samedi 23 juillet 2011

Fantasia 2011, Jour 8: Critique de MUSTANG: Un monde de passions débridées

MUSTANG!!!!! CHEVAL NOIR INDOMPTÉ!!!!
MUSTANG!!!!! PERSONNE NE PEUT TE MONTER!!!!!

Dans les arrières-boutiques en plywood et les routes poussiéreuses de Saint-Tite, il y a un monde de passions sauvages qui ruent dans les brancards. Des secrets, des amours déçus et des colères qui grondent. Johnny Cooper, le grand Sachem du Festival country aimé de tous, est mort horriblement au rodéo, piétiné par Mustang.
Mustang: le cheval noir indompté.
MUSTANG. Que personne ne peut monter. 
MUSTANG est enfermé dans un enclos en exemple, symbole et témoin vivant des mensonges qui sclérosent le village. Mais MUSTANG n'est que le catalyseur du drame. Et MUSTANG, le film, est une découverte sans précédent. Il mérite un culte, un DVD, la trame sonore en 8-track et un laser-disc. Il est inadmissible qui ce magnifique pur-sang galope au loin, narguant les cinéphiles québécois de ma génération, sans que nous ayons eu droit de le monter auparavant.

Si seulement MUSTANG n'était qu'un Western-poutine hybride (le seul en fait) où sont mélangés les genres dans une concoction lourde mais hautement appétissante, ce serait déjà suffisamment bourratif. Mais il est encore plus que ça; c'est un tragédie antique à Saint-Tite. La recette est parfaite: La patate du Western classique , la sauce brune du drame de cuisine québécois et le fromage en crottes de la tragédie antique, permettant la cohésion improbable des éléments précédents. 

Willie Lamothe, le légendaire, joue Dick Lachance, chanteur de country qui n'a rien à voir avec son alter ego. C'est un cowboy fantaisiste (c'est le titre d’une de ses tounes) qui n'aime pas les chevaux. Il arrive avec son groupe au Festival de Saint-Tite pour constater que la mort de son vieux chum Cooper a laissé le village dans un état de dévastation psychologique indéniable. Affublé de ses compagnons de routes, dont le nom moins légendaire et souriant Bobby Hachey, il soupçonne quelque chose de louche. Il fera sa petite enquête  Le groupe de Lachance  a en quelque sorte une fonction de poutinage narratif (poutinarration?): ils sont le chœur grec de la tragédie, les fous du roi et des desperados du verbe au grand cœur.

La Tragédie se met en place: Un maire louche et libidineux joué avec gravitas par Claude Blanchard, Muriel Millard est son épouse fardée comme les clowns de ses peintures impressionnistes, la veuve blessée est Luce Guilbault, la femme fatale de Calgary est campée par Nanette Workman. On a aussi l'indien de service et la petite fille espiègle. Albert Millaire se la joue Western-spag en tant que bad boy tourmenté et Marcel Sabourin est l'idiot du village.  Il est amusant de constater que la parlure populaire de ce magnifique groupe rend la performance de Millaire et Sabourin des plus comiques. Ces deux acteurs de théâtre sont pratiquement incapables  de harnacher le  joual du reste du groupe. Millaire a le regard d'un tueur et l'élocution d'un notaire de Saint-Bruno. C'est hilarant.

Est-ce que Klo, le bad boy du village, saura relever le défi du maire? Pourra t-il monter MUSTANG et ainsi venger Johny Cooper? 

Seule réalisation de Marcel Lefebvre, il signe aussi la grandiloquente trame sonore (je ne déconne pas: c'est de l'immense orchestration mur à mur). Lefebvre est d’abord et avant tout reconnu comme auteur-compositeur pour à peu près tout le monde de Céline Dion ("Une colombe", c’est de lui!) à Jean Lapointe ("Qu'est-ce qui fait donc chanter les p'tits Simard! C'est les poudings...LAURA SECORD" c'est de lui aussi !!!!) 
MUSTANG est traversé de moment de grâce et d'absurdité. Des morts atroces, des regards tout droit sortie d'un Leone qui ne cesse de se répéter sans qu'il y ait le moindre combat, les tounes de Willie Lamothe qui détonnent avec les amples orchestration de Lefebvre. Impossible de déterminer où commence et fini le niveau de conscience qu'avait Lefebvre de son propre projet.

Mais c'est justement l'improbabilité d'une cohésion entre tous ses éléments qui est la grande force du film. Saouler par les trop nombreux whiskies servis à Fantasia, ça prenait la poutine bien grasse et savoureuse qu'est Mustang pour remettre mon foie de cinéphile à la bonne place.

Qu'on se le dise: MUSTANG est un MUST(on veut un Dvd calisse)

Par ailleurs, j'ai une théorie.
Pendant une scène, on voit une statue de Mustang suspendue dan les airs comme si elle volait, cambrée de colère et les yeux rouges de haine.
Je suis maintenant certain que MUSTANG est la véritable inspiration pour le cheval emblématique de Fantasia 2011. Il représente aussi leur volonté secrète de faire passer ce film à l'histoire, comme il se doit.

Parce que Fantasia est le Mustang des festivals de cinéma: sauvage et indompté.

vendredi 22 juillet 2011

Fantasia 2011 jour 5: Bonus Feature. C'est pas parce qu'un film n'est pas une comédie qu'il ne peut pas être très TROLL

« For the last four years, I’ve basically been living in an Argento movie »

-Richard Stanley

Parce qu'il me fallait une phrase d’ouverture pour ma critique de Troll Hunter, je vous offre cette petite perle de sagesse qui inspire l'effroi mais aussi l'émerveillement quand on s'imagine le type d’existence au quotidien que vit Stanley, le grand chamane du cinéma. 
(Je travaille aussi sur l’édition de sa discussion publique avec Robin Hardy, vous aurez ça dans pas long…)

Mais pourquoi donc? Oui, on sait bien, rencontrer un homme d’une telle force laisse des traces dans la psyché et c’est sans doute parce que je viens tout juste de quitter Fantasia pour des vacances dans la très belle ville de Québec qu’on sent encore l’empreinte de l’homme sur mes paroles.

Oui, c’est à cause de ça, oui.

Mais c’est aussi à cause qu’elle résume la force d’un aspect dont j’ai raffolé dans TROLL HUNTER.
Pour la petite histoire : Une troupe de documentaristes (Un caméraman, une preneur de son et un réalisateur) tentent de monter un film sur une vague de corps d’ours retrouvés mutilés en Norvège. Les corps s’avèrent être un leurre lorsqu’ils font connaissance de Hans (Shit! OTTO JESPERSEN qui fait la voix du mammouth dans la version norvégienne de ICE AGE!), un homme mystérieux qu’il s’avère être celui auquel le titre du film réfère; et oui, il chasse le troll! S’ensuivra une chasse en trois actes particulièrement réussie qui n’a rien à envier à The HOST de Bon Jong-Ho.

Voila pour ça: l’histoire se déroule d’une façon bien amusante, parfois prévisible, mais toujours entraînante. Malgré les associations faites à certains canons de l’horreur, il me semble que TROLL HUNTER doit beaucoup plus à LORD OF THE RINGS version cinéma direct qu’à n’importe quel autre titre de « film de pellicule retrouvée » mais c’est mon opinion. Étant un avide joueur de Donjons et Dragons, la vitesse à laquelle André Ovredal fait entrer les archétypes D&Diens m’a immédiatement vendu au fait que TROLL HUNTER était un Table Top Twister (je parle ici du film avec Bill Paxton) doublé d’un mondo monstrous manual. Guerrier (Glenn Erland Tosterud, courageux et vaillant), Princesse (Joanna Mork, fantastique damsel-in-distress) et Clerc (Kalle, chrétien à tord) sont joint par Aragon…eh non…a Hans (Ranger, celui qui connaît les secrets de la forêt) pour vaincre les ambitions territoriales des Trolls, tout en conservant le secret de leur existence loin de la population Norvégienne.


Et me voici enfin suffisamment réjoui de pouvoir discuter de la citation qui ouvre cette critique puisque pour toutes les forces et les faiblesses de ce film, une chose prime avant tout lorsque l’on écoute TROLL HUNTER : une quasi impossibilité de discernement entre le monde réel et le monde fictif. Voyons en quelques points comment le scénario brouille brillamment les pistes entre le folklore et la réalité.


GROS GÂCHEUX À VENIR, SÉRIEUX...J'EN GRAISSE PAS MAL FORT À PARTIR D'ICI, LISEZ CE TEXTE APRÈS AVOIR VU LE FILM.

-Début du film : Hans est suspecté d’être un braconnier, responsable des carcasses d’ours délaissées sur les bords de route.

Réalité consensuelle +1

-La vérité est plus folle que la fiction, Hans est un chasseur de Troll qui cache un mystérieux secret sur la population Troll.

Réalité mythologique +1

-Les Trolls n’existent pas : ils sont des fabulations d’un vieil Hermite barjo qui vit dans une caravane.

Réalité consensuelle +1

-C’est bien faux, les Trolls existent parallèlement à notre civilisation et Hans est un homme au destin tragique, forcé de vivre en nomade, avec pour unique but de chasser et tuer les Trolls.

Réalité mythologique +1

-La responsabilité du contrôle de la population Troll est accordée à un groupe d'élite nommé le TSS (Troll Security Service) qui opère dans les bas fonds du gouvernement Norvégien. Ce groupe engage Hans comme « scalp-hunter » de Troll en mettant à sa disposition des lampes UV et des canons à lumière hautement technologiques pour mener sa quête cruciale (Greimas et les artéfacts magiques, houpla!)

Réalité consensuelle +1

-Lorsque Hans fait du terrain, il s’assure de n'avoir aucun chrétien dans son équipe car les Trolls sentent le sang catholique...en plus de se couvrir d’une substance qu’il nomme Troll-Smell pour se couvrir des narines monstrueuses.

Réalité mythologique +1

-Hans se bute à un jeune opportuniste arrogant responsable du cover-up des Trolls (Hans Morten Hansen, important stand-up comic Norvégien, porteur du record de la plus longue performance sur scène : 38heures et 14 minutes), le jeune fucker tire sur toutes les plugs possibles empêchant la troupe de documentaristes de faire le jour sur la situation. Il faut à tout prix empêcher l’étalement de cette connaissance auprès de la population.

Réalité consensuelle +1

-Thomas se fait mordre et est infecté par la rage, Kalle se fait débusquer dans une caverne par son odeur de Chrétienté.

Réalité mythologique +1

La finale du film, trop grandiose pour décrire. Le tout finement bouclé dans un combat entre le réel (tel que déterminé par la masse) et le fantastique (qui se partage par un petit groupe sélect). Nous retournons à notre partie de Donjons et Dragons,  qui ne fait aucun sens lorsque observée de l’extérieur. Troll Hunter, en terme de film, devient cette partie d’immersion dans le fictif, une expérience de groupe contenue dans le groupe, une quête partagée dans un imaginaire commun et qui se traduit difficilement lorsque nous tentons de la partager avec des observateurs externes.

BONUS FEATURE :

La source d’inspiration de TROLL HUNTER mesurée à celle de WATCHMEN. 





Réalité mythologique +1

-JIM

Fantasia 2011, Jour 8: Critique de YOU ARE HERE. Espaces canadiens intérieurs à repeindre

Il est facile de se perdre à Fantasia. La quantité de films, les heures de projections, les salles, la planification de sa journée, de son sommeil et de ses repas. Les jours qui se passent  entre le noir et la lumière, le froid et la canicule, la violence gratuite et l'introspection. On fini par s'y perdre un peu, étourdie entre la surcharge d'idée et la redéfinition même de notre espace physique.  En REM toute la journée, des semaines à rêver.On catégorise ce qu'on a vu, on répertorie, quantifie et soupèse. La réceptivité de nos sens est poussé dans des retranchements...labyrinthiques. 

YOU ARE HERE n'est pas seulement une évocation de cet état de désorientation avec lequel le public Fantasien est assez familier. YOU ARE HERE est une expérimentation. Votre cerveau est la souris. Attention-STOP. Je ne dis pas que le film est expérimental; c'est littéralement une expérience, un mécanisme méta fictionnel et fractal aux contours escheriens. Vous allez obligatoirement vous y perdre; la carte de ce territoire cinématographique est tracée sur un miroir craqué que vous devez regarder avec une loupe et une bougie. C'est aussi, fort probablement, le film le plus élusif et unique présenté à Fantasia cette année. Bien sur, il conviendra probablement plus aux gens affamés par des questions qui en apportent deux autres, aux passionnés de puzzle, de labyrinthes, d'énigmes et de maladies mentales. Les autres auront droit à un mindfuck d'une qualité indéniable. Je sais pour ma part que c'est la grande découverte du Festival pour au moins trois personnes: le programmeur Simon Laperrière, moi et l'autre.
Un résumé est forcément inutile mais l’exercice est néanmoins irrésistible. Une porte donnant sur le vide à un étage inaccessible d'une gratte-ciel. Des expériences sur le cerveau se passant dans  une pièce vide. Une archiviste accumulant des documents audiovisuels apparaissant sur son chemin. Une prothèse oculaire qui change le monde. Un conférencier qui vous met en garde de suivre le point rouge de son laser. Tous ces éléments sont reliés  par d'infimes détails dans un réseau de filaments narratifs aux tensions variables. 
Vous êtes directement responsable de votre itinéraire. Si jamais vous vous sentez perdu, ne perdez pas de vue que vous êtes ici.
 Amalgame physique (et mental) de Cronenberg, Egoyan et André Sauvé, le réalisateur Daniel Cockburn investi sa métafiction d'un généreuse dose d'angoisses et de névroses. De sa propre déclaration, son film est une exploration sinueuse d'une crise existentielle et matérialiste où il a jadis failli se perdre par excès de causalités. 
À  mon sens, il y a quelque chose de typiquement canadien dans le film de Cockburn, des angoisses typiquement locales, situées entre les contraintes budgétaires, la crise identitaire et un obsession nationale voilée gravitant autour de la notion d'espace (Du Spider de Cronenberg jusqu'aux films de Vicenzo Natali...le Canada fait les meilleurs huis-clos en plein air. La perte, l'oblitération, la contraction et la dilatation de l'espace; un thème omniprésent dans la cinématographie canadienne (vous pouvez écouter notre émission sur le sujet ici même pour en avoir le cœur net). On y trouve forcément aussi une mélancolie urbaine délicieusement torontoise. Cockburn deviendra assurément une réalisateur canadien à suivre là où il voudra bien se rendre

Je terminerais sur cette blague, au mécanisme typiquement canadien; C'est une fois l'espace, le temps et l'esprit qui rentre dans un bord. L'esprit se tasse. Le temps passe de l'autre bord et rentre dans l'espace. Si vous riez, c'est que VOUS ÊTES ICI et ce film est décidément dessiné pour vous. 


Un gros merci à Simon Laperrière: ces obsessions personnelles sont responsable de l’apparition de ce film au Festival.

Fantasia 2011, Jour 6: Critique de WICKER TREE-The Wicker horror picture show

Ouf. Ça nous remonte à loin. Le premier article de ce blogue (ici même)  parlait précisément de la venue éventuelle de ce film.

The Wicker man. Le nom lui même est maintenant synonyme de légendes.
Tout a été attribué à The Wicker man: Citizen kane des films d'épouvante, porte étendard d'un renouveau païen, film fondateur de l'horreur folklorique. De biens grosses épithètes à porter. Vous qui lisez ceci, je sais que vous n’avez pas à vous faire résumer le film. Même si vous ne l'avez pas vu, vous savez assurément de quoi il en retourne.
38 ans plus tard, Robin Hardy vient présenter sa suite, The Wicker Tree, devant un public de Fantasiens émus. Digne, élégant et impeccablement british, Hardy a eu droit à une ovation, un moment émouvant et mérité. 
J'étais de ceux là qui se tenait debout. 
Malheureusement, je me mentais quelque peu à moi même. Voyez vous, je me suis toujours demandé si Wicker man était un film qui avait parfaitement saisi l'esprit de son époque par accident, si le public n'avait pas surdimensionné son propos. Je vais même me permettre un sacrilège de circonstance: Se pourrait-il que Robin Hardy soit l'homme d'un seul film et qu'il fut au bon endroit au bon moment, un one trick poney? C'est ce qu'on allait voir.

On savait que la suite n'en serait pas une, qu'elle serait une sorte d'extension thématique. L'histoire reste fondamentalement la même: au lieu d'un policier qui enquête, c'est maintenant un couple de jeunes évangélistes bien tarés qui vont faire une petit tour dans les landes écossaises, question de convertir les païens. Ils sont vierges et s'aiment presque autant qu'ils aiment Jésus. Elle est chanteuse, blonde et ressemble à s'y méprendre à une jolie petite truie sacrificielle (casting d'enfer). Il est cowboy, blond et c'est un grand dadet musclé plein de bonnes intentions. Si les gens qui habitent le village sont accueillants, on devine qu'il ne le sont pas parce qu'ils ont envie folle d'être convertis.
Le personnage inoubliable du patriarche tenu par Christopher Lee, Lord Summerisle (qui a un caméo de circonstance dans le film), est remplacé par un dénommé Sir Lachlan, responsable de la centrale nucléaire du village et de l'infertilité des villageois. L'homme d'osier du titre est désormais un arbre. Voilà le topo.

"It's okay to laugh" avait annoncé Hardy avant le commencement du film. Et pour cause. 
Wicker man n'est pas qu'une comédie. C'est presque un musical. Entre les chansons pieuses de country chrétien et les ritournelles grivoises des écossais. On a parfois l'impression de regarder une relecture de Wicker man façon Rocky Horror picture show. Une occasion en or pour Hardy de se moquer de la foi en général et en comparaison, Wicker tree enchaine coup sur coup les gags absurdes et joue à fond la carte du clivage culturel. Quelques bonnes observations sur les dangers de la foi, des deux cotés, cependant.
Alors que la suite de Hardy dévoilait son enchevêtrement de blagues, de chansons et de commentaires agnostiques, une chose devenait clair: Après le 11 septembre, le sida et Oprah, la pertinence de cet univers s'est quelque peu fanée. En ce sens, le choix de Hardy est justifiable, celui de revoir son grand film avec un filtre satyrique. Pour cette raison, une autre chose devenait claire. Hardy n'a jamais eu la moindre  sympathie pour le idées païennes de son film de 73. Cette théorie sera confirmée par la discussion du lendemain qu'il aura devant public  avec Richard Stanley sur la foi au cinéma (nous vous donnerons un compte rendu de l'événement bientôt). 

Est-ce que The Wicker tree est un ratage? Peu s'en faut. Il faut avouer un chose: par affection pour Hardy et les bons souvenirs qu'il nous a tous procuré,les opinions des critiques sont plutôt douces.   Dans cette petite satire surannée, il y a les échos lointains d'un film culte qui aurait gagné à ne pas avoir de remake...et encore moins une suite.

Fantasia 2011, Jour 6: Critique de MIDNIGHT SON-fils déchu de race surhumaine

Cette critique est légèrement tardive, mais je trouve approprié de la faire après en avoir parlé avec le plus de gens possible. La polarité qui entoure Midnight son est assez surprenante. Navet de Fantasia 2011 pour certains, le film de vampire appelé à devenir culte pour d'autres.
 Est-ce surprenant? Nous sommes actuellement dans le creux de la monstrueuse vague d'histoires de vampire qui revient sporadiquement éclabousser le public à toutes les décennies. Tout le monde a forcément une prédilection pour un certain type d'histoire de suceurs de sang. Personnellement, si on exclu le bouleversant Let the right one in, j'attendais ce type de film avec impatience. Depuis le terriblement sous-estimé The Addiction d'Abel Ferrara, en fait. Ceux qui ont soif de vampires "naturalistes" seront grandement désaltérés (à ce sujet, nous vous recommandons notre émission sur ce thème ici même)
 Jacob a une condition de peau qui l'empêche de vivre sous la lumière du soleil. Il vit donc la nuit et travaille comme gardien de sécurité. Il n'a que très peu de contacts humains et il peint à cœur de jour de magnifiques toiles où brille ce soleil qui est une menace pour lui. Ces derniers temps, rien ne semble rassasier sa fin grandissante... à part la nourriture très saignante. C'est à ce moment consternant de sa vie monotone qu'il rencontre une autre âme solitaire. Mary, serveuse et toxico, créature aussi nocturne que lui et encore plus tourmentée. Le désir s'installe peu à peu entre les deux âmes blessées. 
 Midnight son ne réinvente pas le mythe vampirique. Il reprend les codes classiques du genre pour les distiller un compte-goutte avec un réalisme assumé. L'évolution psychologique du personnage et la découverte de son état se font à pas feutrés, jusqu'à l'inévitable conclusion.   La banalité de son quotidien nocturne traversé de mélancolie est particulièrement crédible.  
Plus que jamais, le vampirisme apparait ici comme une véritable condition, une maladie, une toxicomanie. Il n'est pas ici une métaphore comme dans l’existentialiste film de Ferrara: Jacob est en tout point un junkie qui veut retrouver son thrill initial et en redoute les conséquences. Car Midnight Son est également une histoire de drogue, avec son lot de dealer et de clichés inhérents à ce genre également. À ce titre, il faut voir la scène où Jacob fait découverte du sang frais, aussi efficace que chargée de double sens. Les efforts que doit fournir le pâle jeune homme pour avoir un fix donnent lieu aux scènes les plus puissantes (et sanglantes) du film, tour à tour pathétiques et troublantes.
Tout en assumant son réalisme, Midnight son prend quand même le risque de conserver la dimension romantique du vampire, au plus pur sens du terme. À ce niveau, c'est tout ou rien. Plusieurs décrocherons. D'autres, (c'est mon cas), seront aspirés par la passion qui nait entre Jacob et Mary. .Dans le rôle de Jakob, le jeune Zak Kilbe, sorte de croisement entre Jude Law et Joseph Gordon-Levitt, est tout en nuances. Par moment, on croirait voir une variation vampirique du drame romantique Untamed Heart avec Marisa Tomei et Christian Slater (come on! Qui n'aime pas ce film là?)
 Dans ses thèmes comme dans sa facture, Midnight son est l'antidote du film de vampire hollywoodien. On y explore les thèmes les plus profonds de la créature: les liens étroits entre Éros et Thanatos, la solitude, la souffrance et la soif d'amour qui double celle du sang. Une très belle trouvaille de la part des gens de Fantasia.

Fantasia 2011, Jour 6: Critique de ONE HUNDRED YEARS OF EVIL- La marche du Hipster Hitler

 Non mais regardez  moi cette affiche! Quel design! Avez vous remarquez que le nom Hitler n'y apparait nulle part ? Simple et efficace,  l'idée principale de tout le  film y est résumée à merveille.
Des idées, ce n'est pas ce qui manque dans le sardonique mockumentaire d'Erik Eger et Magnus Oliv.. En bref, Hitler ne se serait  pas suicidé dans son bunker. Il a fuit aux États-unis sous le nom d'emprunt hautement approprié d'Adolf Munchaunhauser (le syndrome de Munchausen est une condition qu'ont les gens habité d'un tel besoin d’attention qu'il s'invente des problèmes de santé. Hitler était hypocondriaque et, c'est bien connu, une attention whore carabinée) . En l'espace de quelques années, le troll hurlant aura infiltré les plus importantes sphères de l’Amérique corporative, du fast food au soap opera, et affecté la plupart des grands moments de l'histoire américaine. 
 C'est ce mystère que l'histoire a caché qu'une brave bande de documentaristes entendent bien élucider. 
Comme on peut le constater dans la programmation de Fantasia cette année, les scandinaves ont le vent dans les voiles du Drakkar en ce qui concerne les mockumentaires révisionnistes (Troll Hunter) et les figures folkloriques revisitées (les deux films de Père Noël qui tuent, SINT et RARE EXPORTS. Même King of the devil's island, sans pour autant être révisionniste, offre une perspective potentielle d'un événement de l'histoire suédoise. One hundred years of evil épouse toutes ces perspectives à la fois. 
 Si l'idée de One hundred years of evil est traitée avec beaucoup d'humour et d'inventivité, par le biais d'un montage habile et d'images composites à la Forrest Gump, le film avait tout ce qu'il faut pour être une bombe d'une subversion hors du commun. Vous imaginez? Hitler, père illégitime de la culture américain contemporaine? Le principe en lui même aurait pu permettre un commentaire acerbe sur les aspects les plus pernicieux du pays.


On comprend les réalisateurs de n'avoir pris ce risque qu'en surface (vous imaginez les problèmes avec les investisseurs?). Malgré son ton badin, en terme de comédie, le film fait souvent mouche: Hitler se faisant péter la gueule par un juif, forcé de travailler pour un noir, danseur avec des drag-queens, responsable de la chasse aux communistes...réalisateur de cinéma dans un studio juif!!!  Après tout, il est question d'un autre Hitler ici, celui qui est maintenant une figure monstrueuse du cinéma.


Allez donc savoir pourquoi les réalisateurs abandonnent le ton efficace de la première partie pour ensuite tomber dans  poursuite caméra à l'épaule, le plus sérieusement du monde. Jouant à fond la carte de la crédibilité, cette rupture du ton inutile et banale nous fait regretter que le film ne soit pas entièrement  une enquête. Faute de budget? 

Disons que les réalisateurs ont réussi à faire l'impossible: faire un film sur Hitler...sympathique.

mercredi 20 juillet 2011

Richard Stanley-Conversation avec un chaman de la caméra, le temps d'un thé et d'un Tarot (avec une apparition surprise de Karim Hussain)



Nous recevrons Richard Stanley aujourd'hui à 3:30 pour un entretien sur le cinéma comme outil d'expérimentation occulte. Pour écouter l'émission, cliquer sur la photo du bas

Voilà maintenant 6 ans, Fantasia faisait découvrir le cinéma de Richard Stanley à des hordes de cinéphiles assoiffés de découvertes. Certain le connaissait déjà en tant que réalisateur du film-culte HARDWARE (90), une prenante relecture cybernétique du mythe de Pygmalion dans un futur post-apocalyptique. 

Le temps d'un film d'horreur aux échos résolument tarkovskiens (Dust Devil, 92), de quelques documentaires à saveur occulte sur le vaudou et le Saint-Graal et d'un débâcle picaresque sur The Island of Doctor Moreau, il devient une des voix uniques et distinctives du cinéma fantastique. 
Reste que pour la plupart, Stanley est une découverte récente. Je me permet de dire que la découverte est aussi celle de Stanley lui-même, parce que l'homme est aussi fascinant que ses réalisations. Explorateur du monde et de l'inconscient, c'est un mystique doublé d'un réalisateur et l'outil-cinéma n'est qu'un des artefacts avec lequel il s'exprime. C'est aussi un redoutable cartomancien.  Au cinéma comme au Tarot, il demeure d'abord et avant tout un conteur capable de captiver en quelques mots.
Hier,  il attendait patiemment dix quidams venus se faire lire la bonne aventure, assis à une table du Blue Sunshine . Un thé en main, un chat qui se prélasse dans un rayon de soleil, des affiches de films vintages de documentaires antidrogues. Stanley a l'air d'un grand chamane avec son chapeau de cowboy, ses longs cheveux noirs et son t-shirt orné d'un mandala. Son sourire est aussi laconique que son regard est profond. Je suis en sueur et étourdi: tout conspuait à ce que je ne puisse pas le rencontrer ce jour là. Contre toute attente, je suis là devant lui, à m'empiffrer de biscuit feuille d'érable et de thé. Je n'ai  jamais été aussi canadien.


Je le remercie pour deux raisons: la torride séance amoureuse que son film DUST DEVIL avait jadis initié avec ma copine et son documentaire sur le vaudou WHITE DARKNESS (2002), simplement le plus beau film jamais fait sur le sujet . Il me parle de sa mère mourante, de la quête de sa sœur inconnue dans un village africain reculé, d'une chasse au  shape-shifter qui se passe là bas. Nous parlons de son cinéma, d'horreur en général, de notre passion pour le Tarot et de sa présence au Festival Fantasia. Je lui fait savoir que je n'ai jamais laissé personne me lire le Tarot auparavant. Il m'invite à participer étroitement à la lecture avec lui.


Le tir commence. L'espace de quelques cartes seulement, tout ce que Stanley lit est déjà absolument, totalement adéquat: perte d'emploi, jonglage existentiel, confrontation avec la mère, omniprésence d'archétypes féminins et immobilité à la croisée des chemins. Je suis saisi de frissons. Pas de place pour le moindre scepticisme. Richard Stanley m'a ouvert comme un vieux coffre. Je pense à mes échecs et mes peurs; je les vois devant moi comme autant de démons que je laisse me narguer.

J'étais venu ici par curiosité pour parler avec un réalisateur que j'admire. Je suis partie remplie jusqu'au cœur de conseils, d'histoires et d'anecdotes, déjà impatient des blessures et de caresses à venir. Je lui demande s'il veut participer à une émission avec nous.Sure. Rien que ca.


En quittant, je pense à une ligne du personnage principal de DUST DEVIL:  
"il n'y a pas de bien ni de mal, seulement l'esprit et la matière. Et des mouvements qui se rapprochent ou s'éloigne de la lumière". 


Je regarde le chat qui se prélasse de plus belle dans un rayon de soleil. Je le flatte.  Ma journée commence.


Richard Stanley-Conversation avec un chaman de la caméra, le temps d'un thé et d'un Tarot (avec une apparition surprise de Karim Hussain)



Nous recevrons Richard Stanley aujourd'hui à 3:30 pour un entretien sur le cinéma comme outil d'expérimentation occulte. Pour écouter l'émission, CLIQUER ICI
Voilà maintenant 6 ans, Fantasia faisait découvrir le cinéma de Richard Stanley à des hordes de cinéphiles assoiffés de découvertes. Certain le connaissait déjà en tant que réalisateur du film-culte HARDWARE (90), une prenante relecture cybernétique du mythe de Pygmalion dans un futur post-apocalyptique. 

Le temps d'un film d'horreur aux échos résolument tarkovskiens (Dust Devil, 92), de quelques documentaires à saveur occulte sur le vaudou et le Saint-Graal et d'un débâcle picaresque sur The Island of Doctor Moreau, il devient une des voix uniques et distinctives du cinéma fantastique. 
Reste que pour la plupart, Stanley est une découverte récente. Je me permet de dire que la découverte est aussi celle de Stanley lui-même, parce que l'homme est aussi fascinant que ses réalisations. Explorateur du monde et de l'inconscient, c'est un mystique doublé d'un réalisateur et l'outil-cinéma n'est qu'un des artefacts avec lequel il s'exprime. C'est aussi un redoutable cartomancien.  Au cinéma comme au Tarot, il demeure d'abord et avant tout un conteur capable de captiver en quelques mots.
Hier,  il attendait patiemment dix quidams venus se faire lire la bonne aventure, assis à une table du Blue Sunshine . Un thé en main, un chat qui se prélasse dans un rayon de soleil, des affiches de films vintages de documentaires antidrogues. Stanley a l'air d'un grand chamane avec son chapeau de cowboy, ses longs cheveux noirs et son t-shirt orné d'un mandala. Son sourire est aussi laconique que son regard est profond. Je suis en sueur et étourdi: tout conspuait à ce que je ne puisse pas le rencontrer ce jour là. Contre toute attente, je suis là devant lui, à m'empiffrer de biscuit feuille d'érable et de thé. Je n'ai  jamais été aussi canadien.


Je le remercie pour deux raisons: la torride séance amoureuse que son film DUST DEVIL avait jadis initié avec ma copine et son documentaire sur le vaudou WHITE DARKNESS (2002), simplement le plus beau film jamais fait sur le sujet . Il me parle de sa mère mourante, de la quête de sa sœur inconnue dans un village africain reculé, d'une chasse au  shape-shifter qui se passe là bas. Nous parlons de son cinéma, d'horreur en général, de notre passion pour le Tarot et de sa présence au Festival Fantasia. Je lui fait savoir que je n'ai jamais laissé personne me lire le Tarot auparavant. Il m'invite à participer étroitement à la lecture avec lui.


Le tir commence. L'espace de quelques cartes seulement, tout ce que Stanley lit est déjà absolument, totalement adéquat: perte d'emploi, jonglage existentiel, confrontation avec la mère, omniprésence d'archétypes féminins et immobilité à la croisée des chemins. Je suis saisi de frissons. Pas de place pour le moindre scepticisme. Richard Stanley m'a ouvert comme un vieux coffre. Je pense à mes échecs et mes peurs; je les vois devant moi comme autant de démons que je laisse me narguer.

J'étais venu ici par curiosité pour parler avec un réalisateur que j'admire. Je suis partie remplie jusqu'au cœur de conseils, d'histoires et d'anecdotes, déjà impatient des blessures et de caresses à venir. Je lui demande s'il veut participer à une émission avec nous.Sure. Rien que ca.


En quittant, je pense à une ligne du personnage principal de DUST DEVIL:  
"il n'y a pas de bien ni de mal, seulement l'esprit et la matière. Et des mouvements qui se rapprochent ou s'éloigne de la lumière". 


Je regarde le chat qui se prélasse de plus belle dans un rayon de soleil. Je le flatte.  Ma journée commence.


mardi 19 juillet 2011

Fantasia 2011, Jour 5: Critique de LOVE-Métaphysique 101 0110011 011

Pas facile pour un jeune réalisateur de se coltiner à de grands thèmes métaphysiques de nos jours. La cinéma a érigé des bouleversants monuments au nom de l'infini : un monolithe noir et parfait, une planète-mer vivante et curieuse, une galaxie agonisant d'un cancer cosmique. Plus récemment, la naissance et la mort de l'univers rejoignant en grandiloquence celle d'un garçon. C'est devant (et derrière) ces grandes réalisations que le cinéaste-philosophe devra invariablement se prosterner avant de se lancer dans la contemplation.  Une poignée de films qui transcendent l'idée même du cinéma et qui le détermineront à jamais

Les habitués de notre émission et de ce blogue l'auront remarqué, nous sommes férus de films métaphysiques et d'occultisme. Pour moi, il n'y a pas de film plus complet et crucial que 2001:a space odyssey. Il est sacré. Il est inévitable qu'il soit cité, parfois comme une simple référence, d'autres fois comme un évangile qu'on psalmodie. (Pour ceux qui partage cette avis, nous vous invitons à écouter notre émission Voyage au bout de l'Enfer --2001:A SPACE ODYSSEY analysé via le livre d'Howard Bloom, THE LUCIFER PRINCIPLE.)
Même The Fountain, pour toutes ses inégalités et ses détracteurs, est selon moi un film important. 
Le cinéma de science-fiction métaphysique a t-il encore quelque chose à dire? Peut-il offrir une nouvelle approche au delà de la référence et plus encore, avec un budget modeste? Je n'en suis pas certain. Il faut avoir énormément de courage pour explorer dans une petite nacelle ce que d'autres ont frayé avec une monstrueuse embarcation. 
 Un futur proche. Un astronaute en mission spéciale passe des jours répétitifs dans une station spatiale. Entrainé à supporter la solitude, c'est néanmoins une autre paire de manche qui l'attend lorsqu'on lui fait savoir qu'il devra y rester pour un temps indéterminé. Dans sa descente inexorable vers la folie, il trouve dans la station un journal personnel datant de la Guerre de Sécession. Quelque chose s'est passé là bas qui a changé le cours de l'humanité et qui explique probablement qu'on l'ai abandonné.
Entre les tableaux de combat de la guerre de Sécession, hautement iconographiques, et les scènes d'immobilité du capitaine dans sa station, le mystère s'ouvre peu à peu. C'est la succession de tableaux d'une saisissante  beauté, doublée de l'amplitude de la trame sonore d'Angels & Airwaves qui prend le dessus sur la narration. Mentionnons que le film se voulait initialement une succession de vidéo clips. Kubrick l'a déjà dit: il faut voir ce type de film comme des expériences sensorielles et non verbales, sans chercher à comprendre. 
Malheureusement, n'est pas un pur métaphycisien qui veut...
LOVE de William Eubank ne pouvait pas échapper aux comparaisons. Il sera aussi accusé d'être une œuvre composite. Il souffrira même (le réalisateur en est hautement de conscient) de l'inévitable association à MOON de Duncan Jones. Les similarités entre les deux sont beaucoup trop nombreuses: l'isolement d'un astronaute dans sa navette, la mission qui s'éternise, la folie qui s'installe et les  longs regards lancés vers la terre pendant que la barbe pousse. Les thèmes empruntés à la musique également; si Duncan Jones semble avoir voulu illustrer une chanson de son père David Bowie, la présence à la trame sonore de Angels & Airwaves (qui assure aussi la production)  vient tapisser le film de thèmes qui sont chers au groupe. Le film ne cache d'ailleurs pas ses références...il les étend généreusement comme Lady Gaga met le map-o-spread de Madonna sur ses toasts au Wonderbread.

Mais ce n'est pas là que Love surprend. 

C'est un film métaphysique...ouvrier. Regardez l'affiche plus haut: l'image de l'astronaute qui semble attendre l'autobus pour aller bosser est assez chargée de sens.

On s'explique

Durant la séance de questions suivant le film, un spectateur a posé une colle hautement pertinente sur les nombreux sous-textes Franc-Maçons qui traversent le film. La question a été vite évincée par l'équipe de créateurs, peu chaud à l'idée de le réduire à une série de symboles. Dommage, car LOVE est absolument gavé d'imageries franc-maconiques: une structure spatiale qui ressemble à un building new-yorkais, des images de pères fondateurs au combat, des artefacts anachroniques rappelant un hôtel américain, des vieux secrets de l'histoire cachés par les autorités. Les architectes de ce monde connaissent le secret. Point de fallacieuses élucubrations conspirationnistes ici: si les symboles et les propos ont échappé aux créateurs, ils sont là et en bloc. 

Ce qui n'est pas sans pertinence. Le film a été réalisé avec des moyens dérisoires, beaucoup d'inventivité et l'huile de bras de bricoleur de l'équipe. Il porte bien son titre, car il est véritablement un Labor of love, fait avec patience par des bâtisseurs. Le personnage principal est lui même un homme à tout faire, un ouvrier doublé d'un soldat et le dépositaire des secrets du monde. Un batisseur. La métaphore, qu'elle soit inconsciente ou non, est omniprésente. 
Love gagnera beaucoup à être vu avec son matériel supplémentaire, où le spectateur pourra comprendre l'inventivité mis en jeu pour réaliser un film de ce type avec un budget dérisoire. Or, ce matériel supplémentaire ne fera que renchérir et confirmer les thèmes franc-maçoniques en montrant des ouvriers qui œuvrent par des moyens physiques et terre à terre à percer les secrets du monde, en toute insouciance. 

En ce sens, LOVE est non seulement un film où la figure du père ouvrier est omniprésente, il est aussi une oeuvre métaphysique matérialiste où les mystères de l'univers se démontent avec une clé à molette et beaucoup de patience.

Fantasia 2011, Jour 4: Critique de PHASE 7-l'ennui au temps de la pandémie

Presque à tous les ans, je me souviens avoir vu au moins un film à Fantasia qui disparait sensiblement de la circulation par la suite (ou qui ne connaitra jamais de distribution massive). Rien à voir avec la piètre qualité du film. C'est qu'ils sont parfois spécifiquement "nationaux". Quelqu'un a vu, voilà quelques années, l'adaptation de la bédé espagnole Mortadel et Philémon? La qualité du film était indéniable mais le produit final était spécifiquement espagnol. Il demandait un minimum de référents. Dans ces conditions, le dépaysement est encore plus fort à mon sens. C'est aussi ça pour moi, le plaisir de ce festival. C'est voir des productions  au budget microscopique qui seraient pratiquement impossibles à découvrir dans un autre contexte et qui dépaysent dans tous les sens du terme. 

Phase 7 est ce film. L'idée est convenue. Le traitement lui, ne l'est guère. Pipi et Coco, un jeune couple qui n'en est plus à ses premières idylles, vont bientôt avoir un enfant. Le contexte n'est pas des plus reluisants: une épidémie ravage lentement mais surement plusieurs pays. Est-ce la guerre? La fin du monde? On n'en apprendra que très peu sur la chose. L'édifice de Pipi et Coco doit être mis en quarantaine. Dans ce contexte, vont-ils se tomber sur les nerfs à en crever?
 On pourrait présager un huis clos étouffant, une folie généralisée qui s'installe. Eh bien non. Les soucis des protagonistes sont d'une banalité effarante: une ampoule brulée, le rationnement des Froot-loops, les voisins paranos et ceux, encore plus chiants, qui veulent emprunter des trucs. En fait notre couple n'est pas des plus jovial. Ils s'engueulent légèrement et constamment pour des peccadilles. Il en va de même des voisins. Quand l'un des leurs disjoncte et se met à décimer les autres, c'est aussi pour un malentendu. 
 À part les films de Fabian Bielinsky et de Juan Jose Campanella, je n'ai pour ainsi dire que très peu de connaissances du cinéma argentin. Je ne connais pas les mécanismes de l'humour là bas. Mais après avoir vu tout au plus une dizaine de films provenant de la terre du tango, il est  possible d'y constater un rythme, une cadence bien précise. Je dirais même une langueur. Phase 7 n'y échappe pas. En fait, il n'échappe à rien. C'est la moins paniquante des attaques virales de l'histoire. Évidemment, le budget famélique limite les possibilités de démonstrations de la situation, mais des films fauchés y sont néanmoins parvenus (Right at your door et REC). En fait, le réalisateur Nicolas Goldbart fait le choix délibéré de nous montrer une fin du monde traversée d'une certaine lenteur.

C'est là que les mécanisme comiques du film opèrent le mieux. C'est "Les Zombies attaquent l'Auberge du chien noir" sans que l'on voit un seul zombie. La lenteur et l'indifférence finissent par faire sourire le spectateur qui craignait de s'ennuyer quelques minutes plus tôt. Même la bavarde trame sonore de synthétiseur rappelant les films de zombies italiens fini par faire rire tellement elle est juxtaposée à des scènes anticlimatiques. 

Fantasia, c'est aussi ça: un petit film argentin de fin du monde où le couple joue au battleship en regardant le monde crever. Et vous savez quoi? Après les virus et les cannibales Mccarthien, les gens qui se suicident et violent des bébés, je ne serais pas surpris que les survivants de notre monde ressemblent à Pipi et Coco...un couple qui s'emmerde. Ha ha.