jeudi 21 juin 2012

Notre émission du 21 juin: PROMETHEUS et sa genèse-remonter aux sources des Légendes

Pour écouter notre émission à ce sujet, cliquer ici
Après plusieurs semaine d'absence sur ce blogue, le 7ème revient juste au bon moment, question de se porter à la défense de ce (déjà) grand incompris qu'est PROMETHEUS. Le 7ème ira explorer le fossé qu'il y a entre les détracteurs et les "amateurs" du film-fresque de Ridley Scott.

N'ayez crainte, le 7ème ne change pas de mandat. L'émission de cette semaine ne parlera que très peu directement du film; en fait, à l'instar de ces protagonistes, le 7ème se la jouera archéologue. Il sera question de remonter aux sources anciennes qui ont permis la genèse de PROMETHEUS, les influences incontournables. Car la longue (sur)vie du mythe d'ALIEN n'était pas gagnée d'avance; rarement aura t'on vu dans l'histoire du cinéma une saga comme celle-là, née d'une série de facteurs improbables, d'accidents de parcours, de collaborations de circonstance, d'emprunts inavoués, voire même reniés (mais toujours revisités au final). En ce sens, PROMETHEUS est la synthèse et l'héritier de la grande science-fiction de série B.  Qu'on se le dise: PROMETHEUS n'invente absolument rien. Il célèbre tout simplement, avec une grandiloquence peu commune, ceux qui ont permis son existence. Comme la créature titulaire de la saga, il est l'évolution protéiforme et composite d'une vieille histoire...et il a la peau dure.

Au delà du spectacle orgiaque qu'offre la réalisation de Scott, c'est dans ces résonnances mythiques que PROMETHEUS devient fascinant. Bien sur, avec un tel titre, il devenait évident que les Titans, Thésée et le Minotaure, Pygmalion et Icare serait au rendez vous (et ils le sont tous). Même chose pour les grands mythes chrétiens, dont la saga a été toujours été friande (le troisième en particulier, avec sa Jeanne D'arc façon Dreyer "victime" d'une conception immaculée).

                           
Reste que ce sont ici les mythes de la culture populaire sont d'une importance cruciale. Pour l'androïde David interprété par Fassbinder, l'icône adorée est Peter O'toole dans LAWRENCE OF ARABIA. Est-ce dire que dans un certain futur, les "dieux" du cinéma seront tout aussi célébrés que ceux de la légende ancienne. Rien n'est moins sur.

Le 7ème focalisera sont attention sur 4 grandes influences provenant de la culture populaire. Voici quelques comparaisons imagées qui permettront d'étayer les propos de notre émission

1-) PLANET OF THE VAMPIRES (1965) de Mario Bava.
Tout viens de là et ce, quoi qu'en dise les créateurs d'ALIEN et de PROMETHEUS. Toutes les bases sont là.
L'histoire, le concept, allant du design du vaisseau spatial...
                            
 ..à l'environnement...
                           
...le squelette gigantesque et momifié d'une créature extraterrestre, morte en détresse et connectée funestement à un panneau de contrôle...
...jusqu'aux putains de costumes.
2-) La bande dessinée de science-fiction européenne et les comic-books

ALIEN est le rejeton batard du DUNE avorté de Jodorowski...qui a donné l'INCAL dessiné par Moebius...qui a illustré une bédé écrite par Dan O'bannon, le scénariste d'ALIEN qui a inspiré les décors de BLADE RUNNER...
PROMETHEUS a grapillé voracement et habilement dans chez les plus grands du genre, de Phillipe Caza...

...tout Jack Kirby, les Fantastic four en particulier...

                                                

3-) THE CHARIOTS OR THE GODS? de Erich Von Daniken

Well duh!  On en parle à l'émission

4-) Vous l'avez devinez...LOVECRAFT

Au final, PROMETHEUS est plus qu'une simple "extension" de l'univers d'ALIEN. C'est un film qui a émergé de l'abiogenèse antérieure dont ALIEN est le lointain résultat

mercredi 16 mai 2012

Notre émission du 10 mai: Joao Cesar Monteiro-entre la pureté et la fange

Cliquer ICI pour écouter notre émission cette semaine


Il y a longtemps que le 7ème fantasme d'une émission sur Monteiro. Cette dernière décennie, il fut notre découverte marquante, au moment même où il quittait ce monde, en 2003. Ce trésor maudit des portugais est mort avant son doyen Manoel de Oliveira (à 102 ans, Oliveira est le réalisateur le plus âgé du monde. Encore actif aujourd'hui, le vénérable meistre connaissait Monteiro qui avait joué pour lui dans Veredas... en 1978!). Il laisse derrière lui une oeuvre qui échappe à toutes définitions, élusive, libre et frondeuse, comme le bonhomme. Dans la cours des grands, Monteiro est le gringalet inquiétant avec lequel on ne parle pas, respecté mais laissé seul, un peu effrayant. À part en France, où il a une manière de culte, il n'aura été vraiment prophète qu'en son pays et souvent de malheur. La bienheureuse rétrospective de la Cinémathèque québécoise aura fait découvrir le monstre à plusieurs assoiffés d'iconoclasme. Depuis, nous en sommes convaincu, le vide laissé par lui est insondable. Le cinéma n'aura eu qu'un seul homme de sa trempe. Comme le proposait le titre de son film, qu'allons nous faire de cette épée?
Laid mais souverain, vivant mais cadavérique, anarchiste mais bourgeois, athée mais pieux, dandy mais philosophe, raffiné mais vicieux, érotomane mais esthète, vulgaire mais sublime. Entre la pureté et la fange. Rien n'est inconciliable pour César. On pisse dans le Rubicond en sifflant du Wagner.
Pédéraste d'une douceur inouïe, cinéaste d'une ardeur impie... il en était de son sexe comme de sa caméra. Elles dardaient langoureusement, profondément. Indissociable de son alter ego, Jean de Dieu, il fut réalisateur, scénariste, acteur, critique, buveur et fumeur. Il y avait chez lui du Gainsbourg et un brin de Sade, du Woody Allen et rien de Tati. Le cocktail est doux au goût mais ne vous y trompez pas; c'est un tord-boyaux de la plus haute distinction, celui qui va droit au coeur et vous gonfle la bitte.

Conscient de sa laideur et de sa grandeur, il s'est vampirisé lui-même, a exposé son corps décharné à la Lumière, avec toutes ses anfructuositées creusées par le vice. D'une beauté forcément crépusculaire.

C'est cet homme et son cinéma de contraste que le 7ème veut vous faire découvrir cette semaine.

dimanche 15 avril 2012

Notre émission du 15 avril: Les productions Full Moon-Série B comme dans Balzac

Blade, la poupée tueuse de la prolifique franchise de Full Moon, Puppet Master. Avec son costume d'agent de Gestapo rappelant également le tueur de giallo, Blade est un hommage délibéré à Klaus Kinski, comédien fétiche du réalisateur. Il partage par ailleurs un je ne sais quoi de la physionomie de l'acteur hystérique.

Les cinéphiles de demain auront le pire et le meilleur des mondes. Alors qu'il fut un temps où il fallait trimer dur pour débusquer  les brûlots introuvables de la légende, à peu près tout est désormais à la portée de main de l'homme de bonne volonté. Le volume de matériel disponible pour le cinéphile, bien qu'il soit de qualité variable et aucunement présenté dans des conditions optimales, est absolument sidérant. Pour cette raison, plus d'un cinéphile devra choisir son camp et se "spécialiser"; la vie sera beaucoup trop courte pour regarder certain type de film. Reste que si la ligne médiane séparant la culture populaire du grand Art est encore bien là, elle n'a assurément pas la même "tension" que jadis.
Le 7ème antiquaire se positionnera toujours avec souplesse au centre même dans cette oscillation: le film de genre sera traité comme du cinéma et le classique indiscutable dévoilera les secrets les plus...honteux.
Le sujet de l'émission de cette semaine est un bon exemple: Les films du studio Full Moon. Maison de production de série  B offrant des petits trésors comme Puppet Master, Demonic Toys, Trancers et Doll Man, Full Moon a longtemps été considérée comme une blague, une compagnie d'exploitation faisant du navet à la chaine. Quelques décennies plus tard, il est surprenant de constater que bien au contraire, Full Moon était en quelque sorte à l'avant-garde d'une approche qui fait maintenant école. Il y a plus derrière cette compagnie qu'il n'y parait.
Cette approche, on la doit à Charles Band, père spirituel de la maison de production. Band avait très clairement deux maîtres à penser: Roger Corman et Stan Lee. Du premier, il partage l'énergie et le volume de production de même qu'une affection particulière pour le genre. Il est l'héritier de la Nouvelle B, celle qui est née pour être exploitée directement en club vidéo. De Stan Lee, il a hérité une volonté d'ériger un monde balzacien où toutes les histoires se recoupent tôt ou tard, un univers cohérent propre au comic-book, dans les thèmes comme la structure narrative. Band a aussi fondé sa propre compagnie de comic et fait collaborer plusieurs artisans du milieu.  Des deux créateurs, il possède aussi le sens indéfectible du marketing et de la production de masse.
Au moment, où The Avengers se prépare à fracasser les écrans par sa seule et unique improbabilité, il est surprenant de constater que Full Moon avait déjà pavé modestement mais sincèrement la voie avec un amour véritable de la culture populaire et une volonté faire cohabiter son bestiaire. Aucune prémisse n'était trop ridicule; des poupées tueuses, des démons et des nazis dans un même film, c'est forcément toujours génial.  Il a fallu une décennie d'alignement d'astres pour que les personnages de Marvel convergent dans une seule direction. Accomplissement hautement improbable mais aucunement impossible. Mais ça, Full moon l'avait déjà fait...
Chez Full Moon, Les Demonic Toys ont affronté les poupées meurtrières de Puppet masters. Dollman, le policier de l'espace haut de 13  pouces, a combattu les jouets démoniaques. Full Moon a même son propre Père Goriot, une infirmière rappetissée par des extraterrestres dans le film Bad Channels qui apparait d'un film à l'autre. Des zombies, des vampires, des policiers de l'espace et d'autres du futur... de même que des petits bonhommes de pain d'épice assassin. Le bonheur quoi! 

En fait, avant de partir et de vous laisser écouter notre émission, une déclaration d'amour pour se que je considère personnellement le grand film du studio, Doctor Mordrid, avec l'ineffable Jeffrey Combs.
Toute ressemblance avec Doctor Strange, super-héros magicien créé par Stan Lee et Steve Ditko, est totalement volontaire. Doctor Mordrid est l'avorton bienheureux et survivant d'une adaptation de Doctor Strange qui n'a pas pu se concrétiser. Charles Band, plus étroitement lié à cette adaptation que d'habitude, a simplement changé les noms dans le scénario et certaines des intrigues de bases. Si Doctor Mordrid n'a plus un serviteur tibétain du nom de Wong, il a en revanche un corbeau parlant portant le sobriquet de Poe. 
 Il récupéra également les grandes lignes d'un scénario écrit précédemment et mis sur tablette, Doctor Mortalis, dont les stroyboards avaient été griffonés par un certain...Jack Kirby.
Il en résulte un morceau de cinéma B profondément kitsh et jouissif, un hommage situé parfaitement a mi-chemin entre les héros de papier de  Stan Lee et les productions "recyclées" de Roger Corman, le magnifique The Raven en tête. Une comparaison s'impose...
Ahh Full Moon! Que de plaisirs "coupables" tu nous aura donné! 


On rappelle par ailleurs à nos auditeurs que la quasi totalité des productions de Full Moon sont disponibles sur Youtube au Full Moon Channel...des heures de bonheurs devant vous les aminches!!

Notre émission du 18 mars: Portrait de la Mort au cinéma

Pour écouter notre émission à ce sujet,cliquer ICI

Cette semaine, la Mort au cinéma.

Quand on dit LA Mort, on parle du personnage et du lieu, bien entendu, pas de la chose en soi. Il sera question de la faucheuse, de ses nombreux domaines et de sa fonction cinématographique: Michael Powell et son magistral A MATTER OF LIFE AND DEATH, Bergman, Lynch, Bill and Ted, Kore-Eda.

Parce que la Mort au cinéma est un tout autre genre de pute!

Notre émission du 4 mars: King Kong est-il la plus importante création de l'histoire du cinéma?

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Le cinéma n'a pas créé d'avatar plus important que celui de King Kong. Je suis catégorique sur ce point. Certes, le 7ème art a ses légendes, ses demi-dieux du panthéon Hollywoodien mais ils sont pour la plupart de temps des acteurs élevés au statut de symboles ou des emprunts fait à la littérature. Norma Desmond dans Sunset Boulevard,  Charles Foster Kane, The Tramp...ce sont eux, les véritables avatars du cinéma, des créations indissociables de leur médium, nées au cœur même de la pellicule.

C'est en ce sens que  King Kong est selon moi sa plus puissante incarnation. Comme Atlas soutenant le poid du monde, l'image du grand singe s'agitant au sommet de l'Empire State building est désormais un monument, une évocation de la démesure des hommes et de leur besoin de tout enchainer au nom du divertissement. Les déferlements de passion qui le traverse valent en tout point ceux de Citizen Kane, deux films plus semblables qu'il n'y parait de prime abord. Par ailleurs, il n'est pas rare d'entendre de prolifiques réalisateurs l'évoquer comme le plus grand film jamais fait.
Cette semaine, nous méditons sur l'importance du symbole qu'est King Kong, sa genèse, ses influence et ses héritiers. Rien de mieux pour étayer ce point de vue que Bye Bye Monkey, (Rêve de singe), la mélancolique tragi-comédie de Marco Ferreri:
 L'évocation même du film donne le vertige: Gérard Depardieu en brute épaisse, Marcello Mastroiani en amant suicidaire et éploré, une poignée handicapés mentaux, une troupe de théâtre féministe et misandre, un musée de cire dans un New-York bien crasseux et le "cadavre" de King Kong sur une plage. Marcello et Gégé qui élève le "fils" de King Kong au centre de cette ménagerie.
Ferreri a tout compris: le cadavre du grand singe devient chez lui le symbole d'une masculinité fragile et brisée, de la solitude des hommes et de leur déchéance.
N'oubliez jamais: King Kong aussi est mort pour vos péchés...

vendredi 23 mars 2012

Notre émission ici et maintenant: Alan Smithee-incantation pour un démon de l'image

Pour écouter cette émission, cliquez ici:


 Alan Smithee...
La plupart des cinéphiles connaissent déjà le nom. Comme le terme Macguffin, c'est un néologisme façonné de toute pièce par le cinéma et qui fait désormais partie de sa terminologie. Pour ceux qui ne sauraient pas qui c'est, Alan Smithee est le nom de rechange emprunté au générique par un créateur  qui n'est pas satisfait de son film, pour des raisons personnelles ou hors de son contrôle. Au tout début, le nom était surtout attribuable au réalisateur mais depuis, des acteurs, des scénaristes et des artistes provenant d'autres disciplines ont aussi employé le terme. À l'émission cette semaine, nous vous parlerons entre autre des nombreux films attribuables à ce nom.




Ça, c'est pour les "faits".
Ce qui nous intéresse ici, ce sont les conséquences occultes de l'existence d'Alan Smithee. Le 7ème se penchera cette semaine sur ces notions cruciales. Première véritable révélation obtenue au terme de nos nombreuses réflexions cinématoccultes à l'émission, après l'invention de notre Tarot de la Lanterne magique, nous commençons à former une dialectique plus raffinée de notre pratique, des rituels précis, une cosmogonie. Il se cache désormais quelque chose de sinistre et fascinant derrière ce nom que les nombreux créateurs frustrés et déçus n'auraient jamais pu prévenir. Smithee attendait, tapis dans l'ombre, d'être révélé par la lumière du cinéma. Ils ont tous invoqué, incarné une entité. Alan Smithee existe. Il n'a peut-être pas de corps, mais l'entité, avec ce qu'elle a de colère, de déception et de peine, est vraisemblablement existante. Nous avons fait le test: Smithee a désormais tous les attributs d'un démon qu'il est possible d'invoquer et il est maintenant capable de s'infiltrer dans notre monde par ses propres moyens. Sans le savoir, des réalisateurs ont des visions de lui en rêve, en songes et sans trop pouvoir l'expliquer, il le laisse s'incarner corporellement à l'écran, c'est d'ailleurs sa principale méthode d'infiltration dans la réalité consensuelle. Smithee a toujours existé, mais depuis 1967, année précise de sa confirmation, sa puissance s'est affirmée, tel qu'en témoigne ses apparitions de plus en plus nombreuses, principalement chez des réalisateurs ayant emprunté ouvertement son nom.




Dès 1943, des apparitions furtives...chez Maya Deren, prêtresse vaudou renommée, dans son film Meshes of the afternoon. Deren, sans pouvoir le comprendre et avec la sensibilité magicke qu'on lui connaît, avait déjà pressenti sa présence. Comme Dionysos et Choronzon, évocation du chaos et de l'abysse, sa forme est changeante, difficile à saisir.


Il fait une bouleversante apparition au tout début de Wild Strawberries d'Ingmar Bergman.
On le retrouve également à profusion dans Jacob's ladder d'Adrian Lyne. C'est le conducteur du métro qui risque d'écraser Jacob...
...et le passager d'une voiture.


Dans Stuck on you, des frères Farelly, on peut l'apercevoir son visage sous un lit, observant le spectateur. C'est vraisemblablement chez Lynch qu'il fait son apparition la plus troublante. Dans Inland Empire, il est protéiforme et fuyant.


Nommer les choses, c'est leur donner de la puissance. Alan Smithee est là pour rester.

Pour écouter l'émission cette semaine, cliquez ici.

Frères et soeurs cinéphiles; si jamais vous avez apercus Alan Smithee dans un film un jour, faites nous le savoir. Nous tentons d'établir une liste aussi exhaustives que possible de ses apparitions.
Nous vous en serons éternellement reconnaissant.

lundi 20 février 2012

Notre émission du 19 février: JOE LE TAXI? (JOE VS TAXI DRIVER)

Cliquer ici pour nous écouter cette semaine


Mon existence de cinéphile compulsif m'aura appris quelque chose de précieux, de vital même, sur la relation qu'entretient l'homme avec la culture: aucune oeuvre, aucun film, même la pire enflure ayant tachée l'écran par sa seule existence, ne gagne pas à être vu une seconde fois. Au risque de me prendre pour Zizek, avec un léger changement de sa parallaxe, un infinitésimale déplacement de ses repères intellectuels, on peut conférer à un navet la saveur d'une fraise (wow je suis en FEU). 

La vie est courte et il faut bien faire des choix. Cependant, si vous partagez le moindrement du monde mon opinion, entendons nous sur le fait que voir à outrance un grand film peut parfois avoir un effet surprenant. 

Prenez dans mon cas TAXI DRIVER, par exemple...
Le film de Scorcese ne fait pas partie a priori de mes films préférés. Pourtant, je l'ai regardé une bonne dizaine de fois, sans trop m'expliquer pourquoi. À toutes les fois où je revois ce film, équipé d'un bagage idéologique fluctuant, je constate que c'est un tout autre film, tour à tour réactionnaire, pathétique, onirique, inspirant. Je ne pense pas que je suis le seul à qui Taxi driver fait cet effet, par ailleurs.


Je suis d'avis que le film a  pincé une corde sensible énorme sur une quantité de sujet et que pour cette raison, les cinéphiles se poseront souvent la même question: Taxi driver à t'il un ancêtre et un successeur? Certes, l'influence du film se fait sentir encore énormément à ce jour. Un exemple à la volée; le Rorschach du Watchmen de Zack Snyder qui, le temps de quelques scènes, devient le Travis Bickle de cette uchronie...

"June 29th: All the animals come out at night - whores, skunk pussies, buggers, queens, fairies, dopers, junkies, sick, venal. Someday a real rain will come and wash all this scum off the streets. I go all over. I take people to the Bronx, Brooklyn, I take 'em to Harlem. I don't care. Don't make no difference to me. Listen, you fuckers, you screwheads. Here is a man who would not take it anymore. A man who stood up against the scum, the cunts, the dogs, the filth, the shit. Here is a man who stood up""Rorschach's Journal. October 12th, 1985:Dog Carcass in alley this morning, tire tread on burst stomach. This city is afraid of me. I have seen its true face. The streets are extended gutters and the gutters are full of blood and when the drains finally scab over, all the vermin will drown. The accumulated filth of all their sex and murder will foam up about their waists and all the whores and politicians will look up and shout 'Save us!' And I'll look down, and whisper 'no"




Cette semaine nous parlons de l'héritage de Taxi driver, des tentatives de lui laisser une succession. Nous le comparons également à son cousin éloigné: JOE de John G.Avildsen. 
Joe est en quelque sorte la genèse de Taxi Driver, un brûlot particulièrement efficace réalisé 6 ans plus tôt qui annonçait la venue d'une nouvelle génération de réalisateurs américains, mais qui exprimait aussi  leur malaise et leur colère, autant pour leur société que pour le cinéma de la génération précédente. Impossible que Schrader et Scorcese ne l'ait pas vu. Même si le film du réalisateur de Rocky est aujourd'hui à peine culte, il eu l'effet d'une bombe idéologique à sa sortie (rappelons aussi que le comédien  Peter Boyle tiens un rôle similaire dans le film de Scorcese)

L'interprétation inoubliable de Peter Boyle changera à jamais sa vie, ne serait-ce que parce qu'il tentera par la suite de ne plus jamais interpréter de personnage semblable. Joe carbure à l'ignorance, la peur, le refoulement et la haine. Un gars normal quoi, tout ce qu'il y a de plus banal. Comme plusieurs de vos voisins.

Que reste t-il de Joe? Le film a t'il encore de la pertinence? Un chose est certaine: en le voyant juxtaposé à Taxi Driver, les deux n'en deviennent que plus pertinents. 

dimanche 12 février 2012

Notre émission du 12 février: Brian Yuzna et son SOCIETY (1989)-un soap opera grand-guignolesque contre les dangers de la conformité

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Après une trop longue période d'absence, le 7ème revient enfin poser ses pénates hebdomadaires juste pour vous les aminches!

Votre émission préférée sera désormais un rendez-vous dominical; nous serons avec vous à partir de 11 heure à tous les dimanches. C'est approprié quand on y pense non? Nous serons officiellement, canoniquement même, une célébration religieuse. Nos voies sont cependant plus pénétrables que celles du père. Mais bref...

Cette semaine, parce qu'il était temps que nous le fassions, une émission toute fraîche sur un des plus ardents artisans du bis, Brian "The Brain" Yuzna. On ne trouve plus beaucoup des cinéastes comme lui et c'est une chose qui doit se célébrer. Producteur, réalisateur, scénariste, capable du pire et de l'encore pire, on lui doit des moments de bravoure avec des rottweilers cyrbernétiques, des dentistes psychopathes, des zombies libidineux, des fiancées pourrissantes, une abyssale adaptation de comic et une poignées de petits moments d'horreur juste assez piqués des vers. 

Mais on lui doit aussi SOCIETY, son tout premier film. 

Et ça, c'est une autre paire de manche. C'est de cette surprise de taille que vous parlera le 7ème en particulier cette semaine...

Dans un Berverly Hills tout ce qu'il y a de plus cossu des années 90, Bill, un jeune homme à qui tout réussi se prépare à une digne avenir de bourgeois. Ses parents sont riches et impeccables, sa majorette de copine est belle et bien blonde. Il est le capitaine de l'équipe de foot et le président du conseil étudiant. Ça n'empêche cependant pas Bill d'être traversé d'angoisse sur le sens de sa vie et de consulter régulièrement un psy. Et si l'existence  n'était pas ce qu'elle parait? Si la conformité était si chouette et simple que son entourage se tue à lui expliquer, pourquoi Bill est t-il constamment dérangé par des visions grotesques de ses proches? En sombrant dans la folie, Bill se rapproche d'une vérité qu'il aurait été préférable de ne pas connaître mais qui était aussi inéluctable...

Tout dans SOCIETY est directement sortie d'un soap opera: la réalisation, la musique, l'interprétation des acteurs, dont plusieurs proviennent directement de ce milieu.  Un vrai coup de génie: volontairement ou non, en utilisant une ambiance de soap opera pour parler de l'angoisse de la conformité, Yuzna parvient à déconstruire le genre et à lui conférer des inflexions grotesques. On est dans le terrain voisin et lointain des meilleurs Lynch, qui s'est souvent prêté à cet exercice où il est question de révéler le caractère profondément inquiétant de cette réalité fabriquée, pourtant si proche de la notre. On est aussi à quelques bornes des premiers Cronenberg, où les angoisses de la conformités peuvent s'incarner dans la chair et faire subir de bien outrageuses triturations au corps. 

Sous ses accents grand-guignolesques, SOCIETY cache bien son jeu. Il est bien au delà du simple film d'horreur psychotronique. Le premier film de Yuzna est une charge subversive contre la bourgeoisie américaine ordinaire. What's not to love? 

http://www.youtube.com/watch?v=sEzMMJSkEHE