

La Tragédie se met en place: Un maire louche et libidineux joué avec gravitas par Claude Blanchard, Muriel Millard est son épouse fardée comme les clowns de ses peintures impressionnistes, la veuve blessée est Luce Guilbault, la femme fatale de Calgary est campée par Nanette Workman. On a aussi l'indien de service et la petite fille espiègle. Albert Millaire se la joue Western-spag en tant que bad boy tourmenté et Marcel Sabourin est l'idiot du village.  Il est amusant de constater que la parlure populaire de ce magnifique groupe rend la performance de Millaire et Sabourin des plus comiques. Ces deux acteurs de théâtre sont pratiquement incapables  de harnacher le  joual du reste du groupe. Millaire a le regard d'un tueur et l'élocution d'un notaire de Saint-Bruno. C'est hilarant.

Est-ce que Klo, le bad boy du village, saura relever le défi du maire? Pourra t-il monter MUSTANG et ainsi venger Johny Cooper? 

Seule réalisation de Marcel Lefebvre, il signe aussi la grandiloquente trame sonore (je ne déconne pas: c'est de l'immense orchestration mur à mur). Lefebvre est d’abord et avant tout reconnu comme auteur-compositeur pour à peu près tout le monde de Céline Dion ("Une colombe", c’est de lui!) à Jean Lapointe ("Qu'est-ce qui fait donc chanter les p'tits Simard! C'est les poudings...LAURA SECORD" c'est de lui aussi !!!!) 
MUSTANG est traversé de moment de grâce et d'absurdité. Des morts atroces, des regards tout droit sortie d'un Leone qui ne cesse de se répéter sans qu'il y ait le moindre combat, les tounes de Willie Lamothe qui détonnent avec les amples orchestration de Lefebvre. Impossible de déterminer où commence et fini le niveau de conscience qu'avait Lefebvre de son propre projet.

Mais c'est justement l'improbabilité d'une cohésion entre tous ses éléments qui est la grande force du film. Saouler par les trop nombreux whiskies servis à Fantasia, ça prenait la poutine bien grasse et savoureuse qu'est Mustang pour remettre mon foie de cinéphile à la bonne place.

Qu'on se le dise: MUSTANG est un MUST(on veut un Dvd calisse)

Par ailleurs, j'ai une théorie.
Pendant une scène, on voit une statue de Mustang suspendue dan les airs comme si elle volait, cambrée de colère et les yeux rouges de haine.
Je suis maintenant certain que MUSTANG est la véritable inspiration pour le cheval emblématique de Fantasia 2011. Il représente aussi leur volonté secrète de faire passer ce film à l'histoire, comme il se doit.

Parce que Fantasia est le Mustang des festivals de cinéma: sauvage et indompté.

vendredi 22 juillet 2011

Fantasia 2011 jour 5: Bonus Feature. C'est pas parce qu'un film n'est pas une comédie qu'il ne peut pas être très TROLL

« For the last four years, I’ve basically been living in an Argento movie »

-Richard Stanley

Parce qu'il me fallait une phrase d’ouverture pour ma critique de Troll Hunter, je vous offre cette petite perle de sagesse qui inspire l'effroi mais aussi l'émerveillement quand on s'imagine le type d’existence au quotidien que vit Stanley, le grand chamane du cinéma. 
(Je travaille aussi sur l’édition de sa discussion publique avec Robin Hardy, vous aurez ça dans pas long…)

Mais pourquoi donc? Oui, on sait bien, rencontrer un homme d’une telle force laisse des traces dans la psyché et c’est sans doute parce que je viens tout juste de quitter Fantasia pour des vacances dans la très belle ville de Québec qu’on sent encore l’empreinte de l’homme sur mes paroles.

Oui, c’est à cause de ça, oui.

Mais c’est aussi à cause qu’elle résume la force d’un aspect dont j’ai raffolé dans TROLL HUNTER.
Pour la petite histoire : Une troupe de documentaristes (Un caméraman, une preneur de son et un réalisateur) tentent de monter un film sur une vague de corps d’ours retrouvés mutilés en Norvège. Les corps s’avèrent être un leurre lorsqu’ils font connaissance de Hans (Shit! OTTO JESPERSEN qui fait la voix du mammouth dans la version norvégienne de ICE AGE!), un homme mystérieux qu’il s’avère être celui auquel le titre du film réfère; et oui, il chasse le troll! S’ensuivra une chasse en trois actes particulièrement réussie qui n’a rien à envier à The HOST de Bon Jong-Ho.

Voila pour ça: l’histoire se déroule d’une façon bien amusante, parfois prévisible, mais toujours entraînante. Malgré les associations faites à certains canons de l’horreur, il me semble que TROLL HUNTER doit beaucoup plus à LORD OF THE RINGS version cinéma direct qu’à n’importe quel autre titre de « film de pellicule retrouvée » mais c’est mon opinion. Étant un avide joueur de Donjons et Dragons, la vitesse à laquelle André Ovredal fait entrer les archétypes D&Diens m’a immédiatement vendu au fait que TROLL HUNTER était un Table Top Twister (je parle ici du film avec Bill Paxton) doublé d’un mondo monstrous manual. Guerrier (Glenn Erland Tosterud, courageux et vaillant), Princesse (Joanna Mork, fantastique damsel-in-distress) et Clerc (Kalle, chrétien à tord) sont joint par Aragon…eh non…a Hans (Ranger, celui qui connaît les secrets de la forêt) pour vaincre les ambitions territoriales des Trolls, tout en conservant le secret de leur existence loin de la population Norvégienne.


Et me voici enfin suffisamment réjoui de pouvoir discuter de la citation qui ouvre cette critique puisque pour toutes les forces et les faiblesses de ce film, une chose prime avant tout lorsque l’on écoute TROLL HUNTER : une quasi impossibilité de discernement entre le monde réel et le monde fictif. Voyons en quelques points comment le scénario brouille brillamment les pistes entre le folklore et la réalité.


GROS GÂCHEUX À VENIR, SÉRIEUX...J'EN GRAISSE PAS MAL FORT À PARTIR D'ICI, LISEZ CE TEXTE APRÈS AVOIR VU LE FILM.

-Début du film : Hans est suspecté d’être un braconnier, responsable des carcasses d’ours délaissées sur les bords de route.

Réalité consensuelle +1

-La vérité est plus folle que la fiction, Hans est un chasseur de Troll qui cache un mystérieux secret sur la population Troll.

Réalité mythologique +1

-Les Trolls n’existent pas : ils sont des fabulations d’un vieil Hermite barjo qui vit dans une caravane.

Réalité consensuelle +1

-C’est bien faux, les Trolls existent parallèlement à notre civilisation et Hans est un homme au destin tragique, forcé de vivre en nomade, avec pour unique but de chasser et tuer les Trolls.

Réalité mythologique +1

-La responsabilité du contrôle de la population Troll est accordée à un groupe d'élite nommé le TSS (Troll Security Service) qui opère dans les bas fonds du gouvernement Norvégien. Ce groupe engage Hans comme « scalp-hunter » de Troll en mettant à sa disposition des lampes UV et des canons à lumière hautement technologiques pour mener sa quête cruciale (Greimas et les artéfacts magiques, houpla!)

Réalité consensuelle +1

-Lorsque Hans fait du terrain, il s’assure de n'avoir aucun chrétien dans son équipe car les Trolls sentent le sang catholique...en plus de se couvrir d’une substance qu’il nomme Troll-Smell pour se couvrir des narines monstrueuses.

Réalité mythologique +1

-Hans se bute à un jeune opportuniste arrogant responsable du cover-up des Trolls (Hans Morten Hansen, important stand-up comic Norvégien, porteur du record de la plus longue performance sur scène : 38heures et 14 minutes), le jeune fucker tire sur toutes les plugs possibles empêchant la troupe de documentaristes de faire le jour sur la situation. Il faut à tout prix empêcher l’étalement de cette connaissance auprès de la population.

Réalité consensuelle +1

-Thomas se fait mordre et est infecté par la rage, Kalle se fait débusquer dans une caverne par son odeur de Chrétienté.

Réalité mythologique +1

La finale du film, trop grandiose pour décrire. Le tout finement bouclé dans un combat entre le réel (tel que déterminé par la masse) et le fantastique (qui se partage par un petit groupe sélect). Nous retournons à notre partie de Donjons et Dragons,  qui ne fait aucun sens lorsque observée de l’extérieur. Troll Hunter, en terme de film, devient cette partie d’immersion dans le fictif, une expérience de groupe contenue dans le groupe, une quête partagée dans un imaginaire commun et qui se traduit difficilement lorsque nous tentons de la partager avec des observateurs externes.

BONUS FEATURE :

La source d’inspiration de TROLL HUNTER mesurée à celle de WATCHMEN. 





Réalité mythologique +1

-JIM

Fantasia 2011, Jour 8: Critique de YOU ARE HERE. Espaces canadiens intérieurs à repeindre

Il est facile de se perdre à Fantasia. La quantité de films, les heures de projections, les salles, la planification de sa journée, de son sommeil et de ses repas. Les jours qui se passent  entre le noir et la lumière, le froid et la canicule, la violence gratuite et l'introspection. On fini par s'y perdre un peu, étourdie entre la surcharge d'idée et la redéfinition même de notre espace physique.  En REM toute la journée, des semaines à rêver.On catégorise ce qu'on a vu, on répertorie, quantifie et soupèse. La réceptivité de nos sens est poussé dans des retranchements...labyrinthiques. 

YOU ARE HERE n'est pas seulement une évocation de cet état de désorientation avec lequel le public Fantasien est assez familier. YOU ARE HERE est une expérimentation. Votre cerveau est la souris. Attention-STOP. Je ne dis pas que le film est expérimental; c'est littéralement une expérience, un mécanisme méta fictionnel et fractal aux contours escheriens. Vous allez obligatoirement vous y perdre; la carte de ce territoire cinématographique est tracée sur un miroir craqué que vous devez regarder avec une loupe et une bougie. C'est aussi, fort probablement, le film le plus élusif et unique présenté à Fantasia cette année. Bien sur, il conviendra probablement plus aux gens affamés par des questions qui en apportent deux autres, aux passionnés de puzzle, de labyrinthes, d'énigmes et de maladies mentales. Les autres auront droit à un mindfuck d'une qualité indéniable. Je sais pour ma part que c'est la grande découverte du Festival pour au moins trois personnes: le programmeur Simon Laperrière, moi et l'autre.
Un résumé est forcément inutile mais l’exercice est néanmoins irrésistible. Une porte donnant sur le vide à un étage inaccessible d'une gratte-ciel. Des expériences sur le cerveau se passant dans  une pièce vide. Une archiviste accumulant des documents audiovisuels apparaissant sur son chemin. Une prothèse oculaire qui change le monde. Un conférencier qui vous met en garde de suivre le point rouge de son laser. Tous ces éléments sont reliés  par d'infimes détails dans un réseau de filaments narratifs aux tensions variables. 
Vous êtes directement responsable de votre itinéraire. Si jamais vous vous sentez perdu, ne perdez pas de vue que vous êtes ici.
 Amalgame physique (et mental) de Cronenberg, Egoyan et André Sauvé, le réalisateur Daniel Cockburn investi sa métafiction d'un généreuse dose d'angoisses et de névroses. De sa propre déclaration, son film est une exploration sinueuse d'une crise existentielle et matérialiste où il a jadis failli se perdre par excès de causalités. 
À  mon sens, il y a quelque chose de typiquement canadien dans le film de Cockburn, des angoisses typiquement locales, situées entre les contraintes budgétaires, la crise identitaire et un obsession nationale voilée gravitant autour de la notion d'espace (Du Spider de Cronenberg jusqu'aux films de Vicenzo Natali...le Canada fait les meilleurs huis-clos en plein air. La perte, l'oblitération, la contraction et la dilatation de l'espace; un thème omniprésent dans la cinématographie canadienne (vous pouvez écouter notre émission sur le sujet ici même pour en avoir le cœur net). On y trouve forcément aussi une mélancolie urbaine délicieusement torontoise. Cockburn deviendra assurément une réalisateur canadien à suivre là où il voudra bien se rendre

Je terminerais sur cette blague, au mécanisme typiquement canadien; C'est une fois l'espace, le temps et l'esprit qui rentre dans un bord. L'esprit se tasse. Le temps passe de l'autre bord et rentre dans l'espace. Si vous riez, c'est que VOUS ÊTES ICI et ce film est décidément dessiné pour vous. 


Un gros merci à Simon Laperrière: ces obsessions personnelles sont responsable de l’apparition de ce film au Festival.

Fantasia 2011, Jour 6: Critique de WICKER TREE-The Wicker horror picture show

Ouf. Ça nous remonte à loin. Le premier article de ce blogue (ici même)  parlait précisément de la venue éventuelle de ce film.

The Wicker man. Le nom lui même est maintenant synonyme de légendes.
Tout a été attribué à The Wicker man: Citizen kane des films d'épouvante, porte étendard d'un renouveau païen, film fondateur de l'horreur folklorique. De biens grosses épithètes à porter. Vous qui lisez ceci, je sais que vous n’avez pas à vous faire résumer le film. Même si vous ne l'avez pas vu, vous savez assurément de quoi il en retourne.
38 ans plus tard, Robin Hardy vient présenter sa suite, The Wicker Tree, devant un public de Fantasiens émus. Digne, élégant et impeccablement british, Hardy a eu droit à une ovation, un moment émouvant et mérité. 
J'étais de ceux là qui se tenait debout. 
Malheureusement, je me mentais quelque peu à moi même. Voyez vous, je me suis toujours demandé si Wicker man était un film qui avait parfaitement saisi l'esprit de son époque par accident, si le public n'avait pas surdimensionné son propos. Je vais même me permettre un sacrilège de circonstance: Se pourrait-il que Robin Hardy soit l'homme d'un seul film et qu'il fut au bon endroit au bon moment, un one trick poney? C'est ce qu'on allait voir.

On savait que la suite n'en serait pas une, qu'elle serait une sorte d'extension thématique. L'histoire reste fondamentalement la même: au lieu d'un policier qui enquête, c'est maintenant un couple de jeunes évangélistes bien tarés qui vont faire une petit tour dans les landes écossaises, question de convertir les païens. Ils sont vierges et s'aiment presque autant qu'ils aiment Jésus. Elle est chanteuse, blonde et ressemble à s'y méprendre à une jolie petite truie sacrificielle (casting d'enfer). Il est cowboy, blond et c'est un grand dadet musclé plein de bonnes intentions. Si les gens qui habitent le village sont accueillants, on devine qu'il ne le sont pas parce qu'ils ont envie folle d'être convertis.
Le personnage inoubliable du patriarche tenu par Christopher Lee, Lord Summerisle (qui a un caméo de circonstance dans le film), est remplacé par un dénommé Sir Lachlan, responsable de la centrale nucléaire du village et de l'infertilité des villageois. L'homme d'osier du titre est désormais un arbre. Voilà le topo.

"It's okay to laugh" avait annoncé Hardy avant le commencement du film. Et pour cause. 
Wicker man n'est pas qu'une comédie. C'est presque un musical. Entre les chansons pieuses de country chrétien et les ritournelles grivoises des écossais. On a parfois l'impression de regarder une relecture de Wicker man façon Rocky Horror picture show. Une occasion en or pour Hardy de se moquer de la foi en général et en comparaison, Wicker tree enchaine coup sur coup les gags absurdes et joue à fond la carte du clivage culturel. Quelques bonnes observations sur les dangers de la foi, des deux cotés, cependant.
Alors que la suite de Hardy dévoilait son enchevêtrement de blagues, de chansons et de commentaires agnostiques, une chose devenait clair: Après le 11 septembre, le sida et Oprah, la pertinence de cet univers s'est quelque peu fanée. En ce sens, le choix de Hardy est justifiable, celui de revoir son grand film avec un filtre satyrique. Pour cette raison, une autre chose devenait claire. Hardy n'a jamais eu la moindre  sympathie pour le idées païennes de son film de 73. Cette théorie sera confirmée par la discussion du lendemain qu'il aura devant public  avec Richard Stanley sur la foi au cinéma (nous vous donnerons un compte rendu de l'événement bientôt). 

Est-ce que The Wicker tree est un ratage? Peu s'en faut. Il faut avouer un chose: par affection pour Hardy et les bons souvenirs qu'il nous a tous procuré,les opinions des critiques sont plutôt douces.   Dans cette petite satire surannée, il y a les échos lointains d'un film culte qui aurait gagné à ne pas avoir de remake...et encore moins une suite.

Fantasia 2011, Jour 6: Critique de MIDNIGHT SON-fils déchu de race surhumaine

Cette critique est légèrement tardive, mais je trouve approprié de la faire après en avoir parlé avec le plus de gens possible. La polarité qui entoure Midnight son est assez surprenante. Navet de Fantasia 2011 pour certains, le film de vampire appelé à devenir culte pour d'autres.
 Est-ce surprenant? Nous sommes actuellement dans le creux de la monstrueuse vague d'histoires de vampire qui revient sporadiquement éclabousser le public à toutes les décennies. Tout le monde a forcément une prédilection pour un certain type d'histoire de suceurs de sang. Personnellement, si on exclu le bouleversant Let the right one in, j'attendais ce type de film avec impatience. Depuis le terriblement sous-estimé The Addiction d'Abel Ferrara, en fait. Ceux qui ont soif de vampires "naturalistes" seront grandement désaltérés (à ce sujet, nous vous recommandons notre émission sur ce thème ici même)
 Jacob a une condition de peau qui l'empêche de vivre sous la lumière du soleil. Il vit donc la nuit et travaille comme gardien de sécurité. Il n'a que très peu de contacts humains et il peint à cœur de jour de magnifiques toiles où brille ce soleil qui est une menace pour lui. Ces derniers temps, rien ne semble rassasier sa fin grandissante... à part la nourriture très saignante. C'est à ce moment consternant de sa vie monotone qu'il rencontre une autre âme solitaire. Mary, serveuse et toxico, créature aussi nocturne que lui et encore plus tourmentée. Le désir s'installe peu à peu entre les deux âmes blessées. 
 Midnight son ne réinvente pas le mythe vampirique. Il reprend les codes classiques du genre pour les distiller un compte-goutte avec un réalisme assumé. L'évolution psychologique du personnage et la découverte de son état se font à pas feutrés, jusqu'à l'inévitable conclusion.   La banalité de son quotidien nocturne traversé de mélancolie est particulièrement crédible.  
Plus que jamais, le vampirisme apparait ici comme une véritable condition, une maladie, une toxicomanie. Il n'est pas ici une métaphore comme dans l’existentialiste film de Ferrara: Jacob est en tout point un junkie qui veut retrouver son thrill initial et en redoute les conséquences. Car Midnight Son est également une histoire de drogue, avec son lot de dealer et de clichés inhérents à ce genre également. À ce titre, il faut voir la scène où Jacob fait découverte du sang frais, aussi efficace que chargée de double sens. Les efforts que doit fournir le pâle jeune homme pour avoir un fix donnent lieu aux scènes les plus puissantes (et sanglantes) du film, tour à tour pathétiques et troublantes.
Tout en assumant son réalisme, Midnight son prend quand même le risque de conserver la dimension romantique du vampire, au plus pur sens du terme. À ce niveau, c'est tout ou rien. Plusieurs décrocherons. D'autres, (c'est mon cas), seront aspirés par la passion qui nait entre Jacob et Mary. .Dans le rôle de Jakob, le jeune Zak Kilbe, sorte de croisement entre Jude Law et Joseph Gordon-Levitt, est tout en nuances. Par moment, on croirait voir une variation vampirique du drame romantique Untamed Heart avec Marisa Tomei et Christian Slater (come on! Qui n'aime pas ce film là?)
 Dans ses thèmes comme dans sa facture, Midnight son est l'antidote du film de vampire hollywoodien. On y explore les thèmes les plus profonds de la créature: les liens étroits entre Éros et Thanatos, la solitude, la souffrance et la soif d'amour qui double celle du sang. Une très belle trouvaille de la part des gens de Fantasia.