vendredi 22 juillet 2011

Fantasia 2011, Jour 6: Critique de ONE HUNDRED YEARS OF EVIL- La marche du Hipster Hitler

 Non mais regardez  moi cette affiche! Quel design! Avez vous remarquez que le nom Hitler n'y apparait nulle part ? Simple et efficace,  l'idée principale de tout le  film y est résumée à merveille.
Des idées, ce n'est pas ce qui manque dans le sardonique mockumentaire d'Erik Eger et Magnus Oliv.. En bref, Hitler ne se serait  pas suicidé dans son bunker. Il a fuit aux États-unis sous le nom d'emprunt hautement approprié d'Adolf Munchaunhauser (le syndrome de Munchausen est une condition qu'ont les gens habité d'un tel besoin d’attention qu'il s'invente des problèmes de santé. Hitler était hypocondriaque et, c'est bien connu, une attention whore carabinée) . En l'espace de quelques années, le troll hurlant aura infiltré les plus importantes sphères de l’Amérique corporative, du fast food au soap opera, et affecté la plupart des grands moments de l'histoire américaine. 
 C'est ce mystère que l'histoire a caché qu'une brave bande de documentaristes entendent bien élucider. 
Comme on peut le constater dans la programmation de Fantasia cette année, les scandinaves ont le vent dans les voiles du Drakkar en ce qui concerne les mockumentaires révisionnistes (Troll Hunter) et les figures folkloriques revisitées (les deux films de Père Noël qui tuent, SINT et RARE EXPORTS. Même King of the devil's island, sans pour autant être révisionniste, offre une perspective potentielle d'un événement de l'histoire suédoise. One hundred years of evil épouse toutes ces perspectives à la fois. 
 Si l'idée de One hundred years of evil est traitée avec beaucoup d'humour et d'inventivité, par le biais d'un montage habile et d'images composites à la Forrest Gump, le film avait tout ce qu'il faut pour être une bombe d'une subversion hors du commun. Vous imaginez? Hitler, père illégitime de la culture américain contemporaine? Le principe en lui même aurait pu permettre un commentaire acerbe sur les aspects les plus pernicieux du pays.


On comprend les réalisateurs de n'avoir pris ce risque qu'en surface (vous imaginez les problèmes avec les investisseurs?). Malgré son ton badin, en terme de comédie, le film fait souvent mouche: Hitler se faisant péter la gueule par un juif, forcé de travailler pour un noir, danseur avec des drag-queens, responsable de la chasse aux communistes...réalisateur de cinéma dans un studio juif!!!  Après tout, il est question d'un autre Hitler ici, celui qui est maintenant une figure monstrueuse du cinéma.


Allez donc savoir pourquoi les réalisateurs abandonnent le ton efficace de la première partie pour ensuite tomber dans  poursuite caméra à l'épaule, le plus sérieusement du monde. Jouant à fond la carte de la crédibilité, cette rupture du ton inutile et banale nous fait regretter que le film ne soit pas entièrement  une enquête. Faute de budget? 

Disons que les réalisateurs ont réussi à faire l'impossible: faire un film sur Hitler...sympathique.

mercredi 20 juillet 2011

Richard Stanley-Conversation avec un chaman de la caméra, le temps d'un thé et d'un Tarot (avec une apparition surprise de Karim Hussain)



Nous recevrons Richard Stanley aujourd'hui à 3:30 pour un entretien sur le cinéma comme outil d'expérimentation occulte. Pour écouter l'émission, cliquer sur la photo du bas

Voilà maintenant 6 ans, Fantasia faisait découvrir le cinéma de Richard Stanley à des hordes de cinéphiles assoiffés de découvertes. Certain le connaissait déjà en tant que réalisateur du film-culte HARDWARE (90), une prenante relecture cybernétique du mythe de Pygmalion dans un futur post-apocalyptique. 

Le temps d'un film d'horreur aux échos résolument tarkovskiens (Dust Devil, 92), de quelques documentaires à saveur occulte sur le vaudou et le Saint-Graal et d'un débâcle picaresque sur The Island of Doctor Moreau, il devient une des voix uniques et distinctives du cinéma fantastique. 
Reste que pour la plupart, Stanley est une découverte récente. Je me permet de dire que la découverte est aussi celle de Stanley lui-même, parce que l'homme est aussi fascinant que ses réalisations. Explorateur du monde et de l'inconscient, c'est un mystique doublé d'un réalisateur et l'outil-cinéma n'est qu'un des artefacts avec lequel il s'exprime. C'est aussi un redoutable cartomancien.  Au cinéma comme au Tarot, il demeure d'abord et avant tout un conteur capable de captiver en quelques mots.
Hier,  il attendait patiemment dix quidams venus se faire lire la bonne aventure, assis à une table du Blue Sunshine . Un thé en main, un chat qui se prélasse dans un rayon de soleil, des affiches de films vintages de documentaires antidrogues. Stanley a l'air d'un grand chamane avec son chapeau de cowboy, ses longs cheveux noirs et son t-shirt orné d'un mandala. Son sourire est aussi laconique que son regard est profond. Je suis en sueur et étourdi: tout conspuait à ce que je ne puisse pas le rencontrer ce jour là. Contre toute attente, je suis là devant lui, à m'empiffrer de biscuit feuille d'érable et de thé. Je n'ai  jamais été aussi canadien.


Je le remercie pour deux raisons: la torride séance amoureuse que son film DUST DEVIL avait jadis initié avec ma copine et son documentaire sur le vaudou WHITE DARKNESS (2002), simplement le plus beau film jamais fait sur le sujet . Il me parle de sa mère mourante, de la quête de sa sœur inconnue dans un village africain reculé, d'une chasse au  shape-shifter qui se passe là bas. Nous parlons de son cinéma, d'horreur en général, de notre passion pour le Tarot et de sa présence au Festival Fantasia. Je lui fait savoir que je n'ai jamais laissé personne me lire le Tarot auparavant. Il m'invite à participer étroitement à la lecture avec lui.


Le tir commence. L'espace de quelques cartes seulement, tout ce que Stanley lit est déjà absolument, totalement adéquat: perte d'emploi, jonglage existentiel, confrontation avec la mère, omniprésence d'archétypes féminins et immobilité à la croisée des chemins. Je suis saisi de frissons. Pas de place pour le moindre scepticisme. Richard Stanley m'a ouvert comme un vieux coffre. Je pense à mes échecs et mes peurs; je les vois devant moi comme autant de démons que je laisse me narguer.

J'étais venu ici par curiosité pour parler avec un réalisateur que j'admire. Je suis partie remplie jusqu'au cœur de conseils, d'histoires et d'anecdotes, déjà impatient des blessures et de caresses à venir. Je lui demande s'il veut participer à une émission avec nous.Sure. Rien que ca.


En quittant, je pense à une ligne du personnage principal de DUST DEVIL:  
"il n'y a pas de bien ni de mal, seulement l'esprit et la matière. Et des mouvements qui se rapprochent ou s'éloigne de la lumière". 


Je regarde le chat qui se prélasse de plus belle dans un rayon de soleil. Je le flatte.  Ma journée commence.


Richard Stanley-Conversation avec un chaman de la caméra, le temps d'un thé et d'un Tarot (avec une apparition surprise de Karim Hussain)



Nous recevrons Richard Stanley aujourd'hui à 3:30 pour un entretien sur le cinéma comme outil d'expérimentation occulte. Pour écouter l'émission, CLIQUER ICI
Voilà maintenant 6 ans, Fantasia faisait découvrir le cinéma de Richard Stanley à des hordes de cinéphiles assoiffés de découvertes. Certain le connaissait déjà en tant que réalisateur du film-culte HARDWARE (90), une prenante relecture cybernétique du mythe de Pygmalion dans un futur post-apocalyptique. 

Le temps d'un film d'horreur aux échos résolument tarkovskiens (Dust Devil, 92), de quelques documentaires à saveur occulte sur le vaudou et le Saint-Graal et d'un débâcle picaresque sur The Island of Doctor Moreau, il devient une des voix uniques et distinctives du cinéma fantastique. 
Reste que pour la plupart, Stanley est une découverte récente. Je me permet de dire que la découverte est aussi celle de Stanley lui-même, parce que l'homme est aussi fascinant que ses réalisations. Explorateur du monde et de l'inconscient, c'est un mystique doublé d'un réalisateur et l'outil-cinéma n'est qu'un des artefacts avec lequel il s'exprime. C'est aussi un redoutable cartomancien.  Au cinéma comme au Tarot, il demeure d'abord et avant tout un conteur capable de captiver en quelques mots.
Hier,  il attendait patiemment dix quidams venus se faire lire la bonne aventure, assis à une table du Blue Sunshine . Un thé en main, un chat qui se prélasse dans un rayon de soleil, des affiches de films vintages de documentaires antidrogues. Stanley a l'air d'un grand chamane avec son chapeau de cowboy, ses longs cheveux noirs et son t-shirt orné d'un mandala. Son sourire est aussi laconique que son regard est profond. Je suis en sueur et étourdi: tout conspuait à ce que je ne puisse pas le rencontrer ce jour là. Contre toute attente, je suis là devant lui, à m'empiffrer de biscuit feuille d'érable et de thé. Je n'ai  jamais été aussi canadien.


Je le remercie pour deux raisons: la torride séance amoureuse que son film DUST DEVIL avait jadis initié avec ma copine et son documentaire sur le vaudou WHITE DARKNESS (2002), simplement le plus beau film jamais fait sur le sujet . Il me parle de sa mère mourante, de la quête de sa sœur inconnue dans un village africain reculé, d'une chasse au  shape-shifter qui se passe là bas. Nous parlons de son cinéma, d'horreur en général, de notre passion pour le Tarot et de sa présence au Festival Fantasia. Je lui fait savoir que je n'ai jamais laissé personne me lire le Tarot auparavant. Il m'invite à participer étroitement à la lecture avec lui.


Le tir commence. L'espace de quelques cartes seulement, tout ce que Stanley lit est déjà absolument, totalement adéquat: perte d'emploi, jonglage existentiel, confrontation avec la mère, omniprésence d'archétypes féminins et immobilité à la croisée des chemins. Je suis saisi de frissons. Pas de place pour le moindre scepticisme. Richard Stanley m'a ouvert comme un vieux coffre. Je pense à mes échecs et mes peurs; je les vois devant moi comme autant de démons que je laisse me narguer.

J'étais venu ici par curiosité pour parler avec un réalisateur que j'admire. Je suis partie remplie jusqu'au cœur de conseils, d'histoires et d'anecdotes, déjà impatient des blessures et de caresses à venir. Je lui demande s'il veut participer à une émission avec nous.Sure. Rien que ca.


En quittant, je pense à une ligne du personnage principal de DUST DEVIL:  
"il n'y a pas de bien ni de mal, seulement l'esprit et la matière. Et des mouvements qui se rapprochent ou s'éloigne de la lumière". 


Je regarde le chat qui se prélasse de plus belle dans un rayon de soleil. Je le flatte.  Ma journée commence.


mardi 19 juillet 2011

Fantasia 2011, Jour 5: Critique de LOVE-Métaphysique 101 0110011 011

Pas facile pour un jeune réalisateur de se coltiner à de grands thèmes métaphysiques de nos jours. La cinéma a érigé des bouleversants monuments au nom de l'infini : un monolithe noir et parfait, une planète-mer vivante et curieuse, une galaxie agonisant d'un cancer cosmique. Plus récemment, la naissance et la mort de l'univers rejoignant en grandiloquence celle d'un garçon. C'est devant (et derrière) ces grandes réalisations que le cinéaste-philosophe devra invariablement se prosterner avant de se lancer dans la contemplation.  Une poignée de films qui transcendent l'idée même du cinéma et qui le détermineront à jamais

Les habitués de notre émission et de ce blogue l'auront remarqué, nous sommes férus de films métaphysiques et d'occultisme. Pour moi, il n'y a pas de film plus complet et crucial que 2001:a space odyssey. Il est sacré. Il est inévitable qu'il soit cité, parfois comme une simple référence, d'autres fois comme un évangile qu'on psalmodie. (Pour ceux qui partage cette avis, nous vous invitons à écouter notre émission Voyage au bout de l'Enfer --2001:A SPACE ODYSSEY analysé via le livre d'Howard Bloom, THE LUCIFER PRINCIPLE.)
Même The Fountain, pour toutes ses inégalités et ses détracteurs, est selon moi un film important. 
Le cinéma de science-fiction métaphysique a t-il encore quelque chose à dire? Peut-il offrir une nouvelle approche au delà de la référence et plus encore, avec un budget modeste? Je n'en suis pas certain. Il faut avoir énormément de courage pour explorer dans une petite nacelle ce que d'autres ont frayé avec une monstrueuse embarcation. 
 Un futur proche. Un astronaute en mission spéciale passe des jours répétitifs dans une station spatiale. Entrainé à supporter la solitude, c'est néanmoins une autre paire de manche qui l'attend lorsqu'on lui fait savoir qu'il devra y rester pour un temps indéterminé. Dans sa descente inexorable vers la folie, il trouve dans la station un journal personnel datant de la Guerre de Sécession. Quelque chose s'est passé là bas qui a changé le cours de l'humanité et qui explique probablement qu'on l'ai abandonné.
Entre les tableaux de combat de la guerre de Sécession, hautement iconographiques, et les scènes d'immobilité du capitaine dans sa station, le mystère s'ouvre peu à peu. C'est la succession de tableaux d'une saisissante  beauté, doublée de l'amplitude de la trame sonore d'Angels & Airwaves qui prend le dessus sur la narration. Mentionnons que le film se voulait initialement une succession de vidéo clips. Kubrick l'a déjà dit: il faut voir ce type de film comme des expériences sensorielles et non verbales, sans chercher à comprendre. 
Malheureusement, n'est pas un pur métaphycisien qui veut...
LOVE de William Eubank ne pouvait pas échapper aux comparaisons. Il sera aussi accusé d'être une œuvre composite. Il souffrira même (le réalisateur en est hautement de conscient) de l'inévitable association à MOON de Duncan Jones. Les similarités entre les deux sont beaucoup trop nombreuses: l'isolement d'un astronaute dans sa navette, la mission qui s'éternise, la folie qui s'installe et les  longs regards lancés vers la terre pendant que la barbe pousse. Les thèmes empruntés à la musique également; si Duncan Jones semble avoir voulu illustrer une chanson de son père David Bowie, la présence à la trame sonore de Angels & Airwaves (qui assure aussi la production)  vient tapisser le film de thèmes qui sont chers au groupe. Le film ne cache d'ailleurs pas ses références...il les étend généreusement comme Lady Gaga met le map-o-spread de Madonna sur ses toasts au Wonderbread.

Mais ce n'est pas là que Love surprend. 

C'est un film métaphysique...ouvrier. Regardez l'affiche plus haut: l'image de l'astronaute qui semble attendre l'autobus pour aller bosser est assez chargée de sens.

On s'explique

Durant la séance de questions suivant le film, un spectateur a posé une colle hautement pertinente sur les nombreux sous-textes Franc-Maçons qui traversent le film. La question a été vite évincée par l'équipe de créateurs, peu chaud à l'idée de le réduire à une série de symboles. Dommage, car LOVE est absolument gavé d'imageries franc-maconiques: une structure spatiale qui ressemble à un building new-yorkais, des images de pères fondateurs au combat, des artefacts anachroniques rappelant un hôtel américain, des vieux secrets de l'histoire cachés par les autorités. Les architectes de ce monde connaissent le secret. Point de fallacieuses élucubrations conspirationnistes ici: si les symboles et les propos ont échappé aux créateurs, ils sont là et en bloc. 

Ce qui n'est pas sans pertinence. Le film a été réalisé avec des moyens dérisoires, beaucoup d'inventivité et l'huile de bras de bricoleur de l'équipe. Il porte bien son titre, car il est véritablement un Labor of love, fait avec patience par des bâtisseurs. Le personnage principal est lui même un homme à tout faire, un ouvrier doublé d'un soldat et le dépositaire des secrets du monde. Un batisseur. La métaphore, qu'elle soit inconsciente ou non, est omniprésente. 
Love gagnera beaucoup à être vu avec son matériel supplémentaire, où le spectateur pourra comprendre l'inventivité mis en jeu pour réaliser un film de ce type avec un budget dérisoire. Or, ce matériel supplémentaire ne fera que renchérir et confirmer les thèmes franc-maçoniques en montrant des ouvriers qui œuvrent par des moyens physiques et terre à terre à percer les secrets du monde, en toute insouciance. 

En ce sens, LOVE est non seulement un film où la figure du père ouvrier est omniprésente, il est aussi une oeuvre métaphysique matérialiste où les mystères de l'univers se démontent avec une clé à molette et beaucoup de patience.

Fantasia 2011, Jour 4: Critique de PHASE 7-l'ennui au temps de la pandémie

Presque à tous les ans, je me souviens avoir vu au moins un film à Fantasia qui disparait sensiblement de la circulation par la suite (ou qui ne connaitra jamais de distribution massive). Rien à voir avec la piètre qualité du film. C'est qu'ils sont parfois spécifiquement "nationaux". Quelqu'un a vu, voilà quelques années, l'adaptation de la bédé espagnole Mortadel et Philémon? La qualité du film était indéniable mais le produit final était spécifiquement espagnol. Il demandait un minimum de référents. Dans ces conditions, le dépaysement est encore plus fort à mon sens. C'est aussi ça pour moi, le plaisir de ce festival. C'est voir des productions  au budget microscopique qui seraient pratiquement impossibles à découvrir dans un autre contexte et qui dépaysent dans tous les sens du terme. 

Phase 7 est ce film. L'idée est convenue. Le traitement lui, ne l'est guère. Pipi et Coco, un jeune couple qui n'en est plus à ses premières idylles, vont bientôt avoir un enfant. Le contexte n'est pas des plus reluisants: une épidémie ravage lentement mais surement plusieurs pays. Est-ce la guerre? La fin du monde? On n'en apprendra que très peu sur la chose. L'édifice de Pipi et Coco doit être mis en quarantaine. Dans ce contexte, vont-ils se tomber sur les nerfs à en crever?
 On pourrait présager un huis clos étouffant, une folie généralisée qui s'installe. Eh bien non. Les soucis des protagonistes sont d'une banalité effarante: une ampoule brulée, le rationnement des Froot-loops, les voisins paranos et ceux, encore plus chiants, qui veulent emprunter des trucs. En fait notre couple n'est pas des plus jovial. Ils s'engueulent légèrement et constamment pour des peccadilles. Il en va de même des voisins. Quand l'un des leurs disjoncte et se met à décimer les autres, c'est aussi pour un malentendu. 
 À part les films de Fabian Bielinsky et de Juan Jose Campanella, je n'ai pour ainsi dire que très peu de connaissances du cinéma argentin. Je ne connais pas les mécanismes de l'humour là bas. Mais après avoir vu tout au plus une dizaine de films provenant de la terre du tango, il est  possible d'y constater un rythme, une cadence bien précise. Je dirais même une langueur. Phase 7 n'y échappe pas. En fait, il n'échappe à rien. C'est la moins paniquante des attaques virales de l'histoire. Évidemment, le budget famélique limite les possibilités de démonstrations de la situation, mais des films fauchés y sont néanmoins parvenus (Right at your door et REC). En fait, le réalisateur Nicolas Goldbart fait le choix délibéré de nous montrer une fin du monde traversée d'une certaine lenteur.

C'est là que les mécanisme comiques du film opèrent le mieux. C'est "Les Zombies attaquent l'Auberge du chien noir" sans que l'on voit un seul zombie. La lenteur et l'indifférence finissent par faire sourire le spectateur qui craignait de s'ennuyer quelques minutes plus tôt. Même la bavarde trame sonore de synthétiseur rappelant les films de zombies italiens fini par faire rire tellement elle est juxtaposée à des scènes anticlimatiques. 

Fantasia, c'est aussi ça: un petit film argentin de fin du monde où le couple joue au battleship en regardant le monde crever. Et vous savez quoi? Après les virus et les cannibales Mccarthien, les gens qui se suicident et violent des bébés, je ne serais pas surpris que les survivants de notre monde ressemblent à Pipi et Coco...un couple qui s'emmerde. Ha ha.

lundi 18 juillet 2011

Fantasia 2011, Jour 4: Critique de A LONELY PLACE TO DIE-le jeu le plus dangereux...

Fuck the Queen (le Prince-nazi et sa charrue également). God save the British directors! Depuis maintenant un bonne décennie, les réalisateurs de films de genre des Royaume-unis nous ont offert un lot respectable de sensations fortes. Entre les ados et campagnards meurtriers, les "survivalist" movies haletants  (et les nombreuses combinaisons de fortune entre les deux, Eden Lake et Wilderness en tête) de même que les femmes victimes qui découvrent leur potentiel  de guerrière, ont a eu droit à des films profondément enragés et crépusculaires. 

A lonely place to die aurait pu être le pinacle conjugué de tous ces thrillers. Les ingrédients sont tous là: Un environnement inhospitalier (comme The Descent), une bande d'amis en crise (comme Severance et The Descent) des mystérieux assassins-rednecks aussi cruels qu'efficaces (comme Wilderness et Straightheads) et une femme splendide qui regorge de ressources contre ses assaillants (comme The Descent, Doomsday, Straightheads, Eden lake et Creep). À propos de Creep justement (Faut vite  voir ce truc si ce n'est pas déjà fait les aminches!): on y retrouve également le comédien Sean Harris, une des gueules les plus traumatisantes à être sorti de ce mouvement . Un acteur d’une intensité peu commune dont chacune des prestations sont remarquables. La créature qu'il incarne dans Creep est un des importants monstres du cinéma d'horreur contemporain, rien de moins.
Résumons. 
 Cinq amis alpinistes. Une pic montagneux des Highlands écossais totalement isolé. Au sommet, une jeune fille kidnappée, séquestrée dans une fosse. Deux nastys mutherfuckers avec la gâchette particulièrement habile...La parfaite combinaison pour le suspense. 
Ajouter à cela une maestria qui donne le vertige dans la réalisation des scènes d'alpinisme (simplement les plus réalistes et prenantes à ce jour), une volonté de filmer l'environnement comme une menace à part entière et des revirements de situations qui ne laissent pas deux secondes de répit au spectateur. Il ne faudrait pas passer sous silence la performance de Melissa George, qui n'en finit plus d'être sublime et glorieuse comme une valkyrie.
 
S'il aurait pu être le pinacle des thrillers british des dernière années, le film de Julian Gilbey (à qui l'on doit le musclé Rise of the Footsoldier. Un orateur exceptionnel, je me dois de dire) va chercher ses références ailleurs, chez deux vieux maitres, Robin Hardy et John Boorman. Durant les deux premiers actes du film, on croirait assister au nouveau Deliverance; la tension est solide à ce point, l’âpreté du paysage aussi. Jusqu'au dernier acte, où le changement de contexte est un hommage bien assumé à Hardy. Du survival étourdissant qu'il était, le film devient un thriller tout ce qu'il y a de plus classique, plutôt improbable et brouillon. Non pas que l'acte final du film soit mauvais; il en vaut bien d'autre et tient solidement en haleine. Seulement, ce segment tout en allégories est une rupture de ton qui empêche A lonely place to die de devenir le survival de sa génération. 

Ironie considérable: durant la séance de questions suivant le film, Gilbey servait des arguments intéressants sur l'utilisation de la logique au cinéma. Appliquée méthodiquement dans les deux premières partie de son film, c'est précisément un certain laxisme dans la dernière qui constitue sa faiblesse. 

Le film sera projeté à nouveau le 22 juillet et il absolument à voir sur grand écran.

dimanche 17 juillet 2011

Fantasia 2011, Jour 3: Critique de THE THEATRE BIZARRE-Hell hath no fury like a woman scorned

Déclaration péremptoire: les maniaques d'horreur sont particulièrement friands d'anthologie sous toutes ses formes. Une tradition ancienne et vénérable qui remonte assurément aux  l'histoire de peur au coin du feu. Tales from the Crypt, Creepshow, la série Master of Horrors. C'est logique quand on y pense: le cruauté se distribue très bien à petites doses, variées mais intenses. Les longues souffrances peuvent blaser et rendre insensibles.

Demandez à n'importe qui  le Twonky qui l'a scarifié à vie (cliquer ici pour une explication exhaustive et pertinente de ce terme), je mettrais ma main au feu qu'il sera question d'une histoire provenant d'une anthologie d'horreur

Toute bonne anthologie d'horreur a besoin d'une histoire centrale avec un narrateur captivant (demandez à Serling et au Cryptkeeper). C'est chose faite ici:dans le segment "narratif" réalisé par Jeremy Kasten (The Wizard of gore, le remake), un inquiétant automate joué par Udo Kier est l'hôte d'un spectacle dans un théâtre. Il introduit une femme visiblement abimée aux différent segments à l'aide d'autre automates. Creepy et classique à souhait .
THE THEATRE BIZARRE prend les principes surannés de l'anthologie au pied de la lettre...pour ensuite prendre la dites lettre et donner un papercut mémorable à la conscience du spectateur. Forcément, les six réalisateurs offrent une variété inégale de mutilations, mais leur inventivité est tellement opposée l'une de l'autre que le résultat est d'emblée saisissant. Douglas Buck, Buddy Giovinazzo, David Gregory, Karim Hussain, Jeremy Kasten, Tom Savini, Richard Stanley. Une ménagerie qui détonne ferme.

Mais surtout, SURTOUT, il faut selon moi pour ce type d'anthologie un thème unificateur. Tous ces films ont un point en commun et il est important. Le vecteur de l'horreur, de la vengeance, de la cruauté et la rédemption  sont ici systématiquement des femmes. On pourrait jurer que TOUS les réalisateurs (excepté Buck) ont eu de sérieux problème avec les dames qu'ils avaient particulièrement besoin d'exulter. Séduction,manipulation, castration. On a devant nous un beau bestiaire de femme monstrueuses, un hymne débridé à la féminité meurtrière.Très Freudien tout ça.

  Inutile de spécifier que ce film, intimement relié  au champ de gravité qu'a développé Fantasia au cours des années, était particulièrement attendu. Le résultat était à la hauteur des attentes. Allons y en ordre:
THE MOTHER OF TOADS de Richard Stanley (Dust Devil). 

Je suis un inconditionnel de Stanley, du réalisateur comme du praticien des arts occultes. Dust Devil est pour moi le grand film d'horreur Tarkovskien de sa génération et Hardware est un art-house Terminator pour déviants. Dans la salle, au moment de la présentation du film, Stanley avait vraiment l'air d'un chamane éthéré. Il était beau à voir. Sa  fantaisie Lovecraftienne, si elle saisie bien le matériel de base d'Ashton-Smith dont elle est issue, est traversée d'humour et d'une ambiance qui rappelle plus les meilleurs épisodes de Tales from the crypt que le morceau d'anthologie d'horreur attendu dans Theatre bizarre. Son segment aurait peut-être été plus sa place dans l'anthologie Masters of horror à côté de ceux d'Argento et Stuart Gordon. La rencontre entre Stanley et les Grands anciens n'est pas le rendez-vous au sommet qu'on aurait espéré, mais elle est pulpy en diable et la créature Lovecraftienne, The mother of toads, est une grande réussite.


I LOVE YOU de Buddy Giovinazzo (Combat Shock)

Je ne sais pas encore si ce segment se veut un hommage inconscient au grand Possession d'andrej Zulawski ou un simple succédané. Il bouleverse en tous les cas pour les mêmes raisons en utilisant les mêmes mécanismes. Un huis clos qui emmène un couple à se déchirer en accéléré pour une histoire de jalousie crisse vers un crescendo mémorable. De magnifiques éclaboussures de sang sur fond blanc, de la jalousie à revendre. La cruauté du personnage féminin est savoureuse. L'interprétation d'Andre Hennicke en émule de Sam Neill est assez solide. Reste que cet ersatz de Zulawski bien Sartrien (même le plan final est parfaitement calqué sur Possession) se prend comme une pêche bien juteuse avec une bourdon au centre.

WET DREAMS de Tom Savini (Night of the Living Dead ’90, maquilleur légendaire)

Surprenante entrée pour Savini, que l'on connait moins en tant que réalisateur. Peu loquace dans le salle, son film lui, est bavard à souhait, à l'instar de son personnage de psychiatre qui aide un homme (qui bat et trompe son épouse) à faire la différence entre le rêves (dans lesquels il semble coincé) et la réalité. Comme toujours, l'inventivité pour la torture et le sang font de Savini le Gore Vidal de l'hémoglobine. Dans ce département, il excelle toujours. Le récit onirique n'est donc forcément qu'une excuse pour balancer des morceaux de viande dans la gueule du public. Aussi profond qu'un canif dans le bide...qui fait quand même quelques dommages.

THE ACCIDENT de Douglas Buck (Cutting Moments).

Par sa facture contemplative et son propos chargé de philosophie, c'est le segment qui laissera la moitié du public indifférent et qui bouleversera le reste pour des jours. Je fais partie du reste. Dans cet accident de la route où les acteurs sont une jeune fille, sa mère, deux motards et un buck (ohh la belle idée que voilà), il y a toute l'horreur et la tendresse du monde. Le gore y est forcément encore plus inoubliable puisque c'est le notre. Le film se permet même de nous donner quelques leçons existentielles. J'en suis encore sur le cul.

VISION STAINS du montréalais Karim Hussain (Subconscious Cruelty, La belle bête)

Damn, that Hussein is a nasty mutherfucker! C'est aussi un vrai dramaturge. Son segment possède des échos de tragédie grecque oubliée: une tueuse en série absorbe par des injections (montrer dans de magnifiques gros plans qui aurait fait bander Dali!) les souvenir de ses victimes . Une réussite en tout point. On y sent s'agiter quelque chose d'ancien et d'interdit. C'est profond, éprouvant et ça trouve le moyen d'être néanmoins gore à souhait. J'ai cru y voir une référence aux meurtres en série des femmes amérindiennes de Vancouver. Mais c'est peut-être juste moi.
SWEETS de David Gregory (Plague Town)

Pendant ce segment, ma voisine du siège de droite a quitté, profondément dégoutée. C'est toujours le signe d'une grande victoire pour un réalisateur, je crois. Sweets invite à la fuite mais il est tellement drôle et pervers qu'on en redemande (du moins c'est mon cas). J'étais rivé de bonheur sur mon siège. Une magnifique incursion dans une relation entre deux sploshers,  (ces gens qui baisent avec, pour, dans et sur de la bouffe), une dominatrice et son esclave .Déviant à souhait. Le tout dans une ambiance surréaliste et extrêmement chargée de sensations, entre les détritus, les bonbons, les régurgitations et les entrailles. Vous me pardonnerez l'expression mais c'est définitivement le segment le plus léché et à lever le cœur à la fois. MIAM!
 Le parfait point de suspension sur cette feuille tachée de sang de papercut qu'est THEATRE BIZARRE. 

Merci du fond des viscères à tous ceux qui ont œuvré sur cette anthologie.

Fantasia 2011, Jour 3: SUPERHEROES- Hérotomanie, chronique d’un phénomène annoncé‏

C'était inévitable. Le phénomène était inévitable. Un documentaire le sujet aussi, forcément.

Voilà de cela plus d'un an, nous avions écrit quelques articles sur la venue inévitable d'un phénomène social, les "véritables" super-héros, alors vaguement émergents. (vous pouvez trouver les articles en cliquant ici et ici) Initialement, le phénomène se voulait évidemment marginal; des clowns qui se promènent en collants, qui donnent des coup de mains aux gens, des sites internets de discussion et des répertoires pour "vrais super-héros". Rien de bien avilissant. Le tout possédait déjà un certain charme naïf quoique jubilatoire.
Comme nous l'avions postulé, au moins une personne, directement inspirée du comic Kick-ass et du film du même nom, allait forcément tenter l'aventure. D'autres films ont depuis traité du même sujet: Defendor de Peter Stebbings et l'encore Super de James Gunn, présenté   le 21 et le 27 juillet à Fantasia également . Watchmen aura probablement aussi joué un chouïa dans l'équation. Il suffit de voir le macaron qu'arbore fièrement le justicier nommé "Superhero" sur son opulente poitrine dans le documentaire de Michael Barnett.
Il était inévitable que le phénomène évolue.

 Des geeks qui rêvent en 3-D? Du cosplay urbain? Du D&D superhéroïque? Faites votre choix...
Pour ma part, au delà de la simple curiosité et d'une condescendance généralisée sur le sujet,  les real-life superheroes sont deux choses. Ils sont tributaires d'une nouvelle et fascinante forme de psychopathologie, une Hérotomanie en somme. Ils sont aussi, très simplement, des individus qui font de leur mieux pour inspirer. Parfois, ils échouent lamentablement. Quand ils y parviennent, cependant, c'est une chose assez magnifique à voir.

C'est le point de vue qu'a décidé d'emprunter le réalisateur Michael Barnett en nous montrant le quotidien de ces défenseurs de la veule et de l'orgelet. Point de simple condescendance ici. En fait, Barnett nous montre différents types de héros. Certains sont risibles. D'autres sont vaguement attachants. Quelques uns impressionnent. Mais collectivement, ils forment un phénomène qui commence à devenir trop important pour qu'on ne fasse qu'en rire. Le tout avec une facture qui emprunte occasionnellement une esthétique aux comic-books où nos protagonistes deviennent immortalisés dans des cases. Ces scènes sont particulièrement émouvantes. Stan Lee est même de la partie en tant que commentateur.

Mr. Extreme est clairement simplet. Il est grassouillet et totalement déconnecté. Mais dammit, il est valeureux comme 20, le grand dadet! On ne peut que l'aimer. Et vous savez quoi? Il aide vraiment les gens.
 Master Legend est en quelque sorte le Ozzy Osbourne du genre super-héroique. Drôle malgré lui, convaincu de ses capacités. Probablement alcoolique. C'est une évidence que les boulons du bonhomme sont lousse. Et vous savez quoi? Tout le monde apprécie le bonhomme pour sa candeur et sa joie de vivre. Il inspire d'autre à faire comme lui: aider son prochain. 

Et puis il y a Zimmer et son équipe The New-york initiative, qui reprennent un peu les méthodes préconisées par les Street Angels. Ils n'ont pas l'air de deux de pique. On a aussi Dark Gardian, qui chasse les dealers de drogues. Ses individus sont tous en excellent forme et ont des cojones à revendre. Il y aussi LIFE, un jeune juif aussi inspirant qu'il est articulé, qui rend un hommage direct aux super-héros de la première génération, justement créés par des juifs.

J'ai moi même deux identité. Le cinéphile et le geek. 

Le cinéphile est allé voir le documentaire de Barnett avec une pointe de cynisme. Il s'est retrouvé profondément ému et troublé. Et si...ces étranges personnages avaient raisons, malgré le ridicule de toute leur  mascarade?

Et vous savez ce que le geek en moi voulait faire? 
Je voulais hurler de joie. Peut-être que moi aussi...je pourrais...je ne sais pas...
Naaaaaa. 

Fantasia 2011, Jour 2: The Legend of the Beaver Dam---se faire venir dans les yeux

J'ai eu ma deuxième véritable relation sexuelle dans une colonie de vacances. Avec une anglophone d'Edmonton qui plus est. Couchés dans l'herbe poisseuse, aux alentours de minuit. J'ai joui en moins de 12 minute. Pas elle. Je ne suis pas un brigand qui ne pense qu'à son cul: un cunnilingus était de mise. Quelques secousses de langue et de doigts et l'affaire était ketchup; je le sais parce que j'ai reçu un généreux jet de liquide séminal dans l’œil. Ma première éjaculatrice! Je ne savais même pas ce que c'était. Je pensais fermement m'être fait pisser dans la pupille. La vie est pleine de mystère.
J'étais extatique: le feu de camp qui crépitait au loin, quelques notes de Paul Piché,  une délicieuse odeur résiduelle de chatte sur ma moustache molle d'ado, la fébrilité de me faire prendre en flagrant délit et aussi...la peur comique de me faire slasher dans le dos la face encore pleine de viendu de dame parce que je tringle dans les bois.
C'est précisément l'effet que m'a procuré cet hallucinant court-métrage: celui d'un jet de jus de chatte dans l'oeil. Ca fait sourire et on en reçois plein la gueule. Le titre est encore plus significatif pour moi, vous comprenez?.

Sur fond de musique (franchement prenante par ailleurs), un jeune nerd effrayé par les histoires de feu de camp de son moniteur baveux et obèse devra vite s'éveiller à la dure réalité des colonies de vacances: les compères bullies, les humiliations, la jeune fille qu'on aime en silence...le slasher archétypal qu'on invoque avec une comptine. Tel Ash dans Evil Dead 2, notre jeune garçon verra ses testicules tomber comme des noix de cocos sur une plage aride et il deviendra un homme. Un peu comme Mon oncle Antoine si le petit gars tuait son oncle et se faisait chasser pas Jason Vorhees...dans une comédie musicale. Et il nous ont passé ça avant Attack The Block! Vous imaginez la folie furieuse dans la salle!!!!

Simplement le short le plus réjouissant de l'année. le réalisateur Jerome Sable a un indéniable sens du rythme, du gag et du gore (un petit déjeuner complet). C'est aussi un hommage survolté à la tradition vénérable du film de Slasher canadien, beaucoup plus sirupeux que ceux de nos compères américains. Sable est un homme à suivre. j'ai littéralement crier de bonheur pendant les 12 minutes de ce court. Un peu comme la petite dame d'Edmonton qui a joui dans mon œil , jadis, au ranch Massawippi.

Pour la première fois cette année à Fantasia, je suis venu dans mon short. 
 (Tambour. Cymbales)


Fantasia 2011, Jour 2: ATTACK THE BLOCK-UFO VS HLM!

Écoutez ça en lisant la critique. C'est approprié.


Blam!Blam!

Vous vous souvenez d'Independence Day? Pas moi. Excepté une scène: celle où Will Smith donne un crochet en pleine gueule à un extra-terrestre énorme qui sort de sa capsule...et le met K.O. Je vous rafraichis la mémoire

Un grand moment de cinéma, une belle victoire pour l'atavisme et encore et toujours, dans la science-fiction comme en  l'horreur, remercions les aptitudes au combat  de l'homme noir, notre sauveur (c'est une convention vénérable et récurrente que j'affectionne particulièrement). 

Attack the Block offre un 88 minutes de stimulation similaire, parfaitement rythmé et régressif à souhait. Prenez la bande de South park et doublez là de celle de Fat Albert. Ajoutez un peu d'Ultra violence à la manière de Clockwork Orange. Donnez leur l'accent d'Ali G dans un film qui pourrait être un remake de LA HAINE. Ca donne les ghetto goonies

Ensuite, il faut un décor. Allons y pour un HLM de plusieurs étages dans un quartier pauvre de Londres. Puis, une menace:des Zombies? Déjà fait. Des démons? Déjà fait aussi. Des extraterrestres? Ok, bonne idée. Mais de quoi auront-il l'air? Comme l'a dit mon pote Benoit, si Alien avait violé à outrance pendant des décennie des Critters, le résultat aurait probablement été celui là. Des sortes de Gorilles-chiens de l'espace, prédateurs parfaits et infatiguables, avec une bouche pleine de dents fluos. Pour les geeks finis: les fans du comic-book Bone de Jeff Smith vont trouver que les aliens sont les parfaites incarnations des Rat Creatures

Ghetto Goonies Vs Gorilla Critters... si le film n'était que ça, le public Fantasien aurait déjà été gagné. Dans la salle, la réaction de la foule était contagieuse; tous le monde est tombé en amour avec les ghetto goonies. Mais le film est  encore plus que ça. 

Oui, Attack the block a tous les ingrédients d'un film culte. Edgard Wright et Nick Frost (en vendeur de drogue sortie tout droit de Little Brittain sur lequel le réalisateur Joe Cornish a travaillé) de Shaun of the dead sont là consacrer le tout. On a une jolie brit guindée de service, plusieurs très bon gag de stoner, des comédies reliefs,  une trame sonore hallucinante de Basement Jaxx et de l'action littéralement mur à mur. On serait tenté de le comparer à Shaun from the dead. Nah. Ce film, c'est le nouveau Dog Soldiers. Word.
Au final la bande de jeune thugs sont à la fois touchants, hilarants et véritablement dangereux. Ils ont des lignes mémorables, une solides haine de l'autorité et un indéfectible sens de l'honneur. 


Mais le film de Joe Cornish a aussi une autre corde à son arc..


Il est véritablement prenant, violent à souhait.  Il est aussi assez effrayant et prend des énormes risques du côté du gore. Malgré le ton comique assumé des Ghettos goonies, ont s'attache fortement à eux et on est affecté par le "drame" qu'ils vivent . Dans un film de ce genre c'est vital. 
Une bonne raison pour ca. La situation concernant les bandes de jeunes adolescents en Angleterre est une problématique assez chaude. Plusieurs film d'horreur et de suspense en font les méchants de service ces dernières années. Sans en faire trop, le film de Cornish leur offre une rédemption. Il propose un commentaire social bref mais efficace, ajoutant une couche de sérieux à l'entreprise. En chef de bande violent mais honorable, le jeune John Boyega est solide à souhait et porte cette thématique sur ses épaules. Il devient le symbole d'une jeunesse anglaise pleine de ressources qu'on a simplement abandonnée. Et ses ressources seront redirigées dans la bonne direction, c'est a dire dégommer des saloperies de monstres hirsutes.
À travers cet aspect, nos Ghettos goonies redeviennent parfois simplement des enfants qui en ont trop vu. 


C'est pour cette raison qu'on hurle de bonheur à toutes les fois que nos jeunes zigouillent un alien, comme lorsque Swarzennegger administre une raclée à Predator. On peut sans culpabilité se laisser aller au territorialisme le plus primaire qui soit: nous aussi, nous savons encore être des singes et nous défendre.


Vous êtes ici chez nous Muthafuckas. And We're killing you.We're killing you straight. Believe