samedi 16 juillet 2011

Fantasia 2011, Jour 2: MILOCRORZE:A LOVE STORY--une lettre d'amitié au vieux maître Seijun Suzuki

Ce sera pour ainsi dire impossible pour le 7ème de parler du film de  Yoshimasa Ishibashi sans exulter une généreuse dose de superlatifs (plus qu'à mon habitude, je veux dire).
Accrochez-vous d'accord? 
C'est notre premier film asiatique à Fantasia cette année et déjà, il sera difficile de voir plus déjanté que ces trois fables pêchées tantôt avec le fil de de l'imagination , tantôt avec le filet de la rupture de ton et souvent avec la dynamite de l'absurdité  (Underwater love, je t'attend!).

Trois histoires donc, reliées par les fruits confits du hasard et le même comédien qui joue à fond la caisse trois rôles différents. 

La première, celle d'un petit garcon,Ovreneli Vreneligare (vous allez vous souvenir de ce nom répété plus de 32 fois dans le film par une narration drolatique et délicieusement irritante), qui passe des journées ennuyeuses dans un monde technicolor de contes Zeussien avec son chat au comportement irascible Verandola Gorgonzola (sorte de croisement entre Azrael et Garfield en mauvaise 3D). Au cœur de son ennui, il rencontre et tombe amoureux de la belle et élusive Milocrorze (de 28 ans son ainée et représentation fantasmée de la femme idéale). Ils vivront une histoire d'amour traversée de pureté et de yaourt. Mais les jours de peine guettent Ovrenali Vrenaligare...Dort Ovreneli Vrenaligare dort...
Ce conte a deux fonctions bien précises: poser les assises de cette histoire d'amour tricéphales et pousser au paroxysme les uppercuts que les japonais aiment parfois se donner dans les fricatives labiales. C'est un réel plaisir d'entendre à outrance des mots que la narratrice ne peut prononcer qu'avec une multiplication des syllabes. De sa propre déclaration après le film, le réalisateur avait le but délibéré de créer l'irritation chez le spectateur. Les amateurs du film SYMBOL de Hitoshi Matsumoto, découverte totale de l'année dernière, apprécierons assurément ce segment.
La deuxième histoire tourne autour de Besson Kumagai, un motivateur de génie prodiguant des conseils professionnels de séduction pour jeunes garçons en manque d'amour par le biais d'une hotline. Enfant slick et illégitime de Serge Gainsbourg et d'une anguille, il prodigue des conseils absurdes, défit les lois de la narration en apparaissant à côté du téléphone et ses déplacements sont des danses scandées par des nymphettes (à la séance de questions qui suivait le film, un spectateur probablement stone a cru voir les chorégraphies du vidéo de Fatboy Slim avec Christopher Walken)
Si on se fie aux commentaires et aux réactions du public, ce sont les segments avec Besson, survoltés  et beaucoup trop courts, qui sont les grands moments du film. 

Pour ma part, c'est le troisième segment qui est le plus important, autant au niveau formel, narratif que référentiel.
Tamon tombe follement amoureux de Yuri. Au beau milieu de cette grande histoire, Yuri est mystérieusement kidnappée. Tamon la cherchera littéralement à travers le temps et l'espace, dans des anachroniques repères de yakuzas et des bordels,  le temps de devenir un cowboy, un ronin...Bref, un archétype total du guerrier solitaire et torturé cherchant sa belle. Dans ce segment hautement inspiré, si les genres et les ingrédients se voisinent furieusement, le sukiyaki final est bourratif sans devenir indigeste. Il faut voir l'interminable scène de combat au ralenti, grappillant autant le Nô, le Kabuki que les illustrations japonaises traditionnelles.   
Une partie de ce segment est d'ailleurs ouvertement un des plus touchants hommages à Zatoichi jamais réalisé (croyez moi, je suis un fan morbide)
 Milocrorze est déjà comparé à de nombreux films: Funky Forest, Survive Style 5, Symbol, Kamikaze girls. Les explorations formelles et narratives les plus poussées de Miike viennent aussi à l'esprit (les inconditionnels de IZO y trouveront leur compte). Le film  méritent toutes ces comparaisons à mon humble avis. C'est l'ovnippon (ouch!) habituel qui est la marotte des Fantasiens.
Cela dit, l'histoire d'amour ne s'arrête pas là. Une scène du film déclare ouvertement les influences d'Ishibashi en la présence de Seijun Suzuki jouant un vieux maître tatoueur complètement sénile. 
Milocrorze est une immense déclaration d'affection offerte humblement au vieux maitre, précurseur de toute une génération. Il n'est pas qu'une banale tentative d'émulation, mais une véritable volonté de faire perdurer la voix de Suzuki, de rappeler à la génération de réalisateurs japonais actuelle qu'il fut un des premiers à triturer joyeusement la forme de cette manière. 
Ce qui n’empêche pas Milocrorze d’être sa propre bête, hybride, amphibienne et coassant le  bonheur de faire du cinéma.
 

vendredi 15 juillet 2011

Fantasia 2011, Jour 1: KING OF THE DEVIL'S ISLAND-du sang sur la neige

 C'était une très bonne idée et un bon coup de la part des organisateurs de Fantasia de débuter le festival avec Red state, la première incursion de Kevin Smith dans le film de genre. Après tout, qui de mieux que le pape de l'intelligentsia geek pour partir le bal du quinzième anniversaire, d'emblée avec un film d'horreur? Le tout prend des airs de consécration non? Tarantino, Scott Pilgrim...et maintenant Kevin Smith. Une suite logique, ce me semble.

J'ai on ne peut plus hâte de lire les critiques nombreuses et inévitables qui vont suivre...parce que pendant que tout le monde se préparait à recevoir le brûlot de Smith en pleine tronche, on se gelait l'âme dans l'enfer blanc de la salle d'en face juste pour vous...et il ne nous viendrait pas à l'esprit de nous en plaindre! Certain vont à Fantasia pour le divertissement, la stimulation intellectuelle, le dépaysement, l'hystérie collective. J'y vais moi même pour toute ces raisons mais je favorise plus que tout autre un type de stimulation bien précis: je veux me faire torturer. Je veux le bouleversement, l'étourdissement. Je cherche ces films cruels dont Fantasia a le secret.

Si vous êtes comme moi, King of the devil's island sera un passage obligé cette année. Rien comme une overdose d'injustice montrée froidement à l'écran pour nouer un estomac et vous faire serrer les poings.

Nous sommes en 1915 et il y a quelque chose de pourri au royaume de Norvège. Dans le centre correctionnel de l'île Bastoy, des jeunes hommes accusés de crimes souvent risibles vivent dans des conditions rappelant la prison ou les camps de concentrations. Abolition de l'identité, travaux forcé, rationnement, humiliation publique et punitions physiques . Tout ça pour le bien de ces jeunes sauvages, évidemment. Jusqu'à l'arrivée d'Erling, 17 ans, baleinier, accusé de meurtre. Une âme indomptable qui n'a pas l'intention de se laisser briser, peu importe ce qu'on lui fera subir
 Le film de Marius Holt est un grand hymne au froid, celui de la Norvège mais aussi celui du cœur de petits hommes assoiffés de contrôle. Entre la photographie bleutée (rappelant celle de Let the right one in) et les constantes exhalaisons sortant de la bouche des jeunes hommes (même lorsqu'ils dorment), il donne littéralement froid dans le dos. Quelques notes lancinantes de violons s'élèvent sporadiquement, lamentant le sort des enfants. Personne ne fait mieux la mélancolie que les scandinaves. 
 L'autre froideur qui traverse le film, c'est celle de l'immense Stellan Skarsgard. Visiblement content de jouer ce rôle, le grand Danois a laissé tomber le pilote automatique de ces insipides tours de piste hollywoodiens et retrouve son ténébreux regard, celui qu'il avait l'époque de Insomnia et Breaking the waves. Les jeunes comédiens, à l'instar de leur personnage, ne s'en laissent pas imposer. Le jeune Benjamin Helsatd en particulier qui transpire l'animalité et possède un regard traversé d'intelligence brute.

Fonctionnant comme un The Magdalene sisters qui serait doublé d'un film de prison, King of devil's island ne tente pas de réinventer le genre "carcéral" mais il tire parfaitement et efficacement sur ses cordes les plus tendues.

Reste que la grande valeur de ce film glacial est son invitation à la révolte. (Je n'ai pas eu envie de me battre autant pendant un film depuis Das Experiment!). Devant l'étroitesse d'esprit d'individus assoiffés de contrôle et de respect forcé, il n'y a pas de réponse plus urgentes que la désobéissance et l'insoumission...

 On rappelle qu'une seconde projection aura lieu le 17 juillet à 17h20.


samedi 9 juillet 2011

Notre émission du 6 juillet: Brother from another planet VS White man's burden-une histoire fantasmée des noirs américains

Cliquer ici pour  écouter notre émission sur le sujet
Nous continuons cette semaine notre volet "exploration des représentations ethniques au cinéma". Le tout culminera bientôt sur le thème de l'humour juif, oû nous recevrons un spécialiste en la matière, Nicolas Krief (animateur de l'émission Le temps d'un vue, collaborateur à Cinéfix, les deux sur les ondes de CIBL et également critique pour la revue en ligne Panorama cinéma. Tout un tableau de chasse le torrieux hein? Heureusement que c'est un type formidable. Par ailleurs, vous pouvez écouter notre passage à son émission le 30 juin en cliquant ici. On y parlait de films a priori impertinents mais dans lesquelles se cachent des messages importants et\ou dangereux, GYMKATA et HUDSON HAWK)

Cette semaine, les noirs "alternatifs" du cinéma. Pas question de faire les choses normalement, non non les aminches... On allait pas vous entretenir de Spike Lee et John Singleton ou même d'un cinéma parlant sincèrement de la condition afro-américaine. Pas quand il est beaucoup plus fascinant de parler de perspectives fantasmées, fournies en toute vraisemblance par... un caucasien et un asiatique. Bref, des films de "science-fiction" qui parlent de la condition noire à grands renforts de métaphores parfois risquées, souvent maladroites, quelquefois pertinentes et un tantinet comiques.

Le premier, Brother from another planet (1984), deuxième film du trop peu célébré John Sayles, fraîchement sorti à l'époque des écuries de Roger Corman. 
Un extra-terrestre en cavale écrase son vaisseau en plein milieu de Harlem. Ça tombe bien, il ressemble à s'y méprendre à un homme noir...excepté ses pieds qui ont trois orteils et des griffes, ses membres qui se regénèrent et sont amovibles, son don de télékinésie et sa faculté de guérir à la fois humain et machine. Oh...il est aussi complètement muet! 
Le Brother en question va vite se rendre compte qu'il est un "illegal alien" à plus d'un titre. Particulièrement quand deux Hommes en noir caucasiens se mettrons à le poursuivre dans les rues de Harlem.
Dans ce film candide et sincère, à l'instar du personnage principal interprété par Joe Morton, l'homme noir est à la fois sauveur et victime, esclave et libérateur, étranger invisible et minorité (trop) visible. Le tout sur une déstabilisante trame sonore de steel drums.


Si le concept vous rappelle un peu le STARMAN de John Carpenter, on vous informe que ce film est venu quelques mois avant et qu'il est meilleur. Brother...est en quelque sorte un film de super-héros low-fi sur fond de rite initiatique, une relecture de l'origine de Superman dans un contexte urbain. La métaphore est étirée jusqu'au point de la rupture mais la candeur qui s'en dégage fait que l'argument tient jusqu'au bout. On n'y sent pas la moindre once de condescendance.

White man's burden (1995)...c'est une autre paire de manche de boubou.
Réalisé par Desmond Nakano (un japonais américain), le film inverse les rapports de pouvoir dans une Amérique improbable. Une uchronie oû les Noirs forment la classe dirigeante et les Blancs sont essentiellement des ouvriers. Les banlieues sont pleines de maisons oû trônent des petits nègres blancs en plâtre, les décorations et les costumes de la haute société ont des sensibilités hautement africaines et les blancs ont tous l'air de skinheads ou d'itinérants. Un monde de "Blithes" et de "Whacks", en somme. Le patron noir injuste sera kidnappé par l'ouvrier blanc désespéré. Ils apprendront ainsi à se connaitre et se respecter. Vous voyez oû le film est inconfortable? 

Il est parfois particulièrement inventif: 

Les émissions de télé de ce monde parallèle ont toutes l'air de pastiche de blaxploitation, des vieilles bourgeoises noires traitent les "jeunes blancs de la rue" comme des jolie petites créatures souffrantes. Superman est noir et les petits blancs l'adorent...ils n'ont rien à foutre de son sidekick blanc stéréotypé dont les figurines sont moins dispendieuses (pour permettre au nègre blanc de les acheter).

Il peut cependant devenir rapidement inconfortable et involontairement drôle, ce qui ne fait que lui conférer plus d'intérêt, en quelque sorte:
Les acteurs noirs jouent d'une manière ampoulée des blancs riches et vaguement fascistes, incapable de comprendre la réalité des Blancs, dans des costumes qui sont vaguement africains mais gardent un vague inspiration de couture européenne. En homme d'affaire irascible, Harry Bellafonte à l'air de se prendre pour Donald Trump. 
Les blancs jouent des caricatures de noirs cinématographiques. John Travolta parle comme s'il sortait de Harlem...en 1984!!! Il "jive" et n'accorde pas ses verbes correctement (la honte). J'ignore pourquoi le "joual" des blancs dans ce film n'est pas d'inspiration italienne ou irlandaise. Reste que Travolta est assez divertissant à regarder...et à écouter.

Mais White man's burden n'a jamais eu la prétention d'être une étude sociologique sérieuse. Le film fonctionne bien parce qu'il est manichéen à souhait, totalement noir et blanc, une approche qui est de toute évidence choisie volontairement pas Nakano. Il suffit de voir la scène d'ouverture dans une usine de barre de chocolat à la noix de coco pour comprendre la volonté d'"en beurrer épais" côté symbole.

Une scène du film résume bien mon propos. 

Dans un bouiboui tout ce qu'il y a de plus "whacks" oû l'on mange des "corn chips" et de la choucroute, Travolta, sous les yeux ébahis de Bellafonte, met du sel dans son ketchup  avant d'y plonger une frite. 

Bellafonte demande à Travolta pourquoi diantre il fait ce geste barbare.
Ce dernier, plein de sagesse populaire, lui répond ceci:

"Quand tu mets du sel sur tes frites, il n'y reste pas. En le mélangeant directement dans le ketchup, tu peux contrôler le volume de sel que tu veux avoir dans ta bouchée"

Stupide-blanc-Bellafonte teste la théorie. Il est conquis par le bon sens pratique de moins con qu'il n'y parait-noir-Travolta. 

Il suffisait donc d'écouter l'autre c'est ca? Ou est-ce une parabole sur le rêve de l'homogénéité, la possibilité des mélanges culturels? Est-ce la toute puissante présence de Travolta qui exigeait encore et toujours de manger de patates frites dans un de ses films, comme Van Damme qui doit toujours montrer ses petites fesses en forme de parfaite moitié de cantaloup coupé en deux ou Mel Gibson qui veut toujours se faire torturer comme le crisse dans ses vues? 

Non. 

À l'instar du film, cette leçon démontre en fait que des grands problèmes ont parfois des solutions simples qu'on se nie tous en bloc. 

Vous imaginez?

Un monde ou le ketchup serait salé?

vendredi 8 juillet 2011

Conférence de presse de Fantasia 2011: l'envol du Cheval noir

Lorsque j'ai vu les premières images du cheval noir déployant furieusement ses ailes sur les images publicitaires et le programme officiel du Festival Fantasia 2001 , j'ai été littéralement bouleversé. Les gens de Fantasia ont eu énormément de flair en la choisissant. Voyez vous, ce cheval  provient d'une importante  légende québécoise, dont l'origine est élusive, comme toutes  bonnes légendes. On peut apercevoir par exemple cette image iconique sur les bouteille de bière Trois Pistoles (un des potentiels lieux de provenance de la légende). En l’occurrence, ce cheval noir, ce n'est nul autre que le diable, le Malin  harnaché qui aide les hommes dans leur travaux les plus éreintants. Mais gare à ceux qui lui retireront sa bride.

Bravo au gens de Fantasia d'avoir eu cette idée inspirée. L'icône est forte mais la charge du symbole est encore plus appropriée. N'est-ce pas  précisément ce que les gens de Fantasia font à chaque années, bâtir quelque chose à bout de souffle, ériger une église, un lieu de rencontre en harnachant littéralement le démon? Le démon, c'est nous,  cinéphiles assoiffés de sensations fortes, de scènes chargées à bloc de violence et de vices, galopant comme des chevaux fous pour acheter nos billets et regarder 4 films par jour. Le démon, c'est aussi ce cinéma furieux et déchainé dont nous avons tous soif.

Plus encore, ce cheval, dans toute sa gloire, est un symbole profondément québécois. Pour son quinzième anniversaire, Fantasia rappelle à ses fidèles ses appartenances. Si le festival est ouvert sur la cinématographie mondiale, il a profondément et plus que jamais à cœur la cinématographie québécoise. 

À la conférence de presse d'hier, je voulais de toutes mes forces voir une statue ou un  trophée qui serait le symbole commémoratif de Fantasia. ET PAF! Le voilà le putain de trophée! Les meilleurs films seront désormais honorés avec ce symbole sur un petit piédestal. Ça prenait un symbole unificateur et le voilà, ciboire! Attendez de voir  la publicité officielle, avec ce même cheval et Dominique Lévesque... c'est du grand art.  Tout ce que représente Fantasia engoncé dans une pub de quelques secondes.

Mais je digresse...

Il y avait une frénésie dans l'air hier à la conférence de presse. Cette 15ème édition prenait des allures de consécration méritée. Après le triomphe de l'année dernière, certains concepts sont de retour et de nouveaux viennent s'y greffer: un nombre effarant de personnalité seront là (plus de 100 invités, allant de Richard Stanley à Udo Kier, de John Landis à Robin Hardy), des conférences, des master class, une projection de Phantom of the opera avec un orchestre interprétant une composition originale de Gabriel Thibaudeau... L'événement sera tout simplement plus massif que jamais. Un colloque tenue par 4 femmes sur l'horreur au féminin, une conférence sur la mythologie des Studios Hammer! Vous pourrez même aller voir gratuitement voir des films avec vos enfants; ils ont prévu des projections pour eux, ces maniaques!

Du côté du cinéma occidental, un volet intitulé Payback in black: the new wave, continuation du concept de l'an dernier couvrant le cinéma en caméra subjective. J'ai l'eau à la bouche pour  VICTIMS de David Bryant, qui a le culot de dérouler son suspense en un seul plan-séquence

 Voilà deux ans de cela, le 7ème antiquaire faisait un podcast sur l'importance des producteurs André Link et John Dunning dans l'émergence du cinéma de genre québécois et canadien :Cinepix et son héritage: Ciboire! Tu veux tu ben m'dire dayousski z'ont crissé nos grands films de genre du Québec???
Fantasia fournie la réponse à notre question en présentant un hommage mérité aux productions de ces pionniers, sorte de Roger Corman doublé de têtes à Papineau: My pinball summer, my bloody valentine, Daughter of darkness, Visiting hour et un préféré du 7ème, FRANKENSTEIN 2000!!!!! 

FRANKENSTEIN  2000 sur grand écran !!!:

À ne pas confondre avec Frankenstein 90, la brillante et très française relecture moderne du mythe avec Eddy Mitchell et Jean Rochefort). Le titre original, The Vindicator. Jadis, je voulais absolument retrouver le film. Tâche virtuellement impossible; même pour le plus féru des collectionneurs, le sacro-saint VHS est une denrée rare.

1-The Vindicator est réalisé par Jean-Claude Lord. Production de John Dunning et André Link, les fondateurs de Cinépix. Ce qui en fait un film de commande, soit, mais également un film québécois. Il est impardonnable que nous en ayons point parlé dans notre émission Voyons osti de ciboire! Oussé qui z'ont crissé notre cinéma québécois de genre???

2-Le thème est terriblement similaire à Robocop avec une touche de Swamp Thing (l'original de Berni Wrightson et Len Wein, le film de Wes Craven par extension). Les références aux comic-books y sont d'ailleurs nombreuses; the Vindicator fut d'ailleurs le nom initial de notre Captain America national et le chef d'Alpha Flight avant The Gardian. Ceci dit, il est sorti un an avant Robocop. Visionnaire! Il est impardonnable que nous en ayons point parlé dans notre entrée de blogue sur Le retour de Deathlok-se faire tirer le Verhoeven du nez.
3-Pour tout son "génie" et les souvenirs qu'il m'a procuré, The Vindicator est à évoquer pour une incontournable scène, que je vous résume ici:

Transformé depuis peu de temps en machine à tuer par une sinistre organisation gouvernementale, notre héros déambule dans les rues, confus et titubant. C'est une nuit humide et triste... Il se regarde dans une vitrine de magasin de jouets. Ornée de masques de monstres, il ne distingue pas bien le reflet de son visage se confondant aux nombreux masques. Il est perplexe... Les masques et les jouets sont-ils en train de le narguer (comme Darkman et son putain d'éléphant rose)? Il prend soudainement conscience de ce qu'il est devenu. C'est terrible!
Emporté par la colère, notre héros casse la vitrine du magasin avec un panneau! Oh non!
On voit ensuite l'ampleur des dommages. OH NON! Câlisse! Frankenstein 88 vient juste de péter la vitrine d'une institution culturelle montréalaise, le Bric-à-brac, magasin de jouets/tabagie trônant fièrement, encore à ce jour, sur la rue Ontario. Noble comptoir faisant le bonheur des béesses depuis des lustres, échoppe incontournable pour les nombreux pèlerins des ventes trottoirs, on y trouvait jadis des jeux de pichenottes et de poches, des costumes cheaps et des imitations de figurines taiwanaises (j'ai encore une figurine de Robocop achetée là-bas en 89...quelle coïncidence poétique!), du tabac et des tubes de cigarettes de même que ces petits bidules noirs servant à remplir soi-même les tubes qui faisant des assourdissants Ka-klacs. Des heures et des heures de Ka-klacs où vos parents se confectionnaient des bonnes rouleuses à peu de frais. Flashback violent genre P'tit Québec/on revient chez nous/grand maman y'é bon ton fromage. Frankenstein 88 a pété la vitrine de mon bric-à-brac...
Osti. Pas besoin d'être Freud ou d'aller se faire tirer aux cartes chez matante Rolande.
La rue Ontario=la ligne de ma vie.
Le Bric-à-brac=mes souvenirs.
Frankenstein 88=mon inconscient
Frankenstein 88 en train de péter la vitrine du bric-à-brac=la révolte de mon inconscient contre un passé refoulé et monstrueux de jeune béesse qui revient me hanter inlassablement, avec dégoût et nostalgie.

*Soupirs*


Mais je digresse derechef...

On assistera aussi au grand retour de Richard Stanley dans une discussion sur l'occultisme au cinéma avec Robin Hardy. Ce dernier vient présenter par ailleurs la suite très attendue de son opus THE  WICKER MAN, The Wicker tree!
Les programmateurs ce sont fait un devoir de nous présenter leurs suggestions personnelles, avec le brio qu'on leur connait.

-Les amateurs de film d'horreur transgressif et expérimental devront absolument voir THE THEATRE BIZARRE, anthologie de six films réalisés par autant de créateurs. La bande annonce à elle seule est un des meilleurs films d'horreur de l'année.

-La comédie danoise CLOWN qui promet d'être décapante et inconfortable à souhait.

-Le thriller coréen THE UNJUST qui arrive avec une solide réputation et une brochette d'acteur avec la gueule de l'emploi!

-Les habituels (et bienvenus) films de Takashi Miike et Sion Sono


-Un documentaire sur le phénomène social des real life super-heros (parce qu'il le fallait...je veux dire un documentaire sur le sujet, pas des gars qui se déguisent en collants t'sais)


-Le director's cut du Captain America d'Albert Pyun (au delà de 30 minutes de plus pour ce magnifique navet confit)!!!!!!

-Une mystérieux film en  3-D qui sera dévoilé prochainement!!!!


-Un Génie, deux associés une cloche en présence de Robert Charlebois (crisse! c'est saugrenu à lire cette phrase là!)


Il serait rébarbatif de tout énumérer ce que nous avons entendu et vu à la conférence de presse. Vous aurez bien assez de lecture devant vous d'ici les prochains jours
En outre, Le 7ème antiquaire se fera un devoir de couvrir pour vous un maximum d’événements du festival. 

Cela dit, pour nous, trois incontournables se dressent déjà à l'horizon: 


Le PINKU EiGA Underwater Love, montrant les frasques sexuelles et amoureuses d'un Kappa (un homme tortue) et d'une jolie dame, sur fond de mièvreries bien senties et de frotte- foufoune bien graphique. Avec une photo de Christopher Doyle et une trame sonore de Stéréo total! Quand ces informations furent diffusés à la conférence, un individu a échappé un "WHAT!??!" de circonstance.


MUSTANG de Marcel Lefebvre, un western hybride et introuvable de chez nous avec les chanteurs de country Willie Lamothe de Bobby Hachey. Une vrai bénédiction.


ART/CRIME, le film par lequel toutes les polémiques devraient irrémédiablement suivre. Ce documentaire sur le controversé Cas Rémy Couture va faire couler de l'encre et du sang  en terre Québec, c'est garanti.


En bref, bon festival et Merci au gens de Fantasia pour les inévitables frissons à venir.

mercredi 6 juillet 2011

Nos Grindhouse Double Feature: Édition PÉPLUM---suivi de notre émission sur le sujet!




Sous l'initiative de l'énergique Simon Predj des soirées du Douteux (comme si vous ne le saviez pas!), nos soirées Grindhouse Double Feature continuent de plus belle!
Venez vous gaver d'un genre cinématographique précis, d'une série de bande annonces absolument délirantes et d'exposés pompeux et infatués sur le genre!

Cette semaine, LE PÉPLUM
Les films de glaive et de sandales italien où des guerriers mythiques et musclés lancent des roches!!!!




Mercredi, 6 juillet 2011
Du 8 à 9, projection de bande-annonce des grands films du genre

9 heure-----Les Titans
(1975)
, le chef d’œuvre du genre de Ducio Tessari 

le pire du genre mais un film délicieusement débile!
(1962)














GRATUIT (Don volontaire)

Films en projections:


Animé par Francis Ouellette,
animateur de l'émission "Le 7e antiquaire" sur CHOQ.FM

Au Broue Pub Brouhaha
(5860 De Lorimier)

Les curieux pourrons lire notre papier au sujet de ces films et écouter notre émission en bas:

Aujourd'hui, les aminches, nous avons une grosse gâterie pour vous. On vous parle de Péplum, de films d'épées et de sandales italiens. Malheureusement assez difficile à trouver chez nous, c'est un genre cinématographique hautement réjouissant qui gagne à être connu, ne serait-ce que parce qu'il fait un retour remarqué dans les superproductions américaines de la dernière décennie.
Arrivano i titani AKA Les Titans, De Ducio Tessari avec Giuliano Gemma.



Tabarnac de découverte! Rien à envier à Terry Gilliam ou Peter Jackson. Pas un temps mort, de l'action, de l'humour à revendre, tout ça avec une très grande finesse. Le film est comme son splendide interprète, Giuliano Gemma. Une Vrai bombe. Slick. Huilé pour TON plaisir.

Un esprit vif, séducteur comme c'est pas permis, athlète incomparable; tu regardes le film, tu as à nouveau 8 ans!!!



Et c'est foutrement sexy un péplum! D'emblé parce que tout y est assumé: la virilité, la romance, les corps à moitié nus, les scènes de castagnes s'approchant du slapstick (Pas de Pépla, pas de Ray Harryhausen, pas de Sam Raimi les copains.). Le héros peu à peine courir dans les rues sans croiser un voluptueux corps en pâmoison devant ses exploits.



Exemple. À droite. (Comme si tu pouvais manquer ça...)

Et parfois, sans crier gare, entre deux scènes de baffes, on voit une fille faire ça...

Et d'autre fois, on voit des gladiateurs sympathiser de la sorte...


...et on ne me fera pas croire que cette poignée de main virile n'a pas inspirée John Mctiernan pour le classique allez sert moi la pince, tapette entre Ahnuld et Carl Weathers dans Predator (Les gladiateur noir, Serge Nubret, fut un adversaire de taille pour Arnie dans le circuit culturiste, par ailleurs...)

Bref, vive Les Titans!






AH!




Ensuite, on vous entretient sur Superuomini, superdonne, superbotte aka Amazons Against Superman AKA Super Stooges vs the Wonder Women AKA Three Fantastic Superman.


Ça, c'est une autre paires de manches, ou plutôt un caleçon bien beurré de traces de breaks, horrible mais captivant à la fois. Un film si atroce, si irritant, si insupportablement mauvais qu'il en devient unique et attachant. Le pire de ce que le péplum peut vous offrir mais d'une manière hybride et déformée implorant involontairement l'affection! Comme le disait si sagement feu ma matante; din fois, du bon béloné routi, c'est ben meilleur qu'un steak!! (Voilà pour la valorisation patriotique).

Au menu...

...Moog, un super guerrier africain qui a un Super Rot...


...Chung, un guerrier chinois feufi pas impressionnant qui ressemble à Sulu sur le GHB...

...Darma, le héros du film, genre de Santo-Zorro-Batman italien qui a le pouvoir de...bondir comme un osti de niochon, incluant à reculons, avec des effets sonores en prime!

Ils affrontent un régime totalitaire de sexys amazones comme elle...



Gros fun noir.



Soyez des nôtres ici même...si Dieu le veut!




samedi 2 juillet 2011

Notre émission du 29 juin: Représentations de l'amérindien au cinéma




Des sauvages sans conscience. Des âmes nobles en harmonie avec la nature qui jamais n'esquisse le moindre sourire. Des guerriers suprêmes et connectés de manière symbiotique à l'environnement. Des alcooliques violents. 

Pour le québécois cinéphiles que je suis, citadin n'ayant jamais fréquenté d'autochtones, voilà les pléthores de clichés racistes que je suis habitué de me faire servir par la culture de masse, particulièrement le cinéma.  C'est un phénomène assez fascinant que l'"indien sur pellicule" (Je cite ici le titre du bouleversant documentaire de Neil Diamond, Reel Injun, qui sert largement de base de réflexion pour notre émission cette semaine.) L'indien de pellicule est au final un personnage fantasmé de toute part par le blanc, inventé de toute pièce par nos perceptions tronqués de ces cultures diversifiées et "élusives". Ce sont LES INDIENS, sans trop de distinctions par rapport aux tribus, au langage, aux coutumes, c'est un groupe monolithique d'individu qui sont tour à tour la menace suprême et l'éternelle victime.Les grands indiens du cinéma n'en étaient la plupart du temps pas du tout.
 Je suis curieux de savoir jusqu'à quel point mes perspectives des cultures autochtones ont été affecté par le cinéma, possiblement même sous la forme d'une admiration frôlant le racisme par inversion. J'ai tout fait pour ne pas tomber dans ce piège et pourtant, je suis certain qu'à un niveau inconscient, j'ai été néanmoins influencé. La preuve: je n'ai pas été insulté par les NA'Vis, ces indigènes bleus du film Avatar. Pour moi, ils étaient la continuation directe de tous les clichés positifs gravitant autour des autochtones du cinéma, poussé au paroxysme.

Cette semaine au 7ème, L'indien de l'écran: les clichés, la perspective des amérindiens sur leur image, les acteurs qui joue des Indiens et qui n'en sont pas, les films les mettant en vedette.

vendredi 1 juillet 2011

Chrono-à-Go-Go!

  L’imaginaire du cinéma est rempli d’utopies (Playtime) et de dystopies (Step Up 3D) qui servent de balises pour notre civilisation. En représentant les ambitions extrêmes de nos sociétés et en transportant les foules bavardes vers les horizons lointains de mondes possibles, le meilleur et le pire des hommes sont accessibles à la visite, comme un musée ou une réserve faunique. Si Métropolis et  Brazil sont sans l'ombre d'un doute des grandes fresques érigées par l’imaginaire humain, nous ne devons pas négliger leur apport philosophique, celui de montrer les dangers de l’extrémisme social, voir celui de l’acceptation d’une idée singulière.

Le cinéma, quand il est outil d’amélioration sociale, fait rarement dans le plus pertinent. Ok, oui, il arrive que parfois…oui..bien mais…bon, pour les usages de cet article, disons que non. L’utopie et la dystopie sont certaines des formes de narrations les plus pertinentes que le cinéma peux offrir (disons).

Mais bon, peu importe. Ce qui compte c’est que ça fait des crisse de bons films.

Fuckyeah Equilibrium, 12 Monkeys, Escape from New York, Alphaville,  DeathRace 2000, Soylent Green.

Cela dit, il semble que la tendance présente en cinéma s’éloigne de conventions si dichotomiques car hier dans une automobile non-nommée, Nicolas Krief et moi parlions de Transformers 3.

*GACHEUX*

Il semblerait que dans Transformers 3, l’atterrissage sur la lune ait été une couverture historique pour cacher le fait qu’un ordinateur mégapuissant reposait sur le sol lunaire. La mission de ’69 avait donc comme but d’aller récupérer cette merveille technologique pour en faire profiter au gouvernement terrestre (que j’imagine états-uniens, mais j’en sais rien, j’ai pas vu le film)

*FIN DU GACHEUX*

À l’orée de cette conversation, il nous semblait tout deux, après avoir été d'une pertinence gigantesque sur les ondes de CIBL (bon, Krief était pertinent, Frank était badass, moi je survivais…) que le cinéma s’oriente depuis maintenant deux belles grosses année vers un nouveau genre d’observation sur la société soit : L’UCHRONIE.

L’Uchronie est  vraiment intéressante; ma première découverte de ce type de science-fiction s’est faite avec la lecture de Man in High Castle de Philip K. Dick lorsque j’étais un tout petit bambin, naïf et inconséquent. L’Uchronie c’est le récit d’une temporalité altérée. Exemple, dans le cas de Man in High Castle, l’Uchronie se situe dans le fait que Guiseppe Zangara aurait conduit une tentative réussie d’assassinat sur la personne de Theodore Roosevelt, ce qui aurait entraîné la défaite des alliés et donc la victoire de l’Allemagne durant la deuxième guerre mondiale.

Uchronie, alternative timeline ou multiverse pour les familiers du comic de DC.

Mais dans le dernier deux ans, ne voyons nous tu pas :

Hitler se faire mitrailler dans un cinéma.




Fabrice Lucini se fait transporter dans un monde dans lequel JOHNNY HALLYDAY n’existe pas. 


La scène d'introduction du WATCHMEN de Zach Snyder est une uchronie complète.


Les mutants responsables de la crise des missiles à Cuba.



Ah oui chers amis, les Uchronies sont maintenant HOT MUTHAFUCKIN' PROPRETY!


Oh oui et pour souligner cet inoffensif aparté, quelques Uchronies du cinéma antiquaire, avec une promesse d’émission à venir sur le sujet.